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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 21:46
The (M)Other Side

The Other Side est le premier film du duo de réalisateurs suédois, Tord Danielsson, et Oskar Mellander, également scénarisé par eux. Auparavant, le duo a beaucoup officié dans l'écriture et la réalisation d'épisodes de différentes séries télés en Suède.

The Other Side ou "Andra sidan" dans la langue de Bjorn Börg est un film fantastique, horreur mais absolument pas gore. L'horreur reste surtout suggérée, et quand on se rend compte en plus que le film est très symbolique, cette volonté de ne faire que de la suggestion donne beaucoup plus de force au film en lui-même. 

L'histoire est celle d'une famille recomposée (après la mort de la mère d'un cancer), un papa, une belle-mère plus jeune et un peu inexpérimentée et un enfant emménagent dans la maison que le couple vient d'acheter. Maison qui est d'ailleurs mitoyenne d'une autre maison, abandonnée celle-ci.

Les relations entre la jeune belle-mère et le petit garçon, Lucas, ne sont pas conflictuelles mais sont assez difficiles, le "fantôme" de la précédente étant omniprésent dans le quotidien de son compagnon et de son beau fils, de la chanson du soir pour le coucher de Lucas, à des photographies qui la présentent rapidement, les cheveux rasés (d'où l'hypothèse du cancer) à côté de son mari et de Lucas. Malgré tout, Shirin, arrive à trouver peu à peu ses marques, malgré l'omniprésence de l'absente. On n'en saura pas plus sur la femme de Fredrik le père de Lucas, que la photographie, sa comptine avant de dormir, et deux ou trois évocations de son passé, mais ça suffit à bien l'intégrer dans le coeur du spectateur.

De sorte, qu'on a l'impression de faire partie de la famille, et que Shirin est laissée de côté, entre nous, spectateur dans la confidence, et sa famille recomposée.

Lucas, commence bientôt à discuter avec le petit garçon de la maison d'à côté, sauf qu'on le rappelle, la maison d'à côté n'a jamais été habitée. De ce fait, Shirin et Fredrik, (pas mal absent d'ailleurs, accaparé par son nouveau poste de chef de chantier semble t-il) vont rapidement lui expliquer qu'il n'y pas d'enfant à côté, et qu'il a un ami imaginaire, après tout, à 6 ans et des brouettes, rien de très anormal.

Le plus anormal, viendra quand l'ami en question, lui demandera de l'aider à échapper au croquemitaine. Et que Lucas en fera part à une Shirin, déjà pas à l'aise dans son rôle de "marâtre". Il n'en faut pas plus pour faire encore plus flipper, la jeune belle-maman, et d'autant plus quand la maîtresse d'école, lui dira qu'elle aime beaucoup le dessin de Lucas, qui le représente avec son nouvel ami... 

Mais bientôt, Shirin va être confrontée à des évènements qui vont la contraindre un peu malgré elle, à épouser la vision de Lucas, du dit ami.

Sans révéler la fin, on se retrouve avec The Other Side (Andra Sidan) face à un film d'horreur de facture tout à fait correcte (à part quelques artefacts étranges, d'autant plus en bluray, sur certains noirs et gris), la musique est bien enveloppante, quelques jumpscares coutumiers du genre font leurs apparitions au fil du visionnage, et le travail sur le son est remarquable (surtout quand on regarde le film au casque, parce que son propre enfant, dort dans votre lit à côté, à cause de ses propres "sorcières"). Un film que n'aurait pas renié un Jason Blum, sauf qu'ici, on est dans une production suédoise, donc plus inattendu. L'interprétation des 3 personnages principaux est très bonne, et le gamin surtout est une incroyable révélation. "En plus on dirait un peu Alexis, je trouve"... Oui c'est pas faux. Quoi ? Mais qu'est-ce que tu fais debout toi !! Files te recoucher, en plus c'est pas pour toi ce film. Ah je vous jure, les mômes.

On aurait apprécié quelques bonus pour mieux appréhender l'univers du film, et surtout c'est un visionnage qui n'aurait vraiment pas été de trop dans une salle de cinéma. Faute de mieux, le passage en bluray sur le petit écran reste assez agréable grâce à l'image impeccable, et au joli travail sur les noirs, et surtout sur le son. Et on espère bien découvrir d'autres films du duo de jeunes réalisateurs (41 ans). Oui, oui, 41 ans pour des réalisateurs, de nos jours, c'est jeune.

En Blu-Ray, DVD et VOD depuis le 14 avril 2021. Edité par Wild Side.  Site Internet, sa page Facebook et sa page Twitter.
 
The Other Side est proche de The Block Island Sound ou N'écoute pas, qui font partie du top des films sortis sur Netflix. Figurera-t-il un jour dans le top des films d'horreur toute époque confondue ?
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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 10:11
Vivarium (critique sans spoiler)

Vivarium de Lorcan Finnegan a tout du projet casse-gueule. Sur le papier, c'est son deuxième film long-métrage, sur un scénario écrit par un de ses amis, Garret Shanley, un huis clos, sur un high concept. Le grand Chelem cinématographique par excellence. Presque une loi de Murphy en soi, pour quiconque a déjà été confronté aux 3 réunis.
Lorcan Finnegan avait déjà précédemment réalisé un film nommé Foxes, co scénarisé par son ami Garret Shanley déjà, un court-métrage, dans lequel une jeune femme suivait des renards survenus dans un lotissement à moitié abandonné ainsi qu'un long-métrage pas facile à trouver au nom prémonitoire "Without Name", réalisé dans son Irlande natale.

Lorcan Finnegan a par ailleurs réalisé un premier court-métrage de 3min, Defaced, écrit par lui seul, dont le pitch, évoque déjà son amour pour le "high concept", jugeons plutôt : " Un personnage tente de s’échapper d’une affiche publicitaire pour une banque dont le slogan est « Réussissez votre vie : Faites un emprunt » pour rejoindre une fille dessinée au pochoir sur le mur d’en face".
Son court métrage fantastique Foxes a été projeté pour la première fois à SXSW en 2011 et a remporté plusieurs prix. La première de Without Name, son premier long métrage, un conte de fées un peu survolté a eu lieu au TIFF en 2016. Vivarium, son deuxième long métrage, mais premier avec un casting plutôt connu (Imogen Poots, et Jesse Eisenberg) est sélectionné au 72eme festival de Cannes, dans la catégorie Semaine de la critique. Le film a d'ailleurs remporté le Prix Fondation Gan à la diffusion.

Lorcan Finnegan par ses premiers court-métrages ainsi que son premier film, dessine très vite le profil d'un réel auteur, car on retrouve souvent les mêmes interrogations, et questionnements dans son travail. Il est difficile avec si peu de films de déduire de son travail des tics visuels ou mouvements de caméra qui lui sont propres mais rien qu'au niveau des thématiques, le terme yesman ne peut lui convenir. 

Dans Vivarium, ces thématiques spécifiques explosent, puisqu'on retrouve son goût pour la banlieue étrange et fascinante à la Steven Spielberg d'où peut jaillir l'inquiétante étrangeté, si chère à Freud. Mais aussi la dénonciation pour une fois plutôt intelligente et pas trop appuyée de l'uniformisation de la société, ou du formatage capitaliste.

En deux mots, une institutrice fantasque, jouée remarquablement par Imogen Poots, et un élagueur de la municipalité campé avec conviction par Jesse Eisenberg, cherchent une maison à acheter pour convoler ensemble. Il faut d'ailleurs savoir que Imogen Poots est à l'origine de l'arrivée de Jesse Eisenberg sur le projet. Puisque choisie par le réalisateur, ils se rencontrent et parlent tout le rendez-vous d'art et de culture, oubliant presque de parler du film . Elle propose à Finnegan de prendre Jesse, et lui envoie le scénario sur son téléphone portable. Jesse lit le scénario en deux jours et accepte immédiatement.
Le couple se rend chez un agent immobilier, des plus étrange (Jonathan Aris qu'on ne présente plus, à la fois minéral et animal) qui avec un mélange d'amabilité et de folie "hypnotique" les convainc de visiter un lotissement résidentiel, "The Yonder".

Gemma et Tom prennent leur voiture et suivent l'étrange agent jusqu'au numéro 9 de The Yonder. Après une visite des plus banales de l'appartement (à l'exception d'une chambre d'enfant, déjà peinte en bleue, pour un hypothétique garçon selon la norme sociétale acceptée), l'agent immobilier les laisse en plan et disparaît.
Gemma et Tom, un peu étonnés du manque de politesse de l'agent, remontent dans leur voiture, et cherchent à partir, mais impossible de retrouver le chemin du retour. Ils passent des dizaines de fois devant le même numéro 9, et finissent par s'arrêter à lui tombée, et devant l'évidence, impossible de quitter l'endroit, et leur voiture en panne d'essence, ils décident de passer la nuit dans l'étrange maison N°9.
Leur cauchemar ne fait que commencer.

Vivarium est à la fois ce qu'on pourrait appeler un film de petit malin, ET un high concept. Construit à la manière d'un épisode de la 4eme dimension, ou au-delà du réel, il en reprend la structure initiatique mais avec une issue différente, et surtout la dimension politique, et sociétale.

Me concernant, j'ai deviné assez rapidement le début du film, et son principe rien qu'en regardant l'affiche publicitaire du lotissement, et compris en un mot. Mais malgré cela, le film reste des plus plaisants, je ne sais pas si il souffrira d'une revision, mais l'étrange atmosphère fonctionne, et chaque noeud narratif modifiant le récit et les enjeux arrive précisément au moment où on pourrait commencer à s'ennuyer ou trouver que le concept tourne en rond.
C'est une qualité dont déjà peu de films dits de "high concept" peuvent se vanter, si Vivarium ne sera pas un excellent film pour tout le monde, on peut déjà trancher qu'il a un excellent scénario.

Le film va jusqu'au bout de son idée, mais malgré cela, on reste un peu sur sa faim, et si on peut remplir les trous de l'intrigue en réfléchissant de manière sociétale et politique comme son réalisateur, on demanderait presque une suite, ou un préquel, tant l'univers abordé contient un potentiel narratif fort. Je crois que depuis The Arrival, je n'avais pas eu autant envie de savoir des choses sur des personnages "antagonistes".

La deuxième grande force du film est picturale, puisque s'imprégnant de l'atmosphère du peintre Magritte (j'avoue avoir pensé à Magritte dès l'ouverture du film), et précisément, du tableau "l'Empire des Lumières" de 1961 de son propre aveu, Finnegan fait baigner son spectateur dans un mélange permanent de surréalisme et "Das Unheimliche" Freudienne. Ce parti pris esthétique étant plus que magnifié par le bluray, rendant l'image d'une cristallinité totale, et le son du quotidien ou plutôt son absence presque insoutenable.

Au final on se trouve face à un réalisateur, intelligent, engagé, créatif, qui sait de toute évidence manier écriture et réalisation, et dont on espère voir les suites d'une carrière qui s'annonce plus que prolifique si il perpétue son oeuvre dans le sens de ce deuxième film. Entre nouvelles de Dino Buzatti (jouant souvent sur le principe de boucle, cf la fin du film), et épisode de Twilight Zone, ou d'Au-delà du réel, j'ai adoré ce film, car il m'a rappelé pourquoi j'aime le high concept quand il est réussi, parce que Magritte est aussi un peintre dont j'adore le travail, et l'univers, et parce que j'ai écrit en cours d'atelier d'écriture, une nouvelle qui n'aurait pas déparé dans le monde de Yonder. Rendez-vous est déjà pris pour son prochain film en tout cas. De mon avis, un futur grand nom est né.


Bonus : La galette du bluray offre de bien belles choses pour les amateurs de bonus, notamment, une interview fleuve (quasiment 30 min) de questions réponses entre Félix Moati et Jesse Eisenberg filmé à l'occasion de la 58eme Semaine de la critique. Moment plaisant et sans langue de bois ou presque entre les deux comédiens qui évoquent leur amitié récente, puisqu'ils ont partagé l'affiche d'un film sur le mime Marceau qui sort prochainement, l'un jouant le frère de l'autre. Une interview du réalisateur, dans lequel on entre presque dans son subconscient. Un storyboard du film dont on voit la grande différence avec le produit final. une bande annonce et un teaser du film, et une featurette sur les VFX des plus instructifs pour un budget plutôt "ridicule" dans le genre de 4 millions de dollars, pour l'entièreté du film. N'hésitez pas à sauter sur le film, peu importe son format, même si on va dire que le bluray est le plus propice à rendre sa beauté, car à part Tenet qui se fait décidément de plus en plus attendre, niveau film "high concept", on a pas grand chose à se mettre sous la dent. Le plus dommageable, étant que le film, véritablement ovni, aura eu la malchance de sortir en plein confinement ou presque, l'empêchant d'atteindre le public, tout en illustrant parfaitement, voire de manière quasi prophétique l'ambiance qui allait suivre pour le monde entier.
Mais nulle doute, qu'un Netflix, Amazon Prime ou autre aura les "cojones" de le proposer sur une plateforme de streaming. On peut également l'acheter sur la boutique de l'éditeur, ou sur les sites en ligne.

En DVD et Blu-Ray depuis le 8 juillet 2020. Edité par The Jokers. Le site de l'éditeur, sa boutique et sa page Facebook.

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 19:45
Retour à Zombieland

Dix ans, après le très sympathique, et assez rafraîchissant Zombieland dont c'était par ailleurs le premier long métrage, et qui jouait déjà avec les codes du film de Zombie, et après une tentative beaucoup moins réussie de faire de même avec les codes du film de gangster (Gangster's Squad) en 2012, qui lui vaut un changement de voie, en se consacrant principalement à des séries télé, avant de proposer un Vénom en 2018 qui ne convainc pas tant le sujet nécessite un rated R, et les studios et le réalisateur en font un PG-13, limite comédie ; Ruben Fleischer, donne une suite à son film de zombie, toujours au poste de réalisateur, et avec trois scénaristes pas moins pour écrire l'histoire, Rhett Reese, Paul Wernick, et Dave Callahan.

On reprend donc au niveau de l'histoire, les personnages là où on les avait laissés, Wichita (Emma Stone) et Columbus (Jesse Eisenberg) en pleine idylle malgré la présence des zombies, Tallahassee (Woody Harrelson) (au nom toujours aussi imprononçable ce qui donnera lieu à quelques réjouissantes scènes de comédie avec le personnage qui rejoint le groupe d'ailleurs) en proie à la "paternité" figurative avec la petite soeur de Wichita, Little Rock (Abigail Breslin) formant peu ou prou une sorte de famille un peu boîteuse.

Leur périple les conduits au début du film dans la maison blanche désertée, et ils y établissent leur campement. Colombus, souhaitant officialiser la relation, demande une nuit Wichita en mariage, avec pour bague de fiançailles, le diamant Hope (excusez du peu), et comme chacun s'y attend, la jeune fille accepte, ils se marient, et vécurent heureux avec beaucoup d'enfants et Tallahassee est un heureux grand-père de substitution pour eux...

Que nenni, elle se tire en emmenant le Monstre (la voiture bélier chouchou de Tallahassee), sa petite soeur et en laissant un "mot".
Au réveil le lendemain, Colombus et Tallahassee sont à la fois triste et en colère, ne comprenant pas la poursuite des évènements, et c'est lors d'une de leurs balades au centre commercial pour décompresser, et accessoirement tuer quelques zombies qu'ils rencontrent le nouveau personnage du film, Madison, une cruche, blonde, qui a survécu pendant tout ce temps dans un congélateur d'un restaurant du centre commercial, mais qui n'a jamais pensé à l'éteindre pour avoir plus chaud.

Le personnage est posée comme une cruche, et elle le restera tout le long du film, mais à travers ce personnage, volontairement cliché, et qui rappelle les stéréotypes les plus éculés du film teen movie de 1980, les scénaristes et le réalisateur nous disent deux choses : 1) ils se permettent de parler de tout, et de montrer un personnage de femmes qui ne soit pas 100% sans tâche, comme c'est tristement le cas depuis quelques années, où les producteurs, et les décideurs semblent confondre "féminisme", "empowerment", et déesse invicible et sans aucun défaut ni manque (les exemples abondent : Captain Marvel, Rey, Wonder Woman aussi quoique un peu moins). Et on ne le cachera pas ça fait du bien de trouver un personnage comme ça, ici aussi pour incarner le refus de tout ce politiquement correct qui sévit au USA depuis quelques temps.
2) Ce personnage qui n'est pas sans faille (loin de là même), on pourrait même dire qu'elle les a toutes, est surtout là pour montrer qu'elle est un des personnages les plus vrais, les plus sincères, et par extension, les plus attachants, (véritable révélation du film Zoey Deutch qui n'est autre que la fille de Léa Thompson, madame Mc Fly pour les adeptes de Retour vers le futur, de Robert Zemeckis, produit par Steven Spielberg) qui vit dans le creux de ses émotions, et qui écoutent sans arrêt ses sentiments, sans se cacher derrière des barrières qu'elles soit sociétales comme les Hippies qu'ils rencontreront plus tard, ou clanique comme celle de Tallahassee et les "siens".
Une vraie adepte du "Carpe Diem" d'Epicure mais dans son sens le moins perverti, elle n'est pas une jouisseuse, elle vit le moment présent loin des règles de Colombus, des maximes de Talahassee, ou des errances sentimentales de Wichita et Little Rock. LA preuve s'il en est, qu'on peut donner une leçon de vie, avec un personnage qui est pourtant l'incarnation parfaite d'un stéréotype "sexiste".

Toujours est-il que Tallahassee et Colombus la ramène à la maison blanche, où elle s'extasie de tout. Elle demande à visiter la maison blanche et parvenu dans la chambre de Lincoln, elle saute sur Colombus et couche avec lui, prenant ainsi le pas, de manière ultra symbolique sur Wichita.
Seulement voilà, la même nuit, du bruit survient dans le garage, et Tallahassee et Colombus débarquent s'attendant à voir débarquer des zombies, (notamment les nouveaux modèles quasiment increvable, surnommé les T-800 en hommage à Terminator 2) mais tombe avec surprise sur Wichita qui est revenu chercher des vivres.
Elle leur apprend que Little Rock est parti pour Graceland, avec un jeune hippie Berckeley, rencontré sur la route, et qu'ils ont emmené le Monstre avec eux.
Talahassee fout de rage, décide de partir le lendemain la chercher. Wichita découvre sa rival, et reste abasourdie de la rapidité avec laquelle Colombus l'a "remplacée".

Le groupe part le lendemain dans un monospace, mais c'est trop pour Talahassee qui veut un autre moyen de transport trouvant le monospace trop "humiliant". Ils finissent après une échauffourée avec des zombies, dont les nouveaux T-800 par dégoter un camping-car dont deux roues crèvent en passant sur une herse, et retour au monospace. Ils arrivent à Graceland, où les attend, la propriétaire des lieux, une copie conforme de Tallahassee mais en femme, forte, courageuse, un brin redneck, amatrice du King, et fana de grosse voiture et de flingues, Nevada (parfaite Rosario Dawson). Talahassee s'en amourache aussitôt.  Ils y rencontrent aussi deux chasseurs de zombie qui sont le parfait décalque de Talahassee, et Colombus : Flagstaff (Thomas Middleditch) et Albuquerque (méconnaissable Luke Wilson).

Sans raconter tout le film, Retour à Zombieland est un film de mon point de vue, bien mieux construit que le premier, et que j'ai préféré également. Entre les quelques petites piques aux SJW (qui sont d'ailleurs en train de faire parler tristement d'eux en ce moment au USA) qu'on peut y déceler sur la fin de l'aventure dans la communauté hippie : Babylone, le climax façon "7 Mercenaires", et la liberté de ton du film, sans oublier ses vrais bons moments de comédie, on a la un film d'une excellente facture. On aimerait presque comme le dit le réalisateur et les acteurs et actrices dans les bonus, qu'un troisième opus voit le jour dans 10 ans. Quant à Ruben Fleischer, on lui souhaite bonne chance pour son adaptation d'un prequel d'Uncharted, le jeu PS3 avec Mark Walhberg dans le rôle de Sully, et Tom Holland dans le rôle du jeune Nathan Drake, le choix peut surprendre, mais on attend de voir avant de condamner, beaucoup d'autres choix non immédiat, ont surpris par le passé.

BONUS : Au niveau des bonus, on trouve un commentaire audio du réalisateur, des featurettes sur le tournage du film, mettant pour une fois la part belle sur les figurants, et les toutes petites mains qui constituent un tournage (cascadeurs, chef décorateurs, ensembliers), plus que sur les acteurs et actrices, même si ils/elles sont également à l'honneur.
Ces featurettes font toujours un peu formaté "j'ai adoré travailler avec untel", "unetelle est géniale, tellement drôle", mais pour une fois, on a l'impression que ces propos sont sincères, et que le plaisir a vraiment été là de se retrouver pour tourner cette suite de Zombieland, chez tous les participants.

 
En DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 4K UHD, Steelbook, coffret Zombieland 1&2 et VOD depuis le 11 mars 2020. Edité par Sony Pictures France. L
e site et la page Facebook de l'éditeur.
 
 
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 16:51
La Vérité si je mens ! Les Débuts

Après la trilogie inégale de Thomas Gilou, avec un premier opus assez réjouissant, un deuxième opus vraiment réussi, et un troisième très décevant, ce prequel (l'histoire se passe dans la jeunesse des quatre personnages principaux, Dov, Ivan, Patrick, et Serge) réalisé par Michel Munz et Gérard Bitton, co scénariste du 1, 2 et du 3, n'arrive pas au niveau des deux premiers opus.
L'effet de surprise ne marche plus, et même si une partie du cast est assez incroyable de mimétisme (les interprètes de Patrick et Serge), Ivan et Dov sont en revanche moins bien trouvé d'un point de vue ressemblance physique, et interviennent bien moins que les deux autres dans l'intrigue.
L'effet film choral qui aborde la jeunesse de chacun des personnages fonctionne plus ou moins bien mais sans trait d'originalité folle.
On relèvera en revanche l'idée intéressante de faire jouer le père de Patrick, par Gilbert Melki (juste parfait) et de la comédienne Gladys Cohen, qui interprète la mère de Serge. Mais on regrette un peu que l'idée n'est pas était adopté à tout le casting, car alors, le dialogue entre les deux univers auraient été la possibilité d'un point d'ancrage du film. Ici, limité à deux personnages, ça fait vraiment choix du pauvre, et même si ça ne tombe pas à plat, le film n'en sort jamais réellement grandi.

François Berléand est toujours égal à lui-même, et campe avec talent le patron de Dov, tandis que Audrey Dana, incarne de manière très subtile sa femme,  une couguar, croqueuse d'hommes jeunes qui jettent son dévolu, un brin toxique sur le jeune Dov et en fait son amant attitré.

D'un point de vue réalisation, Bitton et Munz font le taf mais sans plus, et la reconstitution historique passe assez bien, de même que le rajeunissement des rares personnages qui subsistent du film original. On appréciera également dans ce prequel, le petit clin d'oeil au personnage d'Elie Kakou, Rafiki dont l'absence reste à ce jour, une immense perte pour les Marseillais, et le monde comique en règle générale.

Au final, on est face à un film qui ne plaira pas à tout le monde, loin de là, mais celles et ceux qui ont apprécié les trois premiers opus auront plaisir à retrouver les personnages qu'ils affectionnent et à en suivre les péripéties de jeunesse.

C'est d'autant plus dommageable, que le jeune cast, malgré ses quelques erreurs de choix de comédiens pour des  personnages au niveau physique uniquement, se donne à 100% et offre une belle palette d'émotion et de situation, parfois comique, parfois émouvante et souvent qui tapent juste. Parfois il est bon de s'arrêter quand on est au sommet de la vague, et ce prequel n'a manifestement pas sû tirer les erreurs du troisième opus. Un film à voir pour le fun, surtout en ces temps de confinement, mais qui ne restera clairement pas dans les annales de la comédie française.

Bonus : Un disque assez vide en bonus, mais demeure quand même, un très intéressant  making of qui se suit avec plaisir, et dévoile les coulisses de l'idée qui a mené aux trois premiers films.
 

En DVD et VOD depuis le 6 mars 2020. Edité par Sony Pictures France. Le site et la page Facebook de l'éditeur.

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 19:27
Maléfique 2 : Le pouvoir du Mal

Disney s'est tellement fait une spécialité du reboot-remake, que quand il propose une version alternative d'un des méchants d'un de ses dessins animés les plus connus, mais aussi les plus traumatisants, (La belle au bois dormant), car oui, celles et ceux qui n'ont pas frissonné en écoutant la musique de Maléfice dans le dessin animé, et spécialement quand Aurore monte vers son Destin dans la chambre à la Quenouille, sont de biens belles et beaux menteurs.) on ne peut que se réjouir de la prise de risque.

Personnellement, cette utilisation de la musique, et cette quarte du diable (me semble t-il) ont achevé de me traumatiser et m'ont longtemps empêché quand j'étais petit de monter me coucher dans la maison de campagne de mes grands-parents, tant la musique s'imprimait dans mon oreille au point de l'entendre, voire de la fredonner en montant les marches qui m'amenaient  à ma chambre.
Mais trêves de digression, car il faut saluer l'originalité de ce premier opus, réalisé par Robert Stromberg qui a été superviseur des FX de plusieurs gros films, avant de devenir chef décorateur sur Avatar de James Cameron, et puis chef décorateur de Alice au pays des merveilles de Tim Burton et du monde fantastique de OZ de Sam Raimi.

Stromberg qui a livré un premier film honorable avec une belle identité visuelle proche de ses précédentes collaborations, avec Maléfique, avait moins convaincu d'un point de vue purement réalisationnel. C'est peut-être la raison ou pas pour laquelle il a été remplacé pour le deuxième opus par Joachim Ronning, coréalisateur de Bandidas, et réalisateur du 5eme Pirates des Caraïbes, le correct mais peu passionnant, "Pirates des Caraïbes : la vengeance de Salazar".


En peu de mots, l'histoire se passe après les événements du premier film. Aurore et Maléfique vivent dans leur château avec leurs amis fées et autres animaux merveilleux, et se partagent le royaume en deux, avec de l'autre côté les humains, menés par le roi John et son fils Philippe.
Lassé de ses guerres intestines continuelles, le roi John, veut en finir une bonne fois pour toutes, lors du mariage d'Aurore et du prince Philippe, mais c'est sans compter sur sa femme, la reine Ingrith qui ne l'entend pas de cette oreille. Lors d'un repas de découverte des deux familles, la conversation s'envenime, Maléfique dévoile ses cornes, et use de son pouvoir. Au même instant, le Roi tombe dans une profonde léthargie proche de la mort, et Maléfique, traquée par les gardes du roi, mais apparemment innocente, s'enfuit à tire d'ailes, tandis qu'Aurore est gardée par sa nouvelle belle-famille, et son prétendant. Maléfique, blessée par une arme d'un des gardes du roi, s'effondre dans la mer, mais elle est bientôt sauvée de la noyade et de la mort par une étrange créature qui lui ressemble en tout point. Commence alors une contre-attaque, pour prouver son innocence et démasquer le vrai coupable, au sein de son nouveau "peuple".

Le film se laisse regarder, même si il manque un peu d'une patte, et d'une réalisation plus personnelle ou accrocheuse qui nous laisserait pantelant, comme saurait le faire Sam Raimi par exemple. Mais malgré ça, le film propose quelques beaux moments. Il se permet de jolies séquences parfois assez sombre (même si le film s'adresse avant tout on le pense aux enfants et aux adolescents), mais cette noirceur n'est jamais réellement offensive, ou transgressive.

Le premier film qui parlait quand même à mots cachés de "viol", et d'émancipation féministe, était déjà un peu plus osé en la matière. Le film s'avère être assez rythmé, et quelques passages de franche comédie, tranche avec la noirceur apparente du sujet. Toutefois si on est pas trop regardant sur le scénario un peu basique mais efficace, on appréciera la délicieuse Michelle Pfeiffer dans un rôle très ambiguë de Marâtre, Angelina Jolie et Elle Fanning dans leur rôle respectif de Maléfique et Aurore, et Chiwetel Ejiofor (les Fils de l'Homme) dans celui d'une sorte de mentor, Conall, guide du nouveau peuple d'adoption de Maléfique.
Au niveau des bonus, c'est le néant le plus total. Quelques bande-annonces et c'est tout. Pas de featurette, pas de making of, pas même un petit commentaire audio à mettre sous la dent du cinévore, quel dommage.

En DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, Blu-Ray 4K UHD, et coffret Maléfique 1 et 2 depuis le 21 février, ainsi qu'en VOD. Edité par Disney DVD. Le site et la page Facebook de l'éditeur.
Retrouvez d'autres films dans les plus belles œuvres au ciné en 2020 et
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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 13:39
Angry Birds 2 : Copains Comme Cochons

On va terminer ce mois de février par la suite d'une licence plutôt trés connue. Même si cette licence ne doit rien au cinéma de prime abord, et qu'elle a démarré sous forme de jeu mobile qui a connu un carton intersidéral, Angry Birds, puisqu'il s'agit de lui, a sû trouver les moyens de pénetrer le coeur et l'esprit des cinéphiles.
On aurait pu craindre du premier opus, une banale adaptation bancale du jeu (comprenez une transposition du principe premier du jeu, lancer des oiseaux sur des cochons en faisant exploser leurs maisons), mais que nenni, ce premier opus avait réussi à proposer un film intéressant, avec des personnages attachants, et même si il n'a pas remporté le succès critique de Lego Adventures, il a quand même livré un film loin d'être mauvais qui avait réussi en son temps à se hisser premier du box office Américain, dépassant même, la locomotive Disney-Marvel, Captain America 3 Civil War.

Pourtant c'était plutôt mal parti, dans l'idée c'était comme adapter Puissance 4, ou Piège en film. Après de petits essais avec des vidéos comiques (à même le jeu) livré en extra bonus, le pas vers le grand écran s'est effectué sans heurt.

Bien sûr on était pas face au meilleur film d'animation de tous les temps, mais le film restait honorable, d'autant que certains y avaient décelé un sous-texte sur le Brexit, d'autres sur l'immigration avec des référence encore plus tirés par les cheveux, voire même un film raciste.

Le premier film réalisé en 2016 par le duo Klay Kaytis et Fergal Reilly (le premier ayant débuté comme superviseur des effets visuels sur Kuzco, l'autre dans Tempêtes de Boulettes Géantes), voit lui succéder dans le deuxième opus Thurop Van Orman, à qui on doit "les merveilleuses aventures de Flapjack", et la série "en route les aventures de tip et oh" dispo sur Netflix actuellement, qui est la série dérivée du film Dreamworks animation, "En route".

Que dire sur le film, si ce n'est que c'est déjà un plaisir de retrouver les personnages du premier film, et d'en découvrir plusieurs nouveaux. L'intrigue utilise le trope assez classique de l'alliance des précédents ennemis contre un troisième, mais elle le fait avec beaucoup de réussites. On ne s'ennuie pas une seconde dans ce film léger mais bien rythmé, qui voit Red et sa bande, s'allier avec Léonard et son assistante pour combattre un nouvel ennemi, une Aigle qui vit dans une contrée glacée bâtie sur un volcan (oui il faut laisser la logique de côté).

Red, profite de son succès mérité en devenant le héros du premier film, et il mène une vie heureuse, bercé par les flatteries et la reconnaissance des habitants, ponctués de temps à autre par les attaques des cochons. Mais lorsque le chef des cochons reçoit sur le coin de la figure, ou presque, une immense boule de glace venu de plus loin que l'île des oiseaux, il demande à Red une trêve pour s'allier contre cet ennemi commun inconnu.
Red, et ses amis, aidé de l'Aigle Vaillant, et de Léonard et son assistante partent donc en quête d'une solution pour vaincre cet ennemi commun.

Le film traite avec intelligence en premier lieu, de l'inutilité d'être un héros en temps de paix, car l'ennui et l'inaction se font vite ressentir, et même si Red était quasiment un dieu vivant, en temps de paix, les hommages se font moins souvent. Il finit par tomber dans une forme de dépression, et ses amis l'encouragent à aller de l'avant, en l'amenant à un speed dating par exemple. C'est là qu'il rencontre Silver avec qui ça ne colle pas du tout.

Mais par un concours de circonstances, Silver va se retrouver dans ses "pattes" et il va devoir faire contre mauvaise fortune bon coeur et s'allier à elle pour vaincre Zeta, l'aigle femelle qui bombarde la terre des cochons et celle des oiseaux.

On n'en dit pas plus pour laisser aux spectateurs la joie de découvrir le film et ses péripéties, mais ce dernier montre avec intelligence, que les hommes, comme les femmes doivent s'allier et se compléter et non se déchirer dans une guerre de qui est plus fort que l'autre. Le film a une deuxième intrigue à la fois touchante et drôlatique sur l'alliance entre les enfants cochons et les enfants oiseaux pour retrouver les soeurs d'une des enfants oiseaux.
Une manière de dire qu'autant les peuples, que les adultes des deux genres, et les enfants de même, doivent mettre de côté leurs problèmes d'entente et s'allier pour la poursuite d'un bien commun.

Angry Birds 2 pourrait sembler manichéen ou niais, mais il ne tombe jamais dans ce travers, malgré ces thématiques archi rebattu. Mieux, le rire et l'émotion sont souvent au rendez-vous dans le film.

Au niveau des bonus, le film propose une large palette de contenu, des court-métrages drôles, des DIY (do it yourself) en cuisine, pâtisserie et un pour faire du slime, un making of et une présentation des nouveaux protagonistes vraiment trés intéressant, et quelques featurettes aussi intéressantes sur l'inspiration de vrais oiseaux notamment pour retranscrire les personnages du film à l'écran dans leurs particularités physiques, physiologiques ou même comportementales.

Et quand on sait qu'un 3eme opus est d'ores et déjà prévus, on espère qu'il saura se réinventer comme l'a fait avec une bonne réussite ce 2eme film. Rendez-vous est pris.

 En Blu-Ray, Blu-Ray 4K Ultra HD, DVD, coffret Angry Birds 1 et 2, et VOD depuis le 19 février. Edité par Sony Pictures France. Le site et la page Facebook de l'éditeur. 
 
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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 15:57
Office se crée

On avait découvert Gavin Hood, réalisateur sud-africain de son état, avec l'encensé "My name is Tsotsi"en 2006, qui avouons-le, était sympathique, mais pas le chef d'oeuvre dont on nous a rebattu les oreilles. Juste après cette réussite, Gavin Hood s'était engagé dans le bancal, "X-men Origins" avec son sésame pour Hollywood (les nombreuses récompenses de Tsotsi, dont l'Oscar du meilleur film étranger quand même), bancal pour ne pas dire très mauvais, mais ne tirons pas sur une ambulance à terre. Heureusement que Bryan Singer, puis James Mangold reprendront le flambeau des personnages de X-men, avec le succès que l'on sait.

C'est d'autant plus dommage que Gavin Hood n'est pas un mauvais bougre, et qu'avant d'être révélé par son film, 'My name is Tsotsi', dans lequel un gamin délinquant, "carjackait" une voiture, avant de découvrir qu'il avait aussi enlevé un passager clandestin, en la personne d'un bébé. On suivait alors tout le parcours de l'anti-héros forcé par le hasard de devenir "père de substitution" malgré lui.
Il a fait ses études à UCLA comme un certain Steven Spielberg, personne dont il recevra d'ailleurs en 1993, le prix Diane Thomas Screewriting award d'un jury composé entre autres donc de Steven Spielberg, Michael Douglas et Kathleen Kennedy, excusez du peu. Tout ça pour son premier scénario intitulé "a Reasonable man", qui sera aussi son premier film en 1999, film d'ailleurs inédit en France. Suivra un inédit en 2002, puis il revient contre toute attente, avec une adaptation vraiment très bonne du chef d'oeuvre livresque de Orson Scott Card, "la Stratégie Ender", (film d'ailleurs chroniqué en ces pages et sur le site de Cinetrafic sous le titre, "Anger Games".)

Avec la Stratégie Ender, on pouvait penser que Gavin Hood allait dépasser le succès d'estime de l'académie et de la presse pour s'engouffrer dans la reconnaissance du grand public, mais peine perdue. Ses prochains films sortiront en E-cinema, la version hype pour dire "direct to DVD/streaming" ce qui est déjà beaucoup moins sexy. Il dirigera d'ailleurs Alan Rickman dans son dernier rôle, dans le E-cinéma film, "Operation Eye in the Sky", puis vient le Official Secrets qui nous intéresse.

Le film reprend de manière quasi documentaire les événements qui ont contraint par fidélité à son peuple, non à son pays (une des plus belles scènes et répliques du film), Katharine Gun à faire fuiter un mémo pour la presse, mémo qui demandait aux services secrets anglais du MI6, d'aider la CIA à convaincre certains délégués de l'Onu de voter la controversée deuxième guerre du Golfe.

Tout est réuni pour faire un superbe film, du pitch de départ, au choix plutôt osé de Keira Knightley pour interpréter Katharine Gun (la ressemblance est d'ailleurs pas du tout frappante, puisqu'on voit la dénommée Gun à la fin du film, dans un extrait réel de son procès pour trahison, et elle ressemble plus à Miranda Otto qu'autre chose). Mais les lois du bankable sont impénétrables dans le monde financier du cinéma. Toujours est-il que ce choix paye, car Keira Knightley justifie à elle seule dans son interprétation, de voir le film, tant tout son jeu, introverti, colle parfaitement à la culpabilité pourtant inique que ressent son personnage pour son acte.

Evidemment la fuite est publiée par la presse, et Katharine est forcée par sa conscience personnelle et un agent secret envoyé pour investiguer sur qui a fuité, de se dénoncer. Suivront alors des  poursuites et un procès, dans lequel un cabinet anglais la défend, Liberty (tout un symbole pour le coup), et où l'interprète de l'avocat chef du cabinet n'est autre que Ralph Fiennes, qui lui aussi livre une très jolie composition d'avocat révolté et honnête, face à l'injustice dont souffre sa cliente. On a également le plaisir de retrouver un des Doctor Who, en la personne de Matt Smith, mais son personnage, bien que très intéressant est à peine développé, très dommage.

On aurait pu avoir un mix entre les hommes du président, douze hommes en colère, et The Post, malheureusement, n'est pas Pakula, Lumet, ou Spielberg qui veut, et si dans le film de ce dernier, une simple recherche de "mots" dans des mémos épars devient un réjouissant jeu de pistes cinématographiques, et une réelle course à l'enjeu, rien de tel n'arrive dans ce Official Secrets, et même si certaines scènes sont plutôt bien tournées, on n'est jamais réellement plongé dans la traque de Katharine, ni angoissé par le procès et ses multiples rebondissements, encore moins troublés par le côté thriller/espionnage. On pense parfois à Oliver Stone aussi dont le Snowden est très récent, mais là encore, aucune crainte n'est distillée, et le personnage franchit les obstacles pour sortir le mémo quasi sans anicroches.

Le film est loin d'être mauvais, mais à force de trop hésiter entre drame intimiste, film de procès, film d'espionnage, et thriller politique, Gavin Hood traite tout un peu, jamais tout à la fois (encore une fois, n'est pas Spielberg qui veut), et du coup le film se suit sans déplaisir mais sans passion non plus. Un film à voir par curiosité mais qui ne restera pas forcément dans les annales, quel que soit le genre qu'il aborde.

En e-Cinema / VOD depuis le 2 janvier 2020. Edité par Wild Bunch.  Le site et la page Facebook de l'éditeur.
 




 

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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 00:15
Le Daim

Quentin Dupieux, artiste prolixe et multitâches que j'ai personnellement découvert musicien (Mr Oizo) avant de le découvrir sous un autre jour, dans l'expérimentalo-fun, le Non Film en 2001 (sorte de croisement plutôt audacieux, car la narrativité du procédé aurait pu échouer, mais contre toute attente, le principe de suspension d'incrédulité fonctionne, entre 6 personnages en quête d'auteur de Pirandello, et le théâtre Brechtien, voire Ionesquien de l'Absurde.

Viendra après dans mon parcours de sa cinématographie aussi arty que réjouissante dans son refus apparent des règles, l'ovni, Steak, avec le duo Eric et Ramzy, qui débarrassés des oripeaux de leurs mauvaises comédies, donnent à voir, un sens du rythme, et un esprit absurde, plutôt bien équilibré. On avait bien sûr déjà eu l'avant-goût de leur talent, pour l'assez correct, La tour Montparnasse Infernale, sorte de rollercoaster qui se voulant des airs de Y a t-il et de Die Hard, n'arrivait à égaler ni l'un, ni l'autre de ses modèles, même si certaines des répliques du film ont pu devenir culte pour des spectateurs peu regardant, ou peu au courant des génies du burlesque et de l'absurde, de ces 30 dernières années, le trio ZAZ en tête.

Steak sous des dehors apparent toujours absurde, raconte quand même quelque chose de la société, à mis chemin entre Kubrick (Orange Mécanique semble souvent "cité") et une dénonciation plutôt efficace de l'esprit de meute (qu'on retrouve également chez le génie anglais dans Full Metal Jacket).

Viendront ensuite, Rubber qu'il réalise en 2010 après l'abandon de son scénario "Réalité", (qui semble t-il est revenu sur le devant la scène, bien plus tard dans sa filmographie). L'histoire d'un pneu psychopathe qui tue les gens par la pensée (une sorte d'hommage à la fois à Cronenberg et au cinéma bis ou de série Z). Ce dernier m'avait particulièrement plû car tourné au 5D, un appareil photo caméra quasiment inconnu du grand public, et dont je fis l'acquisition moi-même, la même année quasiment grâce à un ami chef op et photographe qui m'en décrivit le plus grand bien. J'ai d'ailleurs eu le privilège de voir Rubber dans une salle d'art et d'essai, en présence de l'attaché de presse, et du producteur de Quentin Dupieux, ce dernier étant retenu à Paris pour l'avant-première en présence de l'équipe technique et casting. Producteur à qui je dis tout le bien que je pensais de Quentin et de son oeuvre.

Mais j'ai un peu lâché l'affaire depuis, et je n'ai pas encore eu l'envie, ou le désir de voir ses métrages suivant, Wrong (2012), Wrong Cop (2013) et Wrong Cop saison 1 (2014) la série adaptée du long métrage éponyme. Long métrage qui succède à un court du même nom "Wrong Cop". Je n'ai pas plus vu, Réalité qu'il arrive enfin à tourner en 2014, ou encore Au Poste dont la bande annonce promettait de grands moments d'absurde et de bris du 4eme mur.

J'ai donc repris "pied" dans l'univers Dupiesque en allant voir Le Daim avec Jean Dujardin, et Adèle Haenel (en ce moment sous les projecteurs pour une histoire grave de harcèlement sexuel par un réalisateur avec qui elle a tourné). Il est d'ailleurs intéressant de voir que dans le Daim, Adèle joue une technicienne monteuse qui fait face au désir farfelu d'un prétendu réalisateur qu'interprète assez bien Jean Dujardin. 

Le film se regarde sans déplaisir, mais sans passion non plus, car il est possible qu'à force de faire des objet "arty", Dupieux ait perdu de vue le sens de la cinématographie qui est outre le visuel, de raconter des histoires par l'image. Le Daim, raconte une histoire certes, un homme qui décide d'être le seul à porter un blouson, et qui tombe amoureux d'une veste de "cow-boy" en daim avec de franges, au point devenir littéralement obsédé par ce manteau, et de finir quasiment un daim lui-même.

Quentin Dupieux a un nouveau film en préparation, et je ne sais si j'irai le voir, car je commence à trouver que le cinéma de Dupieux est un cinéma de petit malin, mais qui n'a pas forcément grand chose à dire, ou à montrer. Même si on ne peut lui nier un certain sens du visuel, et un goût pour les synopsis un peu dingue. Comme en témoigne celui de son prochain film, Mandibules " Jean-Gab et Manu sont deux amis simples d'esprit. Ils trouvent une mouche géante vivante coincée dans le coffre d'une voiture et décident de la dresser pour gagner de l'argent avec" (tout un programme).

Au final, un film pas désagréable, mais qui ne marque pas non plus incroyablement ni la rétine, ni le cinéma malheureusement. Mais peut-être que son but est juste de faire des films qu'il aime, et en ce sens le pari est réussi. Je ne saurais même pas dire si j'ai aimé ou non, d'où la difficulté d'écrire la présente critique, mais je n'ai pas détesté.

Bonus : Les bonus sont peau de chagrin, puisqu'il faudra se contenter d'une bande-annonce du film, décrit par le réalisateur et son comédien principal. On aurait justement aimé dans ce genre de projet plutôt expérimental, d'avoir une sorte de journal de bord du tournage, ou quelque chose de personnel qui permettent d'entrer un peu plus avant dans le cerveau de son "génial" créateur.

En DVD, Blu-Ray et VOD le 5 novembre 2019. Edité par Diaphana Edition Video. Le site et la page Facebook de l'éditeur.

Retrouvez d'autres films dans le cinéma français et les plus beaux films de 2018.

 

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 22:19
Toy Story 4

On aurait pu penser que tout avait été dit dans les précédents opus de Toy Story, et que le magnifique et très émouvant 3eme opus, fermait la porte de la plus belle des manières. Mais force est de constater que même si loin d'atteindre la force d'évocation immédiate et intemporelle de Toy Story 3, Toy Story 4 ne démérite pas et arrive à trouver sa place moins en tant que suite directe (ce qu'il est pourtant) que comme spin-off pour raconter l'histoire de Bonnie, mais surtout et la surprise est là, l'histoire de Bo, la bergère au mouton à 3 têtes des deux premiers volumes.

On retrouve bien entendu, tous les personnages qui font le sel de la série de films, de Mr et Mme Patate, à Rex, en passant par le tricératops femelle Trixie, ZigZag, et bien d'autres. Auquel s'adjoint Jessie et Buzz, bien que ces derniers soient plus des "figurants" qu'autre chose, et ce même si Buzz aura son rôle à jouer plus loin dans l'intrigue. 

On retrouve donc la petite Bonnie qui va rentrer à la maternelle, et qui angoisse à cette idée, car les jouets sont interdits. Et là le ciel s'effondre sur la tête de la petite fille. D'autant plus que de son côté, Woody est délaissé dans son rôle de Shérif au profit de Jessie. Il récolte même son premier "mouton de poussière", témoin d'un désintérêt d'un enfant pour son jouet.

Mais Woody, malgré le fait que Bonnie le délaisse, ne veut pas tourner la page pour autant, et profitant d'un moment d'inattention des autres jouets, il s'enferme dans le sac de Bonnie. Arrivé à l'école, Bonnie tente de nouer le contact avec un petit garçon, mais ce dernier l'ignore, et elle recommence à broyer du noir. Jusqu'à ce que Woody, en fouillant les poubelles ne lui donnent à s'occuper. Et c'est à l 'école, avec des matériaux de récupération dans la poubelle que lui a discrètement suggéré Woody qu'elle se crée son premier jouet "DIY" (Do It Yourself), Fork, une cuichette (mi fourchette, mi cuillère).

Par le pouvoir de l'imagination de Bonnie, Fourchette prend instantanément vie, et Woody, Fourchette et Bonnie rentrent de l'école. Arrivé dans la chambre de Bonnie, le petit dernier, s'intègre mal et ne rêve que d'une chose, finir littéralement dans une poubelle. Il finit par déjouer la surveillance accrue de Woody et profitant d'une bourrasque, il s'envole loin des autres jouets.

Woody ne sait plus que faire, et profitant du fait que la famille part en vacances en camping car (l'école ne reprenant que dans une semaine), il s'évade bien décidé à retrouver Fourchette et à le ramener coûte que coûte.

Fini, les thématiques sur l'importance de grandir, sur le fait qu'un jouet risque d'être supplanté par un jouet plus technologique, ou tout simplement sur la perte d'un jouet de grande valeur sentimentale, ici Toy Story 4, célèbre l'attachement pour du jouet DIY. Le même attachement qu'on peut avoir pour un doudou en mouchoir de maman ou en chiffon, ou encore pour les fameux chevaliers en marrons de marronier. Tout le discours du film s'articule donc autour de la notion de conscience. Conscience de ne pas être un jouet (tout l'inverse de la thématique du 2), conscience qu'un jouet doit être fonctionnel pour plaire à un enfant, ou encore à la fin du film, conscience d'être.

Sur un scénario écrit par Andrew Stanton, et  Stéphany Folsom (aidé de pas moins de 5 scénaristes supplémentaires) on trouve à la réalisation, un petit nouveau, qui était un ancien storyboarder de Cars 2, Josh Cooley. Et le moins qu'on puisse dire c'est que Josh Cooley a du talent créatif à revendre, et une imagination assez débordante visuellement. Et même si il lui manque peut-être le génie de ses pairs, ses premiers pas dans le long sont plus qu'encourageant pour la suite.

Il arrive tour à tour à distiller savamment, l'émotion ( le prologue et l'épilogue), le rire (les interventions sporadiques et plutôt bien dosées de deux personnages sidekick), la peur (les passages dans le magasin d'une vieille antiquaire, à commencer par un superbe clin d'oeil à Shining), et même la réflexion philosophique, tout le long de son métrage. 

Toy Story 4 est un film plus adulte, plus centré autour de l'émancipation de Bo donnant une tonalité féministe très appréciable car parfaitement intégrée à la trame narrative du film, et pas catapulté là pour faire "genre", après sa déchirante séparation d'avec Woody et Molly, ainsi qu'une réflexion plutôt poussée sur l'estime de soi, suivre sa voix intérieure (plusieurs personnages sont confrontés à une voix interne : une poupée a son mécanisme vocal comme celui de Woody mais défectueux, Bo a sans arrêt une sorte de polly pocket sur l'épaule, façon Jimini Cricket, un hilarant motard acrobate Canadien interprété par Keanu Reeves ne cesse de penser à son ancien enfant "Jeanjean" qui l'a délaissé car il n'arrivait pas à sauter aussi loin que ce que le vantait la publicité du jouet, et même Buzz qui avec une certaine synchronicité fait correspondre ses commandes vocales avec des questionnements moraux liés à l'action qu'il veut entreprendre pour sauver Woody, et Fourchette, et les ramener à bon port.

La musique de Randy Newman toujours égal à lui-même, est pour partie dans le côté émotionnel du film, et deux nouvelles chansons de Charlélie Couture finissent d'enfoncer le clou de la nostalgie. Mais malgré ça, le film en lui-même court vers l'avant, et ne regarde presque jamais derrière lui de manière compassée.

Le final du film est à la fois terriblement déchirant et parfait en soi, et le film se termine sur un effet de boucle bouclée avec en plus une question d'un nouvel arrivant après le passage de Bonnie au CP qui ouvre justement à d'autres aspiraitons, Fourchette représentant la partie d'elle-même qui était en questionnement sur son "utilité" sur terre, et son sentiment de ne pas être un jouet, mais un déchet. Et ce nouvel arrivant, coïncide avec son évolution psychologique d'enfant et les questionnements qui s'y retrouvent liés. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler un des passages les plus intéressants du film.

Bonus : Du côté des bonus, le Bluray du film déborde à ras bord : scènes coupées en storyboard animés, visite des studios et de la partie doublage juste hilarante, commentaire audio, bandes annonces et courtes featurettes vraiment intéressante. Pixar ne s'est pas moqué de son public encore une fois.

En DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, Blu-Ray Edition limitée et coffret Intégrale Toy Story depuis le 30 octobre 2019 et déjà en VOD. Edité par Disney DVD. Le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
 
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26 août 2019 1 26 /08 /août /2019 20:26
Il était une fois... La Rêvolution

Un camarade de fac m'avait dit en rigolant ou peut-être était-il tristement sérieux, "Quentin Tarantino n'est pas un cinéaste, c'est un fossoyeur. Il ne crée pas de films, il recycle des formules, il n'invente rien, il copie des cadavres et en fait des cadavres exquis. C'est un croque-mort et pas un réalisateur. Il ne réalise pas, il échoue le cinéma". Et ça a été le premier mais pas le dernier qui dépeignait ainsi ce pauvre Quentine.

J'ai longtemps trouvé que son propos n'était ni argumenté, ni intelligent, et puis ont commencé à sortir des films comme Boulevard de la Mort, mais surtout Inglourious Basterds, ou Django, et enfin Il était une fois... Hollywood, et là l'obscurité s'est éclairée, le voile de ténèbres qui entourait cette assertion s'est déchiré pour moi, et le propos de ce camarade est devenu intelligible, sauf que même si cette fois je suis d'accord avec lui, pour moi ça n'est absolument pas un défaut, bien au contraire.

On ne peut pas dire que je sois le fanboy hystérique de l'ami Quentin, même si j'ai un respect poli pour Réservoir Dogs (sorte de sous City on Fire de Ringo Lam, ceci est d'ailleurs curieux parce que j'ai revu City on Fire, moi comme d'autres d'ailleurs, et le lien avec Réservoir Dogs est plus qu'incertain) ; que j'ai idolâtré Pulp Fiction que j'ai vu 4 fois avant de le détester au point de ne plus pouvoir voir la VHS, même en peinture ; que True Romance a été le nom d'une des tables de mon dîner de Mariage, que j'ai un amour immense pour Jackie Brown, sans doute le moins violent des Tarantino, et qu'ensuite en dehors des Kill Bill Volume 1 et 2 que j'ai adoré, les trois autres sont bien loin d'avoir recueillis tout mes suffrages.
Boulevard de la Mort m'a ennuyé au plus haut point, même si j'ai bien vu l'idée derrière le film, (sorte de Psycho sur roues inversé), et la métaphore anti-macho, bien des années avant la vindicte Me-Too. Je ne sauverai de Inglourious Basterds que l'incroyable scène d'introduction qui est parfaite (rythmique, symbolique, tension, réalisation, montage, musique, etc...) et l'outro du film qui est qu'on le veuille ou non, assez "couillu", avec peut-être la scène de jeux dans le bar et la fusillade qui s'ensuit. Le reste va d'une interprétation parfois mauvaise, mal jouée (essentiellement le cast français) à un manque total d'empathie pour les personnages. Django a légèrement relevé la barre, même si pour moi dès la disparition du Waltz solaire du film, la dernière demi-heure de massacre expiatoire et même si j'en comprends encore une fois l'idée sous-jacente derrière est largement de trop. Face à ces joies cinéphiliques (rires), je n'ai pas osé regarder son avant-dernier, Les 8 salopards, et ce même si le western est un de mes genres préférés.

Mal ou bien m'en a pris, je ne sais mais je compte lui donner une chance quand même, par curiosité.

Et puis est sorti le sujet de son dernier né, un film sur Charles Manson, sa "famille" et la mort de Sharon Tate d’après les médias. Imaginez un peu l'odeur de souffre du projet, les polémiques à venir à Cannes et j'en passe. En réalité, de ce sujet initialement compris par la presse, ne reste qu'un film sur le cinéma, avec l'évocation comme fil rouge d'une époque de Sharon Tate. Quant à sa mort, ou à Charles Manson, nous verrons bientôt qu'ils sont loin d'être le sujet principal du film, même si ils en sont à leur manière les vecteurs principaux.

Je passerais sur la réception de certaines critiques, et l'avis de certaines "journalistes", sachant que j'ai déjà réglé la question dans le billet précédent, disponible sur ce blog, pour m'intéresser au coeur du film, et à son intérêt cinématographique autant que symbolique.
Commençons par le commencement, le titre. Un regard cinéphilique à peine aiguisé fait rapidement comprendre, que comme l'introduction de Inglourious Basterds par le carton "il était une fois... en France", on va flirter avec le conte de fée "il était une fois...à Hollywood", incipit de tout bon conte de fée, mais de fée serait plutôt défait. Outre la référence à peine voilée à Sergio Leone, de "il était une fois dans l'Ouest", à "il était une fois la Révolution", Tarantino par le choix de ce titre, donne déjà des pistes de lecture et de compréhension à son spectateur. Il va parler Cinéma, origine du cinéma, mais aussi fin d'époque, fin d'un monde, et il n'est pas impossible que le "conte de fée" se mêle de la partie, donc l'imaginaire, ou le merveilleux.

Et on fait connaissance avec les deux héros (ou tout du moins protagoniste du film), Rick Dalton, acteur de western, terriblement connu pendant l'âge d'or d'Hollywood et qui est en train de devenir dans cette période charnière, traversée par le courant hippie, un dinosaure, un has-been, une ancienne gloire qu'on oppose au moindre petit néo-minet du cinéma ou de la télévision actuelle. Dalton d'ailleurs peut faire tout aussi bien référence aux célèbres cousins Dalton, hors-la-loi historique des USA, qu'au comédien Timoty Dalton, qui malgré son interprétation par deux fois du célèbre agent 007 n'a jamais réussi à réellement devenir une figure incontournable, et a souvent été le second couteaux de films avant que Joe Dante en 2003, puis Edgar Wright en 2007 ne le remettent sur le devant de la scène dans de réjouissants rôles totalement à contre-emploi mais pas tant que ça de ses figures passées. ET Cliff Booth, comme le patronyme du célèbre tueur de Abraham Lincoln, John Wilkes Booth. D'ailleurs, une rumeur persistante durant tout le film, lui prêtera le fait d'avoir assassiné sa femme, sans que jamais aucun élément narratif du film ne permette d'établir une quelconque culpabilité du personnage. Petit rappel, pour RTBF...
Rick Dalton est un comédien has been qui se retrouve à passer les plats pour des stars montantes, tandis que Cliff Booth qui était pendant la grande époque de l'âge d'or Hollywoodien son cascadeur attitré, se retrouve avec un rôle d'assistant de Rick, et en quelque sorte son confident et ami à sa manière.

Dans une scène incroyable, Al Pacino, qu'on croirait sorti tout droit de l'associé du Diable, étale de manière littérale (ce qu'il raconte se passe à l'écran en propre) comme une sorte de Méphistophélès la réalité et l'avenir de Rick, sous couvert d'en faire son éloge, puisqu'il commence par lui dire qu'avec sa femme, il adore Rick et ses films. L'homme est présenté comme un agent, du nom de SchwartS, mais correspond dans la réalité à un producteur du nom de SchwartZ qui a produit des westerns spaghetti à Cinecitta. Rick l'appellera d'ailleurs SchwartZ et il rectifiera non, avec un S. Encore un jeu avec la réalité effective que Tarantino posera pendant tout le métrage.
Rick, d'abord séduit par le récit du personnage joué par Al Pacino, finit par comprendre où il veut en venir, et ressort du rendez-vous plus miné que jamais. Cliff tente de lui remonter le morale, et lui dit sous forme de boutade propre à cette époque de ne pas pleurer devant des Mexicains qu'ils croisent. Les Mexicains, étant connus à cette époque, pour être souvent les membres des plus redoutables Cartel, cette injonction de Cliff est drôle car elle pose le personnage dans toute sa bêtise, et là encore, Tarantino invite le spectateur non pas à rire avec Cliff, mais à rire de lui, encore un petit coup de coude pour la plumitive "journaliste" de RTBF.
Rick montre lui toute son extrême sensibilité, l'inverse du "mâle alpha" que représente Cliff comme les deux côté d'une même pièce. La sensibilité de l'acteur, et le côté brut et brute de décoffrage de sa doublure cascade. Le choix d'un "cascadeur" pour le personnage de Cliff Booth n'est pas aussi anodin qu'il pourrait y paraître. C'est un choix mûrement réfléchi par Tarantino qui s'inscrit dans la dynamique de ce qu'il cherche à aborder.

Cliff d'ailleurs ne trouve l'ascendant que sur les gens faibles (Rick un petit peu, sa femme si réellement il l'a tué, pourtant son flash-back ne montre pas qu'une simple mégère, mais bien une harceleuse morale qui détruit psychologiquement Cliff en le mettant plus bas que terre, ou encore les hippies), dès qu'il se retrouve face à des personnages moralement plus forts il s'écrase (la femme du chef cascadeur) ou Bruce Lee, car contrairement encore à ce que peuvent penser certains, ce n'est pas Bruce Lee qui est défait par Cliff, déjà ils ont un match nul, (chacun une manche) et la femme du chef cascadeur débarque, mais surtout, cette épisode de sa vie, est un flash-back qui n'est vécue que par Cliff, qui est mentalisée dans son esprit, pendant qu'il répare l'antenne Tv de Rick, exactement comme sera mentalisée le flash-back dans la scène de harcèlement entre Cliff et son épouse (oui je suis désolé, avec ce que sa femme dit sur Cliff, si Cliff avait une femme, le terme "harcèlement moral", PN ou autres joyeusetés psychosociales aurait pop-upé dans n'importe quelle bouche journalistique. Revoyez le film si vous n'en êtes pas convaincu.

Rick lui, va être confronté comme à son enfant intérieur, puisqu'une petite fille qui joue avec lui dans un de ses projets où il doit affronter de nouvelles gloires comme "méchant de la semaine", se prend d'affection pour lui lorsqu'elle le découvre pendant une pause déjeuner, en train de lire un livre. Les deux échangent d'ailleurs des propos sur le jeu d'acteur, et la petite-fille a cette phrase complètement symbolique, mais que peu de gens ont compris dans le bon sens. La petite-fille dit qu'elle est acteur, et pas actrice, et que ce mot ne devrait pas exister. Evidemment dans la post-ère Me too, et en France, cette phrase a fait immédiatement polémique, sauf que, on est dans les années 70 dans le film, et la langue anglaise n'est pas aussi genrée que la langue française, et ce que veut dire intelligemment la petite fille, c'est qu'elle n'a pas à se définir comme actrice par son genre, mais par sa capacité à endosser des rôles, donc à acter, donc à jouer, et que cela n'a rien à voir de près ou de loin avec son genre établi.. Et que donc, un acteur ne se définit que comme dans sa capacité à jouer des rôles, et pas parce que c'est un garçon qui joue des rôles de garçons. Cette petite "pique" de Tarantino a l'air Me Too, et à l'emballement médiatique qui a suivie (dernièrement, on nous vend un film par les mots "un film réalisé par des femmes, avec des femmes, produit par les femmes" pour...les Femmes ?) est bien plus intelligente qu'elle n'en a l'air.

Tarantino n'est pas ce qu'on pourrait appeler un cinéaste machiste, il a souvent mis les femmes à l'honneur, et les femmes peu importe leur origine, de Jackie Brown (avec l'icône de la Blaxploitation, la géniale Pam Grier) à Lucy Liu dans Kill Bill, dans Inglourious avec le personnage de Mélanie Laurent, bien que personnellement elle ne m'ait pas convaincue, ou encore les femmes fortes intrépides de la deuxième partie de Boulevard de la Mort. En posant sa caméra pour une fois sur un duo d'hommes représentant les deux facettes caricaturées de l'Homme, "l'ultra sensible" et le "macho man", il pose un acte féministe entre tous, la femme est l'égale de l'homme, jusque dans sa connerie.


Lorsque Cliff se laissera "séduire" par la jeune hippie qu'il croise souvent, le spectateur commence à penser qu'il rêve de se la faire, vu en plus l'époque, et le sens dans laquelle va la dite hippie, mais en réalité, tout ça n'est qu'un jeu pervers de la part de Tarantino pour faire plonger le spectateur l'espace d'un instant dans une ambiance de film d'horreur, avec une ambiance à couper quasiment au couteau, à mi chemin entre Texas Chainsaw Massacre et the Wicker Man. Tout ce jeu de dupe n'est qu'un prétexte pour Cliff d'infiltrer le "gang" de Hippie, et de vivre pour une fois hors écran, une aventure et un suspens comme seul Rick en vit à l'écran. Les gentils hippie se révélant d'ailleurs rapidement être des membres de la secte de Charles Manson, "la famille", et pour quiconque s'est un peu intéressé à cette histoire ou à l'assassinat de Sharon Tate sait que si Manson est évoqué, sa famille aussi, l'issue du film n'est pas loin. D'autant plus qu'apparemment, un gars en voiture, un cascadeur de cinéma d'ailleurs a été assassiné par la famille Manson dans le ranch ancien décor de cinéma qu'ils occupaient contre de menus services sexuels pour le proprio, et que en quelque sorte, Tarantino offre à l'histoire un moyen de changer le réel, puisque Cliff non seulement se sortira vivant du traquenard des Mansoniens mais en plus, cassera la gueule du voyou qui a crevé son pneu. Et là encore, Tarantino joue de la satire du mâle alpha qui joue des poings plutôt que du dialogue. Là où dans le même temps, Rick dans un face à face, ne joue quasiment que du phrasé de son personnage, même méchant. La petite fille viendra d'ailleurs le féliciter en lui disant qu'elle n'a jamais vu quelqu'un jouer aussi bien et aussi juste. Lui une fois la caméra coupée ne se préoccupe d'ailleurs que du bien être de la petite fille, en lui demandant si elle n'a pas eu mal quand il l'a jeté au sol.

Les deux séquences se répondent parfaitement en miroir quand on y réfléchit un peu.

Sharon Tate n'est pas du tout présenté comme une dinde qui adore se voir jouer, je suis effaré, que des gens qui se disent spécialistes du cinéma, comme les guignols du Masque et de la Plume (mais bon, on avait déjà eu un aperçu de l'étendu de leur bêtise dans les enregistrements ina pendant la sortie de Star Wars en 1977) n'ait pas compris, que le sous-texte a voir, est Margot Robbie, qui se regarde fictionnellement, en tant que Sharon Tate, regarder jouer la vraie Sharon Tate... Et il est évident que même si Margot Robbie n'a pas beaucoup de lignes de dialogue, son personnage reste quand même de toutes les séquences, à chaque moment charnière, à chaque scène importante, jusqu'à être de la dernière scène du film (hors générique qui comprend encore quelques scènes plutôt décalés autant sur Tarantino (poub pour Red Apple, sa marque de cigarette fictionnelle) que sur le cinéma de l'époque (une star qui fait une pub pour une cigarette justement). Tarantino doit très certainement être à peu près aussi fan de Sharon Tate que moi, car pour moi, le film entier entre en résonance avec ses scènes, jusqu'à se permettre de façon plutôt réjouissante de rejouer l'histoire et si finalement, l'histoire s'était passé autrement.
Et c'est ce qui se passe, puisque Cliff, et Rick se retrouveront face à la famille Manson, en lieu et place de Sharon Tate et ses amis. L'occasion pour Tarantino de donner libre cours à sa fascination pour la violence graphique, renvoyant j'imagine le pauvre papy prédicateur de Haneke dans les cordes pour de nouvelles années de thérapie, et de gesticulations religio-moralistes à destination de la nation qui se contrefout des films qu'il lui destin pourtant cérémoniellement. Dans une relecture Tex Averyesque sanglante, et hallucinée (que n'aurait certes pas renié un Kubrick), Rick, sa femme, et le petit Cliff, aidé de sa chienne, réduisent les assaillants de la famille Manson à un tas de loques à visage inhumain, allant jusqu'à purifier leurs âmes par le feu. 

Et là le temps se suspend, réellement. Cliff est emmené par l'ambulance et Rick reste seul face à la grille de ses voisins, quand l'improbable se produit, un des amis de Sharon Tate vient parler avec lui, puis ce sera la voix et la voix seule de Sharon qui percera le silence, lui proposant de franchir la grille pour les rejoindre. Inutile de dire qu'aprés le quasi fou rire de l'exécution uchronique des sociopathes Mansoniens, et dont il faut connaître l'histoire de Tate, pour en apprécier tout le sel, l'émotion est réellement palpable à travers l'écran. Et Tarantino sans couper et par un judicieux travelling ascendant à la grue, (d'autant plus que ce travelling à la grue, est l'exacte miroir inversé d'un travelling qui passait de Rick dans sa piscine en train de répéter son texte avec un magnétophone à Polanski et Tate qui sortait de chez eux pour se rendre ailleurs). franchit le mur de la villa de Polanski et Tate, et c'est dans une atmosphère, quasi éthérée, dans une lumière profondément divine et onirique que n'aurait pas renié le Lynch de Mullholand Drive, que se clôt le film, sur les silhouettes de Rick, de Sharon et de ses amis dans le jardin qui sont bientôt happés par la villa. Et rideau...

Dans un film d'une incroyable maturité, non seulement Tarantino livre ici une de ses réalisations les plus habitées et symboliques depuis Jackie Brown probablement, mais en plus, il se permet de livrer pour la postérité cinématographique à tous les fans de la malheureuse Sharon Tate, une vengeance uchronique jouissive à laquelle même la mort récente de Manson ne pourra pas s'opposer. Manson qui sera d'ailleurs présenté comme un gars qui cherche des musiciens pour un groupe (encore une réalité de l'histoire de Manson). Et il offre sa propre déclaration d'amour du Cinéma, à une période qu'il n'a jamais connu, autrement que par les cinéclubs, les films dévorés, les projets rêvés, autrement que par la fiction donc. Tarantino reproduit la fin de Inglourious Basterds, en lui adjoignant une conclusion en forme de manifeste créatif, la fiction est toute puissante, et on peut tout se permettre en son nom. Le meilleur moyen de s'en convaincre, est que quasiment tout le film est narré par la voix-off du chef cascadeur, interprété par Kurt Russel. Un narrateur comme dans un conte de fée par exemple.

Comme on peut se dire également que rien de tout ceci n'est arrivé, puisque Rick franchit le portail, donc qu'il rejoint aussi l'espace mental de gens qui en réalité sont décédés, assassinés par la famille Manson, et que non seulement Cliff a fumé peu avant une cigarette trempée dans l'acide, mais que surtout indice encore plus troublant, Rick Dalton se révèle être face aux tueurs de Manson comme le mâle alpha qu'il rêve d'être, l'incarnation parfaite du héros de ses anciennes gloires, alors que tout le film nous l'a habilement dépeint comme l'exacte opposé de ce portrait un brin trop flatteur. La fin réelle appartient à Tarantino, mais la fin idéale nous appartient à nous spectateurs, notre volonté est créatrice. Et si... Il était une fois... la Rêvolution.

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