Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 16:57
Leo Da vinci : Mission Mona Lisa

Si il existe un genre de film qui est assez peu représenté pour la jeunesse en terme d'accessibilité, c'est bien le film de Pirates, si on exclut, le Peter Pan de Disney, une partie de Hook, le dernier Aardman, "Pirates bons à rien, mauvais en tout", et éventuellement le Pirates de Polanski, il n'y a pas grand film qui traite de ce sujet pourtant en or pour les enfants. En effet, de tout âge, l'enfant est fasciné par le Pirate, figure tutélaire des mers et incarnée de la contestation qui représente pour beaucoup d'enfants la part sombre de la révolte et de la non conformation aux bonnes moeurs ou à la société.

Ce film de Sergio Manfio se permet le luxe ébouriffant de concilier deux figures adorées des enfants : le pirate et l'inventeur, qui est lui aussi une figure forte de notre capacité à réinventer le monde. Et quel inventeur, puisque le héros de ce récit n'est rien moins que Léonard de Vinci lui-même, catalyseur de tant d'imaginaire, et de rêves de gosses (voler, nager, plonger là où personne n'est allé). Le réalisateur et son scénariste inventent un passé au célèbre italien, ainsi qu'une romance avec une certaine Mona Lisa, et un sidekick amical, Lorenzo.

Le film Leo Da Vinci  : Mission Mona Lisa joue habilement avec les codes du film de pirates, et se permet un twist plutôt bien amené, tout en exposant une bonne partie des inventions de Léonard de Vinci dont il aurait eu l'idée ado. L'histoire est simple mais efficace, une sorte de Goonies (ah tiens encore un film qui parle un peu des pirates et accessible à des jeunes enfants) : face à une tentative d'ex-propriation pour rappel de loyer impayé, Mona Lisa est contrainte de devoir épouser le fils du propriétaire de sa maison si les dettes en question ne sont pas rapidement réglées. Suite à un incendie qu'on imagine criminel, mais comment accuser sans preuve, le père de Mona Lisa est ruiné. La grange du fermier, ainsi que ses champs sont ravagés par les flammes, et la jeune fille vient demander l'aide de son ami, Léo. Ce dernier aidé de son meilleur ami Lorenzo décide d'aider cette dernière par tous les moyens. Ils achètent une carte au trésor à un aventurier-médium, et se lance en quête d'un fabuleux trésor de pirates, coulé à pic au fond de la mer. Bien entendu la dernière invention de Léo ne sera pas de trop pour y parvenir : une combinaison de plongée et un casque de scaphandrier pour descendre sous l'eau.

Le film est très rafraîchissant, jamais cynique, même si par moment, le second degré à la Indiana Jones ou plus récemment les Gardiens de la Galaxie se fait un peu sentir, mais rien de gênant. Sur le trajet, les trois amis trouveront des alliés en la personne d'un petit garçon et d'une petite fille, fortement débrouillards, qui tenteront d'abord de les voler avant de les aider. Les figures maléfiques seront également de la partie, et comme le disait Hitchcock, un bon film nécessite un bon méchant, et l'antagoniste du film qu'on laisse le plaisir aux spectateurs de découvrir est vraiment bien réfléchi, à la fois effrayant et ridicule, un bon entre-deux pour un spectateur plus enfantin. Une animation propre et agréable, une musique qui colle bien à l'action et rappelle les meilleurs musiques de films de pirates. Le film se destine aussi bien aux petits enfants qu'aux plus grands, jusqu'aux ados et adultes pourquoi pas. Il ne rate ni son propos, ni sa morale, et la réalisation est inspirée et entraînante, définitivement un bon film de pirates pour enfants, chose plutôt rare comme évoqué plus haut.

En DVD et VOD depuis le 7 novembre 2018. Edité par Wild Side. le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film et bien d'autres sur Cinetrafic dans les catégories le top des long-métrages animés et du cinéma pour enfant.

Partager cet article

Repost0
28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 18:09
Jurassic World : The Fall and Kingdom

Après Colin Trevorrow et son plutôt réussi premier opus, essentiellement centré sur la notion de "reboot"  et de suite, et comment des créateurs se retrouvent presque obligé à donner à leur public ce qu'il réclame, c'est à dire toujours plus de gigantisme pour empêcher l'"ennui" ; c'est au tour de Juan Antonio Bayona, le petit génie ibérique déjà à l'origine de l'Orphelinat, The Impossible, et A monster calls de s'attaquer à la franchise, initiée par Steven Spielberg en 1993. Mais l'intelligence de l'espagnol est telle qu'il donne dès les premières séquences le gigantisme et la surenchère dans l'action à son spectateur, refaisant par endroits le premier Jurassic Park de Spielberg de manière taquine, offrant à son public ce qu'il est venu chercher par contrat tacite si on en croit les producteurs actuels comme le disait Jurassic World ;  avant de faire littéralement exploser l'île , et de proposer une deuxième partie de film lorgnant beaucoup plus sur un huis-clos claustrophobique à mi-chemin entre le film de vampire baroque (l'imaginerie de Dracula est convoquée dans une séquence où un dinosaure génétiquement modifié rampe sur un mur, comme dans le Dracula de John Badam (1979) avec Frank Langella) et le manifeste écolo-politique sur les dangers du clonage (rappel des deux premiers Jurassic Park).

Bayona se fait réellement plaisir dans cette deuxième partie et nous offre le film dont il rêve réellement (c'est d'ailleurs un plaisir de l'entendre en parler dans le makin-of du film), se permettant même des références peut-être consciente ou non, au petit chaperon rouge de Charles Perrault. Le film oscille en permanence entre conte baroque et pamphlet décrivant une société ou non seulement le spectacle veut utiliser les dinosaures et leurs capacités, mais tout autant les zoos, les militaires, les dictateurs et autres caïds mafieux. En effet, après qu'Owen et Claire aient récupéré les dinosaures, et se soient fait trahir par les militaires qui les accompagnaient dans cette mission (comme les militaires du monde perdu), le propriétaire de Ingen qui a succédé à John Hammond, décède et son second organise dans le manoir une vente aux enchères au plus offrant, pour "refourguer" les dinosaures comme de vulgaires attraction de foire, ou élément d'actions, comme les gens s'achèteraient un lionceau ou autre animal interdit à la vente en animalerie. Les clients affluent de tous les pays, Russie, USA, Chine, etc... mais un grain de sable va se positionner dans cette machinerie parfaitement huilée et déclencher le chaos. On en dira pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte à ceux et celles qui n'auraient pas encore vu le film, mais on peut toutefois dire que la fin offre un début d'épisode 3, qu'on espère final à la saga, et qui s'il tient les promesses qu'il semble proposer pourrait donner lieu au meilleur film de la saga. Juan Antonio Bayona ne sera malheureusement pas de la partie, car Colin Trevorrow, évincé de l'épisode 9 de Star Wars au profit de J.J.Abrahms reviendra à la réalisation dans ce troisième épisode de Jurassic World.

Bayona et ses scénaristes proposent en tout cas une belle évolution des personnages, faisant de Claire un personnage fort dans la lignée de la Furiosa de George Miller, une vraie femme forte, que le premier épisode avait déjà un peu esquissé mais qui trouve sa pleine mesure féministe dans ce nouvel opus. Owen et Claire sont d'ailleurs ultra complémentaires et c'est un bonheur de voir le sommet de cette complémentarité dans le climax du film. Les personnages secondaires sont loin d'être inutiles, et le plaisir de retrouver Ian Malcolm dans un court caméo de Jeff Goldblum est bien présent.

Au niveau des bonus, le dvd du film propose plusieurs featurettes un peu anecdotiques mais intéressantes, et un making-of passionnant, quoique bien trop court. Un journal de bord du tournage tenu par Chris Pratt est également à l'oeuvre, donnant la parole à des gens aussi divers que le préparateur cascade ou l'ingé son, drôle et indispensable.


En DVD, Blu-ray et VOD depuis le 9 Octobre 2018. Edité par Universal Pictures : le site et la page Facebook de l'éditeur.

Retrouvez ce film et bien d'autres dans les catégories de l'excellent cinéma avec de l'action

Partager cet article

Repost0
23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 14:53
Et réédité..

Ari Aster dont c'est ici le premier long-métrage propose au spectateur une plongée dans les méandres de l'esprit humain, et plus particulièrement de l'esprit des "ancêtres".

Le jour de l'enterrement de sa mère, Ellen, Annie sa fille n'est pas du tout éplorée. Elle fait un éloge funèbre très sinistre dans lequel elle avoue à demi-mot son inimitié pour sa mère. Peu de temps après l'inhumation de la matriarche de la famille Graham, la police contacte le mari d'Annie, Steve, son ancien psychiatre d'ailleurs pour lui annoncer que la tombe de sa belle-mère a été profané et que son cadavre est aux abonnés absents. Steve pour le bien-être de sa femme lui cache cette info importante. Dans le même temps, Peter et Charlie les enfants du couple, vivent leurs vies d'ados et d'enfants avec tout ce que ça peut comporter. Charlie notamment, petite fille taciturne et un brin inquiétante demande à sa mère ce qu'elle va devenir, maintenant que sa mamie qui l'aimait plus que tout et s'est toujours si bien occupé d'elle est morte. Annie prend la révélation avec le sourire et lui explique qu'elle même serait fortement capable de s'occuper de sa propre fille. Charlie semble moyennement convaincue et le lendemain dans la cour de récréation, elle coupe la tête d'un pigeon qu'elle a trouvé mort, et l'emporte avec elle. 

Annie en tant qu'artiste maquettiste fait aussi face à une crise dans son couple, car l'inspiration a du mal à venir, et elle doit rendre des maquettes pour des commanditaires très prochainement. Soudain arrive un drame que nous ne dévoilerons pas pour laisser le suspens aux spectateurs et Annie va se retrouver à devoir gérer ça, en parallèle du deuil de sa mère dont elle essaie de se défaire auprès d'une sorte de club type "Alcoolique Anonyme" mais sur le deuil. Annie se fait aborder par une membre du club, Joan qui va la soutenir et l'aider dans sa démarche de résilience.

Le film a un parti pris très fort qui est de filmer l'histoire comme si un démiurge omnipotent et omniscient l'encadrait. Le premier plan du film est d'ailleurs très symptomatique de cela, puisqu'à la suite d'un long travelling flottant comme une âme, la caméra se stabilise face à une maison de poupée qui reproduit à l'identique la maison des Graham. Non content de cet effet, le réalisateur l'utilise au maximum, puisque le travelling avant se poursuit jusqu'à cadrer plein cadre l'intérieur d'une chambre dont on ne voit plus les bords, et c'est dans cet espace "maison de poupée" que Steve, le mari de Annie, entre dans la chambre par la porte et vient réveiller Peter qui dort dans son lit. A aucun moment du métrage et il est bon de le souligner, la caméra ne sortira de ce dispositif, si bien que toute l'histoire en quelque sorte nous est donné à voir par ce truchement d'une vie propre dans la maquette.

Annie confrontée au drame qui la touche va peu à peu sombrer dans la folie, et elle ne pourra compter que sur le soutien de son mari, et de la mystérieuse Joan pour l'aider à surnager. Certaines personnes disent à propos de ce film, que rien de ce qui s'y passe n'est vrai, que Annie a tout inventé dans sa tête, mais s'il est une chose qui devient de plus en plus pénible, quoique répétée c'est cette manie qu'ont les gens de nier les faits arrivés dans un film. Outre que cette façon de penser évoque souvent les 3/4 des premiers films des élèves de fin d'année de n'importe quelle école de cinéma, ou les concepts des films de la plupart des concours de scénarios ou de films ; cela enlève beaucoup de choses au pouvoir évocateur du cinéma, et spécialement celui qui nous concerne ici, le cinéma d'horreur. Parfois cela peut s'expliquer d'utiliser cet artifice, et bon nombre de films y arrivent parfaitement bien (nous ne citerons pas de noms pour ne pas gâcher un visionnage possible du spectateur), mais ici, le recours à cet artifice serait fort dommage.

Peut-être en revanche, que ce premier plan sur la maquette est tout sauf aussi anodin qu'il ne voudrait le paraître, et peut-être que le sens du film se situe justement là. Ainsi, on pourrait voir tout ce qui arrive à la famille Graham, comme la projection d'une artiste sur un désir de combler le syndrome de la page blanche (à un moment du film d'ailleurs, Annie casse des maquettes car elle n'en est pas satisfaite), plutôt que d'être dans la tête d'Annie victime de son deuil qui s'imagine des choses, cela pourrait être la projection de l'esprit créatif d'Annie, qui s'invente une histoire à raconter pour redonner du souffle à sa créativité exsangue (difficile ici de ne pas rapprocher le principe du métier de celui qui met en scène la famille Graham, à savoir Ari Aster, ici réalisateur ET scénariste). Mais on pourrait aussi dans un second ordre d'idée se dire que c'est la manifestation d'une famille sous l'influence d'une entité supérieure (le premier plan prenant alors des airs du dernier plan canaille de Men in Black).

Le film laisse un goût très mitigé à la vision, et c'est dur d'en parler sans trop spoiler l'intrigue. Mais rien que la fin si on se place d'un point de vue créatif en mal de créativité pourrait justement être la réponse d'un créatif un peu formaté qui pour finir son oeuvre trouve une fin plutôt bateau, et quand même, bien déjà vue, balancée ici de manière assez abrupte. Et si on se place d'un point de vue entité omnipotente et omnisciente, tout va dans le sens  du projet de cette "entité". Bon nombre de critiques ont vu dans ce film, "le nouveau exorciste", malheureusement en ce qui me concerne, je ne peux pas attribuer ce qualificatif à Hérédité, bien qu'il s'agisse toutefois d'un film que j'appellerais de "petit malin" et qui tresse tout son entrelacs de symboles et de signes de façon assez réjouissante, avec quasiment pas d'incohérences par rapport à son univers. Car même si la première partie du film est plus drame que film d'horreur (comme la seconde lecture plus psychanalytique qu'on pourrait avoir sur le chef d'oeuvre de Friedkin, à savoir les abus d'un beau père pédophile sur sa pupille), le reste du métrage, et spécialement la fin bascule dans un grand guignol qui n'épargne aucun effet m'as-tu-vu et un peu inutile. C'est carrément dommage, car le film semblait annoncer une belle réflexion sur la résilience face au deuil, et sur la culpabilité également, et on se retrouve au final, avec un côté un peu train fantôme, sauf si le côté méta décrit plus haut est bien là, dans ce cas, même l'effet le plus croguignolesque s'explique par le postulat placé par le premier plan.

L'exercice de donner envie aux spectateurs et spectatrices de voir le film sans en dire trop est compliqué avec le type de film qu'est Hérédité, même si la révélation de sa fin donne plus envie de le revoir pour comprendre que de le mettre ensuite au placard, parce qu'il faut vivre à mon sens le drame qui va toucher Annie en le découvrant de façon brute, sans préparation préalable. Un petit mot sur le casting, tous excellent, à commencer par Toni Colette que je n'avais plus vu jouer depuis "Hector et la recherche du bonheur" en 2014 et qui s'en tire avec les honneurs, tour à tour, inquiétante, désemparée, frôlant avec les limites de la folie, et même parfois très drôle. Gabriel Byrne qui campe Steve, le patriarche, cartésien de la famille Graham est trés sobre, et impeccable. Et le duo d'enfants s'en sort également trés bien, que ce soit Alex Wolff ou Milly Shapiro. Et une petite mention spéciale pour l'excellente Ann Dowd (découvert pour ma part dans la série The Leftovers) dans le rôle de Joan. Un bon film d'horreur quand on sait à quoi s'attendre, mais en revanche ne vous fiez pas à la campagne de communication de l'affiche, parce qu'on est vraiment très loin de l'Exorciste.

Le dvd propose en bonus, un making-of assez intéressant, dans lequel Ari Aster et son cast explique un peu l'ambition artistique et narrative derrière le projet. C'est passionnant mais vraiment bien trop court.

En DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 15 octobre 2018. Edité par (Metropolitan Filmexport),  le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film et bien d'autres dans les catégories l'heure du bilan cinéma de l'année et un film excellent.

Partager cet article

Repost0
15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 12:21
La nuit a dévoré le monde

Dominique Rocher (II) avec son premier long-métrage poursuit ce qui avait été entrepris par le film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, "La Horde", mais aussi avec le film "Goal of The Dead" de son compère seul cette fois-ci, Benjamin Rocher (aucun lien fils unique, non enfin il a un frère producteur mais qui s'appelle Raphaël) à savoir mettre à l'honneur le film de zombie en France. Contrairement à "La Horde", et même si le film de Dominique Rocher reste un huis-clos, la partie "action" du film s'en tient à la portion congrue, et le réalisateur nous propose un drame existentialiste un peu plus contemplatif, plus cinéma indépendant type Sundance ou "les Revenants" pour rester dans la veine française, et qui pourrait rappeler le livre "Je suis une Légende" de l'écrivain , Richard Matheson (écrivain américain de la nouvelle qui donnera Duel de Steven Spielberg).

Le scénario du film, lui-même adapté du roman éponyme français "la nuit a dévoré le monde" de Pit Agarmen (pseudonyme de l'écrivain français Martin Page) est écrit à six mains, Dominique Rocher, Jérémie Guez et Guillaume Lemans (qu'on ne présente plus en ces pages, notamment collaborateur privilégié de Fred Cavayé et Yann Gozlan et scénariste également de l'intriguant "Dans la brume"). Martin Page ayant donné à Dominique Rocher et à ses coscénaristes les pleins pouvoirs pour l'adaptation, ils s'éloignent donc du récit épistolaire, forme du roman pour adapter ce dernier à l'écran de manière cinégénique.

Le film démarre donc sur l'histoire de Sam, qui se rend à la soirée de fête de son ex, et qui suite à une saoulerie en solo, se retrouve à dormir chez l'ex en question, prostré, dans la pièce où tout le monde dépose son manteau et ses effets personnels. A son réveil, l'appartement est complètement retourné, il y a du sang partout, et les rues de Paris en contrebas sont envahies de mort vivants.

Il n'y a bien sûr, aucune explication logique à la présence des morts vivants, et il n'y en aura jamais de tout le métrage, sans doute peut-on en déduire une raison sociale d'éloignement et d'incommunicabilité des êtres vivants, comme l'avait plutôt bien illustré Edgar Wright dans son fascinant Shaun of the Dead. Mais c'est la seule hypothèse qu'on pourra en tirer.

L'intérêt se situant ailleurs, dans la cartographie des déplacements de Sam à travers l'immeuble après qu'il en ait condamné les mauvaises portes (comprendre les appartements qui contiennent encore des zombies) et en avoir marqué la présence de croix à la craie. Mais aussi dans son quotidien, constitué de recherches de nourritures, et d'objets nécessaires à sa survie, mais aussi des rencontres qu'il pourra faire, bonne ou mauvaise. Sam finit d'ailleurs par trouver un zombie coincé dans une cage d'ascenseur qu'il parvient à enfermer complètement dedans, en bloquant la porte, et qui devient à la fois le confident et l'exutoire de sa folie et de sa peur de finir comme ceux dont il se défend.

Sam trouve également une batterie, et en joue parfois pour s'exprimer, mais aussi pour quelque part défier les monstres en dessous de lui qui ne réagissent qu'aux sons et stimulis sonores. Cette relation à la musique est aussi paradoxalement ce qui marquera sa descente légère vers la folie. Sam commence à perdre la raison, mais les morts vivants eux, fluctuent entre deux états, végétatifs amorphes et en mode "horde", gesticulants et vociférants rappelant un peu le jeu vidéo "Left for dead". Il n'y a au contraire d'un Zombie, pas de métaphore trop sociale sur la zombification de la société, et les rares objets que se procure Sam, lui servent plus à agrémenter son quotidien qu'à punir les zombies. 

Certes, il trouve bien un fusil, des balles, et un fusil de paint-ball, mais il ne s'en sert qu'en dernier recours, et privilégie le fusil de paint-ball pour son exercice de tir quotidien sur les Zombies, qui est débarrassé de toutes velléités de vengeance ou de colère et devient donc une activité inoffensive, et parfois même amusante pour le spectateur. L'ennui ne prend jamais le pas sur la découverte, et on se surprend même une fois le générique de fin déroulé, à espérer un chapitre 2, narrant les tribulations de Sam sur les toits de Paris à la manière d'un Giono dans le Hussard sur le Toit, ou d'un Italo Calvino dans le Baron Perché, les zombies grouillant en dessous en plus.

Au final un film dont la vision est plus que largement recommandée, surtout si vous aimez le cinéma contemplatif mais pas que, et pour le plaisir de voir Anders Danielsen Lie dans un rôle vraiment pas facile, lui qui explose dernièrement parait-il dans le nouveau Greengrass, même si personnellement, son élocution française m'a un peu dérangé ici. Et quant à l'apparition de Denis Lavant dans le rôle du zombie "domestique" Alfred, ce qui est amusant, c'est que sans savoir que Denis Lavant jouait dans le film, en découvrant Alfred, j'ai trouvé qu'il ressemblait un peu à ce comédien, et je m'imaginais ce que ça serait si c'était Denis Lavant, le tout donc sans savoir qu'il s'agissait bien de lui. Je me tais volontairement sur la participation au film de Golshifteh Farahani pour le plaisir du spectateur de sa découverte, dans un personnage assez proche d'un autre personnage du Zombie de Romero (1978).

Tout est plus que réussi dans ce film, la musique, le cadrage, le montage, les jeux de lumières, le scénario bien sûr, et l'interprétation de tout le casting, zombies compris. En ce qui concerne le film, je me risquerais presque à traiter une interprétation personnelle car avec le fait de voir l'appartement, la fête, et ces plans de début impersonnels qu'on voit dans tous les films français de la nouvelle vague, et de la nouvelle nouvelle vague, j'irais presque jusqu'à dire que Dominique Rocher et ses scénaristes, pastichent le scénario du film français type et le font littéralement imploser de l'intérieur pour libérer l'imaginaire du film de genre dans Paris. Et même la présence de Denis Lavant enfermé dans sa cage d'escalier, et gesticulant et surjouant tendrait presque à valider cette hypothèse. Mais je resterais prudent en ne disant que ce n'est qu'une hypothèse, fort réjouissante il est vrai, mais une hypothèse uniquement.

Quoiqu'il en soit, on est face à un film totalement réussi de bout en bout et dont on sent à chaque plan la passion pour son sujet. On trouve d'ailleurs dans les bonus du dvd, quelques featurettes trés intéressantes, quoique trop courtes, sur le chef maquilleur, le réalisateur, et le scénariste, interviewé par le journaliste Julien Dupuy. Et la bande originale est dispo également, ainsi que le premier court-métrage du réalisateur, "la vitesse du passé", terme aussi énigmatique qu'évocateur, avec un Alban Lenoir excellent comme toujours, et une Mélanie Thierry trés émouvante.

Sorti en dvd le 15 octobre. Edité par Blaq Out. le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film et bien d'autres dans les catégories un bon film de zombies

 

Partager cet article

Repost0
21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 14:33
Carnivores

La sororité malaisante a rarement été abordé au Cinéma ou dans les mythes, on pense bien plus souvent à Etéocle et Polynice, ou à Caïn et Abel, mais des soeurs en rivalités qui conduiront au drame et au tabou ultime il en existe bien peu. C'est ce que nous proposent de vivre cinématographiquement les frères Rénier, Yannick et Jérémie, chapeauté par les producteurs réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne, à travers l'histoire (écrite à quatre mains par les Rénier) de deux sœurs comédiennes dont une a bien mieux réussi que l'autre, puisqu'elle est devenu une star tandis que l'autre à bout de ressources en est réduit à s'installer provisoirement chez sa soeur étoile montante du cinéma indépendant.

Mona, actrice un brin paumée (très troublante Leïla Bekthi, impeccable dans son rôle de soeur actrice dans l'ombre de sa petite soeur, névrosée, envieuse, rabaissée, etc).. par le monde impitoyable qui l'entoure, se retrouve par manque d'argent et donc dans une situation précaire à devoir aller habiter chez sa soeur, Sam, également actrice, la remarquable Zita Hanrot (révélée par Fatima) à qui tout réussit, famille, travail, amour. Par un heureux concours de circonstances, sa soeur faisant un burn out dû à son overdose de tournage (une manière intelligente de la part des frères de dire que les bourreaux de travail ne sont pas forcément les plus heureux pour autant), Mona se retrouve à devenir la répétitrice et assistante de Sam.

Dans l'ombre d'un père absent (divorcé, disparu, mort, on ne le saura jamais), les deux soeurs se laissent progressivement aller à bon nombre de rivalités, tout en entretenant des rapports intimes qui flirtent aussi très dangereusement avec le tabou de l'inceste. Mona envie Sam certes, mais quelque part Sam est jalouse de ne pas être aussi cérébrale qu'elle, Sam étant plus dans l'instinct et l'affect.

Sur un scénario qu'on aurait pu retrouver dans un épisode de Hollywood Night, c'est dire le côté déjà vu de l'entreprise, et sans la maestria d'un Brian de Palma pour épingler la sororité déviante au microscope de sa caméra, les frères Rénier se retrouvent à promener le spectateur de lieu en lieu, sans jamais vraiment réussir à l'accrocher durablement et sans ennui définitif non plus. Et c'est le plus dommage, car que ce soit ce réalisateur belge imbus de sa personne et autoritaire, qui pourrait tout aussi bien évoquer l'autrichien Michael Haneke que n'importe quel autre réalisateur abusif de ce type, ou la mère un brin envahissante, on sent bien que les frères Rénier parlent aussi d'eux-mêmes et tentent d'embarquer le spectateur dans leurs règlements de compte personnels, et leur thérapie freudo-lacanienne filmique. Et selon la formule connue de Flaubert, "Emma Bovary c'est moi", on se prend à essayer de deviner ce qui ressort de la réalité, et ce qui ressort de la fiction dans cette histoire qui se suit sans déplaisir, mais dont l'issue tragique aura été anticipé dix fois par le spectateur. 

Il est d'ailleurs dommage d'avoir centré le film sur la rivalité et l'envie de Mona sur la vie de Sam, car le film aurait certainement gagné une certaine plus-value si le scénario avait plus parlé des coulisses des tournages, et des difficultés afférentes au métier de comédien, à fortiori quand on est deux soeurs, et l'une dans l'ombre de l'autre.

Quoiqu'il en soit, les Rénier choisissent de se concentrer sur la tentative de récupération de la vie de Sam par Mona, après la disparition de cette dernière (ellipse d'un an assez étrangement posée dans le scénario au détour d'un plan final où Sam poussée à bout par son réalisateur tyrannique, craque complètement en mode Isabelle Adjani chez Zulawski). Mona récupère donc patiemment, à force de travail, et de compréhension du monde qui l'environne, la vie de Sam : son fils, son compagnon, sa place d'égérie de son réalisateur autoritaire qui décide après la disparition de Sam de réaliser un nouveau film sur cette même disparition.

Mais même ce retournement de vie est attendu par le spectateur depuis plusieurs "bobines", et rien ne fait monter l'attention de ce dernier au-dessus du radar de la surprise, pas même la fin, plutôt convenue et attendue, que nous ne dévoilerons pas ici.

Au final, le film se laisse regarder, notamment grâce à la trés bonne performance de son casting, mais malgré quelques bonnes idées de plans à travers des reflets ou face à des miroirs, témoignant en filigrane de la vie des deux "rivales", la réalisation des Rénier est assez impersonnelle, si ils ont vraiment réalisé eux-même entièrement le film, puisque deux "auxiliaires à la réalisation", un en France, une en Espagne sont crédités dans le générique de fin. Sans trop s'avancer, car rien n'est tout à fait sûr, mais il semble que l'auxiliaire à la réalisation, soit ce nom que l'on donne à un réalisateur ou une réalisatrice "ghostwriter" qui s'occupe de toute la partie technique ne laissant aux réalisateurs ou aux réalisatrices crédité-e-s que les plans à dicter quand ces derniers ne s'y connaissent pas suffisamment en technique pour faire le travail elleux-mêmes.

Carnivores ne se révèle même pas mauvais, car il est bien éclairé, et réalisé proprement, mais il manque de l'implication personnelle, et de la folie que pourrait caractériser par exemple et dans un sujet différent mais à la finalité plutôt proche, un Sisters, De Palmien par exemple.

Sortie en DVD, Blu-ray et VOD le 22 août 2018. Edité par AB Video. Retrouvez la page Facebook de l'éditeur.
Retrouvez ce film sur Cinetrafic à l'instar des meilleures séries françaises et du côté de la tension des meilleurs polars.

 

Partager cet article

Repost0
14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 22:22
Nonne ou sidérée (Squadra Criminale Saison 3 et 4)

On ne s'attend certainement pas à tomber amoureux d'une personne qui ne vous plaît pas au premier abord, et parfois ça arrive pourtant sur la durée au fur et à mesure que l'on découvre la personne en profondeur. Hé bien, il en est de même pour cette série, puisque Squadra Criminale (de son nom officiel "non uccidere", commandement biblique s'il en est "ne tue pas", qu'on pourrait traduire par "tu ne tueras point") n'était pas vraiment partie pour remporter les suffrages.

Une série unitaire en 6x52 minutes, avec un léger fil rouge (une histoire de parricide par la mère de l'héroïne, nul spoiler, c'est dit quasiment dès le début), policière ça n'est pas fait pour rendre le propriétaire de ce blog extatique. Et pourtant l'impossible s'est produit. Le cinéma italien est assez intéressant dans son renouveau (que ce soit le film de super héros Jeeg Robot) ou les films mafieux (suivi d'une série), Romanzo Criminale, ou encore Gomorra. Squadra Criminale crée la stupeur en étant une série policière qui ne traite pas ou trés peu de la Mafia, mais bien des crimes humains, plus misérabilistes mais aussi plus universels, et en choisissant de faire de son héros principal, une héroïne, une femme capitaine de police, Valéria Ferro (la sculpturale et limite mystique Miriam Leone, ancienne miss Italie, et ex présentatrice sur Raï). Cette dernière en charge d'une équipe de policier localisée à Turin a un quotidien miné par la folie, le crime, la violence ordinare, et non comptant de ça, elle doit composer avec un trauma personnel, puisque sa mère a tué son père, en état de légitime défense parait-il et s'est ainsi retrouvé en prison pendant 17 ans. Au début de la série, elle en sort et vient habiter avec son fils, sa bru, sa petite fille Constanza et Valéria. Valéria vit trés mal le retour de sa mère et s'enferme profondément dans le travail.

Dans les saison 3 et 4, celles qui vont faire l'objet de cette critique, l'histoire traumatique de Valéria avance. La camarade de chambrée en prison de la mère de Valéria, une jeune femme un peu perturbée (et qui a assassiné à 14 ans, sa propre mère de plusieurs coups de couteau) révèle à Valéria que sa mère est innocente du meurtre de son père et que c'est elle-même qui lui a révélé en prison. Sa mère finit par révéler à Valéria qu'elle n'a pas tué son mari en état de légitime défense mais parce que ce dernier menaçait de quitter cette dernière, et ses enfants. Valéria ramène la jeune femme chez son père à elle, qui demeure complètement perdu depuis que sa fille est en prison pour le meurtre de sa femme. Mais à la fin de la saison 4, une mystérieuse femme se présente, qui semble elle-aussi connaître la mère de Valéria, et il semble que cette histoire de meurtre par vengeance parce qu'elle l'aimait trop ne soit pas encore la réalité effective de ce geste définitif envers le père de Valéria. D'autant que son propre oncle semble connaître lui aussi la vérité.

Face à cette nouvelle révélation, Valéria quitte la maison de son frère, de sa belle-soeur et de sa nièce, et part habiter chez son oncle, le frère de son père. Laissant sa mère au bon soin de son frère. De son côté, le collégue de Valéria, Andréa, son binôme, secrètement amoureux d'elle l'embrasse pendant une nuit d'investigation, et si la belle cède quelques minutes à ses charmes, elle se reprend bientôt et lui demande de partir. De son côté, le chef de Valéria, qui est aussi son petit ami, se brouille avec elle pour d'autres raisons, et lorsque Valéria rompt leur relation, il lui demande de quitter son poste à Turin et de se faire muter à Rome, où un poste vient de se libérer. Andréa, mis au courant de sa future mutation, lui dit qu'il est prêt à aller à Rome avec elle, parce qu'il a besoin d'être avec elle, même en tant que partenaire d'investigation. A la fin de la saison 4, le chef et amant de Valéria, revient sur sa décision, il annule la mutation de Valéria, et accepte de réouvrir l'enquête liée au meurtre du père de Valéria par sa mère. Voilà pour l'évolution de l'intrigue secondaire, égrainée en fil rouge, le long des 4 saisons.

La série en elle-même est très lente, d'une lenteur presque insoutenable, mais au final, en s'accrochant aux premiers épisodes, on finit par adhérer à l'ambiance particulière de cette dernière. Déjà parce que contrairement aux séries policières françaises, un soin très particulier est apporté aux lumières de la série, à ses cadrages, à ses mouvements de caméra, même le personnage de Valéria (on l'apprend dans une featurette bonus sur le tournage) est caractérisée en plus par un maquillage particulier. Quand on en arrive à ce niveau de détail dans la création d'une série, c'est le signe qu'on prend son sujet très au sérieux.

Un épisode se déroule toujours comme suit, une ou plusieurs intrigues principales, qui souvent s'entrecroisent, une partie qui alimente le fil rouge de l'intrigue du trauma de Valéria, et un final qui laisse dans une somptueuse musique très pesante, (cf le lien ci-joint https://www.youtube.com/watch?v=oNxFpAMs5P0) la part belle à des rebondissements et des fausses pistes trés Agatha Christienne. Valéria en tant que personnage féminin est vraiment le fer de lance de la série. Miriam Leone compose un personnage pudique, vindicative, qui ne lâche jamais l'affaire, qui se bat avec sa force de conviction, et sans quasiment jamais user de violences, ou de son arme. La part belle est fait à l'investigation à la Sherlock Holmes, au confrontation et interrogatoire au commissariat et Valéria surprend sans arrêt le spectateur par sa sagacité et sa vivacité d'esprit.

La série est aussi l'occasion pour son showrunner, Claudio Corbucci, son réalisateur showrunner également Gusieppe Gagliardi et ses scénaristes comme nous l'avons évoqué plus haut de passer au microscope l'humain dans sa plus touchante mortalité, dans sa capacité à se laisser envahir par des émotions contraires jusqu'à en arriver à commettre l'irréparable. Les différentes intrigues abordent aussi les tabous les plus essentiels de la société, de la religion à la place de la femme, en passant par les différences sociales les plus élémentaires, la jalousie, l'adultère, l'inceste, la pédophilie, et on en passe. Sans parler de sujet foncièrement actuel comme l'homophobie, la transphobie, la transidentité, le féminisme, le racisme, les violences conjugales, le vivre ensemble, l'influence du Patriarcat dans la société etc... Cette peinture sociale trés juste et trés "misérabiliste" (sans sens péjoratif), renvoi à tout un pan de la cinéphilie italienne, de Nanni Moretti au cinéma de Vittorio de Sica. Et la grande force de Squadra Criminale est son refus du manichéisme, pour proposer des personnages touchants jusque dans leurs faiblesses, des monstres parfois certes, aux issues inexcusables souvent mais si humains qu'on ne peut s'empêcher d'écraser une larme pour les tragédies qui les touchent.

Squadra Criminale est une si bonne surprise, notamment la saison 3 et 4 qui fait largement progresser l'arc narratif de Valéria et sa mère, qu'on se prendrait presque à souhaiter la production d'une série policière de cet acabit en France. D'autant qu'en dehors de la comédienne principale, tout le casting est parfait, et un grand soin a été apporté pour le doublage en VF de la série ce qui ne gâche rien. En tout cas, rendez-vous est pris pour découvrir la on l'espère Saison 5 qui ne manquera pas de satisfaire la curiosité morbite qui nous anime spectateurs, face au drame de Valéria et sa famille.

Les Saisons 3 et 4 de Squadra Criminale sont disponibles dans un coffret DVD depuis le 25 juillet 2018. Edité par Arte Editions.  Le site et la page Facebook de l'éditeur.

Retrouvez Squadra Criminale et d'autres séries dans les catégories à l'instar des plus grandes séries
 et les meilleures séries qui ont leurs infos sur Cinetrafic.

Partager cet article

Repost0
6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 23:50
Faits d'Ibère : Oro, là si t'es perdu !

Oro de l'espagnol Agustin Diza Yanes, réalisateur par ailleurs du largement sous-estimé Alatriste est la preuve par l'exemple que le cinéma espagnol est d'une richesse et d'une intelligence formelle incroyable. Dans ce bon film d'aventure un brin lent, on suit les pérégrinations de conquistadors à la recherche d'un el dorado nommé Teziutlan. Le film déroule moins son intrigue que le caractère de ses personnages, ce qui permet aux spectateurs de découvrir un large éventail de figures martiales, allant du simple soldat au capitaine ou au sergent, voir au scribe envoyé de l'empereur et de suivre les arcanes sociales et sociétales qui les lient tous et toutes (on trouve deux femmes dans la troupe, une servante, une épouse). On se retrouve donc dans un road trip aux allures de peinture sociale et sociétale. On pense pas mal à Aguirre ou la colère de Dieu de Werner Herzog, mais aussi par certains côtés du métrage à Boorman, voire au 13eme Guerrier de John Mc Tiernan pour son côté tentative de communication et incommunicabilité des êtres.

Un groupe de conquistadors, accompagnés de deux femmes, (l'une étant l'épouse du chef d'expédition, l'autre la servante de cette dernière) de deux guides indiens, et d'un envoyé de l'empereur part à la recherche d'une cité d'or perdue, nommée "Teziutlan" par les indiens. En court de route, ils se rendent compte qu'une deuxième équipe les suit pour les tuer, et pour que l'empereur d'espagne récupère leur part. Commence alors un jeu du chat et la souris, entre les deux équipes, sans oublier les querelles intestines internes qui sous-tendent l'équipe, et la menace d'indien cannibales qui rôdent autour.

Le film fonctionne à la fois comme un huis-clos étouffant dont le cadre serait la forêt, ainsi que comme un film un brin survivaliste, puisque au fur et à mesure de l'intrigue, l'équipe s'étiole comme peau de chagrin jusqu'à devenir à la fin, la plus réduite possible, deux membres.

Côté casting, c'est un réel plaisir de retrouver notamment le brillant José Coronado aperçu récemment dans le bijou de thriller, déjà espagnol, Contratiempo de Oriol Paulo, dans un rôle assez difficile de mentor, et de vieux baroudeur à qui on ne l'a fait plus. Le reste du casting, aussi bien masculin que féminin ne démérite pas, et chaque personnage est bien caractérisé et bien lisible pour le spectateur. Et ce dernier prend plaisir à suivre les interactions sociales et politiques de chacun des protagonistes.

La photographie du film est proprement somptueuse et donne à la forêt, une vie quasi propre, rappelant justement le cinéma animiste de John Boorman. Et une peinture de la cruauté humaine comme seul le cinéaste anglais savait la décrire. On pense aussi par instant trés fugace à la peinture humaniste d'un Kurosawa dans ces portraits de soldats et de paysans animés par un idéal commun.

Les différents retournement de situation sont des plus appréciables et on sombre petit à petit dans la même appréhension que les personnages. Oro la cité perdue est un de ses films si peu nombreux sur les Conquistadors qui rappelle comme le somptueux Apocalypto de Mel Gibson sur un sujet assez similaire ce brillant adage latin de Plaute, "homo homini lupus est" (l'homme est un loup pour l'homme").

Edité par Wild Side. Sortie en DVD et Blu-Ray depuis le 1er août. la page Facebook de l'éditeur de Wild Side.
 
Retrouvez ce film dans les catégories les films que les gens adorent  et du cinéma triste.

Partager cet article

Repost0
6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 19:52
Pierre Lapin

N'ayant vu quasiment aucun des précédents projets du réalisateur Will Gluck,on ne savait pas trop à quoi s'attendre pour ce Pierre Lapin, sorti cette année au cinéma, adapté des contes de Pierre Lapin de l'illustratrice anglaise, ultra talentueuse et mondialement connue,  Beatrix Potter qu'on ne présente plus. Mais force est de constater que la surprise est belle et de taille.

Si on voulait résumer le film, on pourrait dire que c'est à mi chemin entre Beethoven et la Souris de Gore Verbinski. Un trés bon film pour enfants, qui ne les prend pas pour des idiots et qui sait aborder des thèmes forts avec intelligence et humour. Il y a à prendre pour chaque tranche d'âge, des touts petits aux ados en passant par les adultes, et même si certains gags sont un peu caca pipi, le reste du métrage en revanche est bigrement réussi. Un casting aux petits oignons qui réunit vocalement notamment, James Corden, Margot Robbie, Elizabeth Debicki, Daisy Ridley, et en chair et en os, Sam Neill en total contre-emploi de ses rôles habituels, Domhnall Gleeson, et Rose Byrne plus éblouissante que jamais.

Un film avec des valeurs familiales et vraies, qui met aux prise les personnages de Beatrix Potter avec la famille Mc Gregor, on n'en dira pas plus pour ne pas révéler une étonnante surprise. L'animation des animaux full CGI est d'une beauté saisissante et on a vraiment l'impression de voir les personnages de Beatrix Potter prendre vie sous nos yeux. Si vous aimez les séries animées de Pierre Lapin, courrez-y, si vous n'aimez pas les séries animées de Pierre Lapin, courrez-y quand même. Le film trouve son unicité et propose un réjouissant jeu de chasse du chat et de la souris, digne d'un cartoon, sans jamais sacrifier ni ses personnages, ni son récit.

Le casting vocal français est plutôt bon, et même sans être fan de la bande à Fifi, ils font très correctement leur travail en se faisant pratiquement oublier dans les rôles des animaux de la famille et de l'entourage de Pierre Lapin. Même Philippe Lacheau est trés juste, c'est dire le niveau.

Un petit mot sur les bonus qui présentent une featurette de 7 min plutôt intéressante mais un peu courte, un clip de la chanson du film, et un court-métrage original sur une des trois soeurs de Pierre Lapin.

En conclusion le film est vraiment une sacré bonne surprise, car il est très bon, et il donne envie une fois fini de le revoir une autre fois car le plaisir pris est vraiment immense. Le film est à la fois respectueux du genre de son modèle original et en même temps se permet un dépoussiérage de l'intrigue et des gags plutôt actuels qui ne sont ni gênants ni qui ne font tâche dans le potage. Un petit bijou de drôlerie à recommander à tous et toutes. Suivez les traces de Pierre Lapin, Jeannot Lapin, Flopsaut, Trotte-Saut et Queue-de-Coton, ainsi que Ernest Blaireau, Todd le Renard ou Madame Piquedru.

 Sortie en DVD et Blu-Ray le 8 août. Edité par Sony Pictures France. le site de Sony Pictures et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film et bien d'autres dans les catégories d'autres dessins animés et les films à fou rire.

Partager cet article

Repost0
20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 08:40
La Forme de l'eau

Lorsque Guillermo del Toro, se décide à revenir à la réalisation, après le demi-succès de Pacific Rim, et la réussite critique,  mais un peu moins publique de son film gothique, Crimson Peak, c'est pour rendre hommage encore et toujours au cinéma des origines. 

Ainsi, dans ce nouveau film, Shape of Water, il rend hommage à la "Moman" des films de monstre, La créature du lac noir de Jack Arnold. Et cet aveu est tellement assumé, qu'il va jusqu'à singer l'esthétique physique du monstre. Certains ont parlé de référence également à la créature du marais de Wes Craven, mais ça parait quand même légèrement plus fantaisiste et rien ne vient réellement appuyer cette vision.

On ne rentrera pas non plus dans la polémique plagiat ou non de l'esthétique ou de l'histoire d'Amélie Poulain. Ce débat sur le plagiat de Jean-Pierre Jeunet n'a aucun intérêt cinématographiquement, cela ne fait que donner du sens à des sites "putaclic" ou à des journaux comme Closer ou Paris Match, nous préférons donner en ces lignes libre cours à l'intelligence visuelle, au talent narratif, etc... aux réalisateurs qui savent toucher le public, quel qu'il soit. Et si on commence là, alors on n'en a pas fini, de tous temps les récits précédents ont inspiré les suivants, et ainsi de suite. On se pignole sur les Fables de La Fontaine mais on oublie toujours que ce dernier a pompé les récits d'Esope qui lui-même avait largement plagié l'indien Pilpaï. 

Je prends cet exemple parce que c'est toujours le plus marquant à mon sens, et pas uniquement parce que c'est le seul que je connaisse. Car ce qui fait la spécificité d'une oeuvre au-delà de son récit, c'est ce qu'on y apporte, et ce qui y importe. Et la nationalité de l'oeuvre fait également pour beaucoup. Ainsi pour reprendre l'exemple des Fables. Pilpaï faisait surtout des récits simples et concis, Esope a apporté un certain développement dans les personnages, et La Fontaine a abouti le tout, en y ajoutant la dynamisation du récit (ce qui donnera plus tard le cinéma, notamment le dessin animé, mais ça il était loin de s'en douter) et une plus grosse importance à la morale. Dans un siècle profondément religieux, peu importe son niveau d'acceptation de l'influence de la religion, on est toujours quand même plus ou moins influencé, et ça a été le cas de Jean de la Fontaine.

Vous vous demandez sûrement où je veux en venir avec cette démonstration, d'autant plus que quelques lignes plus haut, j'avais dis que je ne voulais pas évoquer cette triviale affaire de plagiat. Mais ceci m'est nécessaire pour parler du film, car en bon La Fontainien, privilégiant les images dynamiques, aux longs discours, Guillermo del Toro réalise ici une fable moderne, le tout sous couvert d'hommages et d'évocations d'un passé presque révolu. Cette histoire en forme de la Belle et la Bête lui permet d'évoquer la réalité sordide à travers un onirisme des plus bienvenus. Il se retrouve donc à traiter de sujets très adultes, avec un postulat qui ne renierait pas sa place dans un conte de Grimm, ou de Perrault, ou un livre pour "enfant" comme Brisby et le Secret de NiMH par exemple. Ainsi, Guillermo en pleine période de #balancetonporc parle de féminisme, avec intelligence et légèreté, sans jamais être pesant, mais aussi de liberté au sens large, liberté d'aimer, liberté de jouir, liberté d'être différent (qu'on soit vieux, noir, ou gay), ceci incluant bien évidemment la liberté d'être un cornard, un manipulateur, un "violeur", d'être un espion simple, double ou triple, etc...

Ainsi, si les personnages du film agissent tels qu'ils le font, et pensent comme ils le font, c'est qu'ils sont plus des concepts, avant d'être réellement des "humains", et c'est ce qui peut paraître pour le moins déroutant. Ainsi l'impeccable Michael Shanon qui est l'illustration la plus parfaite de cette idée, est moins un salaud ordinaire que l'illustration de la vision capitaliste d'une époque.

Le film sans trop en dire mais pour vous donner envie de le regarder ne plaira certainement pas à tout le monde, mais il mérite son visionnage, ne serait-ce que pour savoir dans quel camp vous vous trouvez. Personnellement je suis dans un entre-deux, et ça fait déjà la deuxième fois qu'un film de Guillermo me laisse pantois sur ce que j'ai pu réellement ressentir. Alors que j'ai littéralement adoré à la folie ses précédents projets. Depuis Cronos son premier film, jusqu'à Pacific Rim, j'ai aimé tous ses films, à des degrés divers, mais là, je suis face à une énigme. Entre celui-ci et Crimson Peak, ça fait deux films que j'ai vu une seule fois mais qui m'ont un peu laissé en dehors de ce qu'ils proposent, et ça m'agace un peu je l'avoue. Sans doute faudrait-il que je les revoie à nouveau, car l'un comme l'autre, me semblent aborder plus des notions, des émotions et des sensations particulières que présenter réellement des personnages pour ce qu'ils sont.

Sortie en bluray et DVD depuis le 30 juin 2018. Edité par la 20th Century Fox. Retrouvez le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film, et bien d'autres encore dans les catégories romantisme et le meilleur du fantastique.

Partager cet article

Repost0
30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 17:20
Over look Hotel : Rise of a Boogeyman

C'est l'histoire de Jack T. joué par Jack Nicholson, qui devient fou, ou bien est-ce l'inverse Jack N. joué par Jack Torrance qui devient sage, on est plus trés sûr... Mais c'est surtout et avant tout le nouveau mashup du petit génie Antonio Mario Da Silva, qu'on ne présente plus et qui a eu pas loin de 4 articles de fond (si on compte ce dernier) consacré à ses mashups en ces pages.

Ce nouveau mashup cauchemar prend vie dans l'Overlook Hotel de Shining, bien après les évènements qui ont secoué le lieu, le corps de Jack Torrance n'a jamais été retrouvé, tandis que Danny et Wendy vivent heureux ensemble ailleurs. L'histoire débute avec la voix off de Jack, qui explique qu'il vit dans l'overlook avec ses fantômes, et qu'il se débrouille trés bien. L'écriture de son nouveau roman avance à grand pas, et lui-même ne sait plus au juste si il est mort ou vivant.

A travers cette figure, ce monument du film d'horreur, l'hôtel n'est qu'un prétexte pour le prodige du mashup qu'est Antonio Maria Da Silva (AMDS pour les intimes) pour interroger le mythe même de l'horreur au cinéma, allusion à double sens (un ballon rouge par exemple qui renvoit tout autant au CA du maître King, qu'au premier "Jack" de l'histoire du cinéma, M le Maudit de Fritz Lang). Aussi bien que peut-être au film sur l'enfance, le ballon rouge, moyen métrage français d'Albert Morisse, réalisé en 1956, pas un film d'horreur à proprement parler, mais un film "fantastique" dans lequel un ballon rouge énorme, symbole d'enfance suit un petit enfant tout le long du film. Il semble que le symbole soit le même dans ce nouveau projet d'AMDS.

Le film original avait même inspiré une sequel dans laquelle le ballon rouge revient s'occuper des méchants gamins qui l'avait crevé dans le premier film, court-métrage trés drôle. https://www.youtube.com/watch?v=dcl1K3qzvvE

L'obsession (c'est le mot parfait) avec laquelle le ballon revient méthodiquement de multiples fois dans le métrage, semble corroborer cette thèse plus qu'un hommage évidemment aussi évident au CA du maître. Car l'hommage à King est présent de bout en bout, et comment ne pas faire plus bel hommage schizophrénique qu'en reprenant précisément le film le plus haï de l'auteur, qui ira jusqu'à refaire un tvfilm plus fidèle à l'oeuvre qu'il estime (et à juste titre d'un point de vue fidélité) bafouée par Kubrick. On retrouve ainsi pèle-mêle, plusieurs clins d'oeil à l'oeuvre du King de l'horreur, qui sont d'ailleurs autant de références cinématographiques (Shining bien évidemment, mais aussi Misery, Cujo, Christine, IT, Carrie). Mais pas seulement, puisque AMDS allongent le bal des références à tout le cinéma d'horreur, transcendant les nationalités (on trouve Ringu), les générations (remake et original s'ébattant joyeusement) et les genres (slasher, fantastique, horreur, etc...)

L'artiste qu'est AMDS va jusqu'à reprendre quelques photogrammes parmi les plus icôniques du film de Steven Spielberg, Ready Player One, le seul par ailleurs non crédité au générique, dans le passage le plus marquant d'ailleurs qui puisse parler de la création, et de l'héritage qu'on peut faire des anciens, la scène de "mise à mort" de Shining justement.

Mais l'intelligence du joli projet ne s'arrête pas là, car non content de rendre ainsi hommage à Kubrick, et King, AMDS nous offre même un mashup d'une évidence folle (au point qu'on se demande pourquoi personne n'y a pensé avant tant le raccord "idéologique" fonctionne) puisqu'il offre à son narrateur Jack, rien moins que le plaisir de s'inviter et de réinventer de multiples fois d'ailleurs, la scène charnière du cinéma de Hitchcock, scène qui traumatisera bon nombre d'apprenti réal dont votre serviteur, et de réal chevronnés parmi lesquels  Brian de Palma qui en fera la figure maîtresse d'une grande partie de ses films, au point d'en rejouer les enjeux et la rythmique, un peu partout, notamment dans un ascenseur.

C'est ainsi que Jack Torrance tue la voleuse Marion Crane dans une sarabande endiablée qui rappelle par son déroulé, le film un jour sans fin, le tout, avant de littéralement avoir une conversation avec des soi plus jeunes, plus psychotiques, plus âgées ou plus sage de lui-même.

Comme toujours chez AMDS, les correspondances visuelles priment sur le tout, et on ne compte plus les fondus enchaînés, ou raccord mouvement, raccord regard de grand talent, aussi puissamment évocateur que brillamment pensé. Mais pour une fois, le récit se fait aussi oral, à travers l'idée bigrement intelligente d'un narrateur de fiction omniscient, omnipotent dont le timbre est à si méprendre trés proche de l'état d'esprit du Jack Torrance original. Au point qu'au début on doute un peu si le texte est original ou si il est lui aussi mashupé avec différentes interventions de Nicholson dans différents films, mais le générique et certaines lignes de dialogue sont sans appel, il s'agit bien d'un voice over original.

Sur les thématiques, celles qui surnagent le plus est sur les affres de la création que tout créateur peut subir quand il essaie de créer, et je pense sans me tromper, qu'il y a une part d'autobiographie dans ce sentiment que nous dépeint Antonio dans son mashup.

On trouve également dans les thèmes traités, le rapport à l'enfance, dans la dimension mythologique du roman, puisque le récit original parle notamment de "boogeyman", et vraisemblablement d'abus sexuel de la part de Jack sur son fils comme semble le suggérer assez finement la scène de l'ours que Wendy voit en déambulant dans l'hôtel dans le film original. Et l'idée de fin est puissamment brillante, car elle reconnecte le mythe avec son vecteur (la relation monstre-victimes, puisque pour qu'un monstre existe, il faut qu'il existe une ou des victimes pour lui offrir son statut de monstre), tout en faisant une transition intelligente et moderne que n'aurait pas renié, un film comme la Cabane dans les Bois.

Encore une fois, Antonio Mario Da Silva, que l'on suit toujours avec plaisir, nous offre du trés grand art, quasiment une création originale n'ayons pas peur des mots, du moins autant que ne l'est la scène de Shining dans RPO, une re-vision à l'aune d'une thématique donnée, après tout que ce soit un monstre ou un artiste, c'est aussi ça la "création".

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Fantasydo : Parce que l'Homme a encore le droit de rêver !
  • : Un regard d'analyse objective essentiellement sur le cinéma de genre et les blockbusters généralement américain mais pas toujours
  • Contact

Recherche

Liens