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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 18:11

http://www.revolvergroup.com/uk/uploads/highlights/revolver_home_graphicLiability.jpgJe vais commencer cette critique du film Liability par un petit coup de gueule contre ces traductions françaises foireuses de distributeurs de films qui ne veulent vraiment pas qu'un film marche. Je me souviendrai toujours de ce téléfilm flambant vu sur M6, remake du film éponyme de Stanley Kramer, "On the Beach" renommé par des exécutifs foireux, "USS Charleston, dernière chance pour l'humanité" fleurant bon la bouse médiocre de fin de tiroir à cent lieues, alors qu'en fait on se retrouve en faisant fi de ce titre moisi à un téléfilm d'excellente facture avec des personnages extrêmement biens construit et cernés, une problématique complexe et une réalisation superbe du réalisateur de Highlander, Russel Mulcahy, avec une des fins les plus badantes que vous aurez l'occasion de voir dans un film ou téléfilm.

Si je m'étais fié à ce titre, jamais je n'aurais poursuivi le film plus loin que son générique, mais heureusement pour moi il n'en a été rien. Pour ce film, idem, le titre original étant "Liability" (responsabilité en français) et proposant ainsi une réflexion sur la responsabilité de ses actes, qu'ils soient positifs, ou négatifs, alors même que le titre de distribution : "The Last Hitman, 24 heures en Enfer" semble vendre un énième actionner bourrin et décérébré à la "60 secondes chrono".

Mais là aussi, il n'en est rien. Quand on sait en plus qu'un titre dans un film est la dernière chose qu'on trouve une fois le scénario écrit et sa problématique établie, on est d'autant plus déçu de ce titre qui ne rend absolument pas justice à ce merveilleux petit film briton. Ceci dit on ne leur jettera pas la pierre, le film de Spielberg, le sublime Munich a été vendu avec un visuel de dvd frolant la série Z avec "viseur" et explosion à la clé. Pour rappel, trés loin de la magnifique et mutique affiche de l'exploitation cinéma.

http://www.fharaoncovers.com/covers/Munich_v3.jpg

http://fr.web.img2.acsta.net/medias/nmedia/18/36/15/41/18464332.jpg

Ainsi, si ce Liability n'a pas rencontré son public, au point de finir dans les bacs de DTV en France, c'est sûrement à cause de cet erreur de titre qui lui a été préjudiciable à plus d'un titre. Puisque loin d'être un actionner crétin bourré à la testostérone, Liability est un vrai film briton (le réalisateur est Craig Vivieros officiant sur la série anglaise Morse), nerveux, sec, tendu, parfois contemplatif et par moments extrêmement drôle (que l'humour y soit noir ou non). L'histoire en deux mots est celle d'un jeune de 19 ans, un peu branleur, vivant dans un pavillon de banlieue aisée avec son beau-père et sa mère. Suite au crash de sa propre voiture, son beau père l'encourage à faire quelque chose de sa vie en détruisant sa console de jeu à coup de club de golf. Il impose au jeune homme pour rembourser la voiture de devenir chauffeur pour un de ses acolytes, tueur à gage de son état. Voilà donc notre jeune branleur obligé de jouer les Taxis pour un tueur à gage, froid et lunatique, impeccablement campé par un Tim Roth inspiré. Seulement ce que le jeune homme (incroyable Jack O'Connel, avant son futur "Invincible" de Angelina Jolie) ne sait pas c'est que le tueur à gage qu'il se trimballe a été engagé par son propre beau père pour le flinguer une fois la journée de taxi terminée. Débarque dans l'équation une jeune femme, (Talulah Riley elle aussi fantastique dans son rôle ambiguë) liée à la victime du tueur et tous ce beau monde se retrouve à jouer les chassés croisés avec la mort. Le film est tout autant un road movie qu'un film d'action un brin punk, et c'est une véritable jolie surprise dans le monde un brin formaté et aseptisé de la série B vénère. Excellent film dont le visionnage est recommandé pour quiconque apprécie un tant soit peu l'école anglaise dont descendent Richie et autres Vaughn.

A noter l'excellente prestation de Peter Mullan, dans un rôle plutôt à contre-emploi de mafieu cinglé.

Sortie en dvd et bluray le 21 octobre 2014. Edité par  KMBO éditions.

Retrouvez d'autres films dans les catégories les films qui nous attendent en 2015 et

les meilleurs thrillers partagent en général une intrigue passionnante

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 08:38

http://modern-technology.pl/wp-content/uploads/2013/04/imagine-2013.jpgAndrzej Jakimowski n'est pas ce que l'on pourrait à proprement parler un réalisateur grand public. Il est fort probable que son nom n'évoque rien à la plupart des gens, voire même des cinéphiles, votre serviteur inclus. Aucun de ses films n'aura véritablement d'impact sur votre vie, et pourtant, Imagine, son dernier film tourné en 2011, sortie en 2013 et édité seulement ces derniers temps en bluray et dvd pourrait fort bien changer la donne.

Moi-même je n'aurai sans doute jamais été attiré de prime abord par ce film polono-franco-anglo portuguais si je n'avais pas eu un jour un accident à l'oeil qui aurait pu avoir pour conséquence de me laisser borgne comme John Ford, Fritz Lang, Raoul Walsh, etc.... C'est ce qui m'a donné envie de m'intéresser à ce film dans la sélection cinetrafic car sans ça, je ne pense pas que je lui aurais donné une chance. Et force est de constater que j'ai bien fait car j'ai découvert un vrai bijou, rempli d'onirisme et de poésie, servi par un sens du cadre et de la rupture assez évident et un travail sur la lumière de toute beauté.

L'histoire raconte le parcours d'un éducateur aveugle, Ian (impeccable Edward Hogg) embauché par une modeste institution portuguaise pour aveugles, principalement des enfants et des adolescents. Mais la particularité de Ian c'est de ne jamais se déplacer avec une canne, mais en utilisant l'écholocation, comme les chauve-souris ou Daredevil (parenthèse ouverte, Edward Hogg serait le candidat parfait pour un remake/reboot du démon masqué, car il possède un charisme indéniable et une belle palette d'émotions qui conviendrait parfaitement pour Matt Murdock et son alter ego à cornes fin de parenthèse).

Ian s'évertue donc à contrer l'institution qui lui réclame de faire ses cours encadré par du personnel voyant et surtout sans se départir de sa canne blanche, et il entraîne les enfants sur la voie de l'accès au monde réel autrement. La kyrielle de jeunes comédiens non professionnel est impeccable de justesse, et la présence de comédiens pros comme Edward Hoog, Alexandra Maria Lara ou Melchior Derouet ne fait que renforcer ce sentiment d'osmose. La méthode d'Ian n'est pas sans risque, puisqu'il se blesse plusieurs fois mais au moins il ne vit pas sa vie à genou. Petit à petit, un léger vent de révolte souffle sur l'institution et les enfants d'abord méfiants finissent par faire confiance à son sens aigu de la liberté.

En particulier un jeune homme, Serrano (Melchior Derouet épatant) qui remet en cause son mentor, et va jusqu'à douter de ses enseignements jusqu'à ce que ce dernier ne l'entraîne sur ses traces, et le guidant dans la ville sans canne blanche lui fasse "ouvrir les yeux". Ian va aussi mettre sur la voie, Eva (Alexandra Maria Lara, déjà remarqué dans Rush, dans le rôle de la Marlene Lauda la femme de Nikki), jeune adulte aveugle qui ne sort plus de l'institut même avec sa canne tellement le regard des autres sur sa condition la fait souffrir. Au contact de Ian, la jeune Eva va quitter le jardin d'Eden, pour se confronter à nouveau à la réalité du monde, à sa beauté et aussi à sa souffrance.

Ian agit ainsi comme un véritable révélateur pour tout ses "patients" et finit par s'attirer les foudres du directeur de l'institut, Francis Frappat qui compose un méchant de la vraie vie, c'est à dire ni trop ni trop peu, jamais dans la caricature mais qu'on écouterait presque parce qu'il n'est jamais manichéen, juste peu à l'écoute de l'évolution du monde et de ses techniques. Je ne raconterai pas la fin, parce que le but de cette critique est de vous faire voir le film, mais sachez que si vous aimez les happy end, passez votre chemin.

Entre le récit initiatique, et le cercle des poètes disparus, Andrzej Jakimowski réussit le tour de force de produire un film lent, poétique, et dans lequel on ne s'ennuit jamais. Et comble de tout, lorsque le générique final apparait, on regrette la durée, tellement on aurait aimé vivre plusieurs vies avec ces jeunes aveugles. Le film est d'ailleurs dédié à la mémoire de Ben Underwood, jeune aveugle afro-américain utilisant l'écholocation et décédé en 2009 à l'âge de 17 ans. 

https://www.youtube.com/watch?v=AiBeLoB6CKE

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 01:12

http://i.huffpost.com/gen/1935836/thumbs/o-LE-HOBBIT-LA-BATAILLE-DES-CINQ-ARMES-facebook.jpgAprès 4 visions du dernier opus du Hobbit 3 : La Bataille des Cinq Armées, dont une en HFR 3D Dolby Atmos, le must pour vraiment pouvoir réellement toucher l'entreprise de Peter Jackson du doigt, et parce que j'en avais un peu assez d'attendre un hypothétique papier des sites que j'aime bien, me voilà à même ami lecteur d'aborder le film dans la quintessence de sa signification et surtout en se lâchant un peu sur les spoilers, analyse oblige. Donc, lis bien cet avertissement, SPOILER SPOILER SPOILER PASSE CES QUELQUES LIGNES, JE VAIS FAIRE PLEINS DE REVELATIONS SUR L'HISTOIRE DU FILM ET SES PERSONNAGES. SI TU VEUX CONTINUER AU-DELA DE CET AVERTISSEMENT, C'EST A TES RISQUES ET PERILS.^^

On ne le redira jamais assez, mais il FAUT VOIR LES FILMS DU HOBBIT EN HFR 3D et de préférence en ATMOS, ce n'est pas du snobisme, ce n'est pas pour faire gagner plus d'argent aux exploitants, c'est parce qu'il faut toujours respecter la vision d'un auteur, et surtout parce que ce procédé fait partie intégrante du processus de "narration" voulu par le réalisateur Peter Jackson et ses scénaristes (lui-même, Philippa Boyens, Fran Walsh, et Guillermo Del Toro). Je n'ai pas la prétention de vous expliquer comment et pourquoi, mais je vous renvoie amis lecteurs vers un site peuplé de passionnés qui sauront vous le retranscrire bien mieux :

http://www.capturemag.net/etat-critique/le-hobbit-une-imagerie-inattendue/

Une fois, ce texte lu, nous pouvons passer à la signification profonde du premier film, et ses symboliques intrinsèques, complètement reliées au parcours de ses héros, toujours chez Capture Mag, toujours par le même : 

http://www.capturemag.net/etat-critique/le-hobbit-un-recit-inattendu/

Maintenant que tu sais lecteur attentif, à peu près de quoi il cause le père Jackson, et ses potes, on va pouvoir attaquer le vif du sujet de cet ultime chapitre de la trilogie le Hobbit, et comprendre ensemble pourquoi finalement c'était pas du tout un délire marketing de faire 3 films au lieu de 1 ou 2.

Avant toute chose, ouvre une nouvelle fenêtre ami lecteur, et laisse toi porter par la musique envoutante de Howard Shore pendant la lecture https://www.youtube.com/watch?v=RE5JLhHaYkI

Maintenant que nous voilà entre nains, nous allons pouvoir parler du film dans sa globalité. Le film commence là où l'on avait laissé à la fin du 2, c'est à dire sur Smaug qui a échappé au piège des nains et se rue sur Lacville pour la mettre en pièces avant de retourner faire rôtir les nains et Bilbo dans un deuxième temps.

Je fais tout de suite une pause pour répondre à ceux qui pensent que le deuxième opus auraient dû se terminer sur la mort de Smaug. Ben non, non, 3 fois non, ignorant. Smaug est un des "personnages" centraux du film Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, si si vous avez bien lu, je n'ai pas abusé des stupéfiants du sieur Radagast, donc le faire mourir à la fin du 2, aurait été un total non-sens. Le cliffhanger de la Désolation de Smaug était un des decipit les plus violents et sombres vu dans les blockbusters de la fin de l'année 2013. Les mots de Smaug résonnaient de manière profondément historique, "Je suis la Mort, je suis en chemin". Smaug c'est la guerre, Smaug c'est l'expression du Mal, mais aussi de la cupidité humaine (ou non), de l'avarice, bref, c'est un antagoniste incroyable, et tellement incroyable que malgré sa mort, son ombre (au sens littéral ainsi qu'au figuré) plane sur tout le reste du métrage, doublement même, puisque son incroyable interprète, le fantastique Benedict Cumberbatch se retrouve thématiquement et cinématographiquement à endosser également le rôle du Nécronomancien (Sauron) dont Smaug n'est finalement que la vision (le cadrage sur son oeil dans le 2). Pas de lien entre eux réellement dans le sens adjudant-subordonné mais plutôt dans le sens adjuvant, un lien ténu sur leur interdépendance en somme.

L'apparition de Smaug au début du film est vécu par le regard de la plus "innocente" des créatures, en l'occurence Tauriel. Sa terreur de Smaug est vécu par le spectateur, avant même que le moindre carnage commence. Puis c'est l'ombre gigantesque de Smaug glissant sur les maisons la nuit qui fait suite à ce regard terrifié de Tauriel. Cette dernière enjoint la famille de Bard et les nains non présent à la montagne du Dragon de quitter les lieux rapidement. Enfin, nous voyons Smaug s'élancer dans les airs en piqué, comme un stucka allemand et enflammer les bicoques des pêcheurs du village lacustre. En parallèle de cette fuite en bateau des nains, de la famille de Bard et de Tauriel, nous suivons la propre fuite du maître (impeccable Stephen Fry dont l'interprétation n'est pas sans rappeler le gouverneur de l'île de Phatt dans Monkey Island) et de son aide de camp, Aldrich avec le trésor de la ville, à savoir certainement les réserves d'or de la ville, donc les économies des pêcheurs et de leur famille. Alfrid est victime de la cupidité du maître (un thème qui reviendra tout le long du film, en s'incarnant dans divers personnages et ce bien après le décès du dragon Smaug) et se retrouve balancé à la flotte au profit du trésor. Bard de son côté, enfermé dans les cellules du maître tente une évasion qui aura pour effet de manquer d'étrangler le maître, comme une réponse "divine" à sa cupidité. Le maître ne meurt pas mais la cellule vétuste est arraché, et voilà Bard libre. Ce dernier, au lieu de fuir, agit comme un vrai héros, en fracturant l'armurie de la ville et en récupérant un arc et un plein carquois de flêche pour tenter une action désespérée du haut d'un clocher, le point le plus haut de la ville. Smaug continue sa destruction et au détour d'un virage à travers le village attaqué, le fils de Bard, Bain aperçoit son père qui combat et qui rivalise de talent, puisqu'il fait souvent mouche sur le dragon, mais sa carapace est épaisse et il manque l'élément qui peut la percer mais que seul le fils de Bard pourra amener à son père, une flêche noire. Bain fuit le bâteau des nains, et laissant ses soeurs désemparées, il rejoint son père pour lui amener l'élément qui manque pour la destruction de Smaug, la flêche noire. Smaug passe son attaque sur Bain et Bard et il détruit à moitié le clocher qui les abrite. Dans l'attaque, l'arc de Bard est détruit et ce dernier plantant les morceaux de son arc dans le bois du clocher se sert alors de son fils comme d'un guide (à tous les sens du terme) pour la terrible flêche noire. Smaug s'élance avec la fatuité et l'orgueil qui le caractérise et en paie le prix. Dans une séquence la plus forte en émotion picturale, on avait pas vu une séquence aussi forte depuis l'attaque puis la mort du Kaiju volant dans les nuages de Pacific Rim, Smaug embrasse son trépas, et vit son agonie au firmament de Lacville avant de s'effondrer, terrassé par la mort sur la barque du maître de Lacville, on est toujours puni par là où on a péché. Smaug décédé, la bataille pour la montage commence, et Thorin se réfugie dans la montagne en quête de l'Arkenstone, même Arkenstone que Bilbo a subtilisé au dragon dans l'épisode précédent et caché dans ses haillons. 

On récupère ensuite Gandalf, prisonnier des Orcs et de leur maître, puis Galadriel arrive et aidée de Elrond et de Saroumane, elle positionne les enjeux qui vont traverser la Terre du Milieu dans le Seigneur des Anneaux. Jackson et son équipe de scénaristes réussit là où même Tolkien qui en rêvait pourtant beaucoup n'a pu réussir, créer un vrai pont narratif entre les évènements du Hobbit et ceux du Seigneur des Anneaux. Les générations futures pourront commencer par la trilogie du Hobbit et être quand même totalement surpris, lorsque Saroumane franchira le côté lumineux, alors que nous autres, nous voyons avec un brin de malice la phrase "je me charge de Sauron" car nous savons déjà le destin de Saroumane. C'est une idée proprement géniale d'avoir associé cette séquence au reste car loin d'affaiblir les enjeux narratifs de la Montagne, elle ne fait que les renforcer au contraire. On pourra toujours déplorer le côté "after effects" de Galadriel, mais personnellement, j'ai vécu cette séquence avec beaucoup d'émotion au contraire, alors même que je ne suis pas un fan du Seigneur des Anneaux la communauté de l'anneau en film.

Une fois, le destin de Sauron réglé (du moins en apparence), on revient à Lacville pour trouver dans une séquence trés inspirée du débarquement du soldat ryan, la conséquence de l'attaque et de la chute de Smaug, un village quasiment entièrement détruit d'où ne subsiste plus que des bouts de bois flottants et une population aux abois. Dans cette désolation de Smaug (l'ancien surnom de Lacville dans le roman), Jackson fait émerger du comic relief par les interventions cyniques ou humoristiques de Alfrid le bras droit du maître, personnage totalement inventé par Jackson et ses scénaristes mais qui sert parfaitement de lien à la trilogie du SDA en rappelant l'obséquieux Grima langue de serpent comme lui l'archétype du sycophante, sournois, vil et manipulateur. On se croirait presque chez Shakespeare, tant cette capacité à lier le tragique et l'humour est présente dans ce troisième opus. Alfrid donc manque de peu de se faire lyncher par la foule en colère et ne doit son salut qu'à l'intervention de Bard. Alfrid propose à Bard d'être le roi de Lacville mais ce dernier décline car il ne se sent pas les épaules pour endosser cette tâche (qu'il finira in fine par endosser d'ailleurs, bien malgré lui, mais c'est là qu'est tout l'intérêt de l'arc narratif de Bard, c'est qu'il se rapprochera au plus de sa fonction de Roi, tout en faisant tout pour s'en éloigner et servir les intérêts de sa famille avant tout). Bard demande à tout le monde de se mettre à l'ouvrage et de rassembler des vivres pour partir vers la montagne réclamer son dû à Torin.

Pendant ce temps Thranduil, fait route vers la Montagne pour réclamer lui aussi son "dû", la couronne des gemmes de son peuple. Thorin sombre peu à peu dans la folie, et Bilbo hésite à lui avouer que c'est lui qui détient l'Arkenstone. Bard vient négocier sa part du trésor mais il se heurte à un Thorin aussi fou que son propre grand-père. Bard a sauvé l'honneur des ancêtres en terrassant Smaug avec une flêche noire et à l'aide de son arc comme dans le roman mais le périple de Thorin commence à son tour. Thorin refuse de négocier avec Bard et Thranduil, il devient de plus en plus mutique, et obsédé par l'or. Il devient également paranoïaque en discutant avec Bilbo qu'il imagine le seul loyal, puis doute aussi de la confiance de ce dernier en accourant vers lui quand Bilbo tient quelque chose dans sa main, qui s'avère être un gland ramassé dans le jardin de Beorn. Thorin dans cette scène magnifique redevient pour un temps, le Thorin ami de Bilbo, celui qui a entrainé ce petit bonhomme, bien loin de son confort et de sa vie, celui qui n'est pas un héros et qui se retrouve vêtu pourtant d'une côte de maille en Mithril. Mais cet instant de grâce ne dure pas et petit à petit Thorin se transforme par un jeu de lumière, une interprétation sans faille de Richard Armitage et des effets sonores en l'ennemi qu'il a toujours combattu, Sssssmaug, pendant que les nains défilent au ralenti vers la Guerre. Cette scène d'ailleurs résonne et raisonne tout le long du métrage avec plusieurs autres dans le basculement dans la folie de Thorin.

Les elfes s'allient à Bard et décident d'attaquer la Montagne et son roi, mais Bilbo de plus en plus peiné par le comportement de Thorin, se fait la belle et fonce dans le camps des Elfes-Humains pour proposer l'Arkenstone pour traiter avec Thorin. De son côté, Legolas et Tauriel vont à Gundabad et découvre l'armée de Bolg qui se prépare au combat. Bilbo retrouve Gandalf et ce dernier le fait surveiller par Alfrid qui l'entraine en l'appelant en vf stupide Hobbit... Loin d'être un simple comic relief d'allusion au SDA, cette phrase dans la bouche d'Alfrid l'associe de manière totalement inconsciente pour le spectateur avec Gollum, dont Alfrid partage la soif de l'or et de pouvoir. Mais Bilbo fausse compagnie à Alfrid et rejoint les nains. Les orques menés par Azog passent par sous les montagnes, aidés par les Mange-Terres qui leur ouvre une issue. Les humains et les elfes se rendent à la porte de l'Antre du roi sous la Montagne et ils exhibent l'Arkenstone. Thorin croyant à une ruse, rit sous cape, mais Bilbo dévoile la vérité. Thorin fou de rage demande à jeter Bilbo par dessus les remparts mais Gandalf surgit et demande à récupérer le cambrioleur sain et sauf. Les humains menés par Bard et les elfes menés par Thranduil demandent si Thorin veut la paix ou la guerre. A ce moment donné, un corbeau arrive vers lui et il comprend que son cousin Dain, vient d'arriver avec ses troupes, il répond donc la guerre. Dain s'avance et va commencer à se battre contre les elfes, quand soudain, les mange-terres finissent leur travail de sape et l'armée de Azog (dans le livre, il s'agit de Gobelins et de Wargs) surgit sous leurs pieds quasiment. Face à cette nouvelle menace, les nains et les elfes s'allient et le combat commence.

Le combat, on s'en fout, c'est un combat, ça se vit, ça se raconte pas, donc passons à la résolution des arcs des personnages, et à la symbolique de leurs parcours. Thorin, pendant que la bataille fait rage, se dispute violemment avec Kili, puis avec Balin et Dwalin qu'il menace quasiment de mort, le Mal du Dragon s'est totalement emparé de son âme, et il est en train de devenir fou comme son grand-père. Mais, quittant le combat, combat dans lequel son cousin Dain est en train de perdre et son peuple en train de se faire massacrer, il se retire dans la salle au parquet d'or, la même salle qui était dans le deuxième film, l'endroit où a été piégé la fierté et l'orgueil de Smaug, en plus de son avarice. Thorin va se confronter à sa soif de l'or, en soignant le mal par le mal, et dans une scène digne de la scène de folie de Mumble dans Happy Feet, ou du Roi Lear ou d'Hamlet pour rester chez William le grand, il va entendre toutes les voix de ses amis et ennemis se mélanger dans sa tête, avec en plus la réminiscence de la faute grand paternel ("je ne suis pas mon grand père" revenant plus de 3 fois dans sa torture mentale), puis se laisser engloutir par sa soif d'or pour mieux la combattre, car il comprend bientôt que pour résister à la plus grande des tentations, le meilleur moyen c'est d'y céder complètement.

Ainsi, dans une scène magnifique, où l'ombre de Smaug vient lui glisser sous les pieds dans le parquet, avant que tout le parquet ne devienne un immense sable mouvant qui l'engloutit littéralement, Thorin combat son ascendance pour assurer le futur de sa descendance. Cette scène magnifique aura d'ailleurs une vrai correspondance dans le combat final contre Azog mais on en reparlera en temps voulu. Il sort de cette transe complètement changé, et redevient le roi sous la Montagne qu'il n'a jamais réellement cessé d'être. Il effectue une sortie en défonçant à l'aide de la grosse cloche de la Montagne les barricades que sa folie lui avaient fait ériger et c'est une armée rassérénée par l'irruption de son roi qui rejoint la bataille.

De son côté, Bard sauve la vie à ses enfants, et se positionne encore plus en futur roi de Lacville sans jamais en avoir souhaité le dessein. Et Alfrid, le côté obscur de Bard lui, prouve un peu plus sa couardise et sa fausseté, en désertant le champ de bataille pour une jarre de pièce d'or, rejoignant encore plus Grima et Sméagol dans le savoir du spectateur de la trilogie. Chacun est dôté de ce qu'il recherche, dans un superbe travelling digne de Last Action Hero de John Mc Tiernan, à la question, "pourquoi refuser d'être le maitre et de prendre le pouvoir", Bard dévoile sa famille derrière lui avec le thème de Bard de Howard Shore.

Thranduil, voyant son peuple décimé et le nombre d'elfes morts pour la folie des nains, et de Thorin surtout, décide de lever le camp, mais il se retrouve face à Tauriel qui le menace de son arc, lui disant que son coeur est fermé à l'amour et que les nains vont se faire massacrer sans leur aide. Thranduil fend l'arc de Tauriel en deux, et la menace de son épée mais Legolas intervient et par amour pour celle qui ne l'aime pas, sinon par respect pour les convenances de sa race, et lui emboite le pas pour aller sauver Kili.

Bilbo fidèlement au livre de Tolkien est assommé au quasi début du combat, sauf que c'est dans Ravenhill et ne participe que de trés loin à l'assaut final. Fili et Kili sont tués par Azog et Bold, respectivement, donnant enfin à cette phrase "et dans la bataille des cinq armées, furent tués, Fili, Kili et Thorin", le flot de larmes que j'ai toujours désespéremment regretté de mes 20 lectures du livre même si leurs morts est quand même touchante du fait de l'attachement qu'on ressent pour eux pendant la lecture mais rien ne remplacera jamais l'image. Fili meurt en combattant, piégé par l'immonde Azog qui le poignarde et le jette à bas des remparts sous les yeux de son frère Kili qui ne pourra même pas lui dire adieu, et Kili lui meurt, poignardé par Bolg sous les yeux de sa dulcinée (entre temps, Legolas, vient se battre avec Bolg pour sauver Tauriel) mais en combattant lui aussi.

Thorin, affronte Azog sur la glace, dans un combat qui rappelle par sa mise en scène, le combat contre l'or, puisque se servant de la propre suffisance de Azog, il entraine ce dernier dans un piège nautique où chacun joue sa mainmise sur un territoire (encore une scène aux résonnances vertigineuses), et lorsque Azog comprend qu'il a été feinté, c'est trop tard, il coule et passe sous la glace devant Thorin, rappelant en cela au spectateur, que le Roi des Gobelins, Smaug et Azog étaient autant de figures perverties de ce qu'aurait pu devenir Thorin si il avait succombé à sa soif de l'or. Azog jailli de l'eau et tue Thorin, qui meurt en combattant, mais surtout qui laisse glisser son épée, ce "suicide" lui permettant de poignarder à son tour Azog à mort. Les Les Aigles jaillissant de derrière l'épaule de Thorin au ralenti, et venant ainsi sublimer le roi sous la Montagne. Thorin n'a pas sa place dans un monde ainsi fait, et comme le dit Balin à la fin à Bilbo, "des histoires seront comptées, des chant seront chantés et Thorin deviendra une légende". Ainsi s'éteint la lignée de Durin, dans la bravoure.

Bilbo se réveille de sa torpeur, et court vers Thorin, agonisant. Ce dernier dit adieu à Bilbo, s'excusant pour son attitude indigne d'un roi, il lui enjoint de quitter la Montagne et de rentrer chez lui planter ses arbres, et les regarder pousser, et il déplore que le monde soit si peu rempli de gens plus intéressé par la culture de leur jardin que par l'or et le pouvoir. Après cette sentence digne du Candide de Voltaire "tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles dit Panglophe, oui mais il faut cultiver notre jardin répondit Candide", il meurt pardonné, pendant que Bilbo dans une séquence tragique touchant au sublime, montre les Aigles à son ami qui n'est déjà plus de ce monde, frissons et sanglots en perspective.

Thranduil rejoint son fils et Tauriel, Legolas s'engouffre dans le tunnel et dos à son père lui dit qu'il ne rentrera pas. Son père lui conseille d'aller chez les Dunedains, voir un jeune rôdeur qui à eu un père trés bien et qui promet lui d'être exceptionnel. Le raccord avec Grand Pas est effectué pour le spectateur, et ce même si Aragorn a probablement dix ans environ. Tauriel dont l'histoire avec Kili sert finalement à montrer la future amitié entre les nains et les elfes, préfigurant le "couple" Gimli-Legolas demande dans une scène que n'aurait pas renier encore une fois Shakespeare a être délesté de l'amour si cette souffrance s'y apparente, ce à quoi Thranduil répond que si elle souffre tant c'est probablement que cet amour est vrai, faisant par là même comprendre, que si lui ne pleure pas la mère de Legolas et sa femme, c'est parce que ce n'était qu'un mariage arrangé de classe et certainement pas le "true love" dont parle Thranduil. Quand à la phrase de Thranduil, elle prend une grande signification, une "vertigineuse signification même", lorsqu'on la rapproche de toute l'entreprise Jacksonienne, à savoir l'intérêt de la HFR pour rendre réel et palpable la Terre du Milieu comme prolongement du réel, et non comme une simple histoire ou légende (pour reprendre le propos attribué plus tard par Balin à Thorin) (copyright également de l'idée, Denys Corel, du moins si on l'a compris dans le même sens).

Bilbo se laisse aller à sa douleur, et finit par s'assoir sur une pierre, pendant que les nains revenus du combat victorieux se laisse aller eux-aussi en rendant un dernier hommage à leur roi. Gandalf arrive, et dans une scène muette magnifique où Gandalf ne sachant que dire pour lui apporter un peu de réconfort, et Bilbo portant tous les stigmates de la fin de son voyage initatique lui aussi mutique, se comprennent dans leur souffrance quand le Magicien gris s'occupe en nettoyant sa pipe.

S'ensuit une deuxième magnifique scène, où la phrase sur la légende de Thorin est prononcée par Balin et où Bilbo, répond "il n'était pas ça pour moi, il était, il était, il était" mais aucun mot ne sort car la douleur est encore trop forte. La séquence se conclut par Bilbo qui demande à Balin de dire au revoir aux nains pour lui, et ce dernier lui sourit tristement en lui conseillant de le faire lui-même, à ce moment, tous les nains moins trois sont alignés devant la porte de la Montagne, eux aussi à jamais changés, et Bilbo les convient avec une touchante émotion à venir boire le thé, un jour ou l'autre, sachant pertinemment qu'il leur dit en réalité ici adieu.

Bilbo part en emportant le bouclier de Kili sur ses épaules et son 1/14 du trésor, un coffre d'or et d'argent.Gandalf chemine avec lui et parvenu aux abords de Hobbit-bourg, ce dernier lui dit à son tour adieu, en lui disant de faire attention, qu'il sait que Bilbo a en sa possession un anneau de pouvoir, (sans dire que c'est l'anneau unique, donc le lien avec le SDA est maintenu) et qu'il faut faire attention avec ce genre de magie noire, ce à quoi Bilbo répond qu'il l'a perdu pendant la bataille. Gandalf disparaît et Bilbo retrouve son foyer, entièrement perturbé (tout le monde le croit mort et on est en train de vendre ses affaires aux enchères). Il redonne son identité, car il a changé physiquement et même sa propre société ne le reconnait pas ou fait mine de ne pas le reconnaitre. Il donne comme preuve le contrat de Thorin, et entendant son nom par le commissaire priseur, il peut enfin dire, la douleur étant un peu atténuée : "il était mon ami".

Bilbo pénètre dans sa maison vide et vidée de toute présence, le spectateur attentif, se rappelle des scènes d'entrées des nains dans le 1 et comprend toute l'importance que leur absence revêt dans le 3. La musique de Howard Shore rejoint d'ailleurs dans ses toutes premières notes lorsque Bilbo pousse la porte de sa demeure vide, la puissance évocatrice primale de celle de Michael Giacchino dans Lost. Bilbo se penche et ramasse le portrait de ses parents qu'il raccroche au mur, rejoignant la thématique de Bard sur l'importance du "foyer", et il s'assied dans un fauteuil, alors que par un effet de caméra (contreplongée, visage de profil et semi-grimaçant), on s'aperçoit que l'anneau unique est en train d'essayer de le changer en un nouveau Sméagol. En un raccord mouvement sur l'anneau et sa main ridée, on retrouve le vieux Bilbo, et la fin comme elle est écrite dans le roman "Et pour les trés vieux amis ? Gandalf ! ... Avec la finesse qui le caractérise, Jackson délaisse les retrouvailles visuelles pour pouvoir cadrer une autre forme de retrouvailles, la carte qui témoigne de toute l'aventure passée, et de celle à venir par la descendance de Bilbo. Le lien est fait, ce Hobbit 3 annonce et réussit quasiment tout ce qu'il a entrepris depuis le premier film, à savoir faire ce que Tolkien a toujours voulu faire mais jamais pu réaliser, faire du Hobbit, une nouvelle trilogie apportant un lien efficace et réel avec la trilogie du Seigneur des Anneaux.

Le générique de fin est tellement magnifique, et approprié, par la si belle voix de Billy Boyds que je ne peux que me résoudre à vous laisser quitter ce blog et la Terre du Milieu au son de sa voix et des premières paroles de la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=r5dKnhgIQpA 

I saw the light fade frome the sky

On the wind i heard a sigh

As the snowflakes cover my fallen brothers

I will say this last goodbye

[...] I bid you all a very fond farewell.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 15:52

http://itstvnews.files.wordpress.com/2013/12/fleming.jpgRetour des visionnages "imposés" du site cinetrafic.fr. Avec pour la première fois dans l'histoire de ce blog, ami lecteur, une série TV. Et pas n'importe quelle série TV puisqu'il s'agit rien moins que de la série sur Ian Fleming, interprété par le fantastique Dominic Cooper et produit par la BBC.

Ian Fleming, séducteur oisif, fils de famille fortunée s'ennuyant à mourir dans un travail dans la finance qui ne le passionne pas outre mesure et frère cadet de l'écrivain Peter Fleming choyé et adulé par leur mère se retrouve engagé par l'intelligent service britanique, au lendemain de l'entrée en guerre de l'Angleterre dans le conflit qui donnera lieu à la 2nde Guerre Mondiale le tout grâce à son intelligence et son imagination.

Ce film étant en réalité une mini série de 4 épisodes, je vais donc traiter chaque épisode un par un, immédiatement après sa vision, pour rester le plus proche de la densité de la série

Episode 1

 

Le premier épisode s'ouvre sur un travelling sur un décor paradisiaque, puis la caméra plonge dans les eaux tumultueuses et suit une jeune femme qui nage sous l'eau, vêtu en plongeuse sous-marine en apnée. Le thème de la série se lance, avec par trille un peu moqueur, le James Bond theme à peine identifiable. Soudain surgi un fusil harpon dans le cadre, et un homme semble poursuivre la jeune femme. La tension s'accroit, comme dans un Hitchcock et au climax de cette tension, l'homme tire, et le plan suivant montre une gerbe de sang qui remonte vers la surface. L'homme jaillit, un poulpe que l'on voyait peu avant au bout de son harpon et la femme, arrache son propre masque et injurie l'homme lui indiquant qu'il a failli la tuer. Ce dernier répond, "failli alors seulement". On retrouve ce couple dans une maison, probablement sur l'ile paradisiaque entre aperçue au début et l'homme est en train de taper à la machine. Sa femme lui reproche de taper à la machine pour se venger du fait d'être récemment marié et donc de faire subir à cette pauvre machine à écrire, toute sa frustration d'être le captif d'une femme. L'homme qui s'avère donc être Ian Fleming poursuit la femme, et il finisse par s'abandonner l'un à l'autre sur le lit. C'est évidemment bien des années plus tard, puisque ensuite viendra un flash-back qui nous fera rentrer réellement dans son histoire. Mais cet intro est importante car elle montre un homme établi, marié, et bientôt célèbre (le personnage de Bond est créé et le livre qu'il est en train d'écrire est Casino Royale, le premier tome des James Bond). La force de la première scène est de faire entrer le spectateur de plain-pied dans l'imaginaire de Fleming, puisque nous croyons suivre une scène de poursuite James Bondesque, alors qu'il s'agit de la réalité.

Le premier flash-back s'enclenche, (13 ans plus tôt) et nous retrouvons Fleming et un autre personnage (dont nous découvrirons bientôt qu'il s'agit de son frère), en train de se poursuivre dans la neige en ski. Là encore, le réalisateur nous présente la scène comme le décalque d'un des futurs film de James Bond avec des tueurs à ski, mais la rivalité ne s'avère que fraternelle et se finit avec quelques blessures à l'ego pour l'un des frères. On retrouve ensuite les deux frères dans un wagon de train, entouré de nazi, et l'un des deux, insulte les nazis en disant en Allemand "qu'il ne craint pas le nabot Autrichien". Puis le contrôleur allemand entre et Ian qui vient de lier connaissance avec une jolie blonde reste pétrifié en voyant la violence nazie à l'oeuvre dehors. Le spectateur comprend à ce moment et par le procédé de filmer la vitre que Ian se rêve en justicier, car il serre les poings à voir ces gens maltraités sans pouvoir décoller son regard de la scène. C'est le contrôleur qui mettra fin à son hébétude en rabaissant brutalement le rideau et en lui demandant à nouveau ses papiers d'une voix autoritaire.

Le premier épisode met en scène la vie morne et oisive de Ian, composée de femmes, de vins, et encore de femmes. Il oublie un rendez-vous avec son seul client à cause d'une coucherie avec une fille rencontrée dans un bar et se fait ensuite vertement sermonnée par sa mère auquel elle oppose la brillante réussite de son frère Peter. Puis ian drague la mauvaise fille, se fait tabasser par son frère et tombe en émoi devant la femme d'un haut dignitaire. Venu acheter un exemplaire de première édition de Mein Kampf (son pêché mignon de collectionneur, les premières éditions bien sûr, pas Mein Kampf), il se fait suivre par des hommes, puis coincé en bas de la bibliothèque où il se trouvait et il est envoyé chez les services secrets. Ian craint qu'on le prenne pour un sympathisant nazi mais en réalité, l'intelligent service le nomme Commandeur et lui propose du travail comme agent secret, car son intelligence et son imagination leur serait bien utile en ces temps de guerre.

Ian accepte, il s'illustre en faisant parler deux prisonniers nazis sans brutalité mais autour d'un bon repas, largement arrosé et au frais de la princesse puis il retrouve la femme du haut dignitaire dans un diner mondain et pendant une scène de bombardement de l'endroit, il réussit à lui voler un baiser. Le premier épisode se clôt sur cette scène, où il retrouve sa cavalière, légèrement contusionnée, Monday, sorte de transfuge de la future Miss Moneypenny.

Episode 2

L'épisode 2 de ce qui s'annonce quasiment comme une excellente mini-série, digne de la réputation de la BBC en matière de reproduction historique, prend une tournure plus aventurière, et plus romantique à la fois comme si les deux étaient fondamentalement liés. Ian se rend en France, à la poursuite de l'amiral Darland, afin de récupérer des infos sur la flotte française pour éviter que cette dernière ne tombe aux mains des nazis. Là, il défie un général allemand au bacara et perd tout en voulant trop gagner. Après le clin d'oeil de la boisson dans l'épisode 1 qui s'était soldé par un échec (pour rappel, il commande un vodka martini on the rocks secoué à la cuillère non au shaker et se voit servir une bière en retour), le deuxième élément constitutif de Bond, le jeu, se voit lui aussi non récompensé chez Fleming, à croire que le personnage est le doppelganger en plus réussi de ce que fut la "vraie vie" de Fleming. Ian se fait encore apitoyer par une femme, la compagne du général allemand qui est hongroise et s'avère être juive. Elle assassine l'homme et Ian débarque au même moment. Il protégera son action, émue par son sort. Fleming rentre à Londre, où il appelle Murielle, comme il avait promis de le faire, mais une alerte à la bombe le confine dans un abri avec Anne O'Neil, la maitresse du haut dignitaire de l'épisode 1. Cette dernière lui dit qu'elle le désire, mais Fleming est amoureux de Murielle, et il finit par la rejoindre l'alerte terminée mais c'est pour trouver son appartement bombardé et la pauvre jeune femme, morte sur son lit, touché par un éclat d'obus. Fleming est terrassé est se retrouve hagard chez Anne O'Neil avec qui il couche pour oublier son chagrin. Fleming reproduit encore une fois, les futures traits de son futur Bond, puisqu'il a perdu pas moins de deux femmes, Monique et Murielle qui sont les exacts miroirs de Vesper Lynd (dans Casino Royale) et de la femme de Bond, Thérésa Bond qui meurt à la fin d'Au service de sa Majesté.

http://streamcomplet.com/james-bond-au-service-secret-de-sa-majeste/ (à partir de 1h33)
Suite à ça, Ian revient à la charge vers son supérieur pour former comme les nazis une escouade d'agent secret mais à la différence de ces derniers qui envoient leurs troupes en même temps que leurs agents, il lui suggère d'envoyer leurs agents avant, en éclaireur. Le supérieur approuve et Ian retrouve son frère Peter à la sortie qui lui confie que Ian est tout autant un héros que lui.
Episode 3
Ce nouvel épisode de la série débute sur une mission d'infiltration et de désamorçage d'une bombe dans laquelle intervient, un troisième gimmick des romans de James Bond, le désamorçage juste avant le 0:00:00. Ian se fait former au Canada, et il en profite pour écrire un manuel pour la future CIA. Ian et son supérieur forme son escouade de 30 agents secrets parmi les plus indisciplinés, et sans attache des soldats anglais. Anne O'Neil de son côté apprend la mort de son époux sur le front, et Peter, le frère de Ian est enlevé du front pour devenir archiviste. Ian souhaiterait accompagner son équipe mais son supérieur veut le garder à ses côtés. Ian demande à devenir le chef de l'escouade (qui multiplie les dépots de plainte envers le service) et son supérieur lui donne cette possibilité en l'initiant au protocole T. Ian doit entrer dans une maison et tuer un homme qui l'attend pour faire de même. Ian échoue mais l'escouade en revanche est agrandit du double et son supérieur est démis de ses fonctions à cause des plaintes reçus. Anne O'Neil épouse Edmond, le haut dignitaire et Ian se retrouve seul.
Episode 4
L'épisode final ne pouvait se faire sans évoquer le dernier gimmick de Bond, et non des moindres, les gadgets. Ian vit sa première mission d'espionnage sous le feu ennemi et l'épisode suggère habilement que puisque c'est Ian qui l'a vécu, il est fort probable qu'il y est du vrai et du moins vrai. Comme disait Fleming "dans tout ce que j'écris, il y a un fond de vrai". Ian devient un héros et se retire des services secrets en donnant sa démission.
Conclusion : une mini série en 4 épisodes, particulièrement sympathique, et qui emporte le morceau avec le jeu éblouissant du non moins génial Dominic Cooper qui endosse à la perfection la peau du fantasque Ian Fleming. Un vrai plaisir aussi de retrouver Rupert Evans dans le rôle de son frère, acteur de grand talent et trop rare depuis Hellboy, Agora et un épisode d'Hercule Poirot Saison 13. Le casting féminin ne démérite pas, puisque chaque personnage, de Muriel Wright à la mère de Fleming, en passant par Monday et Anne O'Neil se révèle excellent. Côté bonus, l'édition est un peu chiche avec un sympathique quizz en 007 questions et une biographie et bibliographie de Fleming. On aurait aimé un peu plus de bonus sur cette folle aventure que dû être le tournage de la minisérie. Par contre, un bon point pour l'éditeur qui nous offre à nouveau une édition du commerce avec une jacquette.
Au final, un bon produit, pas du tout ennuyeux, plein de rythme, d'une musique bien inspirée, des clins d'oeils amusants sans être redondants à l'univers de Bond et de quelques idées de cadrages pas inintéressantes (notamment l'arrière-plan flou qui recèle ce qui attire réellement Fleming quand il est avec quelqu'un). 
Retrouvez tous les meilleures séries Et pas n'importe quelle série TV et tous les derniers bons films ici :
  
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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 12:02

http://www.avoir-alire.com/IMG/jpg/the_battery_dvd_uk-cadre.jpgEn 2002, Danny Boyle donnait une cause à ses zombies, délaissant la doxa populaire du fantastique pour les relier un tant soit peu à la science. Puis en 2004, Zack Snyder, dans son film à mon sens le moins creux, révolutionnait le mythe zombie en les dotant pour la première fois du pouvoir de courir. Les gamins élevés à Romero et à Resident Evil que nous étions alors, habitués à la peur du nombre, plus important facteur d'épouvante que la vitesse ne s'en sont pas remis. Mais 2012 (2014 en dvd) va marquer grâce à Jeremy Gardner, un autre jalon du film de zombie. Débutant sur un long plan fixe avec un joueur de baseball assis sur une marche d'un pavillon de banlieue, on se croirait presque dans un Gus Van Sant. Le plan dure, dure, le jeune homme ne fait rien (ou presque) et puis d'un coup d'un seul, c'est l'emballement. Un deuxième jeune homme sort du pavillon, un flingue à la main, suivi par un zombie, et là le film est lancé. Et tout le long du métrage va osciller dans cette direction du film de zombie indépendant. Tourné avec environ 6000 dollars, ce film ne lésine pourtant pas sur un excellent storytelling, preuve qu'aux âmes bien née, la valeur n'attend point le nombre des années. Mais ce qui aurait pu paraitre vain ou ennuyant à mourir (cf Gerry dont je ne me suis personnellement toujours pas remis, désolé pour les puristes), s'avère au final une excellente manière de décrire cette épopée post-apo. Car, plus que de zombie, le but de cette aventure va être pour les deux joueurs (à des postes différents) qui plus est de cohabiter, et de devenir ami, car ils ne se connaissent apparemment pas plus que ça.

Du phénomène, on n'en entendra jamais parler, si ce n'est par des messages radios interposés, message d'autant plus confus qu'ils sont relativement vagues. Pas de cause scientifique, pas non plus de cause fantastique, bien que le terme Zombie finisse par remplacer celui d'Infectés, pas de cause du tout en fait. Le réalisateur, ici également scénariste ne s'embarasse pas d'une justification de ses zombies. Ils sont là, point barre. Le film est réellement réjouissant, car avec trés peu d'effets (impact de balles, un peu de sang, un montage parfois cut), et des plans caméras assez minimaux, il arrive quand même à installer une ambiance plutôt pesante et poisseuse.

Le film a même certains délires régréssif, comme lorsque un des deux protagonistes a certaines privautés sur son corps dans sa voiture bien à l'abri,en regardant une zombie fille qui gratte derrière la vitre, et plutôt sexy il est vrai. Au-delà du caractère absurde et décalé de la scène, cette dernière vient rappeler intelligemment que zombie ou pas, les infectés restent des humains. Il ya un petit côté Je suis une légende de Matheson qui est habilement distillé dans le film. Il est d'ailleurs fait allusion à une compagne du héros, avec une scène qu'on pourrait accoler en miroir de celle-ci où le héros sent une petite culotte de sa fiancée prise dans un des tiroirs dans sa maison vide et embarque le parfum de cette dernière. On ne saura pas si sa fiancée a survécu ou non, ni si quelqu'un d'autre a survécu, à l'exception de ce camp retranché, baptisé le "Verger", et qui dispose d'essence, de véhicules, d'armes et de troupes. Un des protagonistes parlera d'ailleurs au Talkie Walkie avec une des membres, Annie, sans succès apparent, du moins dans un premier temps.

Le but étant bien entendu de te donner envie de voir le film, ami lecteur, rien ne sera révélée de la fin du film. Juste un regret personnel, que le groupe le "Verger" ne réapparaisse pas, le film aurait pu durer une petite demi-heure de plus, ça aurait été superbe. Peut-être que le réalisateur se laisse une porte de sortie pour un éventuel 2, ou une série tv. En tout cas, personellement si ce n'est pas le cas, je l'encourage grandement à le faire, tant ce groupe "le Verger" avec ses allures de "les Autres" de Lost, ou les Guilty Remants de Leftovers donne envie d'en savoir bien plus.

Dernier réflexion, à propos du titre, "The Battery"' selon wikipédia, le terme Batterie en anglais est un terme qui renvoit 

"Au baseball, le terme batterie (en anglais battery) désigne le couple lanceur/receveur1 de l'équipe en défense. Ces joueurs sont respectivement notés 1 et 2 dans l'alignement défensif.

Origine[modifier | modifier le code]

Henry Chadwick

Le terme "batterie" au baseball a été inventé par Henry Chadwick dans les années 1860 en référence à la puissance de feu des lanceurs d'une équipe. Il faisait allusion aux batteries d'artillerie utilisées lors de la Guerre de Sécession.

Plus tard, cette notion évolue pour désigner l'efficacité du duo composé du lanceur et de son receveur. Leur performance combinée est primordiale pour le succès d'une équipe en défense."

Un titre symboliquement parfaitement trouvé, puisque ce dernier duo, devra apprendre à se connaitre pour fonctionner correctement ensemble, notamment d'un point de vue "défensif" contre les zombies. Puisque leurs armes se résument à deux battes de baseball et un revolver.

Le terme battery peut également désigner les batteries d'un chargeur, dans le sens où un des protagonistes ne peut avancer que si il a son walkman sur les oreilles. Et ce dernier change sans cesse les piles parce qu'il a besoin de sa musique pour vivre, de la même manière que son camarade charge sans cesse son revolver, parce qu'il en a besoin pour vivre. Mais un walkman sur les oreilles, ça distraie des zombies comme le lui dira son ami. Ce dernier va d'ailleurs confronter le mélomane à la peur des zombies en lui jouant un mauvais tour mais qui va le faire grandir.

En bref, si vous avez adoré l'armée des morts, Resident Evil le film, ou autre World War Z, ce film ne risque pas vraiment de vous séduire, mais sait-on jamais. Par contre, si vous aimez Romero, Resident Evil le jeu vidéo, les films indépendants avec une vraie ambiance et de vrais idées de mise en scène, alors n'hésitez pas et foncez voir ce The Battery. Un réalisateur à suivre, pour un film qui serait le Into the Wilde ou le Gerry du film de Zombie, mais un Gerry cool (oui promis, j'arrête).

Sortie le 5 aout 2014.  Zylo.

Aucun Bonus. Film en VOST  français.

Retrouvez ce film, et d'autres dans la catégorie  film d'horreur et film policier.

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 19:21

http://a.giscos.free.fr/cinema/N/Necronomicon/Image2.jpgAvant de réaliser Crying Freeman, bien avant, même, quelques années après sa sortie de l'EDHEC (ancienne FEMIS) et au moment où sa carrière de journaliste à Starfix (journal qu'il avait fondé) ne lui apportait plus autant de plaisir, Christophe Gans se découvre une envie de réaliser des films. Il fait la rencontre décisive pour sa carrière, Samuel Hadida, sous l'égide duquel il réalisera plus tard, Crying Freeman, puis le Pacte des Loups, puis le reste de sa filmographie à savoir donc Silent Hill, et La Belle et la Bête.

Gans rêve de tourner une adaptation du manga Crying Freeman depuis qu'un ami lui a envoyé parmi des VHS (mais si, l'ancêtre du dvd et du bluray pour les vieux que nous sommes), un manga original de l'oeuvre en colis postal. Evidemment le jeune Gans ne comprend rien au manga écrit en Japonais, mais le gros de l'oeuvre et sa structure, il va la comprendre par les dessins et les cadres. C'est Spielberg qui disait, pour savoir si un film est bon ou pas, coupez le son, et regardez le, si vous comprenez l'histoire, votre film tient la route.

Samuel Hadida se retrouve totalement dans le jeune Christophe Gans, et il caresse le même projet. Il appelle donc Brian Yusna pour lui demander les droits du manga Crying Freeman, puisque c'est lui qui les détient, et Yusna, réalisateur de Re-Animator entre autres, propose à Hadida de confronter le jeune Gans à un premier projet avant de lui confier les rennes d'un film plus important. Yusna est en train de lancer une production de 3 courts-métrages, basés sur l'oeuvre de H.P Lovecraft, et ayant pour fil rouge, le Necronomicon, ce livre des Morts dont il est si souvent question dans l'oeuvre du maître anglais de l'épouvante. Gans qui n'a rien réalisé à part un film de fin d'étude (Silver Slime) saute sur cette proposition, et grand amateur de l'oeuvre de Lovecraft, il accepte le projet. Hadida s'allie donc à Yusna, et au producteur Taka Ichise qui produira Ring, et ensemble, il projette de doter le film fini de trois sensibilités toutes différentes : un segment européen confié à Gans, un segment asiatique confié à Shûsuke Kaneko et enfin le fil rouge (incipit et decipit du film), plus le troisième segment dans une tonalité plus américaine à Brian Yusna lui-même.

Le film est l'occasion de retrouver une tête connue de Roberto Rodriguez, le comédien et maquilleur FX, Tom Savini (Sex Machine dans Une Nuit en Enfer) au niveau des FX du film justement. C'est donc quasiment à quelques exceptions près, trois équipe totalement différente qui planche sur trois segment eux-aussi sans rapport entre eux, si ce n'est le fameux fil rouge réalisé par Yusna et qui consiste en une initiation de H.P Lovecraft lui-même, impeccablement campé par un Jeffrey Combs (Re-Animator) merveilleusement grimé, qui vient consulter dans une bibliothèque tenu par des moines bouddhistes, le fameux Necronomicon et s'inspirer de ces pages pour écrire ses récits.

Les segments sont assez inégaux mais en même temps, avec 6 jours de réalisation, et 600 000 dollars par segment, quand on se reprojette dans les budgets de l'époque (le milieu des années 90), le résultat est plus qu'acceptable. Je ne peux pas parler du film comme un tout puisque plusieurs sensibilités différentes sont présentes, je vais donc traiter chaque morceau à part.

L'hôtel des Noyés  réalisé par Christophe Gans. Le Segment qui m'a personnellement le plus convaincu à tous les niveaux, est celui de Gans lui-même (un de mes cinéastes préférés) qui s'entourant du compositeur de Raimi dans Evil Dead et de son chef décorateur, compose une "belle infidèle" à l'oeuvre de Lovecraft, tout en atmosphère, et en thématiques sur l'impossibilité d'une Rédemption, et comment la faute des pères touchent les fils. Un certain De la Poer hérite d'un hôtel dans lequel son propre aieul s'est donné la mort au 19ème siècle, après s'être rendu responsable de la propre mort de sa femme et de son fils. Abjurant sa foi en jetant la Bible dans le feu, un être d'écumes et d'algues qui pourrait bien être un Profonds lui apporte une nouvelle Bible, le Necronomicon, livre qui pourrait l'aider à ressuciter sa famille et ainsi racheter ses fautes avec l'aide du grand Chtul'u. Ce dernier est trompé par le monstre, et ayant ressucité des êtres proches de son mystérieux visiteur, il se suicide en se jetant du haut des remparts. Son descendant, (épatant Bruce Payne) cherche l'hôtel pour trouver le Necronomicon et lui aussi tenter de ressuciter son amour perdu, noyé en voiture par sa faute également. Gans récupère simplement le nom du protagoniste de la nouvelle de Lovecraft, "des rats dans les murs", et le concept de l'hôtel hanté pour tisser une histoire complexe, la plus touchante également et la mieux construite, sur l'impossibilité de la Rédemption tout en la liant avec intelligence au mythe du grand Chtul'u qui rêve et veille. La musique, romantique et mélancolique du compositeur de Evil Dead Joseph Lo Duca mais aussi du Pacte des Loups, nous emporte dans un monde onirique clairement romantique. De son côté, Gans avoue s'être beaucoup plus inspiré de l'univers de Poe (que Lovecraft a beaucoup étudié et sur lequel il a écrit des essais) que de l'oeuvre de l'anglais qui a donné naissane au grand Chtul'u. Mais le mix fonctionne, et même la création de personnages féminins spécialement écrits par Gans pour l'intrigue ne désservent pas la grande qualité de ce fragment, surfant à la fois entre Hithcockisme années 60, romantisme anglais du 19ème et histoire de fantômes chinois ou japonais. Au final, on se retrouve à suivre la partie du film qui est la moins bis et la moins série B (si on excepte quelques passages gores qui tâche).

Le segment suivant, réalisé par le japonais Shûsuke Kaneko, est lui issu d'une vrai nouvelle à 100% de Lovecraft, Cool Air, et met en scène une jeune femme qui découvre que son locataire du dessus est bien particulier. Locataire interprété par le fantastique David Warner (mais si, son visage vous est forcément connu si vous avez vu Titanic, il joue le méchant majordome de Billy Zane). L'intrigue quoique sage, ne s'épargne pas quelques passages gores ou drolatiques suivant comment on prend la chose. Il faut savoir que le réalisateur japonais est parti une fois le tournage effectué et ne s'est pas occupé de la postprod, ni du montage, chose qu'ont dû se partager les réalisateurs restants en tentant d'être le plus en adéquation avec ce que voulait le réalisateur d'origine. Ce segment est sympathique mais manque un peu de folie, ou de personnalité. Je n'en dévoilerai pas la fin pour vous donner envie de le voir parce qu'il vaut quand même le coup.

Enfin, le dernier segment, issu de la nouvelle "Whisper in the darkness" (celui qui chuchotait dans les Ténèbres), réalisé par Brian Yusna, est probablement le le plus gore mais aussi le plus étrange. C'est aussi celui qui m'a convaincu le moins personnellement, même si il n'est pas sans rappeler la folie visuelle d'un Joe Dante par exemple, dans son segment de la 4eme Dimension le film. Il met en scène deux policiers, un homme et une femme qui roule dans une voiture à la poursuite d'un tueur en série, surnommé le Boucher. On comprend qu'ils ont eu une aventure ensemble, et que la femme est enceinte. Soudain, la voiture a un accident, et le policier noir, blessé, se fait enlever par celui qu'il poursuive. La femme, elle aussi blessée se lance à leur poursuite, un peu après et tombe sur un étrange couple qui vit dans un immeuble à demi salubre. Encore une fois, la fin ne sera pas révélée.

Puis le film se termine par une conclusion dans la bibliothèque des moines du début, encore une fois réalisé par Brian Yusna.

Au final, le film se laisse amplement regarder, et même si les défauts inhérents au genre de la série b fauchée, peuvent être une gêne dans la vision de certains des segments, quand on se remet les choses dans leur contexte, les trois parties sont loins de la réputation désastreuse que le film se traîne. Et c'est un vrai plaisir de découvrir après avoir vu tous ses précédents, le premier travail professionnel et commercial d'un réalisateur que personnellement j'adore. Réalisateur que j'ai eu la chance de croiser une fois à Paris en 2008 à la fnac, mais que je n'ai pas osé aborder de peur de le déranger. 

BONUS : Côté bonus, Metropolitan nous a gâté, non seulement le film en lui-même possède un transfert Bluray trés correct, mais en plus, un commentaire audio de Yusna et Gans est disponible, sans parler d'un deuxième dvd rempli jusqu'à la gueule de bonus, et de bonus caché (notamment le film de fin d'étude de Gans, "Silver Slime", hommage à Mario Bava et Argento). Un documentaire de 58 minutes intitulé "l'enfer du B", dans lequel, Gans, Yusna, et d'autres reviennent sans langue de bois aucune sur le calvaire et le plaisir aussi qu'a été le tournage de ce Necronomicon. Trois autres featurettes reviennent sur le Tournage, la Musique et la Production du film. Dans ce dernier bonus particulièrement, les trois producteurs de Necronomicon ironise autour d'un Necronomicon 2 en Espagne, et d'un Necronomicon 3 à Paris, en reprenant encore trois sensibilités cinématographiques différentes à chaque fois. Il est dommage que le projet n'ait pas été reconduit car aujourd'hui, les coûts de productions augmentant, il serait quasiment impossible de relancer un tel projet. Mais il est toutefois trés sympathiques de voir ces trois producteurs discourir gaiement comme des enfants à propos d'un projet qui leur a tenu et leur tient toujours fortement à coeur.

Enfin, un magnifique petit livret, revient sur le segment de Gans en établissant un paralèlle dans sa filmographie entre Necronomicon sur les thématiques qui lui tiennent à coeur, ou les cadres effectués, voire les figures qu'il propose. Bref, un must have et must have see pour tous les amateurs de cinéma de genre, de série B, ou les fans du cinéma de Christophe Gans tel que votre serviteur.

Sortie en dvd et bluray le 18 Juin 2014. Distribué par  Metropolitan Filmexport.

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 11:33

http://tiffanyyong.com/wp-content/uploads/2013/04/Drug-War-desktopsky-0.jpgCeux qui me lisent depuis quelques temps déjà, savent que même si je ne crache pas sur un film asiatique ou deux, je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un afficionado, donc toutes mes excuses si je dis des conneries ou que je froisse des sensibilités. 

Le film asiatique d'aujourd'hui est un film du réalisateur chinois Johnnie To dont je n'ai vu et je m'en excuse, aucun de ses films. Ceci étant, vu la découverte qu'a été celui-là, ça risque probablement de changer dans les mois à venir. Attention quand même, je connais son nom, et j'ai déjà entendu parler de ses films, même de loin. PTU, Election, ou le récent Vengeance avec Johnny Halliday, mais je ne les ai jamais vu.

J'en profiterais donc pour commencer par un petit point culture sur Johnnie To "Johnnie To est engagé à 17 ans comme assistant administratif pour une des principales chaînes de télévision de l'ancienne colonie britannique, la TVB. Quelques années plus tard, il produit des séries, toujours pour le petit écran. En 1980, il passe le cap de la réalisation en tournant The Enigmatic case, un film d'aventure médiéval qui ne connaît aucun succès. Après six ans de travail sur des séries télés, il tourne en 1986 Happy Ghost 3, son second long métrage." (source  : allociné)

Drug War donc qui date de 2012 mais qui n'est sorti en dvd et bluray en France que cet été raconte sur fond de guerre des gangs, la traque d'un policier des stups chinois envers un dealer chinois lui aussi. Et inutile de le dire mais on va quand même le dire, on est loin de Julie Lescaut ^^. Et loin du cinéma américain d'action aussi avec ces héros qui s'en sortent tous en tuant les méchants. Là c'est beaucoup plus ambigue, beaucoup plus fin. 

Le film s'ouvre sur une scène en apparence what the fuck mais qui a pourtant tout à voir avec l'histoire qui nous occupe. Une voiture dont le passager semble être en proie à une overdose (ou alors il conduit vraiment trés trés mal) fait de grand zig-zag sur une route commerçante d'une ville avant de finir par s'emplafonner dans un restaurant chinois. Noir. On se retrouve dans un camion qui roule sur une autoroute avec deux chauffeurs chinois, et deux hommes qui les suivent en voiture dans ce qui semble être une filature de stups. Puis retour à l'homme de la première voiture qui est hospitalisé. Il tente de s'enfuir mais la police le rattrape. Il s'agit d'un trafiquant de drogue, Choi Min, impeccablement campé par Louis Koo, véritable MacBeth du film. Le commissaire Zhang (Honglei Sun) lui rappelle qu'il est coupable d'avoir fabriqué et dealé des tonnes d'amphétamines et que pour seulement avoir produit 50 grammes, on est condamné à mort en Chine. Ce dernier veut se racheter, et ne voulant pas mourir, propose au commissaire de lui livrer ses principaux acheteurs, et les responsables de la plaque tournante du trafic. Zhang a contrecoeur accepte, et rencontre le dénommé Hoho en se faisant passer pour Chang, bras droit de Oncle Bill, le chef de la mafia. Bill conclue le deal avec celui qu'il croit être Chang, puis part vaquer à ses affaires, pendant que Zhang qui a enregistré toute la conversation avec son équipe de policier en sous-marin dans une chambre voisine de l'hôtel de la rencontre, prend la place de Hoho pour rencontrer le véritable Chang. On se retrouve donc tour à tour dans un suspens à couper au couteau, puis dans du vaudeville pratiquement, et le réalisateur gère trés habilement le passage de l'un à l'autre. Chang apporte de l'héroïne pure en cadeau à Hoho, ou du moins celui qu'il croit être Hoho, et Zhang n'a d'autre solution que de "sniffer" le rail de bienvenue, puis celui offert par Oncle Bill. Chang propose un troisième rail mais Choi Min lui tape sur le bras, lui signifiant que les "cadeaux" consécutifs risque de tuer Hoho qui ne prend pas de sa propre drogue, même si il en vend. Chang s'en va et Zhang, manque de mourir d'une overdose. C'est Choi Min qui le sauve en lui ordonnant de prendre un bain glacé, de boire de l'eau,et de vomir. Zhang a une dette envers Choi Min qui lui a sauvé la vie. Choi Min passe à son entrepot secondaire (toujours surveillé en sous-marin par Zhang et ses hommes) avec le vrai Hoho et sa femme et apprend à ses employés muets que sa femme à lui et ses deux frères sont morts dans l'explosion d'un autre entrepot. Il semble trés ému et n'a pas eu le temps de leur rendre honneur. Les muets décident de brûler des billets de banque pour remplacer le cérémonial de l'encens. Zhang et son équipe interviennent et capture le vrai Hoho, sa femme, et manque de capturer les mulets mais deux s'échappe en tuant plusieurs policiers. Choi remplit son camion de drogue et se rend, toujours accompagné de Zhang qui se fait passer pour Hoho au rendez-vous avec Oncle Bill. Choi Min lui apprend que Oncle Bill n'est qu'une couverture et que le trafic est en fait géré par 7 personnes différentes. Oncle Bill  et Chang méfiants, demandent à Hoho (ou du moins le croit-il) de faire partir certains de ses bateaux, puis tous ses bateaux comme preuve que les navires sont bien à lui. Zhang s'exécute, aidé de ses policiers des stups qui sont à bord de chacun des bateaux.

A ce moment du film, on bascule presque dans du Meville, ou du Michael Mann, la poésie qui se dégage de ce "lâcher de bateau" est sublime. Bien évidemment, mon but est de vous donner envie de voir le film, donc je n'en révèlerais pas la fin, mais c'est un film policier, viscéral, âpre, avec de trés belles scènes poétiques, voire même drôles, qui sont immédiatement suivies de scènes d'une grande violence, ou de manipulation, voilà pourquoi ce film m'évoque fortement le théâtre du grand William Shakespeare, écrivain qui savait à merveille passer d'un genre à l'autre, dans un claquement de doigt, ici un claquement de feu.

Un petit mot à rajouter sur la musique qui est celle d'un français, Xavier Jamaux, un habitué des productions asiatiques, et qui correspond parfaitement à ce qui se passe à l'image. Le thème du film est lancinant et triste mais dépeint parfaitement l'atmosphère voulue par le réalisateur.

BONUS : Les bonus du bluray sont plutôt chiches, puisque outre quelques bande-annonces, il n'y a qu'une simple featurette en guise de "coulisses du tournage" à se mettre sous la dent. On aurait apprécié pour un tel film, quelque chose de plus conséquent comme un commentaire audio ou un making of fourni, (ne serait-ce que pour décortiquer les nombreuses séquences de fusillades, admirablement gérée).

Enfin, ce n'est pas cette pauvreté de bonus qui va vous empêcher de découvrir cet excellent film, dont on se demande d'ailleurs pourquoi il n'est jamais sorti en France. Car du direct to dvd ou bluray de cette qualité, on en demanderait bien plus souvent.

Sortie en dvd et Bluray le 18 Juin 2014. Distribué par la Metropolitan Filmexport.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 22:02

http://medias.unifrance.org/medias/253/188/113917/format_page/midnight-globe.jpgDans les films français, ya deux catégories, ceux qui repompent ad nauseam un concept américain ou pas (généralement une comédie) et ceux qui font du film d'auteur où la seule réflexion philosophique présente est avec qui Tamara, jeune trentenaire qui se cherche va t-elle bien pouvoir baiser, Paolo ou Ninon ? Etrangement c'est dans ces derniers que la critique complaisante trouve du Hegel, du Schopenhauer ou du Nietzsche, alors même que dans un film de pirate de l'information la seule chose qu'on trouve c'est de la prétention et de la philo de comptoir, mais bon on va pas commencer sinon on est pas sorti de l'auberge.

Et puis il y en a une troisième, ce sont ces films fauchés, mais avec un coeur gros comme ça, Maléfique, la Horde, etc... ces films qui ont un concept et une foi inébranlable dedans. C'est à un de ces petits gars là qu'on va s'intéresser aujourd'hui dans le retour des critiques Cinetrafic : Jonathan Musset et son plus que prometteur Midnight Globe. avec un budget de seulement 45 000 euros et un départ d'aide sur le site d'Ulule, Midnight Globe est un film qui emprunte aussi bien à Inception qu'à Lynch, ya clairement pire comme influence.

Nattie, une jeune anglaise apprend le Wiphala, un jeu à l'origine fait pour éduquer les enfants en mal de communication (le Voyage) mais finalement repris par les parieurs clandestins parce que le principe n'est ni plus ni moins que la téléportation dans un lieu (mental ou non) à la manière de Jumper de Doug Liman.

Nattie est une Elue, la Spéciale, celle par qui une prophétie va s'accomplir, mais là où ça se corse c'est qu'un meurtre non résolu a été commis et que Nattie est la seule clé de ce mystère.

Il ya deux manières d'aborder les films comme Midnight Globe, la manière franco-franchouillarde (c'est pas clair, c'est pas tout prémâché, on comprend rien on dirait du Kubrick-Lynch-Godard) et la manière intellectruelle (on comprend rien mais c'est gé-ni-al, c'est justement ça qui fait sa force, cette insolence de la narration, ce jusqu'au boutisme du refus de structure de ce cinéma capitalisto-impérialiste et ses diktats commerciaux. Et puis ya celle que je vais utiliser, c'est pas forcément un problème qu'on soit un peu largué dans le film, mais c'est pas pour ça qu'on va l'encenser de manière non méritée, si c'est non mérité.

Cher lecteur, toi qui commence un peu à me connaitre depuis que ce blog existe, tu sais déjà que même si je défends toujours les films bien fait, et les idées originales, je n'en demeure pas moins assez critique et que la démagogie ne fait pas partie de mon vocabulaire, l'hypocrisie non plus, sans doute pour ça que j'ai du mal à faire mon métier. Enfin bref, même si j'ai pas sale caractère, j'ai mon caractère, donc pour parler de ce film qui m'a plu et pas plu, parce que rien n'est tranché en blanc ou noir, pas même la mort ou le Mal, je vais essayer d'être le plus objectif possible et le plus sincère.

Au parcours de Nattie va s'adjoindre les pérégrinations d'une "secte" détentrice du pouvoir du Whipala, avec un mentor, une "oracle", et un petit padawan. Pour les méchants qui apparaissent à la fin (et si bien sûr ce sont les méchants) je n'ai pas bien compris tout leurs enjeux. Le film est donc obscur et clair, il avance par de trés belles idées visuelles au moyen de symboles un peu trop crypté à mon goût (pour trouver qui représente Maitre Dall, il faut avoir fait breton première langue ou avoir trainé sur le facebook du film, ce qui n'est pas mon cas, ni dans un sens, ni dans l'autre. Mais par contre, il parait que j'ai oublié d'être sot, alors forcément, quand j'apprend à la fin à qui est dédié le film, mon cerveau carbure et j'ai eu tôt fait de reconstituer le sens du maitre si pas forcément dans son onomastie (pour cause de lacune lexicale du breton ^^) au moins dans son symbolisme;

Le principale reproche et intérêt du film c'est son scénario. Maintenant le film est loin d'être mainstream et les gens qui aiment bien comprendre les films simples, genre les adorateurs d'Inception, fuyez, ce film ne vous parlera pas et vous le trouverez trop incompréhensible. Maintenant si vous aimez le cinéma semi-mainstream (les Gravity, les Pacific Rim, les Happy Feet 2, les Lego Movie et j'en passe), vous devriez être plutôt séduit mais car il ya un mais, la structure du scénario reste quand même peu compréhensible, non pas dans l'histoire qui est plutôt simple mais dans les enjeux narratifs du récit et dans les interactions et les liens entre les personnages. En effet ces derniers sont inutilement compliqués et le montage n'aide pas forcément à clarifier l'échevaux tant on passe de flash-back à des flash-forward, ou de la réalité à l'espace mental des personnages. Et même si ces derniers sont clairement représentés par la ville de Venise et de Nantes à travers plusieurs de ses bâtiments historiques et avenues, rues, canaux, n'est pas les Wachowski qui veut, ce qui fait que le spectateur se retrouve vite perdu dans les méandres de l'intrigue.

Si vous êtes maintenant de la troisième catégorie de spectateur, les amateurs de David Lynch, et que vous venez plus chercher de la sensation, et de l'organique, des émotions et des "couleurs", alors Midnight Globe vous raviera à l'extrême car je ne suis pas sûr que même avec une seconde vision je comprendrais pour autant la structure narrative du film, parce que le propos et la thématique je l'ai bien comprise, mais du coup je trouve avec force réserve que l'intrigue n'est pas clairement définie. Du coup, il est un peu dur de s'impliquer émotionnellement pour des personnages qu'on ne connait pas, pour qui on ne tremble pas, ni même ne prend parti pour ou contre leurs actions.

Et ce n'est pas la faute du casting qui se révèle tout bonnement idoine, avec une petite préférence personnelle pour l'héroine Nattie, Carole Reppel-Baele qui est pour moi la révélation du film tant son jeu ne passe jamais par le dialogue ; et pour Faro, l'arnaqueur roublard, impeccablement interprété par un Bruno Henry transfiguré qui utilise le Wiphala pour se faire du pognon sur les gens suffisamment naîf pour le défier ,et qui compose un personnage crépusculaire et taciturne, sorte de Han Solo qui aurait flirté du côté obscur de la Force. Les personnages secondaires ? sont relativement peu développés en comparaison des deux précédemment cités et de Teddy, le jeune Padawan de la "secte".

La musique se révèle trés belle, à la fois ouatée et émotionnelle, et s'accorde avec justesse au travail sur la lumière qui est lui aussi de toute beauté, surtout pour un film indépendant. Il y a dans ce film, malgré de léger problème de cadre ou de montage, un travail artistique et esthétique qui dépasse et de beaucoup la plupart des films d'auteurs français filmé en automatique par des gens qui n'y connaissent rien ou presque en technique.

Le film possède beaucoup de bonnes idées comme un grain de beauté rouge tatoué sur le front des praticiens du Wiphala et qui rappelle le 3eme Oeil indouiste (d'ailleurs cet élément esthétique prendra tout son sens dans le final du film) ; Nattie à ce propos possède elle un triangle tatoué sur le front au même endroit. Autre bonne idée, avoir repris les principes de résonnances des couleurs de l'Arc-en-Ciel qui correspondent chacune à une note de musique. Ou encore ce passage mental (où Teddy sur une scène de théâtre ? arrangue un public imaginaire sur la puissance du Wiphala. Encore une trés bonne idée, avoir repris les codes couleurs du Karaté et autre Arts Martiaux (d'ailleurs, le Wiphala en est un en quelque sorte) pour symboliser la graduation des niveaux de perception des praticiens du Wiphala. Cce code couleur se présentant sur des bandeaux que les praticiens mettent autour du front, ce qui n'empêche en aucun cas la fraude (se mettre un bandeau de grade plus élevés ou moins élevés). Mais cette notion de triche et de fonctionnement des bandeaux n'est pas non plus trés bien développés ce qui entraine une perte de sens pour le spectateur. Enfin, outre Maître Dallé (dall en breton voulant dire émoussé,aveugle), le réalisateur récupère le principe de son Wiphala sans doute sur "le terme wiphala qui désigne les drapeaux rectangulaires aux sept couleurs utilisées par les ethnies des Andes. Il existe de nombreuses variantes. L'une d'elles, considérée comme le drapeau du Collasuyo, est utilisée actuellement comme symbole ethnique du peuple aymara.

Récemment, le wiphala a été accaparé comme élément d'une large iconographie des mouvements pronatifs, surtout des peuples quechuas en ÉquateurPérouBolivieArgentine et Chili principalement. Cependant, son affectation principale concerne la revendication aymara en Bolivie.

Signification des couleurs de la Wiphala

Les couleurs viennent de l'arc-en-ciel :

  • ROUGE : planète terre (Pachamama)
  • ORANGE : société et culture
  • JAUNE : énergie et force
  • BLANC : le temps et la dialectique
  • VERT : économie et production
  • BLEU : espace cosmique
  • VIOLET : politique et idéologie andine" (source wikipédia)

il est curieux d'ailleurs que le réalisateur n'est rien fait des significations des couleurs de la Wiphala, mais peut-être l'a t-il fait et je ne l'ai pas saisi. Car oui, je l'avoue, j'ai beau adoré l'exégèse sur les films que je regarde, si je n'ai pas la structure narrative du film en tête suffisamment clairement, je ne peux en déceler les sous-textes.

Quoiqu'il en soit, ce projet présente suffisamment de points positifs pour qu'une chance d'être vu par le public lui soit donné. Surtout quand on pense que la volonté de payer tout le monde en respectant le droit du travail malgré un budget de production trés limité a toujours été au centre des préoccupations du réalisateur et de son équipe. C'est suffisamment rare pour être signalé. Le film a été tourné à Nantes et il est sorti dans une vingtaine de salles française le 4 Décembre 2013 (plus d'un an après la fin de son tournage). Si vous souhaitez vous procurer le film, rendez-vous pour plus d'informations sur le site de la production www.waynapitch.com.

ps : BONUS : Ils sont peu nombreux mais intéressant, même si une aventure de cette ampleur aurait mérité pour le spectateur d'avoir un making-of pour justement toucher du doigt la difficulté d'une telle entreprise artistique dite de "cinéma équitable", si, comme le café. Et deux featurettes composent ces bonus, auquel s'ajoute en plan séquence et sans coupe le monologue final de Teddy, qui montre à quel point le comédien est bon, et surtout l'étendue de sa palette émotionnelle (ce genre de document de travail étant tellement rare sur les bonus d'un dvd, il en devient d'autant plus essentiel).

Enfin, quand je reçois des éditeurs ou producteurs un dvd avec une jacquette, j'aime le dire. Et ce film ne déroge pas  à la règle, mon avis est d'autant plus enthousiaste qu'une vraie jacquette avec une vraie galette dvd sérigraphié, quelques cartes bonus sur les secrets du film et une lettre typographié du réalisateur m'est parvenu. Donc comme il est de coutume, ce geste d'attention particulière hausse un peu plus mon avis général sur le film.

Je rajouterais pour finir que Midnight Globe est tourné à la fois en anglais et en français, et que le film se clôt sur un twist assez shyamalanien. Bref, avec son ambiance à lui, et sa douceur ouatée comme dans un rêve, Midnight Globe, premier long de Jonathan Musset est une trés belle surprise, et même si on peut lui reprocher des soucis de structure, l'univers de ce jeune réalisateur s'impose à l'écran et on ne peut que lui souhaiter de transformer l'essai avec un deuxième long rapidement.

Distribué par  la page facebook du film, ainsi que sa page officielle.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 19:09

http://www.technoetgames.com/wp-content/uploads/2014/04/la-grande-aventure-lego-01.jpgRetour aux analyses spontannées de ce blog, c'est à dire sans "commande" extérieure. Pour ceux qui apprécient les chroniques pour le site Cinetrafic, elles reviennent trés vite avec un film français indépendant et le film Drug War. Depuis Gravity, je n'avais pas ressenti le besoin ou l'envie de me plonger dans une analyse, disons qu'aucun film n'était venu titiller mon intellect et mon émotion car chez moi l'un ne va pas sans l'autre. Après avoir quasiment renoncé à parler de Pacific Rim et de la profondeur de son sous-texte, tant la tâche m'apparait ardu, et ne pas trouver l'angle pour aborder la richesse du dernier X-Men, j'ai eu la joie d'être frappé par un film que j'attendais ardemment et qui s'est révélé satisfaisant au-delà de toute espérance : La Grande Aventure Lego (Lego Movie).

j'attendais ce film à plus d'un titre, d'abord, parce que même si je lui ai toujours préféré les Playmobils pour sa narration j'ai toujours été fasciné par le pouvoir créatif des Legos. Et puis, le postulat final du film est trés proche d'une nouvelle que j'ai écrite (avec des Playmobils ceci étant). Le film Lego Movie arrive à ce double exploit de mettre en avant la narration tout en ne mettant pas de côté la joie jouissive du n'importenawak de création legoesque.

Lego Las

Nous devons Lego Movie aux créateurs du génial Tempêtes de Boulettes Géantes (Cloudy with Meatballs). Ce film créatif et sensoriel fou, avec un message pas si simpliste qu'il n'y parait. Rassurez-vous, amateur de dédales labyrintiques mentaux, Lego Movie leur nouveau projet ne faillit pas à la règle. Ce même Tempêtes de Boulettes Géantes dont le surestimé et surinterprétatif Alain Korkos qui n'avait pas vu le film conspuait le dit projet sur son seul nom -"Je vous laisse juger de l'intérêt de la 3D, "Tempêtes de boulettes géantes" (sic), c'est crétin, je n'ai pas vu le film mais ça situe le niveau"- Quelque chose dans ce goût là, la phrase témoignant en elle-même de l'intelligence et de l'ouverture limitée de son pseudo "journaliste". Mais le but n'est pas de tirer sur l'ambulance, juste de s'autoriser une private joke pour quiconque a fréquenté un temps arrêt sur images et se rappelle des propos abscons de celui qui voit un peu tout et n'importe quoi dans l'Art.

Et justement, d'Art, il va en être ici question, aussi bien en termes de techniques, de créativité que du sens premier du mot Art, l'Alchimie, mais nous y reviendrons. Lecteur, si tu veux poursuivre plus loin la lecture, sache qu'il y aura moult spoilers dont la divulgation de la fin du film, donc si tu ne l'as pas vu, arrête ici ton périple. Si tu l'as vu, ou que tu as soif de symbolisme, alors plongeons ensemble dans les profondeurs du terrier du Yellow King ^^.

Après 5 visions du film Lego, et même si 7, ou 9 aurait été plus utile (Alchimie oblige), je pense être à même d'avoir à peu près entrevu la complexité du récit de Chris Miller et Phil Lord. La force du film étant que cette complexité ne fait jamais écran avec l'envie de fun et de pur entertainment du spectateur.

Ainsi, le récit premier du film raconte l'histoire de Emmet Brickowski (-on y reviendra ^^), simple ouvrier du bâtiment, employé par la société Octan, qui vit dans un monde idylique ou tout le monde ou presque pense pour lui, et où tout est super génial comme le crache la radio non-stop par le meilleur, le seul tube du top 50 et où la seule pensée philosophique se résume au titre du soap le plus vu (sans doute le seul) Où est mon pantalon ?. Emmet à la manière de Truman dans le Truman Show connait pratiquement tout son quartier (jusqu'au nom des chats de sa voisine), et tout le monde le connait ou du moins le croit-il. Emmet se lève le matin en utilisant les instructions, il se conduit dans sa maison en utilisant les instructions, dans la rue en utilisant les instructions, jusque dans son travail (détruire des bâtises biscornues pour monter des beaux immeubles bien lisse)il utilise les instructions. C'est donc le parfait automate dans un monde parfait. Mais sa rencontre dans le chantier désaffecté avec la "pièce de résistance" va bousculer son monde, ses certitudes, et sa petite vie rangée.

A la manière de Neo et suivant en cela le parcours du héros de Campbell, Emmet va être appelé à une aventure plus grande que lui, lié à la pièce de résistance malgré lui, et on voit la force de la métaphore, puisque Emmet sera au sens premier "la pièce de résistance" de Brickville. Les réalisateurs truffent le film d'idée visuelle folle (4 par plan) et de symbolique. Par exemple, lorsque poursuivi par les sbires de Lord Bizness, Emmet se pose la question de son identité troublée, une maison (le corps en symbolique et le moi) vient s'échouer sur la route, et il va la traverser de la cave au grenier, avant de sortir avec fracas par le Vasistas en ayant trouvé à peu près qui il est. Libéré de son statut d'ouvrier au service d'Octan, il entreprend un parcours initiatique qui se cloturera par sa "mort" et sa resurrection. 

L'histoire peut sembler à première vue être un copycat d'assez bonne facture de Matrix, ou de n'importe quel utopie ou uchronie de la littérature ou du cinéma, parsemée de références aux Lego, sauf que de mentions du terme Lego, il ne sera pas une seule fois fait allusion dans le film, pas même dans sa dernière partie. A première vue seulement, car le pur génie de ce film est que toute l'histoire de Emmet n'est que mentale. En effet, SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER à la fin du film, Emmet tombe dans "l'abîme infini du grand rien" et se retrouve sur le tapis d'un diorama immense de Lego. Et il s'aperçoit qu'un enfant est en train de jouer avec ce lieu gigantesque et sa condition de jouet lui saute aux yeux encore plus violemment que dans Last Action Hero (où Slater dissertait sur la violence de ce que les scénaristes lui faisait subir puisqu'il n'était rien de plus qu'un épouvantail, un simulacre de vie fantasmatique).

Ainsi, toutes ces allusions, toute cette dictature, toute cette vision de ce monde idylico-horrible (quoique la Resistance soit guère plus idéale que la Dictature, on y reviendra) n'est que l'imaginaire d'un enfant en conflit avec un Père qui ne le laisse pas jouer avec son diorama. La fin du film peut donc se voir comme le triomphe du pouvoir de l'imaginaire enfantin sur le monde tristounet et horrible des adultes. Certes, sauf que ça serait un peu trop simple pour les créateurs de Tempêtes de Boulettes Géantes. Et avec cette fin, comment expliquer que Emmet s'affranchisse de l'imaginaire de l'enfant. Car une fois sorti de l'abîme du grand rien, l'animation 3D en synthèse ; Emmet devient un personnage Lego en dur mais doué en revanche d'une vie propre. Ce n'est plus l'enfant qui meut Emmet, encore moins son conflit paternel, c'est Emmet qui s'émancipe de son "créateur" pour agir lui-même. On en vient donc au sous-texte du film, et au pourquoi Emmet se nomme Emmet.

Lego Lem

Le prénom Emmet a un sens, et pour le comprendre, il faut ami lecteur, plonger dans les méandres de l'Alchimie, l'Art donc. Il faut remonter jusqu'au mythe Juif du Golem. 

Le Golem (hébreu : גולם « embryon », « informe » ou « inachevé ») est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre façonné afin d’assister ou défendre son créateur.

Déjà mentionné dans la littérature talmudique, il acquiert une popularité considérable dans le folklore juif d’Europe Centrale. Dans l’une des versions les plus populaires de sa légende, reprise par certains contes chrétiens, il naît de la terre glaise après que quatre sages, figurant les quatre éléments, ont pourvu sa matière informe de leurs attributs ; sur son front figure le mot emet (« vérité ») qui devient, lorsque sa première lettre est effacée, met (« mort »), faisant retourner l’homme artificiel à la poussière.

Et c'est précisément le parcours que va emprunter (sans mauvais jeu de mot) notre Emmet. Car il débute sa quête totalement dépourvu de libre-arbitre, façonné selon son créateur (l'enfant) et servant les principes de son monde (la dictature de Brickville, puis la "dictature" de Cloud Cukoo Land. Il va tour à tour être appelé Elu par Cool Tag, et par Vitruvius et ces deux personnages (eux-mêmes gérés par le créateur) vont lui inculquer en tête l'idée qu'il est l'Elu, puis qu'il ne l'est pas. Mais c'est après sa mort (voulu par son créateur) et sa chute dans les limbes de l'abime infini du grand rien que Emmet va être Met, puis revenir en étant changé, et en ayant compris et décidé son choix d'être l'Elu, et plus seulement parce qu'un autre le lui aura dit mais parce qu'il l'aura décidé et compris.

On en revient à Matrix, mais pas seulement au seul premier opus, mais aussi à ses suites, Reloaded et Revolutions qui marquent cette compréhension du conditionnement. Ce n'est donc pas un hasard de la part des scénaristes-réalisateurs si Emmet se nomme Brickowski ou encore si dans le film on voit apparaitre de manière quasi subliminal les Lego Speed Racer, la deuxième oeuvre phare du duo qui mettait déjà en avant un besoin pour son personnage de se "transformer".

Plus haut j'ai émis l'hypothèse que le monde des nuages que Emmet rejoint après sa fuite avec Cool Tag est une "dictature" également. Les auteurs sont allés chercher trés loin cette référence, puisque dans la pièce de théâtre, d'Aristophane les Oiseaux, nous trouvons un monde dans les nuages où se sont rassemblés les penseurs pour fuir la corruption de leur capitale.

"Deux Athéniens, Évelpide et Pisthétère, fatigués d'Athènes, fuient cette cité gangrenée par la corruption, les procès et les démagogues. Ils atteignent la demeure de Térée, ancien roi de Thrace transformé en huppe. Ils persuadent l'assemblée des oiseaux de fonder dans les airs une cité, d'où les intrigants, sycophantessophistes et orateurs sont exclus. Térée se charge de convaincre son peuple adoptif de l’intérêt d’accepter parmi eux les deux Athéniens. Ceux-ci proposent, en effet, de rendre à la gent ailée le pouvoir que lui ont volé les dieux. Ils fondent ainsi, entre terre et OlympeCoucouville-les-Nuées, (en grec ancienΝεφελοκοκκυγία) une cité dont la situation idéale permet d’assujettir les hommes et de profiter des fumets sacrificiels destinés aux dieux.

Coucouville les nuées (-soit la traduction exacte de cloud cukoo land) est un état excessivement idéaliste où tout est parfait. Dans le film, Cloud Cuckoo Land est la maison de la princesse Unikitty (Uniquity (unicité) en phonétique), une terre dans les nuages ​​où il n'y a pas de règles, pas de limites et où on dit Non à quasiment tout ce qui pourrait perturber le bonheur de la Cité, soit donc le principe même d'une dictature. D'ailleurs en VO, comme en VF, la princesse Unikitty peut aussi s'entendre Iniquity (inicité) soit donc le caractère de ce qui est injuste, partial, dépeignant bien la duplicité de cette dernière, duplicité qui sera illustré dans le film par son caractère changeant (passant de la plus grande joie à la plus grande colère en une fraction de seconde).

Les auteurs nous font donc entrevoir les deux facettes de la dictature, un lieu où il n'existe que des règles et un lieu où il n'en existe aucune. Le message du film, étant plus de trouver sa place en utilisant les règles pour changer le monde qui nous entoure. On est donc bien loin du simple et naïf "le plus important c'est le monde rêvé avec des yeux d'enfant, ou l'imaginaire de l'enfance triomphe sur le côté amer et désenchanté des adultes" comme on a pu le lire un peu partout sur les critiques presse et public de personnes qui ont entrevu le film par le petit bout de la lorgnette, se satisfaisant non pas de ce qui était dans le film, mais de ce qu'ils voulaient qu'il y soit.

Ce début d'analyse est bien entendu plus que non exhaustif et il faudrait plusieurs dizaines de pages pour retranscrire toutes l'intelligence des références des créateurs (notamment leur réutilisation des "robots-et" de Carpenter dans "Invasion Los Angeles" (They Live).

On est donc comme nous venons de le voir clairement trés loin du simple film concept pour vendre des Lego (on est d'ailleurs pas bien sûr que la marque en ait réellement besoin, contrairement à des licences plus cynique comme Transformers par exemple) comme l'ont dit les mauvaises langues. Et même si la charge contre la société de consommation est présente dans le film, et intelligemment présente, elle ne constitue heureusement pas le seul intérêt du film. 

Le récit premier du film est accessible et largement suffisant pour quiconque veut un film fun et sans prise de tête, un concept clair qui met en avant le pouvoir de l'enfance et de l'imaginaire sur la triste vie morne et glacée des adultes, MAIS pour quiconque dépasse ce simple stade, chaque nouvelle vision s'enrichit de la précédente et le film finit par devenir un miroir de la condition humaine face à l'immensité de l'Univers ainsi que la recherche par l'humanité d'un célèbre Père et de son non moins célèbre Fils (et ce sans aucune portée uniquement Chrétienne) ^^. Chris Miller et Phil Lord rejoignent à leurs tours la petite famille des cinéastes cosmogoniques qui utilisent le média cinéma pour repenser le trajet de l'homme dans le monde.

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 14:23

Ami cinéphile et ami bilingue, et même peut-être les deux, tu auras surement reconnu dans ce titre au combien poétique l'un des films les plus poétiques justement d'un des réalisateurs français les plus poétiques et parmi les plus doués que nous ayons, je veux bien sûr parler de Christophe Gans.

l'homme du Pacte des loups, avant de tenter avec un résultat mitigé de redonner ses lettres de noblesse au film d'aventures français, avait déjà tenté d'adapter un manga et anime japonais, Crying Freeman avec beaucoup plus de succès. Puisque, le fondateur de Starfix, aidé de son essentiel collaborateur Samuel Hadida, tous deux fans de japanimation et de films asiatiques, avait réussi avec Crying Freeman à mettre en image la poésie et le romantisme des productions du pays du soleil levant dans un film signé d'un amoureux des dites productions.

L'histoire en deux mots pour ceux et celles qui auraient raté le train Gans en 1995 est celle d'un tueur chinois, surnommé le Freeman qui tue les cibles que lui désigne ses patrons, et notamment ici des membres de la mafia japonaise. Un de ses meurtres est aperçu par une jeune femme, Emu O'hara peintre de son état, qui se retrouve dès lors en danger de mort, puisque un Fils du dragon comme l'est le Freeman ne peut pas montrer son visage, et qu'il doit donc tuer tous témoins de son identité. Mais Yo, le Freeman, va être touché au coeur par la vision de la jeune femme et il en tombe amoureux, c'est à cet instant qu'il devient une cible pour la mafia japonaise et que ses ennuis commencent.

Le Duo, Julie Condra, et Mark Dacascos fonctionne à merveille pour retranscrire la romance entre Emu et Yo.  Julie Condra habituée des plateaux télés à l'époque (elle apparait dans Santa Barbara, Madame est servie, Mariés deux enfants, Parker Lewis ne perd jamais, Code Lisa) franchit le fleuve cinéma avec une grande aisance et incarne son personnage de peintre avec une justesse touchante. Dacascos, aussi bien dans les scènes de combats que dans les scènes de jeu, habite son personnage à tel point que le duo deviendra aussi duo dans la vie et l'est toujours, puisque Julie Condra est l'actuelle femme de l'acteur depuis la fin du tournage de Crying Freeman. Les retrouvaille entre l'acteur et le réalisateur se scèleront en 2001 avec le tournage du Pacte des Loups. Quand à Dacascos, il marquera l'ado que j'étais avec la série The Crow adaptée du comics éponyme de James O'Barr.

Mais revenons à ce Crying Freeman sorti en bluray, force est de constater que même si il a un poil vieilli, les presque 20 ans qu'il accuse ne lui sont pas si nocive, puisque le trip revival fonctionne, et même pour quelqu'un qui découvrirait le film maintenant, l'intelligence de son cadrage, de sa mise en scène, et de quelques unes de ses scènes cultes (comme le trip chambranle de porte avec un couteau dans les dents) font encore largement leur petit effet. Seuls, certains costumes et coiffures dénotent des 90's mais l'ensemble du film tient fort bien la route.

Oserais-je même le dire, on pourrait voir dans le combat de l'organisation des Fils du Dragon, un duel métaphorique entre cinéma de Wu Xia Pian (la sorcière qui dompte le Freeman, les pleurs quasiment surnaturels du héros) et Chanbara/film d'action japonais (les yakuzas armés, le film plus proche d'un film actionner hard boiled à la Kitano) mais peut-être est-ce voir un peu plus loin que ce que nous donne l'oeuvre. En même temps, quand on sait combien Christophe Gans est un théoricien de cinéma de génie, et combien il apporte un soin minutieux à tous les détails de son film, on pourrait se poser la question.

Bonus : Au niveau des bonus, l'édition nous gâte, car en plus d'un magnifique transfert HD de l'oeuvre, le réalisateur et le distributeur nous rajoute un commentaire audio du film, plus le premier épisode de l'animé japonais dont est inspiré le film, avec un commentaire audio de l'animé, et enfin, un entretient plutôt long et assez passionnant avec Christophe Gans ( récent 2014) qui revient sur son cinéma et sur Crying Freeman, ainsi qu'une longue interview de Marc Dacascos achève de conquérir le coeur de tous les afficionados des deux hommes.

Un film dont la vision est à recommander, car Gans en plus de la revue HK, et des distributions de films asiatiques souvent méconnus du grand public, a véritablement prouvé avec Crying Freeman, qu'un réalisateur occidental était largement capable de rendre la fureur et le romantisme du cinéma asiatique sans jamais en trahir l'essence même.

Sortie le 10 février en Bluray. Distribué par http://www.metrofilms.com/

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