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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 13:32

http://www.buzziactu.com/wp-content/uploads/2012/04/Chroniques-de-Tchernobyl.jpgC'est en surfant sur internet, que le réalisateur du controversé "Paranormal Activity", Oren Péli a trouvé le sujet de ce film. En regardant par hasard le blog d'une photographe dans la ville fantôme de Prypiat, ville de Russie non loin de Tchernobyl. Il ne lui en faut pas plus pour décider d'écrire et de produire (il confie la réalisation au novice Bradley Parker) un film d'horreur en s'inspirant de ce lieu. C'est sans doute pour cela qu'un des personnages du groupe est une photographe, peut-être pour rendre hommage à la personne qui lui a inspiré l'idée du film.

Malgré les apparences, le film ne s'est pas tourné à Prypiat même, sans doute pour des questions de sécurité. L'équipe a préféré les villes de Belgrade (Serbie) et de Budapest (Hongrie) pour s'installer. Les lieux complètement déserts présents dans Chroniques de Tchernobyl ont en fait été reconstruits à partir d'une vieille usine de tracteurs et d'anciens bâtiments militaires. Les passages les plus obscurs du long métrage ont été réalisés quant à eux sous la ville même de Belgrade, dans d'anciens tunnels de la Seconde Guerre mondiale !"

L'histoire voit donc 4 jeunes partir en vacances en Russie et faire du tourisme de l'extrême avec un guide du cru, Youri et un couple qui les rejoint. Youri leur propose une excursion non loin de Tchernobyl, mais à peine arrivés, le groupe en camionnette tombe sur des soldats à un poste barrage qui leur interdit de pénétrer sur le territoire en question. Youri contourne les soldats, et les amène dans des immeubles vides, les habitants ayant déserté depuis 1986, date de l'explosion nucléaire du réacteur 4 de Tchernobyl. 

Le film s'ouvre sur des images de "found footage" mais heureusement pour le spectateur, la suite n'est constitué presque exclusivement que d'images tournées avec une caméra de cinéma, donc un caméraman qui n'apparait pas comme cadreur dans la fiction. Il est d'ailleurs du coup trés étrange de voir la presse qualifier ce film de "found footage" de plus, sachant qu'il n'a rien à voir avec REC ou même PA. Bradley Parker dont c'est ici le premier film, bien que ce dernier ait déjà officié comme créateur FX dans XXX, Peter Pan et Fight Club, ne tombe pas dans le piège du "found footage" malgré un début qui pourrait le laisser penser,. Il ne tombe pas non plus dans la facilité (la shaky cam, ou le surdécoupage pour montrer que "oulala on est dans un film de djeuns qui déchire sa race" ; et organise son espace autour de grand plan séquence la plupart du temps filmé en courte focale, donnant à son film des airs de Shining du pauvre, je dis du pauvre, parce que le problème reste le même, Parker contrairement à Kubrick n'a pas grand chose à foutre de ses personnages, et malgré l'évidente bonne volonté du casting, et leur jeux loin d'être mauvais, la sauce ne prend pas. Il ya un manque flagrant de caractérisation des personnages, chose qui ne manquait par exemple pas à "La Cabane dans les Bois", autre produit estampillé djeuns et funky, mais la comparaison s'arrête là, Oren Peli n'étant pas Joss Wheddon loin de là, et Parker n'ayant pas l'acuité visuelle et narrative de Drew Goddard.

Au final, on se trouve avec un petit film d'horreur calibré, qui bénéficie d'un bon casting, de trés jolis décors qui font presque illusion (on se croirait non loin de Tchernobyl) même si ils n'ont pas été construit à Prypiat, sécurité oblige ; mais qui manque cruellement d'âme pour s'élever plus haut qu'un pop-corn movie comme l'industrie en sort à la pelle. Attention, toutefois, le film n'est pas un navet, et il prend le risque de frustrer son spectateur en remplaçant le gore facile par du réel suspens, mais ce n'est malheureusement pas avec quelques jump-scare bien placé ici et là qu'on fait un film qui marque.

C'est d'autant plus dommageable, qu'un tel sujet, autorisait pas mal de folie, et un récit narratif déroulé par un Wheddon, un Del Toro ou autre scénariste talentueux aurait surement pu donner mieux que ce film ou sa fin. Et il y avait moyen de traiter de la contamination et de la folie des hommes sans tomber une fois de plus dans les topoï attendus du film d'horreur pour djeuns.

Film à voir au moins une fois, avec des amis, et des bières, pour passer un moment sympa sans plus, et à enchaîner ensuite avec un "Cabin in the Hoods" histoire de voir la différence entre un film cool et un chef d'oeuvre. Et si vous voulez voir un vrai film réflexif sur la question, ne manquez pas l'excellent Stalker de Andrei Tarkovski.

En revanche, le bluray n'est pas avare de bonus, puisqu'on trouvera dans la galette, une fin alternative qui n'apporte pas grand chose de plus à l'histoire, une scène coupée sur un toit de Kiev, un docu sur Tchernobyl mélangeant images d'archives réelles, information avérées et délire hollywoodien lié au film et une fausse pub pour les virées de l'extrême de Youri le guide du film.

Distribué par la Metropolitan Filmexport en DVD et Bluray depuis le 12 Novembre 2012

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 14:58

http://2muchponey.com/wp-content/uploads/2012/12/l_effet_papillon_6_evan_kayleigh_fenetre.jpgIl est loin le temps de 2004, et pourtant pas tant que ça, où frêle garçon de 24 ans je découvrais pour la première fois l'Effet Papillon au cinéma. Ce film fut une putain de claque à tout niveau, interprétation, scénario, photographie, réalisation. Par les scénariste de Destination Finale, cette allégorie autour de la théorie du Chaos et du fait qu'un "grand pouvoir implique de grandes responsabilités" était quasiment le premier film de super héros sombre (sisi, ceux issu ensuite de Nolan et consorts, où un personnage sombre de plus en plus dans le noir avant de se sacrifier ou non.

 

Les deux réalisateurs, Eric Bress et J. Mackye Gruber, (oublié de la fiche technique de cinetrafic on ne sait pourquoi), réalisent un film de SF ambitieux, sans prise de tête mais pas non plus totalement crétin, bourré d'idées visuelles et d'effets de réalisation et de montage particulièrement audacieux. Un de ses films dont la force d'évocation laisse tout pantelant sur le siège de cinéma, puis à nouveau sur le siège de son salon. L'Effet Papillon qui a vraiment permis de révéler Aston Kutcher dans des films plus sérieux que "Mec elle est où ma caisse" et qui est connu surtout à la télévision dans une série comme "That"s 70 Show" qui cartonne alors depuis 1999 au USA.

L'Effet Papillon avec son sujet adulte et son ambiance un peu poisseuse qui n'est pas sans rappeler Donnie Darko offre à Aston la possibilité de prouver au monde du cinéma et au monde entier qu'il n'est pas qu'un beau minet pour série ou film "teen". Malgré ce qu'on pourrait en penser, le film de Bress et Gruber questionne l'adolescence dans une posture que n'aurait pas renié un Larry Clark par exemple, avec son cortège d'horreur que traverse son personnage Evan Treborn. Outre la confrontation à la pédophilie, Evan se retrouve mêlés à la de prison, des nazis, un cancer de sa mère etc...

 

Sans trop en dévoiler, il est bon de dire que ce film n'a pas vieilli, et la récente édition en bluray lui apporte une totale plus value au niveau de l'image. Même si on peut regretter que L'image pendant les scènes de nuit ou d'intérieur soit un peu décevante pour du bluray, toutefois le sonest trés bon rendant une bien meilleure immersion que la version dvd.

 

Dans les versions proposées se trouve aussi la version director's cut qui contient la fin voulue par les réalisateurs dont d'aucun la juge trés "trash" voire gore, et ce sera à chacun de voir celle qu'il préfère (à noter que les 3 autres fins sont disponible dans les bonus). D'ailleurs, à propos de cette "nouvelle fin", une petite analyse de votre serviteur sur son sens profond, car au premier abord on pourrait penser que cette fin est incohérente mais il n'en est rien, une fois qu'on a saisi le truc.

 

WARNING ! SPOILER ! SPOILER ! SPOILER ! SPOILER 

 

Evan va voir une voyante avec sa mère et cette dernière lui dit que Evan n'a aucune ligne de vie donc qu'il n'aurait du jamais naître, donc qu'il n'a en fait jamais existé, quand à ses trois frères, ça devient complètement limpide, Evan est ses deux frères donc soit la réincarnation de ses deux autres frères, soit le même être qui revit la même chose et remeurt à chaque fois, au niveau symbolique s'entend (sinon pratiquement ça reste une incohérence lié au lois littéraire sur le temps et sa modification). Et puis quel nom de famille énigmatique porte t-il, il s'appelle Evan Treborn ! le trois fois né en anglais ! Ce qui explique la présence des deux autres frères, et ce qui explique aussi le fait de ses ré-incarnation ou incarnation successive, à ce moment donc, Evan est prisonnier peut-être d'une boucle de temps qui lui fait revivre sans arrêt la même chose ! la même vie ! mais pas forcément, le simple fait de vivre trois fois cette vie puis plus rien est suffisant. Il est vrai que c'est pousser la théorie sur le voyage dans le temps jusqu'à un sacré paradoxe mais ça rend ce film encore plus génial et cette fin totalement cohérente, logique et satisfaisante.

 

Le bluray s'accompagne de son lot de bonus intéressant toujours, storyboard de certaines scènes, scènes coupées, et des reportages sur le sujet du film, le voyage dans le temps. 

 

Ainsi, si vous n'avez pas encore partagé les aventures d'Evan, n'hésitez pas, le voyage vaut le détour (même si le film s'adresse à un public averti et ne le regardez pas si vous êtes déprimé ou en bad mood.  Si vous l'avez déjà vu à sa sortie, plongez dans ce bain de nostalgie et revoyez le d'un oeil neuf avec les deux version du film.

 

Sortie le 2 Novembre  2012 en dvd et bluray. Metropolitan Filmexport. http://www.metrofilms.com/

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 11:58

 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-poster03.jpg"Etre un homme c'est bien, mais il y a encore mieux, être humain" Jules Romains

Avant toute chose cher lecteur, je dois justifier ce titre, surtout pour un film que j'ai littéralement adoré, ça peut paraitre idiot, voire contre-productif pour "l'entreprise que j'envisage et qui n'eut jamais d'exemple" (humhum, mon côté Rousseau ^^) mais le sens en est double. Alors avant de me lapider sur l'autel de Jean Roucas ou de Jean Blaguin humoriste, permets-moi cher lecteur de préciser mon propos.  

J'adore les jeux de mots et c'est d'abord une manière humoriste (ou se voulant comme t-elle) de dédramatiser un sujet qui l'est déjà bien assez, et c'est aussi une manière de singer les critiques négatives de gens si cultivés en journalisme mais apparemment si ignare en cinéma tel que les Inrocks, ou Télérama (oui toujours les mêmes diront certaines mauvaises langues et force est de constater qu'ils n'auront pas tout à fait tort).

Mais c'est surtout et avant tout une manière de dire avec humour ce dont parle réellement le film de Juan Antonio Bayona (Jean Antoine Bayonne en VF). 

Attention cher lecteur, si tu n'as pas vu le film, ne va pas plus avant dans la lecture c'est un conseil car analyse oblige, ce texte va être bourré de spoiler/révélations, (et de fautes d'orthographes accessoirement, j'y peux rien, quand j'écris passionnément, mon cerveau va plus vite que mes doigts). Maintenant que les mises au point sont faites, commençons. 

La Thaïlande voyage en soi

Le film s'ouvre sur un plan de carte postale, de clip de voyage pour la Thaïlande dirait t-on, et c'est trés amusant, en tout cas à Marseille, quand on sait que dans l'avant-séance, une publicité pour le Maroc est filmée pratiquement exactement pareil, si ce n'est que le Maroc se retrouve couvert de neige parce que la jeune femme rêve à son ancien voyage dans l'appartement probablement New-Yorkais, en tout cas un gratte-ciel gris et morne. La phrase d'accroche est direct mais à mon sens erronée "le Maroc voyage en vous"... Pourtant c'est le Maroc qui se retrouve couvert de neige, et pas la jeune femme qui voit la Medina dans son salon, donc l'accroche ne me parait pas juste, alors que c'est justement globalement tout l'inverse qui se passe dans Lo Imposible; mais soit, arrêtons là la digression, et vous l'aurait compris, dès le premier plan, Juan Antonio Bayona fait confiance à l'intelligence de son spectateur et à sa capacité à ne pas déposer son cerveau sur le fauteuil d'à côté, car ça aidera pour la suite, et surtout pour ne pas faire comme la critique française qui est irrémédiablement passée à côté du film pour une fois de plus se rabattre sur ses vieux démons, "oulàlà ya que des blancs à qui il arrive des trucs dans le film" et surtout "oulàlà mais ça parle beaucoup de Dieu et de Chrétienté". Propos totalement erroné, nous le verrons par la suite.

Sans oublier "le travelling est une affaire de morale" et autre prétexte rivettien d'un autre âge mais qui pourtant perdure par delà les siècles (quand bien même, dans Nuit et Brouillard, Alain Resnais va jusqu'à recadrer des photos montrant les Croix-Rougiens qui aident les déportés à monter dans les trains. Soi-disant neutralité de la Suisse oblige. Mais bon, là c'est Resnais, alors c'est pas bien grave, quand bien même, on pourrait qualifier cette action et ce quel qu'en soit ses raisons, louable ou non, de révisionnisme acéré. But don't act, je reviendrais sur ses quelques notions dans un prochain paragraphe.

 Au commencement était le Verbe...

Revenons-donc à nos moutons (ou du moins ceux sacrifiés dans le lit du fleuve) et revenons à ce premier plan large d'une étendue liquide, la mer, calme, sereine, et pourtant le spectateur qui a cette avance sur les personnages sait que ce calme est avant coureur du drame à venir. Ici, le réalisateur suscite un avant-goût de ce drame avec l'avion qui surgit dans le bord cadre en bas à gauche, dans un vrombissement effrayant préfigurant la série de cris, rugissements, feulements, bruits stridents qui ne manqueront pas d'accompagner le métrage, du moins dans sa première partie. 

L'ordre naturel du monde est donc troublé par l'apparition d'un oiseau de métal humain dans cette nature plénière.

A son bord, des passagers, des touristes, et une famille, celle sur laquelle le réalisateur a choisi de placer son focus. L'intrigue commence façon "maman j'ai raté l'avion", "est-ce que j'ai mis l'alarme ", "n'embête pas ton frère il a peur" etc... sur une discussion banale d'un couple qui dérive ensuite dans la semi-dispute, où la mésentente et le défaut d'écoute est déjà présent en filigrane. Cela culminera juste avant l'arrivée du Tsunami, coïncidence, je ne crois pas, lorsque le mari Henry, ne captera pas les désirs de sa femme de reprendre son métier de médecin, le tout prononcé à demi-mots. 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-picture06.jpgCette présentation de la famille "unie" type se poursuit par une chamaillerie entre les deux fils plus âgés. Lucas le grand frère reproche à son moyen frère sa couardise à chaque secousse de l'avion, secousse dû aux turbulences, mais et ce n'est pas non plus un hasard, les turbulences sont aussi la manifestation sonore de ce qui se déroule graphiquement sous les yeux du spectateur, à savoir cette semi-scission familiale. Lucas se moquera d'ailleurs gentiment de sa mère lorsque cette dernière sursaute à son tour suite à des turbulences, "on se demande de qui il tient ça". Cette réplique en apparence anodine, trouvera d'ailleurs son exacte opposé laudatif quand le même Lucas intimera à sa mère de se réhydrater, ce que cette dernière commentera par un "je ne te savais pas si autoritaire et le gamin de répondre "oui, on se demande de qui je tiens ça" comprenant qu'il était allé un peu loin dans l'avion.

Les deux Joseph (dis moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es)

      http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-picture01.jpgAvant cette dispute, il y a eu lors d'une première secousse, la présentation de Maria, la mère, qui lit un livre. Quoi de plus anodin dans un voyage en avion, oui, me direz-vous, sauf que ce livre est un livre de Joseph Conrad, auteur à qui on doit entre autres "Voyage au coeur des Ténèbres", "Typhon" (à je vois que les cancres du radiateur viennent d'ouvrir un oeil intrigué) mais surtout, et quoi que n'en dise pas son titre "la folie Almayer" dont je reparlerais plus tard.

Je vous renvoie chers lecteurs à wikipédia pour une formation approfondie en Joseph Conrad si vous ne savez de qui on parle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Conrad

http://blogap.diderotkenya.eu/wp-content/uploads/wpcu3er/9884/CU3ER_Conrad%20(2)/images/Joseph-Conrad_new_image.jpgPour les autres, Conrad donc, est un écrivain polonais, né en Russie et dont la bibliographie est toute entière dédié à l'Aventure. Et c'est justement ce que choisit de nous montrer le réalisateur et son scénariste, en faisant s'échapper une page du livre de Maria (sans doute un livre qu'elle adore, non parce que j'ai beau réfléchir, mes livres neufs ne perdent pas souvent des pages) ; page qui va échoir sur le sol de la cabine. 

http://images.sugarscape.com/userfiles/image/NOVEMBER2012/Lizzie/The-impossible.jpgL'aventure cherche à entrainer Maria mais elle n'est pas encore prête. Il est d'ailleurs intéressant de dire que cette remarque sur l'importance de montrer ce que lit Maria, et cette page qui s'envole n'est pas, elle non plus anodine. Puisque, le réalisateur revient à la charge, un peu avant le tsunami, en faisant à nouveau s'envoler une page (ou est-ce la même) du livre de Maria, page qui va venir s'échouer sur une vitre grâce à un vent malicieux, ou destinataire (relevant du destin en somme).

http://www.gala.fr/var/gal/storage/images/media/multimedia/brightcove/chronique_video_the_impossible/2037095-1-fre-FR/chronique_video_the_impossible_tendancenl.jpgDans un plan filmé derrière la vitre, et à dessein, Maria observe des gouttes d'eau se formant sur la vitre. L'Aventure tente à nouveau sa chance, mais symboliquement, Maria n'est toujours pas prête, comme le montre la vitre (on verra par la suite, que cette vitre s'intensifiera en terme d'opacité dans le parcours initiatique de Maria, et se fissurera, puis se brisera quand Maria sera vraiment prête, c'est à dire quand le voile de ses illusions aura été ôté, au prix d'une confrontation avec la mort, ou quasi, mais ne brûlons pas les étapes). Juan Antonio Bayona après avoir filmé Maria de dos derrière la vitre, la filme de face devant la vitre, avec cette fois la vague qui vient vers elle et la submerge, comme elle submerge tout ce qui bouge et vit dans la station balnéaire.

Maria tourne le dos à son destin, et la mer en furie submerge la mère en proie au doute.

Un mot sur non pas Typhon, mais l'oeuvre de Conrad qui se rapproche le plus de The Impossible dans ses thématiques, "la folie Almayer".

En 1896, il publia son premier livre, La Folie Almayer, où il dépeint la perdition d’un Occidental en Malaisie (je vois que les cancres du dernier rang ont de nouveau ouvert un oeil attentif, oui, ce choix de ce romancier n'est en rien un hasard).

Maintenant, Juan Antonio Bayona et son scénariste Sergio Gutiérrez Sánchez ont-ils choisi le roman en question dans le film, rien ne permet de l'affirmer, puisqu'on ne voit pas le titre du livre. Mais quoi qu'il en soit, choisir Joseph Conrad pour lui-même est tout aussi pertinent car certains regardent Conrad comme un précurseur de l'Existentialisme ; ses personnages sont faillibles, désenchantés, mais ne renoncent jamais à affronter la vie.

 

http://www.bibliophage.fr/wp-content/uploads/2009/12/Joseph_Campbell.jpgA ce moment précis de notre étude, un autre Joseph n'est plus trés loin, le mythologue Joseph Campbell à qui on doit la "découverte"/exposition du monomythe, sorte de décorticage du passage obligé de tout héros ou élu de récit initiatique ou légendaire à travers une série d'épreuves qui est toujours plus ou moins basé sur le même schéma, et ce quel que soit le pays, la culture, dont il dépend.

Si cet homme t'intéresse, ami lecteur, apprends qu'il a été le professeur entre autres d'un certain George Lucas, et cours vite lire "The Hero with Thousand Face", réédité récemment, décrivant "le parcours du héros" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Voyage_du_h%C3%A9ros

Le voici en raccourci, afin que tu te rendes bien compte ami lecteur, que le film The Impossible est pile poil dans ce que relate le voyage du héros de Campbell : 

"1)L'appel à l'aventure, que le héros accepte ou bien refuse dans un premier temps

2)Une série d'épreuves

3)L'atteinte de l'objectif, qui donne au héros un savoir important

4)Le retour dans le monde ordinaire

5)L'utilisation du savoir acquis pour améliorer le monde"

 

http://collider.com/wp-content/uploads/the-impossible1.jpgLorsque la première vitre des illusions de Maria est brisé par la vague, l'appel à l'aventure peut commencer. Et quelle aventure. Bibliquement, elle commence par un déluge, puis elle est malmenée sous les eaux jusqu'à ce qu'elle réapparaisse à la surface. L'eau et ses profondeurs avec tout ce qu'elles peuvent receler de terrifiant au niveau symbolique, visuel, sensoriel, dévore l'ancien moi de Maria, remodèle son corps dans la souffrance ; Et lorsque elle surgit à nouveau à la surface, un changement s'est déjà opéré. Changement qui ne nous sera révélé à nous spectateurs qu'à la toute fin du film, lorsque Maria sera confrontée une deuxième fois à la mort.

Les Dents de la Mère/Mer

      http://a402.idata.over-blog.com/600x321/4/96/76/82/AOUT-2012---2/The-Impossible-photo-1.jpgMaria émerge de l'eau, meurtrie de partout, mais ça, elle ne le sait pas encore. Elle retrouve son fils ainé et se traine sur le rivage. C'est là qu'elle entend une voix d'enfant qui pleure (et appelle sa mère d'ailleurs). C'est aussi là que commence dans la presse française, la bêtise et la cécité la plus incroyable. Ce n'est pas parce que Maria est une occidentale qu'elle fait faire à son fils le chemin pour aller sauver Daniel. C'est parce que c'est une femme, avant tout, donc une mère, et surtout bien plus que ce stéréotype de la mère protectrice, c'est parce qu'elle a affronté l'inimaginable, vécu l'indicible, et que tel le livre de l'écrivain qu'elle lit, elle comprend que son rapport au monde et aux autres doit changer.

Ceci étant dit, elle est déjà médecin, donc serment d'Hypocrate oblige, elle a déjà une conscience bien plus élevé du rapport aux autres que la plupart des gens. A commencer par les Inrocks ou Télérama qui laisserait mourir sans sourciller un enfant, convaincu que l'humain dans une situation de crise se révèle dans la sauvagerie, alors que personnellement, je suis convaincu du contraire, et le 1109 et les réactions des gens qui l'ont vécu sont là pour en parler. Beaucoup comparent l'action de Maria (et de la plupart des autres personnages), toute proprette avec WOW de Spielberg, en défaveur de l'espagnol.

Mais dans WOW de Spielberg, déjà ce ne sont pas des femmes les instigatrices de la violence, mais des hommes, et de plus, WOW dépeint une amérique "redneckisée" (chiens de paille n'est pas si loin) ou la survie est loi.

Par ailleurs, on ne réagit pas de la même manière dans une catastrophe naturelle et dans une attaque terroriste. Quand on a un ennemi déclaré, et quand on en a pas. quand l'ennemi est humain donc peut avoir en substance des "complices" partout, ceci pouvant entrainer une paranoïa à propos de l'autre, et quand il est environnemental. 

En tout cas, il est bon de savoir que si un Tsunami s'abat en France, des journalistes ne feront rien pour tenter de sauver des gens autre que eux ou leurs familles, on a l'élite qu'on mérite. Comme quoi on peut être cultivé, et pourtant bien loin d'être éduqué à l'autre.

Si Maria a cette réaction face à son fils pour aider les autres, c'est peut-être encore une fois à cause de/grâce à Conrad, car après tout ne sommes-nous pas le produit de notre culture, de notre éducation et surtout de nos lectures ? Voilà un son de cloche, bien différent de la pensée de la presse, n'est-il pas ?

Euphonie

L’euphonie, dans le domaine de la musique, désigne une agréable et harmonieuse combinaison des sons.

Ici, c'est tout le contraire, le film commence avec des craquements métalliques, des grincements d'ailes d'avion, pratiquement avant-coureur eux aussi du drame à venir, puis se poursuit lors de la superbe séquence d'annonciation de la vague, qui part d'un travelling avec le bruit assourdissant et agressif d'un mixer au premier plan, aussitôt rendu au silence dans un couac aussi subit que dérangeant. 

Puis les eaux se mettent à gronder, et avant (ouverture au noir du film)et après la frappe de la vague, le cinéaste espagnol va jusqu'à personnifier la Mer dans une allégorie fantastique, provoquant son arrivée et son emprise à la manière d'un monstre mythologique. On pense à Jurassic Park, on pense aux Dents de la Mer du même Spielberg, on pense à The Host. Un monstre mythologique digne du Léviathan qui vient dévorer les arbres et qui est tout d'abord invisible, avant de se révéler, et de frapper.

Sous l'eau, les branchages, le roulis, etc... devient cris de bête fauve, on bascule dans l'horreur, mais quelle horreur ? Ne serait-ce pas l'horreur d'une nature lassé de l'être humain et qui s'emploie à tuer aveuglément sans distinction de race, de couleurs, de religions.

http://www.checkthefilm.com/wp-content/uploads/2012/10/impossible-holland.jpgA ce cri primitif, pourrait-on même dire primal de la nature s'adjoint les hurlements de terreur de la jeune femme Maria. A noter que les mêmes cris prendront une toute autre signification après la révélation de la séquence d'opération ultime de Maria.

Et puis viendront les cris de l'enfant blond Daniel, sorte de Moïse sauvé des eaux ou de chérubin biblique qui réveille l'humanité acquise de Maria, et celle perdu, du moins effacé de Lucas.

Lucas qui passera à son tour par des cris de souffrance pour mettre sa mère en sécurité sur l'arbre, lui aussi quasiment biblique, (celui de la Vie, ou celui de la Connaissance). Le cri c'est la vie.

Eurasie United Colors of Bande de Cons

En parlant d'avis, revenons sur la vision stupide de journalistes aveugles, infatués de leurs visions, enfermés dans des schémas mentaux qui ont failli détruire le cinéma, en reprenant la vision dépassée d'intellectuels limités, et qui eux-même ont repris les propos d'autres sans même avoir vu le film en question. Je parle bien entendu du film de Gilles Pontercorvo, Kapo, et de la polémique tristement célèbre qui ne a résulté, et qui a repointé le bout de son nez. : http://simpleappareil.free.fr/lobservatoire/index.php?2009/02/24/62-de-l-abjection-jacques-rivette 

Mais surtout, bien plus grave, infoutus de voir les nombreux (et pas quelques) plans sur la désolation que le Tsunami provoque sur la population Thaïlandaise. Car oui, Juan Antonio Bayona ne se contente pas de filmer la détresse des touristes comme lu un peu partout mais ne manque jamais de raccorder la catastrophe à la population. Le meilleur exemple en étant les nombreux traveling arrière qui parte de l'intime du couple ou des touristes pour élargir au général. En particulier un, sans doute le plus marquant de tous, qui part du jeune Lucas à l'intérieur de la tente des médecins pour arriver à l'extérieur à l'ensemble de l'hôpital et de la population en pleine effervescence.

Population qui gère d'ailleurs bien mieux le problème que les touristes européens d'ailleurs. Le parcours est certes celui de Maria, mais les Thaïlandais ne sont pas pour autant reclus au mythe du bon sauvage.

De la même manière que Spielberg (encore lui, tiens donc) dans la Liste de Schindler, utilise le contexte de la Shoah pour parler du parcours initiatique de ses deux personnages masculins, Juan Antonio Bayona utilise le contexte du Tsunami pour parler du parcours initiatique de son personnage féminin, et in extenso de sa famille.

Et de même que Spielberg en traitant son sujet dans la Liste n'oublie pas de faire une allusion aux morts de la Shoah par l'intermédiaire de ce plan fugace mais important sur les cheminées fumante des usines que Schindler contemple d'un oeil grave à cheval, comme pour nous dire, voilà l'extermination, voilà où s'arrête mon droit de parler du sujet ; Juan Antonio Bayona nous montre les cadavres à tout moment du film.

Partout où ses personnages portent le "regard" pour "respirer" il ya cette réalité qui les rattrape, mais avec la même finalité, "je ne suis pas là pour faire un film pop-corn catastrophe avec mon sujet" nous dit Bayona.

D'ailleurs cette conscience du réalisateur passe par des plans de found footage (Cloverfield, Paranormal Activity, Rec). Le jour de Noël, le père filme les enfants au sortir du lit, et jusqu'à la distribution de cadeaux. Le voyeurisme s'arrête à cet instant, parce que Bayona est un réalisateur qui a conscience de son sujet et qui sait avec intelligence et finesse, peu de critique l'ont vu ou relevé, comprendre les limites de son sujet.

Si les héros avait été des Thaïlandais comme on lit un peu partout, le sujet n'aurait pas été du tout le même. Surtout que le réal ne manque pas de montrer le comportement héroïque de la population Thaïlandaise justement. Et ça n'est pas parce que l'infirmière est Thaï qu'elle se manque dans les dossiers, c'est parce que pour avoir connu les urgences d'hôpital en tant que patient, ça arrive continuellement. Et ce n'est pas parce que le vieux est un Thaï qu'il traine maladroitement Maria blessée au lieu de la porter sur son dos, mais parce que c'est un vieux justement. 

Européens ≠ Blancs

Axiome incroyablement simple à comprendre, et pourtant, des espagnols blonds aux yeux bleus c'est choquant... Certes, mais Bayona en prenant Naomi Watts (Australienne) et Ewan Mc Gregor (Anglais), outre pour des notions de rentabilité, voire de faisabilité de son film, nous plonge encore plus dans le faux-vrai de cette reconstitution vraie-fausse.

Il nous intime par là de regarder avec nos yeux de spectateurs : le spectacle du latin "spectaculum" "vue, aspect, et par extension : "Vue d’ensemble qui attire les regards, l’attention".

En utilisant des figures récurrentes d'Hollywood, Juan Antonio Bayona nous donne à voir justement tout l'inverse, à savoir un film de l'intime, utilisant le spectaculaire comme moyen et non comme fin, s'extrayant ainsi des référentiels que peuvent véhiculer ses deux comédiens principaux dans les productions Hollywoodiennes formatés.

Il en va de même pour la réalité du film. Il est certes tiré d'une histoire vraie et c'est dit dès le carton d'ouverture... Sauf que, le réalisateur prend bien la peine de faire "clignoter" son carton "une histoire vraie" du "tiré d'une histoire vraie", en finissant par l'exposer seul, avant de passer à la scène d'exposition du film.Comprendre, le film est tiré de faits réels mais ce dont on va parler va plus loin que le réel. D'ailleurs pour un film sur la perte d'illusion, quelle plus belle façon de faire.

Ce carton quasiment Godardien dans son jeu sur le mot et la forme est passé complètement inaperçu au yeux de la critique, m'enfin messieurs, dames, journalistes, élite de la France culturelle, si le monsieur il se paye de faire un effet formel c'est pas pour rien, sinon il se serait contenté d'un fondu au noir basique de tout le groupe de mots.

Phuket ≠Fouquet's

Certes, ça s'entend pareil mais ça désigne pas la même chose, loin de là. Dans le film c'est pareil.

Lorsque Juan Antonio Bayona filme la désolation de la Thaïlande, ça n'est pas pour dire "oh c'est triste pour les touristes, c'est tout détruit", comme j'ai pu le lire ici ou là, mais bien pour montrer, tel un George Miller ibérique, que l'ampleur de la catastrophe est telle que chaque action du plus petit membre de la communauté humaine a non seulement un impact énorme mais surtout fait montre d'un humanisme incroyable alors qu'en fait c'est juste réagir "logiquement".

Bayona, autre chose, parle de "spiritualité" au niveau mythologique, là où les gens, espagnol oblige, ont entendu "Chrétienté". Combien de fois j'ai lu de stupidités sur le Dieu de la fin (à la fin il n'y a qu'un seul Dieu, et Campbell oblige, c'est Maria).

Le Soleil comme rapport au divin est juste "1 000 000 de fois" plus ancien que la Chrétienté, mais voilà, c'est ça quand on a une élite culturelle aussi inculte en terme de mythologie que d'histoire de la religion. Alors ce n'est pas parce que chaque membre de la famille va se retrouver confronté à la lumière que pour autant on parle de Dieu, ou du Dieu des Chrétiens.

Eutonie

L'eutonie est une discipline créée par Gerda Alexander, basée sur l'écoute de son corps pour mieux le connaître et donc mieux l'utiliser.

Elle est parfois utilisée lors de séances de préparation à l'accouchement, mais aussi par des personnes n'étant pas en situation particulière et à qui cela apporte un mieux-être.

Encore une fois, l'écoute du corps commence par la souffrance, il en va ainsi de Maria qui se retrouve déchiquetée sous la jambe, dans un plan quasi sub-liminal qui est découvert du point de vue de Lucas, son fils, et lorsqu'il se retourne, elle constate à son tour de son point de vue, la souffrance de son fils en découvrant ses vertèbres (ce qui fait tenir droit, la symbolique est ici évidente) rougies et marqués de bleus. 

Et ce n'est que lorsque Lucas se retournera vers sa mère qu'il verra l'impensable, le tabou le plus ultime que ce soit dans l'art cinématographique hollywoodien (donc ce film n'a définitivement rien à voir avec le bois de Houx) ou dans l'art tout court, l'atteinte au sacré le plus évident, le sein de sa mère est déchiré.

Il est forcé de s'extraire de cette vision en disant "je ne veux pas te voir comme ça". le jeune Lucas sur la voie de la fin de l'enfance, se prend la même gifle que le jeune Jim dans Empire of the Sun (encore cet homme, promis, c'est la dernière fois que j'en parle ici). 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-image10.jpgSa mère, ce roc qu'il croit inébranlable, inaltérable est tout aussi humaine que lui. Ce voile d'illusion supplémentaire se brouille et se fissure en lui. Quand à Maria, le réalisateur dans sa mise en scène lui fait voir le dos de son fils, car quand ce dernier lui fera la courte échelle, elle devra tout en grimpant sur l'arbre ressentir tout ce que ce sacrifice filial a de fort, car Lucas souffre à en crever mais il ne dit mot. Et par là-même, il prépare son futur de "passeur", lors de la trés belle scène des noms dans l'hôpital.

 Passés ces deux visions d'horreur, car on est immanquablement dans le "gore" le plus sordide, fusse t-il soudain et fugace, même le pire des tortures porn (Hostel, Saw) ne pourra égaler cette atteinte à l'intégrité de deux piliers du tabou cinématographique : l'enfant et la femme. Et c'est ainsi que grâce à deux/trois plans d'une fraction de seconde, on demeure pour l'intégralité du métrage dans un malaise permanent, quand bien même la monstration de gore ne dépassera pas même le cadre de l'hôpital. On revivra toutefois quelques passages chocs dont l'explication plus aboutie des blessures de Maria lors de sa scène de renaissance.

La phrase "pense à quelque chose d'agréable" revient plusieurs fois dans le film, et sans doute est-ce une maxime de médecin, voire d'anesthésiste, car j'en reviens encore une fois, pardon à mon expérience personnel, c'est la phrase que m'a dit l'anesthésiste avant mon opération.

Et si pour les enfants apeurés, la phrase magique fait effet, et si elle fit effet pour moi également, enfant apeuré que j'étais ce jour là, il n'en est pas de même pour Maria.

http://smhttp.14409.nexcesscdn.net/806D5E/wordpress-L/images/The-Impossible.jpgLorsque l'infirmière lui conseille de penser à quelque chose d'agréable, Maria revit à ce moment là son calvaire subaquatique, en même temps que son fils Lucas rêve sur le lit d'hôpital. Quelle idée de mise en scène excellente pour lier inextricablement le parcours d'une mère et de son fils.

Maria revit donc la violence de son périple, jusqu'au bout, jusqu'à la mort quasiment, pour ensuite renaitre à la vie, après que le plus opaque des murs de son illusion de femme occidentale choyée et gâtée par la vie se soit brisée, l'inondant de lumière salvatrice. Bayona s'attarde d'ailleurs sur cette scène clé du film avec intelligence, en utilisant à bon escient la caméra Phantom capable de filmer 1200 images par seconde, pour pouvoir faire participer son spectateur à la ressurection de Maria dans son entier.

Maria confronté à la terreur la plus pure se retrouve à hurler dans les abysses, mais ce n'est pas le cri de terreur de la séquence de surface, c'est un cri primal, une exaltation de son moi profond, la fin de son illusion, et lorsque sa main, puis son être jaillit au ralenti hors de l'eau, le spectateur ressent que Maria a changé, Maria fait un avec l'Univers. Avant cette sortie, Maria est remontée sur le dos bras en croix, pendant que les âmes perdues restaient en profondeur.

http://images.fandango.com/MDCsite/images/featured/201209/the-impossible-movie%20(1).jpgCe cri et ce jaillissement, figure sacré par excellence, j'ai bien dit sacré, pas chrétienne, fait analyser le cri de surface lorsque Maria est attaché au pilier ou à l'arbre, sous un autre angle. Ce n'est plus un cri de terreur de quelqu'un qui pense qu'il va/peut mourir mais un cri d'angoisse existentielle mêlé de rage de quelqu'un qui sait qu'il va/doit vivre.

Henry, le père va lui aussi passer par un chemin similaire, mais plus bref, qui le verra tenter de sortir de sa caverne d'illusion, ah Platon ! Illustré par un plan en plongée à l'intérieur de sa chambre d'hôtel dévastée et d'un contre-champ e contre-plongée vers un trou dans le toit qui verra apparaitre ses deux enfants tel des fantômes, pour s'ouvrir aussi au monde et aux autres.

Lucas enfin, parti sans but dans l'hôpital pour aider sur les conseils de sa mère va trouver par hasard, une manière de se rendre utile au-delà des mots, d'ailleurs, cette scène des noms est une des plus belles trouvailles du film de Juan Antonio Bayona, une de ces idées qui l'élèvent parmi les plus grands, en seulement deux films.

Euphorie

L'euphorie (du grec euphoria) est un terme médical désignant une impression inadéquate de bien-être physique et moral, de contentement, de confiance en soi, d'exaltation et d'excitation, chez un patient ayant la sensation de se porter bien ou mieux.

Et c'est exactement ça que le spectateur ressent à la sortie de l'hôpital de Maria et de sa famille. L'impression inadéquate que tout va bien. L'agent d'assurance de Zurich vient chercher les touristes privilégiés, alors que la caméra du réalisateur nous montre une femme s'effondrer telle la mère du soldat Ryan (ah ben je l'ai pas dit hein) à l'annonce de la mort de son mari, probablement.

Mais aussi l'insistance sur les panneaux où la plupart des rescapés cherchent leurs propres familles, et surtout, les cadavres de cette multitude d'inconnus, enfermés dans des bâches que le réalisateur cadre bien intentionnellement dans son bord cadre bas, là où le regard du spectateur va inexorablement venir se positionner.

Dans l'avion, l'ambiance est similaire.. Une porte claque, de nouveau un mouvement de turbulence pendant le décollage. L'horreur de ce qu'ils ont vécu est chevillé à leurs corps, ils ne seront plus tout à fait les mêmes, et c'est bien ce que le réalisateur illustre, en montrant chacun regarder des parcelles de leurs identités, fausses (Murielle Barnes, ou la famille de l'homme qui accompagne Henry)ou incomplètes (Lucas B), car au fond le film questionne justement, qu'est-ce que donc que l'identité d'une personne, également.

Comme dans tout récit cosmogonique, Maria devenu le Dieu de son propre univers, contemple la détresse de la Thaïlande ravagée, à travers le surcadrage du hublot, et son reflet dans la vitre renvoie ici à quelque chose de l'ordre du divin, la Nature personnifiée, pourquoi pas.

Et cela est d'autant plus possible quand on sait que le film avait longtemps été envisagé comme un film fantastique (source : http://www.capturemag.net/etat-critique/lordre-des-choses/. 

En témoigne l'apparition quasi sépulcrale et le discours non moins fantômatique du personnage de Géraldine Chaplin sur les étoiles qui sont mortes et dont on ne sait pas lesquels restent vivantes et lesquelles ont péri. 

Et c'est un peu comme l'issue d'un Tsunami finalement, on se dit que cette façon d'envisager un des derniers plans de la famille n'est pas nécessairement surinterprétée.

Parler de "Happy End à l'américaine" nous parait-ici, stupide, voire non-sensique, à croire que les journalistes en question, terminaient d'écrire leurs critiques dans la salle, sans regarder les images ou écouter les sons. Jamais cette famille ne pourra envisager le monde de la même manière avant et après le Tsunami, d'où le sens profond du titre, l'Impossible, c'est la reconstruction après le drame, ça n'est pas que le drame se produise a contrario d'un film trés connu qui partage certaines thématiques, je veux bien sur parler de Titanic de James Cameron dans lequel le naufrage du bateau est bien l'impossible.

Euphotique

est la zone aquatique comprise entre la surface et la profondeur maximale d’un lac ou d’un océan, exposée à une lumière suffisante pour que la photosynthèse se produise.

Le film se termine par un plan fixe de la mer mouvante mais calme, mais ce cadrage n'est en rien le premier plan du film, image d'épinal de carte postale, même s'il y renvoi tout de même, c'est un plan sur une mer omniprésente dans le cadre, certes apaisée mais dont on voit trés bien que la surface abrite toujours des tâches bien plus foncées, les abysses, cet endroit où la lumière ne pénètre pas, ou alors trés difficilement.

 Et la lumière fut...

On peut également évoquer l'omniprésence du Soleil dans le film, et de toutes formes de lumière pouvant renvoyer à l'illumination de l'âme. Et là c'est Rencontres du 3eme Type et ses hommes au visage brûlé par le Soleil qui vient nous faire du pied.

La force du film de Bayona est de partir du simple fait divers et sa pseudo reconstitution fidèle du drame pour en venir à parler de notre rapport à l'autre, de notre rapport au monde, et de montrer cette famille qui vivait dans une illusion, arriver à un seuil de perception des choses qu'elle ne pourra plus jamais nier. 

The Impossible, c'est aussi l'impossibilité de revenir à l'état de conscience précédent, la fin d'un monde d'illusion, tel qu'on a pu le connaitre (cf le dialogue matérialiste du début "est-ce que j'ai mis l'alarme", et le dialogue totalement spirituel de la fin "comment vas-tu ? Ici, avec toi").

 

NB : Pour aller plus loin, à lire, les excellents papiers de Rafik Djoumi : http://www.capturemag.net/etat-critique/lordre-des-choses/ et Daniel Sébaïa : http://gizmo-inc.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=298

, largement plus documentés, fouillés et structurés que la modeste participation de votre serviteur.

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:45

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/news-cinema/la-cabane-dans-les-bois-la-masterclass-horreur-de-drew-goddard-3351486/60182704-1-fre-FR/La-Cabane-dans-les-bois-la-MasterClass-Horreur-de-Drew-Goddard_portrait_w532.jpgSi il existe un genre qui est battu, rebattu, et re-rebattu, c'est bien le film d'horreur. Il arrive bien sûr d'assister à de pseudos renouvellement du genre mais ceux-ci ne se plaçent que du point de vue de la forme du film : torture porn type Hostel ou saw, filmage sur le vif type Rec, Cloverfield, ou caméra de surveillance comme la série des Paranormal Activity dont le 4 ne va pas tarder à sortir. Bien peu de film s'interroge sur le principe même du film d'horreur, autrement dit, bien peu de ces films ne se placent comme des films méta ou film de mise en abyme. Si on excepte la série Scream de Wes Craven (dont le 7eme Opus des Freddy s'essayait déjà à ce type de réflexion métatextuel) et le réalisateur prolifique quoique de plus en plus décrié Manoj Night Shyamalan, qui est un de ceux qui a amené la réflexion méta dans le film fantastique à son paroxysme (cf l'avant-dernière séquence du Village ou la structure même d'Incassable).

Dans le marasme ambiant actuel des suites, prequel, reboot, et suite de reboot qui touche le cinéma américain depuis quelques années (mais si on se penche sur l'histoire du cinéma us dans son entièreté, ce phénomène des reboots n'a rien de nouveau en réalité) ; la Cabane dans les Bois de Drew Goddard vient apporter un peu de sang neuf. Un peu comme ce fut le cas mais plus au niveau comédie satirique avec l'excellentissime, Tucker and Dale vs Evil de Eli Craig où l'Evil en question ne se révélait pas être celui qu'on pourrait croire de prime abord.

Drew Goddard (qui sera entre parenthèse le scénariste du futur Robopocalypse de Steven Spielberg) et son producteur, et mentor, Joss Wheddon se lance dans un film qui est avant tout un film de scénario. L'histoire débute sur une séquence censée se passer dans un laboratoire de recherche, puis une séquence suivante présente un groupe de 2 jeunes femmes auquel vient s'adjoindre, deux autres garçons, puis un troisième mais tellement décalé qu'on comprend pourquoi il ne faisait pas parti de la présentation de départ. Le groupe part en vacances dans une cabane dans les bois qu'a loué le grand frère d'un du groupe, mais sitôt la voiture partie, la caméra remonte le long du toit pour venir cadrer un agent ? équipé d'une oreillette, qui avertit quelqu'un que les cobayes sont partis pour le piège. Le contrechamp de ce plan s'effectue dans le laboratoire de la première séquence, liant les deux présentations entres elles. Ce faisant, Joss Wheddon et Drew Goddard, élimine d'emblée le Twist final de ce type de structure scénaristique. Le Twist est donc avant. Les jeunes gens s'enfoncent dans un piège que leur a préparé ce groupe de scientifique, et le piège est la cabane dans les bois (d'où le titre). Car la cabane est à l'image de la structure et du but du film, un extérieur hydillique mais connoté, un intérieur avec un miroir sans tain, une cave qui contient son lot de surprise, un entresol qui n'en contient pas des moindres, et un sous-sol qui contient toutes les réponses. http://oblikon.net/wp-content/uploads/la-cabane-dans-les-bois-2012-17215-1154984706.jpg ("Je est un autre" moi-même)

Car c'est bien de cela dont il s'agit, les différents niveaux physiques de la Cabane étant les différents niveaux de lecture que pourra voir le spectateur selon s'il adhère et/ou comprend l'intérêt du film ou pas. Chaque strate du film est ainsi composée de descente de plus en plus bas, vers la vérité mais surtout vers l'origine. Goddard et Wheddon en bon amateur de mythologie, arrive même à faire correspondre aux spectateurs le sens de certains mythes du commencement des temps en passant par l'antiquité jusqu'à nos jours, rappelant par là-même un des fondements du cinéma : raconter une histoire, se substituer à la place du conteur autour du feu (chose que Steven Spielberg avait déjà réussi à synthétiser pour la télévision dans le générique de l'excellente série du maitre Histoires Fantastiques et dont voici le lien pour plus de compréhension : http://www.dailymotion.com/video/xmsxsr_histoires-fantastiques-generique-serie-tv_shortfilms?fbc=82). Conteur qui doit être à même de satisfaire son auditoire, sous peine d'être pendu ou décapité (cf par exemple la légende des Milles et Nuits). Dans ces temps pré-apocalyptique, les deux compères rajoutent un effet fin-du-mondiste mais le gros de l'intrigue se situe quand même dans ce rapport mythologie communion d'avec le réel. http://a34.idata.over-blog.com/500x333/2/35/06/44/Suite-7/Cabane-dans-les-bois--2-.jpg (le grand méchant loup ou le mythe de la Dévoration)

Etant à deux visions du film, une en VOST, une en VF, je peux également assurer aux lecteurs que la revisibilité de ce film est trés possible, et comme dans tout bon film, on trouve de nouveaux éléments à chaque nouvelle vision. Le cast s'en sort avec les honneurs, en tête le jeune Chris Hemsworth, avant son passage Avengerien, et avant son Thor, car n'en déplaise aux esprits chagrins, la Cabane dans les bois a été tourné avant Thor et avant Avengers, et n'est sorti que cette année au cinéma. C'est d'ailleurs sur le tournage de ce film que Wheddon aurait fait son choix de prendre Chris pour Avengers et donc de conseiller à Kenneth Branagh de le choisir pour Thor. La sympathique Kristen Connoly découverte dans un rôle de quasi silhouette, disons de rôle muet dans Phénomènes de Manoj Night Shyamalan (décidément) se retrouve propulser en rôle principal et premier rôle féminin du film, (c'est pas en France qu'on verrait ça hein) et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle assure totalement, tenant pour une bonne part le film sur ses frêles épaules. L'autre bonne surprise du film est le comédien Fran Kranz habitué des séries TV (Doll House notamment) et de film DTV et qu'on promet à un bel avenir tant son personnage est un de ceux qu'on retient le plus. Mais il n'est pas le seul et les deux autres du groupe sont aussi trés efficaces.

Il est difficile d'établir une critique de la Cabane dans les bois sans en évoquer la substantifique moëlle, donc de spoiler, mais ce n'est pas le but de ce papier, l'analyse venant comme pour Fréquence Interdite, peut-être plus tard. Il suffit juste de savoir que Joss Wheddon est trés influencé par Shakespeare (ayant été élevé après le divorce de ses parents (encore un) par une grand-mère qui était plus branché littérature que fiction familiale télévisuelle (le père et le grand-père de Wheddon ayant été scénaristes de "sitcom)". Si vous aimez Shakespeare, Luigi Pirandello, et que la Vie est un Songe fait parti de vos classiques, alors nul doute que vous apprécierez ce film méta autant que ne l'est Inception sur un autre point du cinéma.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 14:27

http://robsmovievault.files.wordpress.com/2011/11/screens00003.jpgLe film de voyage dans le temps peut prendre différentes formes. Parmi celles-ci, on peut trouver le voyage direct, type "Prisonniers du temps" de Richard Donner, "Retour vers le futur de Robert Zemeckis, ou encore "l'Armée des 12 singes" de Terry Gilliam (liste non exhaustive) ; on peut également trouver le voyage indirect par une fenêtre, un écran ou une machine comme Source Code tout récemment de Ducan Jones ou Déjà Vu du regretté Tony Scott ; ou bien encore une évocation juste orale sans déplacement matériel ou physique : Minority Report de Steven Spielberg, Paycheck de John Woo.

Le film dont je vais avoir la joie et le privilège de parler en ces lignes, Fréquence Interdite de Grégory Hobblit, (réalisateur du Témoin du Mal, entre autre) transcende cet état de fait en faisant du voyage dans le temps, une réjouissante réflexion sur le destin, et l'influence des choix. Je m'explique. John Sullivan, policier de son état, retrouve dans les affaires de son père Frank Patrick Sullivan, pompier de son état, une ancienne radio Ci-bi qu'il entreprend de brancher pour le fun, et pour se rappeler avec émotion, les moments passés autour de l'engin en famille à parler avec des étrangers. Il le fait également pour se rappeler le souvenir de son père, mort lors d'une intervention dans une zone industrielle. 

Mais qu'elle n'est pas sa surprise en branchant ledit engin d'entendre une voix qui est proche de celle de son père, et qui connait sa vie sur le bout des doigts, une voix qui semble venir des années 1960 d'ailleurs. John pensant d'abord à un canular de son ami Gordo finit par se plier à l'incroyable réalité, la voix qu'il entend est bien celle de son père.

Comprenant les possibilités que ce discours inter-temporelle, peut avoir sur le futur, et connaissant tout de l'avenir de son père, il se met en tête, complexe de Dieu aidant, de sauver la peau de son paternel de la mort qui doit l'atteindre de plein fouet pendant une intervention dans une zone industrielle en feu le lendemain d'une de leurs conversations radio. Précisons d'ailleurs qu'au début, son père ne le reconnait pas (et on le comprendrais à moins).

 Grégory Hobblit se retrouve donc à tisser à la fois une relation père-fils qui n'existait plus et se sert par là-même de ce ressort de l'intrigue pour basculer son histoire à mi-chemin dans le thriller. Un mystérieux tueur d'infirmière rode dans les années 1960 et il n'a jamais été arrêté. Jim découvrel'identité du tueur grâce à l'aide de son père dont il a sauvé la vie, changeant par la même son destin. Car sans trop en dévoiler pour ceux qui n'auraient pas vu le film, Jim est étroitement lié au devenir de l'enquête du tueur d'infirmière.  

Le bluray du film donne une nouvelle jeunesse (pourtant pas si vieille, le film datant de 2000) à cet excellent long-métrage, dont le casting n'est pas étranger à son succès, tant Jim Caviezel et Dennis Quaid rivalise de talent dans l'interprétation de leurs personnages. Les seconds rôles sont également trés réjouissant, notamment le populaire Noah Emmerich (dont le visage est plus parlant que le nom, cf Truman Show) qui interprète à la perfection le meilleur ami de John. L'élément le plus marquant de ce bluray est le soin qui a été apporté sur le transfert aux flammes qui ressortent plus que jamais de l'écran. Difficile de trop s'étendre sur le film pour en faire une analyse sans dévoiler l'intrigue à tiroir et brillament exécutée de ce dernier. Je m'en tiendrai donc là, cher lecteur, mais il n'est pas impossible que j'écrive un nouveau papier sur ce film absolument génial. En attendant, si vous avez envie de vous replonger dans les années 2000 et que vous avez visionné déjà dix fois le sublime Matrix, n'hésitez pas à craquer pour Frequency, car le bluray est vraiment une belle réussite. 

Pour finir, un mot sur les bonus qui sont peu nombreux, et relèvent plus de la featurette promo, mais on retrouve quand même un commentaire audio du réalisateur et un documentaire scientifique sur la théorie du film, et rien que pour ça, on ne peut bouder son plaisir.

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 10:41

http://blog.hkmania.com/wp-content/uploads/2012/06/Quick-2-244x350.jpgQuick est le film coréen le plus barré que vous ayez certainement jamais vu. Imaginez un grand shaker dans lequel on jeterait pêle-mêle, les dvd de Matrix, Taxi, Speed, Phone Game et Die Hard, de quelques films de Yakuzas, un dvd romantique et une grande rasade de comédie, et vous obtiendrez à peu près ce à quoi Quick ressemble.

Quick ne ressemble à rien de connu, et c'est tant mieux. Parfois le cocktail fonctionne bien, parfois moins bien, mais toujours est-il qu'il n'y a que les asiatiques et en particulier les coréens pour faire dans le too-much à ce point là. Ce qui n'est d'ailleurs pas fondamentalement une critique, car si certains gags tombent à plats, ils n'en sont pas moins inventif, et lorsque des éléments dramatiques narratifs surviennent après ces gags, l'ambiance dramatique fonctionne quand même.

Lorsqu'on réalise un tel film, on attend guère d'échange socio-politique sur le japon et la corée, ou d'une température du milieu Coréen mafieux, et tant mieux finalement car en assumant à fond son côté "japanime" (on croit parfois voir certaines fulgurances de rythme du film japonais Redline, les expérimentations visuelles en moins) un peu décérébré, mais volontairement décérébré, le réalisateur Beom-Gu Cho sacrifie toute cohérence à son film, mais c'est pour mieux offrir au spectateur, un jamais vu en matière de scènes d'actions. Cette générosité de fun et rien que du fun est telle à l'écran, qu'en fin de film, l'habituel bêtisier devient l'évocation par le menu de toute les cascades et de leurs dangerosité, conduisant même un cascadeur à l'hôpital.

Guère plus de réflexion donc que dans un film calibré d'action US ou Français, mais une trés grande humilité quant à la nature du dit-film. Un concentré de montagne russe, tellement over the top qu'on a qu'une envie c'est de le faire découvrir à ses amis.

Malgré sa faiblesse scénaristique, il est quand même à noter que la photographie du film est 100 fois plus réussie que n'importe quel film français de base, et que si le réalisateur se moque un peu de son scénario, il ne se moque en revanche pas de son artisanat, et encore moins du spectateur.

Quick Sortie le 6 Juillet 2012 en dvd et Bluray. Distribué par la Metropolitan Filmexport

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 23:20

http://mesmer.blog.lemonde.fr/files/2011/10/RIMG0008.jpgTu me pardonneras cher lecteur je l'espère la mise en bouche quelque peu racoleuse du titre de cette chronique, consacrée une fois n'est pas coutume à l'animation asiatique, en une biographie du mangaka Yoshihiro Tatsumi, mi-documentaire (les passages de la vraie vie du mangaka, raconté en voix-off par lui-même) mi-fiction (les passages fictionnels étant certaines oeuvres du mangaka mis en image par le réalisateur Eric Khoo.

Moi qui ne connaissais pas du tout l'oeuvre de Yoshihiro Tatsumi, j'ai découvert par l'intermédiaire de ce film, une oeuvre d'une touchante beauté, à la fois sordide dans son récit, et souvent trés poétique et emprunt d'un grand lyrisme dans son exécution. Tatsumi en plus d'être un jeune mangaka surdoué, publié dès l'adolescence, ce qui sortira sa famille du besoin, a eu le privilège de rencontrer le célèbre mangaka qu'on compare à Disney, le grand Osamu Tezuka, créateur entre autre de Astroboy et du Roi Léo. Son idole par ailleurs, et cette rencontre marquera Tatsumi et lui offrira une grande source d'inspiration supplémentaire.

La grande force de Tatsumi est d'avoir donné au manga, par l'intermédiaire de l'invention d'un nouveau genre, le "gekiga" (littéralement images dramatiques), une expansion à un public beaucoup plus adulte. Tatsumi fortement influencé par les thématiques du cinéma neo-réaliste se questionne sur le japon d'après-guerre.

La grande force du film de Khoo, est de tenter de concilier à la fois, fantasme de l'écriture, souvenir narré par Tatsumi lui-même, et intermède historique sur le Japon qui tente de se relever économiquement, et culturellement après l'apocalypse nucléaire d'Hiroshima. Aux travers de 5 récits linéaires, Khoo nous fait profondément voyager dans le cerveau d'un mangaka à l'imaginaire foisonnant, quoique souvent trés sordide.

Ainsi, la mort, le sexe, la guerre et la dépression, y côtoie la recherche de l'amour le plus pur, ou la quête d'un idéal humaniste tangible. Contrairement à ce qui a pu être écrit ici ou là, "ceci n'est pas du Disney". Rien de plus réducteur, même si Disney ne s'est effectivement jamais apesanti sur le "sexe" (quoique), il n'en demeure pas moins qu'une partie de l'histoire de son studio a souvent abordé de manière expérimentale (Fantasia, Fantasia 2000) ou non, la mort, la guerre, et la dépression, et ce que cette dernière soit économique ou sociale. 

Un mot sur la musique, dont le thème principal et la musique des passages biographiques a été composé par le propre fils du réalisateur, Christopher, âgé de seulement 13 ans, composition qui résonne un peu comme un écho du jeune âge de Tatsumi lors de ses premières publications. La musique sans être inoubliable, sert parfaitement et efficacement chacun des récits (à l'exception du 5eme sans musique), et dans la diversité des compositions de Christine Sham, chaque récit trouve sa propre unité par l'emploi de style différent (musique inspiré de musique érotique des 70's, jazz, bruits industriels, etc...

Au final, et pour conclure, le pari est à moitié réussi, car le film malgré sa grande diversité et l'incroyable puissance de son dispositif narratif peut paraitre au cinéphile le moins patient, un peu long dans son déroulé. Et les thématiques souvent fort déprimantes des récit ou du moins emplit d'un gros spleen, associés à la violence graphique et au choc de certains passages, même pour les plus âgés, limitent forcément la portée pourtant universelle de ce bel exercice de style, qui se double d'une mise en abyme par certains côtés (parler d'une oeuvre, c'est déjà parler de son créateur). Ne pas rater à ce propos, la magnifique introduction en hommage à l'oeuvre de Osamu Tezuka.

Sortie en DVD et BluRay depuis le 15 Juin 2012. Distribué par CTV.

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 14:51

http://www.iconophages.fr/wp-content/uploads/2012/01/the-woman-600x356.jpgPour cet avant-dernier papier de la saison, notre dévolu est tombé sur le film "La Dame en noir" de James Watkins (Eden Lake).

Loin de la noirceur et de la violence sourde et sèche de son précédent film, le réalisateur James Watkins, un nom à suvire par ailleurs, se fait plaisir et nous fait plaisir en se lançant dans la réalisation de ce film d'horreur plus proche de l'Orphelinat dans son ambiance que les films d'horreurs gore US.

L'histoire plutôt classique prend effet dans un village où des "suicides mystérieux" se sont produits. Dans cet univers propre à la déprime, un jeune clerc de notaire joué par Daniel Radcliffe se retrouve forcé sur l'injonction de son cabinet à gagner ce village pour s'occuper de la vente d'une maison dont la propriétaire est décédée. Il est bien sûr inutile de dire que comme dans tout film de maison hanté qui se respecte (et la Dame en noir en est un honnête représentant), le clerc de notaire est loin d'être le trés bienvenu dans le village, et il se heurte trés vite à la vindicte populaire et nobiliaire du village qui l'enjoint expréssément de se mêler de ses affaires et de regagner ses pénates au plus vite.

Confronté à la mort devant lui d'une petite fille qui a avalé de la soude ou autre produit d'entretien, Arthur Kipps (Radcliffe) va décider d'aller jusqu'au bout, aidé d'un châtelain dont la femme est sujette à des crises de démence passagère, mais est-ce bien de la démence. Accompagné par ce dernier dans la maison de la femme décédée, il se confrontera aux démons qui hantent le village à tous les sens du terme, afin de mettre en lumière un crime atroce et permettre à deux êtres tourmentées de trouver la paix. Nous ne raconterons pas la fin du film pour ne pas dénaturer l'intérêt de ce dernier, mais il est bon de savoir que la femme en noir n'est pas forcément celle que l'on croit, ce qui donne au film un niveau de lecture supplémentaire bien agréable et une capacité au revisionnage de ce dernier non négligeable.

Le projet est intéressant à plus d'un titre, car il a été produit sous la houlette de la prestigieuse Maison "Hammer Films" qui se destine à une ressurection aussi tardive qu'engageante. Certes, il n'est point question de bestiaire monstrueux comme dans les films d'origines qui ont hissé Peter Cushing et Christopher Lee (entre autres) à leur statut de "star", mais en refusant le gore inutile et en privilégiant les "sauts de suspens" et en déroulant son intrigue presque entièrement de cette manière, James Watkins ressucite un engouement pour le film de suspens qu'on croyait perdu depuis longtemps. Les décors gothiques somptueux, ainsi que le magnifique travail sur la lumière du chef op sublime le film, sans compter l'excellent score de Marco Beltrami qui distille une ambiance pesante et opressante tout le long du métrage. 

De son côté, Daniel Radcliffe est trés à l'aise dans son costume de clerc de notaire, et séduit le spectateur en jeune veuf éploré et quasiment suicidaire (il est à deux doigts de se trancher la carotide avec son rasoir lorsque son enfant surgit dans la salle d'eau), bien loin du personnage d'Harry Potter qui l'a fait connaître. Après son succès dans la pièce Equus, Radcliffe prouve bien qu'il faut compter avec lui et qu'il est bien décidé à entrer à son tour dans la court des grands, qui sait, peut-être qu'un prochain film de la Hammer Films enfin ressucitée lui donnera raison.

On pourrait bien entendu reprocher aux films d'avancer par "saut de suspens" mais en cela, le réalisateur démontre bien sa connaissance du genre qu'il investit et il arrive par son cadre à raconter bien plus de choses sur ce notaire et sur l'intrigue que par certains dialogues un peu convenus. Toujours est-il que ce film, même si il ne restera pas forcément dans les annales du genre est bien sympathique, et ne doit pas trop souffrir d'un revisionnage tant on prend plaisir à plonger au coeur de ce village dont la violence des parents envers leurs progénitures n'est pas si différente de notre époque actuelle. Une sorte de "ruban blanc" mais bien moins prétentieux et boursouflé que ne l'a été le film de Michael Haneke, et surtout bien plus respectueux de ses références qu'il transcende sans peine.

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Distribué par la Metropolitan Filmexport, sortie le 14 Juillet 2012

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 12:22

http://www.maisondupeuple.fr/wp-content/uploads/31.jpgUne fois n'est pas coutume, ce sera la critique analyse d'un film d'animation que nous aurons l'honneur de rédiger, un film d'animation russe qui plus est du réalisateur Garri Bardine, "le Vilain petit Canard".

Personnellement, c'est une découverte que ce Garri Bardine, car je n'ai eu l'occasion de voir aucun film de lui, et c'est donc vierge de tout présupposé et de toute attente que je découvre  ce film et quel plaisir, c'est une grosse réussite et sans plus attendre de tergiversation inutile, plongeons dans la mare au (vilain) canard.

Dans le conte originel d'Andersen qui est trés court d'ailleurs, Le vilain petit canard nait dans une famille de caneton, donc le parallèle est déjà suffisamment prégnant. Le réalisateur Garri Bardine et son équipe choisissent eux d'ancrer la naissance du vilain petit canard chez les "poules", entrainant un second niveau de perception, puisque si un cygne (oups j'ai vendu la mêche) ressemble assez à un canard, il n'existe aucune comparaison possible avec un poussin si ce n'est la couleur jaune parfois (et encore). De sorte que par ce biais, le vilain petit canard devient réellement un "alien" dans la basse-court, étant raillé et rejeté de toutes parts (autre invention du réalisateur). Ainsi, les familles de la basse-cour réfute tour à tour l'appartenance de cet "oeuf" à leur famille : poules, canards, oies...

Cette basse-cour est par ailleurs totalement semblable à un état dictatorial, il ne faut pas creuser bien longuement pour comprendre que Bardine parle de la tyrannie communiste mais pas seulement. Ainsi, les animaux de la basse-cour, encadré par un Coq qui mange les oeufs malformés pour se redonner de la voix et un Dindon qui fait ici office de bourgmestre, clament à haute voix et en chanson toujours uniforme la supériorité de la basse-cour sur le monde, avec un drapeau représentant un oeuf. Le vilain petit canard aura d'ailleurs lui aussi un chant mais bien loin d'être révolutionnaire, son chant est un chant d'individualisme, d'acceptation de soi et d'intégration, et ce chant contrairement au chant de propagande uniforme de la basse-cour verra ses paroles se modifier tout au long de son parcours initiatique, (parcours dont une partie se passera sur une montagne en forme de pyramide,rappelant foutrement, une certaine montagne sacrée), comme dans tout bon conte qui se respecte, (coucou Campbell)

Et en parlant de conte, le pauvre petit "canard noir" se prend les règlements de compte de toute la basse-cour, malgré le fait qu'il tente de s'uniformiser au possible pour ressembler à au moins une des espèces présentes dans la communauté du poulailler. Ainsi en même temps qu'il entreprend de s'intégrer, il accomplit sans le savoir son propre parcours initiatique de héros (recoucou Campbell), et passant par l'apprentissage sucessif de la nage (ce n'est donc pas un poussin), puis du vol, il finira par quitter définitivement le poulailler, une fois sa mue symbolique accomplie (et quelle magnifique idée qu'a trouvé Garri Bardine pour symboliser la mue du canard, idée que nous n'évoquerons pas en ces lignes pour ne pas briser la surprise des futurs spectateurs de ce chef d'oeuvre).

Garri Bardine et son équipe ont fait un incroyable travail d'animation en stop-motion, même si on sent parfois que certains éléments ont dû être informatisés (les gouttes d'eau d'éclaboussures semblent un peu rajouté numériquement), mais bon rien qui ne gâche le plaisir toutefois, car ces touches de numérique, si numérique il y a bien, savent se faire discrète. Le travail accompli est un travail de titan, jusque dans la réalisation où malgré un découpage plutôt classique, Bardine et son équipe se permette plusieurs emprunts au cinéma d'action qui sont du plus bel effet, aussi bien esthétiquement, que narrativement ou symboliquement. Ainsi de ce travelling semi-circulaire arrêté qui dévoile l'envers du poulailler, ou ce vol des cygnes qui recycle une caméra tournoyante proche d'un Sam Raimi. Il est d'ailleurs absolument sidérant de se dire qu'on est en face d'un film d'animation car parfois l'image semble si réelle qu'on a l'impression fugace de voir évoluer de vrais animaux (si on joue le jeu de la suspension volontaire d'incrédulité).

A noter également la magie de la musique de Tchaïkovski (le lac des cygnes) dont le thème phare (celui du cygne noir) est repris par le vilain petit canard, par 3 fois, pour s'opposer aux 3 tentatives de propagande et de lavage de cerveau de la basse-cour, car le canard en plus de se faire rejeter, chante avec ferveur la patrie en même temps qu'il réfléchit de manière existencialiste à la vie et la mort. Par bien des points, et même si le film ne va jamais aussi loin, car tel n'est pas son but, ce dernier se rapproche du film évènement de George Miller, le cosmogonique Happy Feet 2. On retrouve ainsi le même questionnement métaphysique et individualiste d'un élément seul dans un tout normé qu'est le groupe.

Pour conclure, l'incroyable force de ce long métrage est de prétendre s'adresser tout à la fois aux petits enfants, aux plus grands aussi, mais également à leurs parents. En effet, le conte est tellement enrichi de ces niveaux de lecture supplémentaire que toute la famille y trouvera certainement son compte.

BONUS : la galette est riche en surprise, une featurette passionnante sur les voix françaises, voix de comédien comme de chanteurs/chanteuses, et un superbe documentaire sur la création des marionnettes et le tournage du film qui raviront tout les passionnés des "trucs" de la magie de la stop-motion. A noter, un court catalogue, avec extrait vidéo à l'appui des autres films distribué par ARTE.

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Le Bluray est sorti depuis le 4 avril 2012 et distribué par ARTE.

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 14:59

http://4.bp.blogspot.com/-N7Gp__-x98o/Tt-1OZgJ6-I/AAAAAAAANAU/nnWVYBfG1XM/s1600/Devils%2BDouble%2B1.jpgC'est personnellement en 2003 que j'ai eu la chance de découvrir le réalisateur Lee Tamahori dans ce qui s'avèrera être pour moi un des meilleurs James Bond (avant l'arrivée fracassante de Casino Royale et du futur Skyfall). Je n'avais pas vu son premier film l'âme des guerriers, et je découvrais dans cet opus bondien, un plaisir de filmer, un film riche en thématiques sous-jacente, et qui avais été traité par ailleurs de manière un peu trop sporadique dans la mythologie Bondienne. Et pourtant, quelles thématiques passionantes que ce méchant qui se refait un visage d'occidental pour renvoyer à James Bond toute la fatuité et tout le paradoxe de ce qu'il est : c'est à dire un beau visage mais dont les actions sont tout aussi noire que celle du "bad guy of the week" (méchant de la semaine)

C'était aussi le premier Bond dont le générique s'ouvrait sur une scène de torture dans de l'eau glacée.

 

Je pensais à tort qu'un tel réalisateur, avec une vision si forte du personnage, pourrait vraisemblablement faire carrière facilement à Hollywood, et revenir dans la franchise des Brocoli pour un futur opus. Mais après un XXX² à peine divertissant et un Next qui ne laissa pas de grandes traces de son passage si ce n'est le mème internet qui poursuit Cage à chaque changement de "coiffure" pour un de ses films ; autant dire que je désespérais de revoir monsieur Tamahori revenir à un grand sujet, avec des thématiques que je sentais poindre dans ce que j'avais découvert de lui .

 

Lorsque au détour d'un mail, j'ai vu qu'on recherchait des critiques pour chroniquer le dernier Lee Tamahori, mon sang n'a fait qu'un tour. Et j'ai demandé tout de suite à en être, regrettant par avance de ne pas être parmi les heureux bénéficiaires du choix du site. Heureusement, la rencontre a pu de nouveau avoir lieu, et ce que je n'avais fait qu'entr'apercevoir dans Die Another Day se retrouve clairement confirmé dans ce Devil's Double qui réussit l'exploit d'être à la fois un trés bon divertissement, un excellent film de guerre, film d'action et une trés belle réflexion sur l'être humain. Chaussez-vos lunettes de sommeil, décollage de l'avion pour l'Irak immédiat.

 

De quoi donc parle Devil's Double me direz-vous ? Et bien, basé sur un livre témoignage écrit par le vrai Latif, ce film raconte l'histoire de Latif, lieutenant de l'armée Irakienne et ancien ami d'école du fils ainé de Sadam Hussein, Uday qui va être obligé par ce dernier, sous peine de voir sa famille envoyé à Abou Graïb et exécuté, d'endosser l'identité d'Uday et de devenir son "fiday", son double non-officiel.

 

Latif dans une scène magnifique est introduit dans le palais de Sadam et se retrouvant face à un miroir, il murit dans sa tête, son acceptation ou non du poste "proposé" avec tout ce que le rejet de ce dernier comporte comme risque pour sa famille. Il en est là de ses réflexions, quand par un passage de point, le miroir se floute et apparait un deuxième Latif, en réalité le spectateur l'a bien compris, Uday. Par ce passage de point, le réalisateur lie Latif à Uday, et peu importe que Latif réfléchisse encore à la question, car cinématographiquement Tamahori nous donne déjà l'issue de l'entretien. Qu'il le veuille ou non, Latif deviendra l'ombre de Uday.

 

Uday accepte donc et se retrouve plongé dans le faste Irakien du palais de Sadam et de l'univers de Uday. Un univers remplit de luxes, de fastes, de richesses, de voiture et de femmes. On pourrait d'ailleurs résumer Uday par l'intermédiaire de son serviteur qui dira à Latif "les choix les plus durs de Latif sont de choisir quelles chaussures choisir pour l'accorder à la couleur de sa voiture". Le gamin gâté par excellence donc, mais le problème est que ce constat ne s'arrête pas qu'aux habits et aux biens matériels. Ce que Uday veut, Uday l'obtient. Ainsi, si Uday voit une femme qui lui plait, il n'hésitera pas à la prendre, même contre son gré. Et il considérera toujours Latif comme un jouet, un objet de convoitise dont on peut se lasser à tout moment. 

 

Tamahori retrouve également les thématiques qui étaient déjà à l'oeuvre dans le mésestimé "Meurs un autre jour" à savoir le thème de la dualité et le thème du pantin. Ces deux thèmes surgissent d'ailleurs souvent au détour d'un reflet, et ce qu'il provienne d'un miroir, d'une vitre, de la surface de l'eau ou de la carrosserie de la voiture d'Uday.

 

Uday nous l'avons dit, a une passion pour les objets et les gens, et cette passion passe aussi par une perte complète de son identité sexuelle. Uday fréquente pendant des soirées des travelos alors qu'il a une favorite, Sarrab, remarquablement interprétée par la trop rare Ludivine Sagnier, dont la beauté est sans pareil. Mais Uday a une fringale sexuelle qui doit se manifester, et peut importe la présence de Sarrab, Uday va fricoter avec des travelos, embrasser des femmes pendant ses fêtes, il va même jusqu'à faire enlever une collégienne qui lui plait, c'est dire si ses repères sexuels sont brouillés. On apprendra plus tard dans l'histoire que cette perde d'identité vient du rapport quasi incestuel qu'il entretient avec sa mère. C'est en effet lui aussi qui ira jusqu'à ouvrir le ventre en pleine fête d'un ami de son père qu'il nomme comme le "fournisseur officiel de prostituées". Par vengeance, il le tue non sans l'avoir invectivée par rapport au mal qu'il fait ainsi à la femme de Sadam et à la mère d'Uday.

 

Cette scène donne lieu à une plongée dans la folie à mi-chemin de Scarface et du Parrain. Uday à moitié ivre, sort un sabre et ouvre en deux l'ami de son père dont les tripes se dévident sur la table. Cette mise à nu est aussi la mise à nu de l'esprit d'Uday pour Latif. Uday est un psychopathe complètement fou, et Latif regrette amèrement de devoir être le témoin des agissements de ce dernier. C'est suite à cette scène également que pendant qu'Uday abuse d'une des collégiennes enlevées et saoulées à sa fête, Latif raccompagne au taxi la seconde. La seconde sera sauvée, la première violée et battu finira dans un terrain vague jeté par les sbires d'Uday.

 

En proie à une grande agitation réflexive, Latif entend plus tard des cris au dehors, comme de la torture et il sort précipitamment pour se retrouver à côté d'un court de tennis ou Sadam et son "Fiday" on l'apprendra plus tard, dispute âprement un match. Le rapport de domination et de complémentarité du chef d'état et de son double intervient dans cette superbe scène, car ils combattent l'un contre l'autre mais ensemble comme témoignera l'accolade fraternel à l'issue du match. Nous assistons d'ailleurs à un rappel, car Latif, aura une accolade fraternel avec Uday, mais la raison en est tout autre, Latif prend Uday dans ses bras pour l'empêcher de tuer Abel Kana (le meilleur ami et "mac" de son père). Lee Tamahori pose ainsi les bases de son film, et il arrive à réaliser l'exploit de ne jamais diaboliser Sadam Hussein, au contraire même.

 

On pourrait également relever une mise en abime du cinéma dans le film, car les deux personnages excellemment interprétés par le seul Dominic Cooper vont passer par l'usage d'artifice prothésique. Le "vrai" Uday a les dents légèrement écartés et lorsque Latif cherche à devenir Uday, il ira jusqu'à endosser les mêmes dents mais en prothèse cette fois-ci. Le film se double aussi d'une critique à peine voilée d'Hollywood (le palais du Sultan) et Latif-Uday devient un peu le réalisateur obligé de mettre en scène un film qui ne lui plait pas pour accéder à des projets plus personnels (comme peut l'être ce Devil's Double par ailleurs produit en dehors du sérail hollywoodien). On pourrait donc y voir une satire yesman-auteur en poussant un peu l'analyse et plusieurs points du film peuvent être reçus en ce sens.

 

Nous ne dévoilerons pas l'issue du film, pour ne pas gâcher le plaisir au spectateur, mais ce film qui n'est malheureusement pas sortie en France au cinéma, mérite immédiatement une seconde chance, car nous sommes en face de ce qu'on peut bien appeler un chef d'œuvre double (excellent film d'action et belle réflexion d'auteur)

 

Un mot sur les Bonus du dvd : « Nous les irakiens » (53 minutes), un documentaire intéressant qui nous plonge dans le quotidien d’une famille irakienne avant et pendant la seconde guerre du Golfe. Sur le film même, plusieurs featurettes complètent cette édition dvd pour une fois vraiment riche en suppléments. Pour un film sortie en DTV en France mais qui a bénéficié d'une sortie salle au USA, ça mérite d'être signalé.

 

« Les coulisses du tournage », « Dominic Cooper dans la peau de Udaï et de Latif », « Focus sur les décors », « L’importance des costumes et du maquillage » - complètent cette édition définitivement riche en suppléments.

 

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Sortie le 2 mai 2012. Distribué par BAC films”

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