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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 17:01

http://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2013/01/seconde-affiche-du-film-possedee.jpgRetour des critiques de bluray et dvd. Aujourd'hui, partons voyager dans l'horreur du thème de la possession, avec le film américain-canadien, Possédée de Ole Bornedal. Dans ce film, où l'on retrouve Jeffrey Dean Morgan et Natasha Calis entre autres, une adolescente se retrouve au prise avec un démon contenu dans la boite en bois verni que son père lui a acheté dans un vide-grenier. D'abord impossible à ouvrir, cette dernière, la nuit venue va s'ouvrir toute seule et libérer ce qu'elle contient. Et la vie de l'adolescente va en être changé à jamais.

Un court mot sur Ole Bornedal qui réalise en 1994 un film d'épouvante-horreur nommé "Le Veilleur de Nuit", remarqué par la fratrie Weinstein, principalement Harvey, ce dernier l'engage pour remaker son propre film en 1998. Après un début à la télévision Danoise, sa patrie d'origine, Ole continue sa carrière avec trois films plutôt bien accueillis par la critique, Just Another Love Story(2007), The Substitute (2007) et Deliver Us From Evil (2009). Le succès de ces trois films lui permet en 2012 de réaliser le film Possédée.

Cessons-là le suspens, et entrons sans tergiverser d'avantage dans le vif du sujet.  Possédée est-il un bon film ? Oui et non serait la réponse, une réponse de normand certes, mais le film ne convainc pas tout à fait, malgré une trés bonne réalisation, et des effets de lumières soignés, avec juste ce qu'il faut de SFX pour ne pas être non plus une vitrine de SFX mais quand même contribuer à effrayer le spectateur. Basé sur une soi-disant histoire vraie, et sur un démon issu de légende juive "le Dibbouk", le film est un sympathique ride qui se suit sans déplaisir, et dont la revision est possible. Ce n'est pas un film qui va transcender la longue liste de film d'horreur, mais c'est tout de même un film qui tend la bannière du genre, bien plus avant qu'un Sinister (de sinistre mémoire) ou encore un PA (Paranormal Activity) dont le premier faisait finalement figure d'exception, tant les suites se sont avérées désastreuses et inintéressantes. Dans ce film, on suit le parcours du père et de sa fille, sans jamais ressentir le moindre d'ennui, mais sans jamais la moindre passion non plus. Les jump-scares sont assez bien gérées dans l'ensemble, et le film se double même d'une certaine morale sur la possibilité de réunification d'une famille par le biais d'une épreuve de la sorte.

A noter que le film comporte quelques trés belles scènes, et sait trés bien jouer avec la suggestion par moments, on pense à cette scène, où l'on aperçoit juste deux doigts au fond de la gorge de la jeune fille, et pourtant la terreur est bien plus pregnante que si on avait vu plus (comme dans l'affiche)

Mais toute cette générosité ne suffit malheureusement pas à convaincre pleinement, et on sort de la vision du film un peu déçu, encore que ça ne soit pas tout à fait le mot. Le film manque sérieusement de densité, ne serait-ce que narrative pour prétendre égaler des films avec plusieurs niveaux de lecture comme Jurassic Park, ou des films sans niveau de lecture mais avec une tension carrément palpable comme le délicieux Evil Dead.

Les Bonus : Le film comporte deux commentaire audio, un du réalisateur et un des scénaristes, qui doivent surement s'avérer passionnant pour comprendre l'intérêt de réaliser un tel film, ainsi qu'un court-métrage faux documentaire sur la boite à Dibbouk et l'histoire vraie qui lui correspond, qui est presque plus intéressant à regarder que le film.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dibbouk

Quand on lit les caractéristiques du Dibbouk, et qu'on entrevoit les possibilités narratives, on se dit qu'il y avait sans doute un scénario bien plus intéressant à écrire dessus, ne serait-ce que par rapport à la première entrée :

"un esprit malin, habituellement l'âme d'une personne décédée qui pénètre dans une personne vivante avec qui le mort a eu un différend"

Au final, le film aurait presque pu être en rapport avec le beau-père de l'adolescente qui serait vécu par cette dernière comme un intrus, un élément qui pertuberait le beau couple qu'elle s'imagine que sont son vrai père et sa mère. C'est d'ailleurs la fin du film où les parents se remettent ensemble, mais la possession n'a pas ce sens là dans le film, c'est juste un effet collateral, absolument pas un enjeux du scénario. Au final, on se retrouve donc avec un bon film de dimanche soir, avec bière-pizzas et potes. Quand on voit certains films qui sortent on se dit que finalement le résultat n'est pas si grave et que ça aurait pu être bien pire (coucou PA).

Sortie en dvd et bluray le 26 avril. Réalisé par Ole Bornedal. Distribué par Metropolitan Filmexport.

Pour aller plus loin, découvrez d'autres- film d’horreur et- tous les films d’horreur de 2013 dans la catégorie correspondante.

 
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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 09:00

http://www.webullition.info/wp-content/uploads/2013/03/39fc2a35331aae52d0b78d07cb2964f3_large.jpeg

 

Il est de ces films incompris, tel Intolerance de D.W Griffith (et Naissance d'une nation AMHA dans une moindre mesure, oui, un homme qui réalise Intolerance ne peut pas avoir pensé Naissance d'une Nation autrement qu'un constat sur un triste état de fait et de droit, je me refuse absolument à penser l'inverse depuis que j'ai vu les deux comme un dyptique sur la nature humaine dans ce qu'elle a de pire et dans ce qu'elle peut avoir de meilleur).

Il est de ces films, reçus par la critique et/ou le public à l'inverse de ce qu'ils sont ou cherchent à démontrer, comme Orange Mécanique de Stanley Kubrick, A.I de Steven Spielberg, Matrix Trilogy de Andy et Larry (c'est rétroactif le changement de sexe ? ^^) Wachowski , Agora de Alejandro Amenabar, Children of Men de Alfonso Cuaron, Happy Feet 2 de George Miller, The Impossible de Juan Antonio Bayona, et la liste est longue. De ces films qui ne se voulant jamais plus intelligent que leur sujet, ou plus directif que la ou les morales qui les sous-tend, donnent à voir un constat sur le monde, un essai sur la nature humaine, une étude de mœurs des sentiments qui dirigent l'homme, et des forces qui dirigent le monde, bonne ou mauvaise, juste ou injuste mais partout présente sur la boucle du temps. Le tout sans jamais donner de jugement définitif, sans jamais donner de leçon, sans offrir du prêt-à-penser mais au contraire en offrant au spectateur la possibilité d'accoucher de son propre esprit, voilà qui aurait plu à Socrate (le philosophe pas le joueur de foot :)). La maïeutique de Cloud Atlas est à ce point à l'œuvre dans l'esprit du spectateur, que certains vont réfuter le film, l'estimant simpliste ou manichéen (alors que ce terme est en totale contradiction avec ce que veulent dire les détracteurs du film à savoir binaire). L'accusant de dispenser des phrases toutes faites, des notions de "philo de comptoir" (combien de fois n'aura t-on pas entendu ce terme dans la bouche de la critique française, alors même que les vrais films "philo de comptoir" remportent césar et palme, va comprendre Charles). En réalité le film ne fait que donner à son spectateur la possibilité de sortir les pensées et idées qu'il a dans son inconscient, sans même en avoir conscience (c'est justement le principe même de la maïeutique Socratienne) :

 

"Le terme « maïeutique » vient du grec maieutikè : art de faire accoucher. Socrate, fils de Phénarète sage-femme, disait que, comme sa mère faisait accoucher les femmes, lui faisait accoucher les esprits des pensées qu'ils contenaient déjà, sans le savoir ou en être conscients73.

L’idée d’une maïeutique est déjà présente dans l’idée de la dialectique abordée dans la section précédente. En effet, la stupeur que provoque Socrate tient essentiellement au fait que ses interlocuteurs sont mis face à leurs propres contradictions ; ces contradictions qui naissent de ce regard tourné soudainement sur soi-même engendrent des troubles de l’âme dont elle a besoin de se délivrer. " (source Wikipédia)

« Socrate est le tournant décisif de l’histoire universelle »

— Friedrich NietzscheLe Crépuscule des idoles

Des films qui replacent notre questionnement anthropologique au centre d'une seule et unique question, "POURQUOI" ou pour jouer sur les mots de façon Freudo-Lacanienne, "Pour Quoi ?". Ce que Socrate lui-même, appelait le "ti esti", en grec, "qu'est-ce que c'est", c'est à dire l'essence des choses. Cloud Atlas de la fratrie Wachowski, Andy et Larry devenu Lana sur le tournage de Cloud Atlas, ainsi que l'allemand Tom Tykwer, heureux papa du film Cours Lola, Cours, et dernièrement de l'adaptation plus qu'acceptable du Parfum de Patrick Süskind, tentent d'apporter si pas des réponses, du moins des pistes à cette question centrale de notre humanité et de notre Histoire humaine.

Le film Cloud Atlas adapté du roman réputé inadaptable "La Cartographie des Nuages" que je n'ai personnellement pas encore lu cher lecteur, s'attache à raconter 6 histoires vécues par 9 personnages (6 plus ou moins principaux à leurs tours, et quelques autres secondaires) créant ainsi au fil de leurs imbrications, une 7eme histoire globale (7, tiens donc ? :)) chiffre éminemment symbolique et magique s'il en est dans l'ésotérique. 7eme histoire qui les résume toutes, les contiens toutes et les transcendent toutes. Le roman se présentait sous forme de lettres et le lecteur jonglait d'une époque à l'autre mais en suivant un fil linéaire de lecture. Lors de l'adaptation, les Wachs et Tykwer prennent un risque énorme, un risque inconsidéré, un risque absolu, en poursuivant leurs expérimentations narratives et plastiques de Speed Racer. Pour se faire, ils mélangent toutes les époques, jonglent d'une histoire à l'autre comme bon leur semble, dans le désordre ? frénétiquement ? sans but ?

Non, pas du tout, ami lecteur, n'écoute pas Télérama ou les gens qui ne savent pas voir plus loin qu'un choix qu'ils ne peuvent pas comprendre, bien au contraire. Le montage du film a été fait avec un but clair, passablement inscrit dans la tête de ses créateurs, un but qui se comprend à la simple vue du métrage, mais dont il est particulièrement ardu d'établir la recette de fonctionnement à l'écrit. En effet, les Wachs et Tyk choisissent de coordonner le sens de chaque histoire et leur lien par l'image avant tout (et dans une moindre mesure par la voix off ou le dialogue, mais on le verra, parfois le dialogue va à l'encontre de l'image et inversement). Ainsi par un complexe schéma d'associations d'idées visuelles, ou d'évocations, le film jongle habilement d'une époque à l'autre, d'un personnage à l'autre, d'une émotion à l'autre, reliant au final chaque micro point pour tisser la tapisserie d'un film à l'ambition démesurée, une ambition que n'aurait pas renié quelques uns des grands réalisateurs qui ont eu l'honneur de fouler ce sol de leurs pieds et ce monde de leur âme : des gens comme D.W Griffith, Sergei Eisenstein, Joseph Murnau, Abel Gance, Orson Welles, John Ford, Michael Cimino (Cloud Atlas étant un peu le Heaven Gate des Wachs, et sans le soutien indéfectible de la WB et de Joel Silver cela fait bien longtemps qu'ils auraient été blacklisté d'Hollywood), Stanley Kubrick, Charlie Chaplin et bien d'autres.

Alors le film peut trés bien être analysé comme prétentieux, oui il l'est, mais toute grande œuvre ou se voulant comme telle n'est-elle pas en soi le reflet des prétentions de son auteur. Kubrick a t-il jamais été un réalisateur d'une grande prétention ? Mais là où le film réussit c'est qu'il n'est jamais arrogant ou présomptueux, cette prétention du film fait à six mains n'est jamais conduit sans talent et sans acharnement dans sa lisibilité émotionnelle (ne disons pas lecture immédiate, intellectuellement ce n'est pas forcément le cas, même pour des Wachowskiens deuxième langue). Ainsi par ce subtil réseau d'association visuelle d'idée, un plan du film qui évoque l'eau, verra le plan suivant montrant un autre personnage sortir de l'eau, ou lorsque la rébellion est évoqué, le plan suivant le dialogue met en lumière par l'image ce dont il a été question au son. Le film progresse ainsi de cette manière, et jamais le spectateur ne se retrouve perdu, que ce soit dans les époques ou les personnages.

 

cloud-atlas-concept-art-2

 

Mais le spectateur n'est pas au bout de ses peines, le récit est donc conduit de manière totalement non linéaire, marqué par des flash-forwards et des flash-backs, par des ellipses (qui seront expliquées plus tard), par des incohérences qui trouveront leur sens en fin de métrage, etc... Et ce n'est que le début, le film s'ouvre ainsi sur le ciel étoilé, puis la caméra descend de ce ciel (Cloud) vers celui qui va porter le récit, un conteur chamanique, un druide, un oracle doté d'un seul œil, un héros (Atlas), un témoin de l'histoire assis autour d'un feu de camp. toute ressemblance toute proportion gardée avec l'ouverture de cette série de Steven Spielberg n'est pas purement fortuite :) http://www.dailymotion.com/video/xmsxsr_histoires-fantastiques-generique-serie-tv_shortfilms#.UWCD2BxSieY.

En un seul plan et un mouvement de caméra, le titre est déjà explicité, et son principe posé. Le conteur, Tom Hanks dans un temps indéterminé, nous parle d'un certain vieux Georgie, et ensuite il laisse place à chacune des 6 époques, résumées en quelques plans que le spectateur reçoit à peine installé dans son fauteuil, et qu'il va devoir tenter d'orchestrer pour faire sens. Mais c'est compter sans la maestria des Wachs, Une fois cette brève présentation du sujet et des personnages accomplis, le titre prend forme par 6 lignes blanches qui rejoignent le tout (Cloud Atlas) et qui constitue les fondements de la base du titre, l'idée est posée. 6 histoires vont créer une 7eme plus solide qui tentera de nous poser des questions et donner des réponses sur le "ti esti" Socratique. Il n'y a dans mon esprit que des réalisateurs comme Steven Spielberg pour proposer le principe même de son film dans le plan ou la séquence d'intro (cf. A.I et la première arrivée de David qui est filmé en longue focale et en flou, rappelant étrangement les robots du futur de la fin du film). 

La séquence deux débute donc par des flaques sur un sol de pierre (on aura l'explication de ses plans en toute fin de métrage avec le dialogue final de Adam Ewing, le héros que nous voyons passer dans le champ, marchant sur ce sol pierreux), flaques dont le dessin en forme de pays rappelle étrangement un atlas, (tiens donc) et dont les reflets sont le ciel nuageux (cloud) humhum :). Le lien avec la séquence précédente étant irrémédiablement ancré dans l'inconscient du spectateur, et même le plus perturbé des spectateurs ayant compris que le récit qui suit est la résultante du propos du vieil homme près du feu, le spectacle peut commencer. Le jeune homme dont nous voyons dans un deuxième plan la forme flou devenir net, s'approche alors d'un deuxième personnage penché sur des pierres, et tournant le dos à un arrière plan de rocher, d'eau et de ciel qui rappelle le plus étrangement du monde la fausseté d'une scène de théâtre ou d'un décor de cyclorama de cinéma. Un gros plan sur cet homme nous dévoile personnage de Tom Hanks, avec un rapide calcul du cerveau, le spectateur comprend que ça ne peut être le vieil homme du plan précédent mais jeune, c'est donc un ascendant ou une réincarnation, le sujet est lancé.

 

http://2.bp.blogspot.com/-h6vNzqR7uG8/URIBIAVhlGI/AAAAAAAACXw/7brwykbCj3U/s1600/Cloud+Atlas+05.jpgCloud Atlas trés cher lecteur, va parler déjà de magie, de croyance, de Mal, de réincarnation ou de mémoire transgénérationnelle (ceci étant déjà le sujet du Tintin de Spielberg). Et on verra par la suite de beaucoup d'autres thèmes, plus ou moins liés aux précédents.

Et ceci trés cher ami critique français n'est pas "simpliste" ou "enfonceur de portes ouvertes", ceci est lisible, en aucun cas simple, c'est bien différent. Après tout que je sache, Mozart est lisible,  sa musique n'en est pas pour autant simple ;) David Getta lui est simpliste, et pas toujours lisible, histoire de bien poser le distinguo. Et le film se permet même une allusion qui prendra son sens vers la fin du film. Hanks de 1830 déterre des restes de dentition, repas de cannibales dans un monde en construction, et le film se termine sur la mise à mort de cannibales dans un monde en perdition , mise à mort de la main du même Tom Hanks mais celui du futur après la Chute.

La séquence de l'avocat Ewing laisse la place à l'aventure de Luisa Rey en 1970 qui roule dans sa voiture en se posant des questions, notamment un fameux "what am i fucking doing here ?" reformulation quelque peu triviale de la définition ou interprétation, le "ti esti" Socratique. Puis par un travelling arrière dévoilant un pont (on ne peut pas faire plus parlant pour l'inconscient du spectateur pour relier deux choses éloignées), nous passons à l'éditeur, Timothée Cavendish en 2012 qui évoque devant une machine à écrire dont le travelling arrière reprend le mouvement de caméra du plan précédent et dont les touches en gros plans rappellent les arches du pont précédemment évoqué, le principe même de ce auquel le spectateur vient d'assister. A savoir le choix qu'il a fait en entrant dans le cinéma, pour voir ce film, choix dont il ne comprend pas encore le sens, un récit totalement déconstruit en apparence, mais dont chaque rouage est parfaitement pensé :

"Mon expérience en tant qu’éditeur m’a conduit à mépriser les flash-back, les flash-fowards et tous ces artifices faciles d’écrivains. Mais je pense que si vous êtes capables de suspendre votre patience quelques instants, vous réaliserez qu’il existe une logique à ce récit de fou."

Puis nous passons au compositeur Frobisher en 1930 par l'intermédiaire d'une lettre, et qu'est-ce qu'une lettre sinon la résultante de l'action de taper à la machine. Sauf qu'ici le pont temporel est établi par le fait qu'il s'agit maintenant d'une plume et que l'écriture est donc manuscrite. Puis il saisit un pistolet lui non manufacturé et se réfugie dans une prison, une baignoire dans laquelle il veut mettre fin à ses jours. Il arme le percuteur et ce mouvement fait transition avec la partie néo-Seoul, où l'on retrouve le clone Sonmi 541 menottée pour être exécutée (la résultante d'une arme également, l'exécution) soumise à l'interrogatoire sans violence d'une autorité quelconque. Une fois cette petite gymnastique à nouveau assimilée par le spectateur le plus turbulent, le récit s'envole et prend le sens qu'il veut, jonglant entre les histoires au fil des associations visuelles, l'intro aborde la notion de rébellion, et la finalité de la rébellion ultime (la mort ou l'emprisonnement). Puis les fils blancs soutiennent le titre, les 6 liens d'une blancheur immaculée, et le titre s'estompe commençant l'histoire à proprement parler par un plan sur un ciel nuageux suivi d'un pano de haut en bas dévoilant un navire sur une mer agitée (Cloud Atlas).

Le film par l'intermédiaire de personnages dit éveillés, et caractérisés par une tâche de naissance en forme de comète raconte comment l'acte de rébellion est profondément inscrit en l'homme, et que même si l'histoire est appelé à finir mal ou à se répéter en boucle, il y aura toujours des gens pour se lever pour une idée et mourir pour elle, et que chaque fois, l'idée aura été mené un peu plus loin à maturité vers des gens à chaque un peu plus réceptif à son développement et à son accomplissement. Même si pour les Wachs et Tyk le constat est un peu doux amer, la plus grande évolution, c'est le retour à l'état de nature, au groupe primitif en dehors d'une science jugée trop dangereuse entre de mauvaises mains.

Ainsi la fin du film avant le prologue qui dévoile le vieux Zachary racontant à sa descendance l'histoire du monde (un rappel assez éloquent du 2001 de Kubrick sur l'enfant étoile ou du A.I de Spielberg également) prend un sens plus fort encore à l'aune de ce constat sur l'impossibilité de réussir la rébellion, mais de la nécessité de la poursuivre quand même pour que le monde change, et que d'autres suivent l'idée "Qu'arrivera t-il si personne ne croit votre histoire ?", "quelqu'un y croit déjà" répondra Sonmi 451 à propos de son envie de révolte avant de se faire exécuter à Néo-Seoul.

Claude At Last

Pour finir, juste un mot sur "Claude Lévi-Strauss", le Claude du titre de ma critique, nom puissamment évocateur, mais surtout un des rares philosophes à s'être penché sur le principe du Mythe avec la même finalité que l'anglais Joseph Campbell, c'est à dire établir des passerelles de sens entre chacun des grands mythes de ce monde. 

"Fasciné par les ressemblances apparentes entre les mythes du monde entier, Lévi-Strauss rejette d'emblée l'idée que ceux-ci puissent « se réduire tous à un jeu gratuit, à une forme grossière de spéculation philosophique52 ». Ce qui importe, c'est la substance du mythe, et celle-ci « ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l'histoire qui y est racontée » (1958 : 232). Partant de l'idée qu'il n'y a pas une version unique « authentique » du mythe mais que toutes les versions sont des manifestations d'un même langage, il développe une méthode d'analyse calquée sur la linguistique. Le mythe est d'autant plus justiciable d'une analyse de ce genre qu'il relève lui-même du discours : « (…) modes du langage, les mythes et les contes en font un usage hyper-structural : ils forment, pourrait-on dire, un métalangage où la structure est opérante à tous les niveaux53." (source Wikipédia)

"Lévi-Strauss en arrive à la conclusion qu'un mythe consiste uniquement en oppositions binaires. Le mythe d'Œdipe, par exemple, est à la fois l'exagération et la sous-évaluation des relations de sang, l'affirmation d'une origine autochtone de l'humanité et le déni de cette origine. Sous l'influence de Hegel, Lévi-Strauss pense que l'esprit humain organise fondamentalement sa pensée autour de telles oppositions binaires et de leur unification (thèse, antithèse, synthèse), ce mécanisme permettant de rendre la signification possible. De plus, il considère que le mythe est un stratagème habile qui transforme une opposition binaire inconciliable en une opposition binaire conciliable, créant ainsi l'illusion ou la croyance qu'elle a été résolue54." (Source Wikipédia)

"Dans cette méthode d'analyse, l'accent est mis non pas sur les enchaînements syntaxiques entre les divers moments du récit, mais sur les oppositions paradigmatiques qui sous-tendent la dynamique profonde des événements et donnent au mythe sa signification : le cru et le cuit, le ciel et la terre, le soleil et la lune, etc. Ce choix s'appuie sur le fait que le mythe joue beaucoup plus nettement sur les oppositions que ne le fait le conte, dans lequel les contradictions sont affaiblies et se situent à un niveau social ou moral plutôt que cosmologique ou métaphysique (1973 : 154 ; 1968 : 105). Cette importance des relations d'opposition entraîne l'analyste à délaisser la trame temporelle du récit pour se concentrer sur les articulations logiques qui forment sa structure matricielle. Par ailleurs, Lévi-Strauss justifie l'élimination du temps en montrant que, dans le mythe, le temps est foncièrement autre, en quelque sorte immobile : en plus de se rapporter toujours à des événements passés, le mythe attribue au dénouement du récit une valeur définitive et se présente comme « un schème doué d'une efficacité permanente » (1958 : 231)." (source Wikipédia)

 

Le temps n'est pas une ligne droite, le futur, le passé proche ou éloigné, le présent ont déjà eu lieu ont lieu, auront lieu tous en même temps. Pendant que nous parlons, Hitler réenvahit la Pologne, Ted Mosby rencontre sa femme et les hommes préhistoriques découvrent le feu (ne me demandez pas le sens de mes associations d'idées à propos du présent, passé, futur, je ne le sais pas moi-même ;).
To
ujours est-il qu'aux personnes qui critiquent le montage de Cloud Atlas, demandez-vous pourquoi à la fin du film, on a un plan sur la fiancée de Ewing qui réfléchit, puis Sonmi, puis de nouveau la fiancée de Ewing, qui regarde son mari et ce dernier acquiesce. Ce n'est pas qu'une simple réflexion dans le temps passé, elle a juste vu plus loin (ses réincarnations dont la principale, Sonmi) et contemplant le lieutenant qu'il deviendra, elle SAIT. Et tout ce montage et découpage fait sens quand on réfléchit aux paroles qui sont prononcées par son père à ce moment donné (sur le fait de choisir d'être le fort ou le faible et de ne pas bousculer l'ordre préétabli du monde et que ça ne peut qu'échouer). Lorsqu'elle choisit d'un commun accord avec son mari de lutter pour l'abolition de l'esclavage, elle sait déjà qu'elle sera Sonmi et que l'esclavage et l'exploitation de l'homme par l'homme continuera quand même, malgré le travail des abolitionnistes mais elle choisit de continuer malgré tout, parce qu'elle en a fait le choix et surtout parce qu'elle a vu plus loin, et une idée poussée par des gens de bien, arrivera toujours à quelque chose, même si elle est, 10, 100, 1000 fois réfutée et brimée. (ceci étant valable pour les mauvaises idées aussi ;) Ying yang, tout-ci tout ça :)).

Voilà, ami lecteur, cette critique analyse de Cloud Atlas se termine, je suis content d'avoir pu mettre un terme à ce bouillonnement d'idées qui me trottaient dans la tête depuis les deux visionnages du film, et en même temps, affligé de ne pas avoir pu mieux structurer les tonnes d'idées éparses que je n'ai réussi à caser nulle part dans ce texte. Bien sûr aucune étude n'est totalement exhaustive mais j'aurais tellement voulu évoquer encore pleins d'autres sujets qui me tenaient à cœur dans ce film. Tant pis, ça sera peut-être l'occasion d'un prochain texte critique... ou pas. J'espère que les quelques courageux qui liront ce texte, prendront autant de plaisir à lire que je n'en ai eu personnellement à l'écrire, voilà, le sujet est clos pour ma part, je vais pouvoir passer à d'autres choses dans mon cerveau ^^...

A écouter pendant la lecture, je l'ai écris en l'écoutant deux fois, et ça fait tout bizarre :) https://www.youtube.com/watch?v=DJ0c4vv2aoM

A lire pour approfondir, l'excellente critique de l'ouvreuse.net : http://louvreuse.net/Critique/cloud-atlas.html

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 17:52

http://www.les-lectures-de-cachou.com/wp-content/uploads/2012/10/Frankenweenie-01.jpgL'historique de Frankenweenie est pour le moins complexe. C'est d'abord un moyen-métrage qui germe dans la tête de Tim Burton, réalisateur du court-métrage Vincent, alors qu'il travaille comme animateur au Studio Disney. Et comme Vincent, ce dernier pourtant tourné avec la bénédiction des exécutifs du Studio qui ont déjà repéré le talent du jeune homme, bien que ce dernier ne soit pas vraiment compatible avec les programmes familiaux que dispense la firme de Mickey, en live et non en stop motion, aura le même triste sort que son coreligionnaire à savoir le placard du studio à grandes oreilles car trop décalé par rapport aux principes du Studio. Pourtant l'un comme l'autre témoigne de la vivacité d'esprit du jeune réalisateur, de son amour pour les films de la Hammer et le vivier de Roger Corman, le pape de la série B horrifique ou non. Il se prend d'ailleurs d'amour pour le cycle de Poe (le Masque de la mort rouge, le Corbeau, l'Empire de la Terreur etc...). C'est là que le jeune Tim Burton tombe artistiquement amoureux de Vincent Price, qu'il aura d'ailleurs le privilège d'utiliser comme narrateur dans le court-métrage Vincent et auquel il rendra un hommage posthume dans le remake de Frankenweenie en donnant au professeur de Victor Frankestein Jr le visage de l'immense acteur américain, acteur emblématique de Roger Corman entres autres. Ce dernier ayant déjà tourné avec Burton en incarnant l'inventeur de Edward dans le film Edward aux mains d'argent.

Le cycle Edgar Poe aura d'ailleurs une grosse influence sur Tim Burton, notamment dans les décors de Sleepy Hollow et sa direction artistique. Dès 1984, le projet d'un long-métrage en stop-mo trotte dans la tête de Tim Burton, mais pour des raisons financières essentiellement, il ne peut accomplir son rêve et se retrouve à tourner un moyen d'une trentaine de minutes en prise de vues réelles. Sans doute, la possibilité lui a été offerte de faire les projets qu'il lui plait depuis le triomphe du nouveau "Tim Burton", celui qui est bankable, qui plait aux hémos bilieux (en avant les histoires !! ... Oui je sais cette blague est nulle mais j'assume) et déplait à certains fans (en dehors de votre serviteur qui lui voue toujours un culte profond), et ce malgré le décevant Alice au Pays des Merveilles, fable cynique et à peine romancé sur ce qu'est devenu Tim l'enchanteur englouti par la marque du Croque-Mitaine Burton.

Il lui aura donc fallu pas moins de 25 ans pour aboutir son projet tant espéré, cela rappelle un certain Steven Spielberg et son attente de 30 ans avant de donner à son Tintin, la tournure qu'il souhaitait lui apporter pour en faire un film vraiment respectueux de la confiance que Hergé avait mis à l'intérieur de lui (mais on s'égare, revenons à nos Burtons ;)). Tim retrouve donc son producteur de l'époque Don Hahn (ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ? Si je vois une opportunité de se faire du fric en remakant un vieux projet du maitre, promis ça sera le dernier jeux de mot vaseux de la critique), déjà producteur de l'original Frankenweenie, qui lui conseille déjà à l'époque de développer son projet en long métrage (source allociné). Lorsqu'il s'aperçoit que le court métrage est culte pour les fans, il l'encourage à le reproduire en long. Tim Burton qui dit volontiers que le héros de Vincent est similaire à celui de Frankenweenie saute le pas en reprenant une esthétique trés proche de son premier court, mais en développant l'histoire du moyen et en rajoutant une sous-intrigue pour donner plus de consistance au tout.

Et chose étrange, hé ben ça marche. Moi qui avais voué aux gémonies le sieur Burton depuis Alice, et qui n'avait pas même osé voir Dark Shadows tellement les critiques à son encontre m'avait échaudé, je ne peux que dire une chose, le vrai Burton (comme le vrai Médard et sa bonne moitié) est enfin revenu. Frankenweenie n'est pas un ersatz Disney qui pille une vieille soupe pour en faire une nouvelle, mais bien une réinvention du moyen métrage, dont la 3D est plus qu'appréciable, et dont la sous-intrigue hommage au cinéma de monstre de la Hammer fonctionne parfaitement. Tim  Burton se permet même quelques autocitations qui ne tombe pas dans le piège de la citation gratuite, mais poursuive la réflexion sur son désir de "refaire" des films. Seul la fin totalement inchangée par rapport à l'original aurait peut-être gagnée un peu plus de force en étant un brin plus trash. Sachant que le père de Frankenstein parle souvent de "laisser s'en aller", de "perdre", je m'étais imaginé que Burton avait voulu faire dans ce remake une fin plus tournée vers le lâcher prise du deuil, mais non. Ce n'est pas grave après tout, ça prouve juste aux détracteurs du "Burton coloré" que de toute façon, ce côté mielleux, roucoulant a toujours fait partie intégrante de Burton et de son cinéma, et que jamais il n'a été uniquement le "dark gothique" de Vincent, Et pour faire plus poétique, le sémillant Tim a toujours coexisté avec le macabre Burton n'en déplaise aux esprits chagrins et aux gardiens du Temple autoproclamés. Même si on ne peut pas nier que le Burton de Ed Wood était quand même mille fois plus intéressant que celui des Noces Funèbres, mais chacun évolue et c'est bien préférable après tout.

Ce film dont la partition musicale est une fois de plus signé de l'indéboulonable mais toujours talentueux Danny Eflman, diablotin en second, âme damnée charitable de l'ami Burton vous redonnera joie et bonheur en bluray et DvD. Et pour une fois, Johnny Depp ne sera pas de la partie, car ni lui, ni la femme de Burton ne sont présent sur le casting voix (une preuve de plus que le Burton ancien est toujours présent en Tim ;))

Bonus : Les bonus pour une fois chez Disney sont trés chiches, pas de commentaire audio de Burton, pas de makin-of, répondent juste présent à l'appel, quelques trailers dont le nouveau Pixar "Planes" et le Oz de Sam The Man, le grand Raimi sur lequel nous reviendrons bientôt dans ces colonnes. On trouve aussi un clip sans grand intérêt autre que promotionnel pour le groupe qui l'a fait, et une featurette sur l'exposition Burton qu'on aurait justement aimé plus longue et détaillée, tant le travail sur les différentes marionnettes semble passionnant. 

Encore une fois, Disney oblige, le dvd est fournit dans un boitier avec jacquette, le film est superbe, et se revoit avec plaisir (votre serviteur en est personnellement à trois visions en comptant celle en salle à la sortie du film), on espère juste que l'édition bluray contient des bonus plus intéressants. En tout cas, que le fan de Burton se rassure amplement, Tim Burton n'est pas mort ou s'il était, il est ressucité, et le formatage Disney qu'on aurait pu craindre sur le film n'est pas du tout présent, avec Gore Verbinski (la trilogie Pirates) et Sam Raimi (OZ, the great and the powerful), Burton conserve son identité et son irrévérrence envers le studio qui l'a fait débuter. Alors Frankenwinnie l'ourson ? ... Certes pas, mais bien Frankenweenie le chien mort-vivant.

Sortie le 1er Mars 2013 en dvd et bluray Disney. “Distribué par Disney”

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 18:32

http://www.lyricis.fr/wp-content/uploads/2012/07/Lawless-Des-Hommes-sans-Loi-Affiche-USA-2.jpgAvec des Hommes sans Loi, le réalisateur de l'inattendu The Road recentre à nouveau son sujet sur la famille, et plus précisément la fratrie, les liens qui unissent ou désunissent une famille. Ce n'est plus un père et un fils qui survivent tant bien que mal dans l'Us apocalyptique du futur, mais bien trois frères au temps de la prohibition et les rapports difficile qu'ils entretiennent entre eux.

Au casting, on retrouve Tom Hardy (Forrest) en sage frère ainé qui s'exprime par grognements, littéralement, même si narration oblige, il parle aussi un peu, jamais trop ; Jason Clarke (Howard) excellent en frère cadet, un peu trop porté sur la bouteille et la violence, et le jeune Shia Labeouf (Jack) qui est parfait en frère benjamin, épris de la fille d'un pasteur et désireux de faire évoluer son monde.

Le film s'ouvre sur une scène du passé, dans laquelle Jack, tente de tuer un cochon sans jamais y arriver, venant amener un de ses frères à sa rescousse, et aboutit son climax sur Jack adulte qui tue un immonde porc pour venger son ami infirme assassiné et son frère blessé. Entre les deux, il ya un parcours initiatique dans lequel tout le propos tourne autour du phallus, avoir ou ne pas avoir de phallus, et donc de testicules (au sens strict et au sens imagé) là est la question. Plus d'une fois, Jack va prouver par son parcours, que la valeur n'attend point le nombre des années. Armés de sa seule jugeotte et d'un derringer, il va trouver avec son meilleur ami le Al Capone local (superbement interprété par un Gary Oldman au sommet de sa forme) pour monter un bizness de vente de Wisky distillé et écoule ainsi en un soir la marchandise que ses frères auraient écoulé en un mois. Son accessit à l'âge adulte, se fait dans la violence et le sang. L'agent spécial Rakes, joué lui aussi magnifiquement par Guy Pearce, lui démonte littéralement le visage à coup de poing, et c'est dans cette branlée qu'il se prend qu'il va trouver la rage d'aller au bout de son projet.

Tout le film traite de virilité mais aussi de son inverse, que ce soit Rakes qui est soit métrosexuel, soit peut-être homosexuel comme certaines critiques presse l'ont avancé (mais pourquoi coucherait-il avec la prostituée noire de l'hôtel alors ?) ; Gary Oldman dont le personnage incarne une forme de virilité d'une légende avec sa mitrailleuse Thompson à chargeur camembert et son costume une raie oui une raie non d'une élégance folle, ou encore Hardy avec son côté ours bougon et violent. Les femmes ont quand à elle, une place assez effacée dans le métrage, et ce même si Jessica Chastain et son pendant jeune inversé Mia Wasikowska font de leur mieux pour exister à l'écran pendant tout le film. Cela reste une histoire mythologique de cow-boy, donc d'homme, même si un évènement survenu au personnage de Jessica Chastain et dont on ne saura l'issue tragique qu'à la fin du dernier acte leur redonne une place de premier plan.

Le film parle beaucoup de métaphore et de dialogues liés à l'absence ou la présence de "cojones", jusqu'à comme dans le Germinal de Zola, une émasculation "en bonne et due forme Jack", vengeance punitive envers des agresseurs de Forrest. Cette castration littérale d'ailleurs ne prend pas la forme d'un combat social de classe comme chez Zola, mais juste l'illustration la plus parfaite de la loi du Thalion, "oeil pour oeil, dent pour dent", en l'occurence "couille pour gorge". Le courage dira Forrest à son frère ne réside pas dans la violence pour un homme, mais de jusqu'où il est prêt à aller, de sa détermination. Et cette phrase de Forrest se verra illustrer dans la dernière magnifique scène du climax du film, dans laquelle, Jack Bondurrant le bien nommé, deviendra un homme, avec toute la part de souffrance que cela peut impliquer. Cette scène du pont sans trop en dévoiler pour le spectateur est d'ailleurs un morceau de bravoure que ce soit du point de vue de la réalisation, du découpage, du montage, ou encore de la photographie. Une séquence quasi culte, comme on dit.

Et le culte justement tient une place importante dans le film, que ce soit le culte religieux (avec le père de la jeune amoureuse de Jack et sa confrérie), le culte du corps de l'agent Rakes qui se parfume et se coiffe, comme Jack d'ailleurs, le culte de la loi (bien mis à mal par ses représentants d'ailleurs, Rakes n'est pas Elliot Ness, il est juste le toutou du mafieu gouvernemental local) et bien sûr le culte de la légende, celle supposée de l'immortalité ou de l'indestructibilité des Bondurrant, à laquelle les trois frères mais plus précisément Forrest croient dur comme fer. Légende qui sera d'ailleurs mise à mal tout le long du métrage.

John Hillcoat et son scénariste Nick Cave recrée ainsi un grand mythe de l'ouest sauvage, faisant de ce film, un grand film de genre, quasiment fantastique, tout en l'ancrant de plain-pied dans la réalité, les coups ça fait mal, un coup de poing ça ouvre une lèvre, le feu ça brûle, etc... A ce sujet d'ailleurs, une scène particulièrement sordide redonne à la punition du goudron et des plumes, tout le sérieux, et le caractère violent qu'elle avait un peu perdu,à cause de son traitement léger comme dans les Lucky Luke de Morris, ou certains western spaghetti. On est bien loin du côté un peu toc de la prohibition du film de Ruben Fleischer, Gangster Squad sorti récemment au cinéma.

Un petit mot sur les bonus du bluray, la galette en est riche : commentaire audio du réal, scène coupée, documentaire sur les Bouilleurs de cru, etc... L'éditeur ne s'est pas moqué de son public, et c'est suffisamment rare pour être souligné.

Sortie en dvd et bluray le 16 Janvier 2013. Distribué par Metropolitan Filmexport

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 17:31

http://v014o.popscreen.com/eG9laGtmMTI=_o_les-nouveaux-chiens-de-garde---ralis-par-gilles-.jpgAmi lecteur, si tu me suis sur mon blog, le dernier rempart de l'imaginaire et du droit à rêver pour l'homme comme l'explicite cette citation personnelle "Fantasydo parce que l'homme a encore le droit de rêver" à peine détournée de la philosophe Emma Goldman "si l'homme ne peut plus rêver, il meurt" ; tu sauras que les documentaires ce n'est pas ma tasse de thé, qu'habituellement je préfère chroniquer de la fiction, et principalement de la fiction d'univers alternés.

Cette chronique se trouve et ne se trouve pas à la fois dans mon domaine de prédilection. Elle s'y trouve parce que par moment, ce qu'on apprend dans ce documentaire semble tellement surréaliste que si on n'a pas lu Bourdieu, Debord ou Carles, ou vu un de leurs propres documentaires, on se croirait dans une dystopie tant les principes de la société décrite ici font penser à 1984; Fahrenheit 451, Le Meilleur des Mondes et j'en passe, évoquant le pire du pire d'un régime concentrationnaire dans lequel toute pensée politique et humaine est réduite à sa portion la plus congrue. Et en même temps, elle ne s'y trouve pas, parce que la seule fragilité de ce documentaire (comme beaucoup de documentaire, et c'est peut-être là que se trouve ma réticence à en regarder à et en chroniquer) c'est de ne jamais présenter le propos que sous les arguments de l'opposition, jamais ne sera abordé un point de vue autre que celui des réalisateurs. Jamais les gens accusés n'auront le loisir de défendre ces accusations qu'on estime toutefois assez réaliste. Pas difficile cependant de comprendre que les auteurs n'ont surement pas eu l'aval des gens incriminés, même si ils les ont contactés. Le système n'a besoin de se racheter une conduite que quand l'opinion publique est majoritairement en sa défaveur, ceci expliquant sans doute celà.

Les deux réalisateurs Gilles Balbastre et Yannick Kergoat ne se contente pas d'un documentaire poussiéreux, mais vont lutter contre la société du spectacle qu'ils dénoncent à travers les propres armes de celle-ci. Générique colorée et travaillé, montage alterné, jump-cut inventif, animation fluide et travaillée, bref, ça fait plaisir de voir que la forme sert ici le fond avec une aisance et une grace qui fait peur (on est parfois pas loin de l'objet de propagande inverse. C'est peut-être d'ailleurs là une autre des failles du documentaire, en plus d'un certain manichéisme, on sent par moment l'outil de propagande pour la LCR et on se dit qu'en sortant de la projection, on va soit poser des bombes, soit acheter le petit livre rouge de Mao. Les deux réalisateurs ont surement comme modéle avéré, outre les précédents évoqués comme feu le sociologue Pierre Bourdieu ou Guy Debord, l'américain milliardaire, Michael Moore, et c'est parfois là que le film grince un peu dans ses par ailleurs parfait rouages (trop parfait peut-être).

Une grosse réserve sera ainsi émise à mon sens à propos de la lecture en mode voix Arte dépressive du livre "les chiens de Garde" de Paul Nizan, authentique révolutionnaire libertaire écorché vif, à qui le livre d'Halimi, mais aussi le film emprunte le titre. Car chaque évocation de ces passages lus avec lenteur vont plonger le spectateur attentif de plus en plus profond dans l'impression de manipulation. Il y a donc à boire et à manger dans la niche de ces chiens de garde, mais heureusement pour l'impression d'ensemble du spectateur, il y a plus à manger. Ouf. Woouf oserais-je même si j'avais l'esprit un peu cabot.

Le spectateur apprend ainsi de nombreuses choses trés intéressantes sur la soi-disante "plurivision des journalistes, en réalité, les même brochettes de journalistes qui se retrouvent partout" (tiens, ça me rappelle un certain cinéma français ça ;)), sur le Siècle, cette société secrète qui réunit chaque dernier mercredi du mois l'élite de ce que ce pays compte de politiques, d'hommes et de femmes d'affaires sans oublier le monde journalistique dans son entier. De l'achat ou du détournement d'anciens révolutionnaires (comme Michel Field par exemple ?) car ce qui contredit le système doit être achété ou détruit, de la mise à la retraite de vieux briscards du journalisme pour poroposer une vision plus jeuniste du système, un journalisme de classe 2.0 en somme, mais on change rien, on prend des modèles plus jeunes mais à la vision identique et on recommence.

Si on est un tant soit peu sensible, ou intéressé par la politique, ou la vision de son pays, et de ce que ces gens en font, on ne sort pas indemne de la projection de ce dvd. On se retrouve plonger dans un univers complotiste que n'aurait pas renié un John le Carré, ou un Richard Donner dans son film "Complots". Le pire étant que ce système touche aussi bien les pseudo libertaires, que les libéraux ou les révolutionnaires. Le système récupère tous et tout et broie les autres. Seul grand absent de ce délire médiatico-politique, la famille Le Pen, peut-être les derniers esprits libres de ce pays (quoiqu'on pense par ailleurs de leurs délires franco-français, ou de leur marotte sur l'immigration).

Maintenant, on peut encore plus jouer à se faire peur, en se disant, oui mais si tout ce film n'était que de la poudre aux yeux, après tout, il provient des rotatives de journaliste (un journaliste ça s'achète), et si ce n 'était qu'une des nombreuses visions de pseudo "révolution" que le système nous donne à voir pour nous éloigner de la seule vérité tangible, "la cuillère n'existe pas" et nous empêcher de nous révolter réellement, puisque cet objet cinématographique agit comme catharsis de notre révolte. Bien sûr, c'est voir loin, mais pourquoi pas après tout, le monde est tellement plein de faux-semblants qu'il faut savoir rester vigilant. La vigilance, voilà un bon mot d'ordre pour un chien de garde, non ?

 

ps : Le dvd m'a été présenté dans un magnifique boitier avec livret (c'est chose rare, donc bon à signaler), avec son dvd joliment sérigraphié, on regrettera un peu l'absence de bonus intéressant, même si quelques bonus sont présents. Mais on aurait bien aimé avoir un commentaire audio des deux larrons ou à défaut d'un making-of conséquent sur la fabrication du film.

 Sortie du dvd le 10 Décembre 2012. “Distribué par Epicentre films”

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 14:47

http://s.wat.fr/image/resident-evil-retribution_4sx31_1y3kxu.jpgPaul Anderson est bien connu pour son incapacité à transcender son matériel de base. Aucun de ses films n'est "bon" à proprement parler, ça va de l'exécrable au sympathique sans plus. Seul Event Horizon, est le film qu'on peut relativement considérer comme un excellent film, mais force est de constater qu'il se retrouve cruellement en position unique dans la filmographie du sieur Anderson. Et ce n'est pas ce nouveau Resident Evil qui va changer la donne, malheureusement.

Le premier Resident Evil était en soi assez sympathique, même si Anderson s'est largement éloigné du jeu éponyme pour se faire, mais il n'y avait encore rien de honteux, et le cast autant que les FX ou le scénario tenait encore la route. Lors de la sortie du 2, les choses se sont gâtés, et ce n'est pas le fait de déléguer la réalisation du 3 à Russel Mulcahy (réalisateur de l'acclamé Highlander et de l'excellent remake du film "on the beach" de Stanley Kramer), puis du 4 à Alexander Witt en restant producteur des deux, qui a apporté un renouveau à la saga, bien au contraire. De son côté, Paul Anderson est allé entre temps, massacrer le superbe roman de Alexandre Dumas, les 3 Mousquetaires, dans une dispensable adaptation 3D, faisant des enfants dans le dos à l'histoire et à l'Histoire (encore et toujours Richelieu qui complote contre la France, but WTF ?) sans jamais atteindre le quart du fun d'un Sherlock Holmes Richien par exemple.

Après le carnage les 3 Mousquetaires 3D, et ce malgré quelques belles idées de mise en scène, et un casting plutôt à la hauteur, avec quelques scènes de combat qui tenaient la route quand même, Anderson a décidé de revenir au film qui a fait son succès, la saga Resident Evil.

Reprenant l'intrigue où elle était resté après le 4 et sa Alice "doté d'immenses pouvoirs" (oui pardon ami lecteur, je suis encore dans Lincoln, vu récemment ;)), Anderson démarre son film en rembobinant la dernière scène du 4 à l'envers, superbe idée de mise en scène au demeurant qui fait presque espérer un bon film, mais malheureusement cet avant goût ne sera que sporadique, puisque aussitôt après, on tombe dans une intrigue inexistante, ponctué de parcours de niveau comme un jeu vidéo, ainsi que de combats tous plus longs et inintéressant les uns que les autres, accompagné d'une musique hard tonitruante, bref, en deux mot comme en un, un clip.

Il est d'ailleurs amusant ou attristant c'est au choix de constater que quand on parle d'un mauvais réalisateur, le nom qui vient le plus souvent sur les lèvres des gens soit Michael Bay et non Paul Anderson. Alors que soyons sérieux, Bay maitrise totalement l'art du découpage cinématographique, et son récit, alors que Anderson a semble t-il oublié tout ça depuis son excellent Event Horizon. Et c'est probablement ça, le plus triste, parce que si encore c'était un mauvais réalisateur, mais c'est juste un réalisateur cynique qui fait ce qui fonctionne et qui s'accommode trés bien de cet état de fait. Le film en lui-même est donc un prétexte pour faire du fan service mais sans jamais accrocher le fan justement, du name dropping en veux-tu, en voilà : Barry Burton (dont la fin est minable, oui, je le dis, minable, indigne du personnage), Jill Valentine, Leon Kennedy, Ada Wong, etc..., même Claire et Chris Redfield sont catapultés dans l'intrigue mais sans jamais venir jouer un quelconque rôle autre que l'évocation de leurs noms à l'écran. Les combats finaux durent trop longtemps, le film ne jouent jamais sur les ressorts de la peur et préfère y substituer l'adrénaline et la testotérone à outrance, rejoignant en cela tragiquement le tournant formaté de la série des jeux depuis le mirifique Resident Evil 4...

On sauvera juste du naufrage la trés belle séquence d'intro qui reprnd là où RE4 le film s'était arrêté et qui rembobine l'action pour la redéployer à nouveau, une manière pour le réal de se réapproprier à nouveau son "oeuvre" en faisant courtoisement du passé table rase; et aussi l'idée malheureusement pas du tout exploiter que tout ce qui s'est passé depuis le 2 ne soit en réalité qu'un rêve vécu par le clone Alice.

Après, ce film n'a pas su me séduire personnellement, mais ça ne veut pas dire qu'il ne résistera pas à l'axiome : potes-pizza-bières, parce que de ce point de vue, il fera trés bien son office, même si pour le même axiome, un film moins plat conviendrait aussi trés bien. A noter que la fin du film donne les clés pour un 6ème opus qui arrivera surement à grand pas;

Heureusement ce que le film perd en intérêt en tant que film, il le regagne en bonus, en proposant de nombreux bonus intéressant sur le tournage du film. Et personnellement même sur un film que je n'ai pas aimé, je trouve toujours intéressant de découvrir le tournage, les FX et tout ça, on appelle ça la passion je crois. En l'occurence ici, la passion selon saint Paul :).

Sortie en dvd et bluray le 28 Janvier 2013.  “Distribué par Metropolitan Filmexport”. 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 13:32

http://www.buzziactu.com/wp-content/uploads/2012/04/Chroniques-de-Tchernobyl.jpgC'est en surfant sur internet, que le réalisateur du controversé "Paranormal Activity", Oren Péli a trouvé le sujet de ce film. En regardant par hasard le blog d'une photographe dans la ville fantôme de Prypiat, ville de Russie non loin de Tchernobyl. Il ne lui en faut pas plus pour décider d'écrire et de produire (il confie la réalisation au novice Bradley Parker) un film d'horreur en s'inspirant de ce lieu. C'est sans doute pour cela qu'un des personnages du groupe est une photographe, peut-être pour rendre hommage à la personne qui lui a inspiré l'idée du film.

Malgré les apparences, le film ne s'est pas tourné à Prypiat même, sans doute pour des questions de sécurité. L'équipe a préféré les villes de Belgrade (Serbie) et de Budapest (Hongrie) pour s'installer. Les lieux complètement déserts présents dans Chroniques de Tchernobyl ont en fait été reconstruits à partir d'une vieille usine de tracteurs et d'anciens bâtiments militaires. Les passages les plus obscurs du long métrage ont été réalisés quant à eux sous la ville même de Belgrade, dans d'anciens tunnels de la Seconde Guerre mondiale !"

L'histoire voit donc 4 jeunes partir en vacances en Russie et faire du tourisme de l'extrême avec un guide du cru, Youri et un couple qui les rejoint. Youri leur propose une excursion non loin de Tchernobyl, mais à peine arrivés, le groupe en camionnette tombe sur des soldats à un poste barrage qui leur interdit de pénétrer sur le territoire en question. Youri contourne les soldats, et les amène dans des immeubles vides, les habitants ayant déserté depuis 1986, date de l'explosion nucléaire du réacteur 4 de Tchernobyl. 

Le film s'ouvre sur des images de "found footage" mais heureusement pour le spectateur, la suite n'est constitué presque exclusivement que d'images tournées avec une caméra de cinéma, donc un caméraman qui n'apparait pas comme cadreur dans la fiction. Il est d'ailleurs du coup trés étrange de voir la presse qualifier ce film de "found footage" de plus, sachant qu'il n'a rien à voir avec REC ou même PA. Bradley Parker dont c'est ici le premier film, bien que ce dernier ait déjà officié comme créateur FX dans XXX, Peter Pan et Fight Club, ne tombe pas dans le piège du "found footage" malgré un début qui pourrait le laisser penser,. Il ne tombe pas non plus dans la facilité (la shaky cam, ou le surdécoupage pour montrer que "oulala on est dans un film de djeuns qui déchire sa race" ; et organise son espace autour de grand plan séquence la plupart du temps filmé en courte focale, donnant à son film des airs de Shining du pauvre, je dis du pauvre, parce que le problème reste le même, Parker contrairement à Kubrick n'a pas grand chose à foutre de ses personnages, et malgré l'évidente bonne volonté du casting, et leur jeux loin d'être mauvais, la sauce ne prend pas. Il ya un manque flagrant de caractérisation des personnages, chose qui ne manquait par exemple pas à "La Cabane dans les Bois", autre produit estampillé djeuns et funky, mais la comparaison s'arrête là, Oren Peli n'étant pas Joss Wheddon loin de là, et Parker n'ayant pas l'acuité visuelle et narrative de Drew Goddard.

Au final, on se trouve avec un petit film d'horreur calibré, qui bénéficie d'un bon casting, de trés jolis décors qui font presque illusion (on se croirait non loin de Tchernobyl) même si ils n'ont pas été construit à Prypiat, sécurité oblige ; mais qui manque cruellement d'âme pour s'élever plus haut qu'un pop-corn movie comme l'industrie en sort à la pelle. Attention, toutefois, le film n'est pas un navet, et il prend le risque de frustrer son spectateur en remplaçant le gore facile par du réel suspens, mais ce n'est malheureusement pas avec quelques jump-scare bien placé ici et là qu'on fait un film qui marque.

C'est d'autant plus dommageable, qu'un tel sujet, autorisait pas mal de folie, et un récit narratif déroulé par un Wheddon, un Del Toro ou autre scénariste talentueux aurait surement pu donner mieux que ce film ou sa fin. Et il y avait moyen de traiter de la contamination et de la folie des hommes sans tomber une fois de plus dans les topoï attendus du film d'horreur pour djeuns.

Film à voir au moins une fois, avec des amis, et des bières, pour passer un moment sympa sans plus, et à enchaîner ensuite avec un "Cabin in the Hoods" histoire de voir la différence entre un film cool et un chef d'oeuvre. Et si vous voulez voir un vrai film réflexif sur la question, ne manquez pas l'excellent Stalker de Andrei Tarkovski.

En revanche, le bluray n'est pas avare de bonus, puisqu'on trouvera dans la galette, une fin alternative qui n'apporte pas grand chose de plus à l'histoire, une scène coupée sur un toit de Kiev, un docu sur Tchernobyl mélangeant images d'archives réelles, information avérées et délire hollywoodien lié au film et une fausse pub pour les virées de l'extrême de Youri le guide du film.

Distribué par la Metropolitan Filmexport en DVD et Bluray depuis le 12 Novembre 2012

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 14:58

http://2muchponey.com/wp-content/uploads/2012/12/l_effet_papillon_6_evan_kayleigh_fenetre.jpgIl est loin le temps de 2004, et pourtant pas tant que ça, où frêle garçon de 24 ans je découvrais pour la première fois l'Effet Papillon au cinéma. Ce film fut une putain de claque à tout niveau, interprétation, scénario, photographie, réalisation. Par les scénariste de Destination Finale, cette allégorie autour de la théorie du Chaos et du fait qu'un "grand pouvoir implique de grandes responsabilités" était quasiment le premier film de super héros sombre (sisi, ceux issu ensuite de Nolan et consorts, où un personnage sombre de plus en plus dans le noir avant de se sacrifier ou non.

 

Les deux réalisateurs, Eric Bress et J. Mackye Gruber, (oublié de la fiche technique de cinetrafic on ne sait pourquoi), réalisent un film de SF ambitieux, sans prise de tête mais pas non plus totalement crétin, bourré d'idées visuelles et d'effets de réalisation et de montage particulièrement audacieux. Un de ses films dont la force d'évocation laisse tout pantelant sur le siège de cinéma, puis à nouveau sur le siège de son salon. L'Effet Papillon qui a vraiment permis de révéler Aston Kutcher dans des films plus sérieux que "Mec elle est où ma caisse" et qui est connu surtout à la télévision dans une série comme "That"s 70 Show" qui cartonne alors depuis 1999 au USA.

L'Effet Papillon avec son sujet adulte et son ambiance un peu poisseuse qui n'est pas sans rappeler Donnie Darko offre à Aston la possibilité de prouver au monde du cinéma et au monde entier qu'il n'est pas qu'un beau minet pour série ou film "teen". Malgré ce qu'on pourrait en penser, le film de Bress et Gruber questionne l'adolescence dans une posture que n'aurait pas renié un Larry Clark par exemple, avec son cortège d'horreur que traverse son personnage Evan Treborn. Outre la confrontation à la pédophilie, Evan se retrouve mêlés à la de prison, des nazis, un cancer de sa mère etc...

 

Sans trop en dévoiler, il est bon de dire que ce film n'a pas vieilli, et la récente édition en bluray lui apporte une totale plus value au niveau de l'image. Même si on peut regretter que L'image pendant les scènes de nuit ou d'intérieur soit un peu décevante pour du bluray, toutefois le sonest trés bon rendant une bien meilleure immersion que la version dvd.

 

Dans les versions proposées se trouve aussi la version director's cut qui contient la fin voulue par les réalisateurs dont d'aucun la juge trés "trash" voire gore, et ce sera à chacun de voir celle qu'il préfère (à noter que les 3 autres fins sont disponible dans les bonus). D'ailleurs, à propos de cette "nouvelle fin", une petite analyse de votre serviteur sur son sens profond, car au premier abord on pourrait penser que cette fin est incohérente mais il n'en est rien, une fois qu'on a saisi le truc.

 

WARNING ! SPOILER ! SPOILER ! SPOILER ! SPOILER 

 

Evan va voir une voyante avec sa mère et cette dernière lui dit que Evan n'a aucune ligne de vie donc qu'il n'aurait du jamais naître, donc qu'il n'a en fait jamais existé, quand à ses trois frères, ça devient complètement limpide, Evan est ses deux frères donc soit la réincarnation de ses deux autres frères, soit le même être qui revit la même chose et remeurt à chaque fois, au niveau symbolique s'entend (sinon pratiquement ça reste une incohérence lié au lois littéraire sur le temps et sa modification). Et puis quel nom de famille énigmatique porte t-il, il s'appelle Evan Treborn ! le trois fois né en anglais ! Ce qui explique la présence des deux autres frères, et ce qui explique aussi le fait de ses ré-incarnation ou incarnation successive, à ce moment donc, Evan est prisonnier peut-être d'une boucle de temps qui lui fait revivre sans arrêt la même chose ! la même vie ! mais pas forcément, le simple fait de vivre trois fois cette vie puis plus rien est suffisant. Il est vrai que c'est pousser la théorie sur le voyage dans le temps jusqu'à un sacré paradoxe mais ça rend ce film encore plus génial et cette fin totalement cohérente, logique et satisfaisante.

 

Le bluray s'accompagne de son lot de bonus intéressant toujours, storyboard de certaines scènes, scènes coupées, et des reportages sur le sujet du film, le voyage dans le temps. 

 

Ainsi, si vous n'avez pas encore partagé les aventures d'Evan, n'hésitez pas, le voyage vaut le détour (même si le film s'adresse à un public averti et ne le regardez pas si vous êtes déprimé ou en bad mood.  Si vous l'avez déjà vu à sa sortie, plongez dans ce bain de nostalgie et revoyez le d'un oeil neuf avec les deux version du film.

 

Sortie le 2 Novembre  2012 en dvd et bluray. Metropolitan Filmexport. http://www.metrofilms.com/

 

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Published by LordGalean
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 11:58

 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-poster03.jpg"Etre un homme c'est bien, mais il y a encore mieux, être humain" Jules Romains

Avant toute chose cher lecteur, je dois justifier ce titre, surtout pour un film que j'ai littéralement adoré, ça peut paraitre idiot, voire contre-productif pour "l'entreprise que j'envisage et qui n'eut jamais d'exemple" (humhum, mon côté Rousseau ^^) mais le sens en est double. Alors avant de me lapider sur l'autel de Jean Roucas ou de Jean Blaguin humoriste, permets-moi cher lecteur de préciser mon propos.  

J'adore les jeux de mots et c'est d'abord une manière humoriste (ou se voulant comme t-elle) de dédramatiser un sujet qui l'est déjà bien assez, et c'est aussi une manière de singer les critiques négatives de gens si cultivés en journalisme mais apparemment si ignare en cinéma tel que les Inrocks, ou Télérama (oui toujours les mêmes diront certaines mauvaises langues et force est de constater qu'ils n'auront pas tout à fait tort).

Mais c'est surtout et avant tout une manière de dire avec humour ce dont parle réellement le film de Juan Antonio Bayona (Jean Antoine Bayonne en VF). 

Attention cher lecteur, si tu n'as pas vu le film, ne va pas plus avant dans la lecture c'est un conseil car analyse oblige, ce texte va être bourré de spoiler/révélations, (et de fautes d'orthographes accessoirement, j'y peux rien, quand j'écris passionnément, mon cerveau va plus vite que mes doigts). Maintenant que les mises au point sont faites, commençons. 

La Thaïlande voyage en soi

Le film s'ouvre sur un plan de carte postale, de clip de voyage pour la Thaïlande dirait t-on, et c'est trés amusant, en tout cas à Marseille, quand on sait que dans l'avant-séance, une publicité pour le Maroc est filmée pratiquement exactement pareil, si ce n'est que le Maroc se retrouve couvert de neige parce que la jeune femme rêve à son ancien voyage dans l'appartement probablement New-Yorkais, en tout cas un gratte-ciel gris et morne. La phrase d'accroche est direct mais à mon sens erronée "le Maroc voyage en vous"... Pourtant c'est le Maroc qui se retrouve couvert de neige, et pas la jeune femme qui voit la Medina dans son salon, donc l'accroche ne me parait pas juste, alors que c'est justement globalement tout l'inverse qui se passe dans Lo Imposible; mais soit, arrêtons là la digression, et vous l'aurait compris, dès le premier plan, Juan Antonio Bayona fait confiance à l'intelligence de son spectateur et à sa capacité à ne pas déposer son cerveau sur le fauteuil d'à côté, car ça aidera pour la suite, et surtout pour ne pas faire comme la critique française qui est irrémédiablement passée à côté du film pour une fois de plus se rabattre sur ses vieux démons, "oulàlà ya que des blancs à qui il arrive des trucs dans le film" et surtout "oulàlà mais ça parle beaucoup de Dieu et de Chrétienté". Propos totalement erroné, nous le verrons par la suite.

Sans oublier "le travelling est une affaire de morale" et autre prétexte rivettien d'un autre âge mais qui pourtant perdure par delà les siècles (quand bien même, dans Nuit et Brouillard, Alain Resnais va jusqu'à recadrer des photos montrant les Croix-Rougiens qui aident les déportés à monter dans les trains. Soi-disant neutralité de la Suisse oblige. Mais bon, là c'est Resnais, alors c'est pas bien grave, quand bien même, on pourrait qualifier cette action et ce quel qu'en soit ses raisons, louable ou non, de révisionnisme acéré. But don't act, je reviendrais sur ses quelques notions dans un prochain paragraphe.

 Au commencement était le Verbe...

Revenons-donc à nos moutons (ou du moins ceux sacrifiés dans le lit du fleuve) et revenons à ce premier plan large d'une étendue liquide, la mer, calme, sereine, et pourtant le spectateur qui a cette avance sur les personnages sait que ce calme est avant coureur du drame à venir. Ici, le réalisateur suscite un avant-goût de ce drame avec l'avion qui surgit dans le bord cadre en bas à gauche, dans un vrombissement effrayant préfigurant la série de cris, rugissements, feulements, bruits stridents qui ne manqueront pas d'accompagner le métrage, du moins dans sa première partie. 

L'ordre naturel du monde est donc troublé par l'apparition d'un oiseau de métal humain dans cette nature plénière.

A son bord, des passagers, des touristes, et une famille, celle sur laquelle le réalisateur a choisi de placer son focus. L'intrigue commence façon "maman j'ai raté l'avion", "est-ce que j'ai mis l'alarme ", "n'embête pas ton frère il a peur" etc... sur une discussion banale d'un couple qui dérive ensuite dans la semi-dispute, où la mésentente et le défaut d'écoute est déjà présent en filigrane. Cela culminera juste avant l'arrivée du Tsunami, coïncidence, je ne crois pas, lorsque le mari Henry, ne captera pas les désirs de sa femme de reprendre son métier de médecin, le tout prononcé à demi-mots. 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-picture06.jpgCette présentation de la famille "unie" type se poursuit par une chamaillerie entre les deux fils plus âgés. Lucas le grand frère reproche à son moyen frère sa couardise à chaque secousse de l'avion, secousse dû aux turbulences, mais et ce n'est pas non plus un hasard, les turbulences sont aussi la manifestation sonore de ce qui se déroule graphiquement sous les yeux du spectateur, à savoir cette semi-scission familiale. Lucas se moquera d'ailleurs gentiment de sa mère lorsque cette dernière sursaute à son tour suite à des turbulences, "on se demande de qui il tient ça". Cette réplique en apparence anodine, trouvera d'ailleurs son exacte opposé laudatif quand le même Lucas intimera à sa mère de se réhydrater, ce que cette dernière commentera par un "je ne te savais pas si autoritaire et le gamin de répondre "oui, on se demande de qui je tiens ça" comprenant qu'il était allé un peu loin dans l'avion.

Les deux Joseph (dis moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es)

      http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-picture01.jpgAvant cette dispute, il y a eu lors d'une première secousse, la présentation de Maria, la mère, qui lit un livre. Quoi de plus anodin dans un voyage en avion, oui, me direz-vous, sauf que ce livre est un livre de Joseph Conrad, auteur à qui on doit entre autres "Voyage au coeur des Ténèbres", "Typhon" (à je vois que les cancres du radiateur viennent d'ouvrir un oeil intrigué) mais surtout, et quoi que n'en dise pas son titre "la folie Almayer" dont je reparlerais plus tard.

Je vous renvoie chers lecteurs à wikipédia pour une formation approfondie en Joseph Conrad si vous ne savez de qui on parle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Conrad

http://blogap.diderotkenya.eu/wp-content/uploads/wpcu3er/9884/CU3ER_Conrad%20(2)/images/Joseph-Conrad_new_image.jpgPour les autres, Conrad donc, est un écrivain polonais, né en Russie et dont la bibliographie est toute entière dédié à l'Aventure. Et c'est justement ce que choisit de nous montrer le réalisateur et son scénariste, en faisant s'échapper une page du livre de Maria (sans doute un livre qu'elle adore, non parce que j'ai beau réfléchir, mes livres neufs ne perdent pas souvent des pages) ; page qui va échoir sur le sol de la cabine. 

http://images.sugarscape.com/userfiles/image/NOVEMBER2012/Lizzie/The-impossible.jpgL'aventure cherche à entrainer Maria mais elle n'est pas encore prête. Il est d'ailleurs intéressant de dire que cette remarque sur l'importance de montrer ce que lit Maria, et cette page qui s'envole n'est pas, elle non plus anodine. Puisque, le réalisateur revient à la charge, un peu avant le tsunami, en faisant à nouveau s'envoler une page (ou est-ce la même) du livre de Maria, page qui va venir s'échouer sur une vitre grâce à un vent malicieux, ou destinataire (relevant du destin en somme).

http://www.gala.fr/var/gal/storage/images/media/multimedia/brightcove/chronique_video_the_impossible/2037095-1-fre-FR/chronique_video_the_impossible_tendancenl.jpgDans un plan filmé derrière la vitre, et à dessein, Maria observe des gouttes d'eau se formant sur la vitre. L'Aventure tente à nouveau sa chance, mais symboliquement, Maria n'est toujours pas prête, comme le montre la vitre (on verra par la suite, que cette vitre s'intensifiera en terme d'opacité dans le parcours initiatique de Maria, et se fissurera, puis se brisera quand Maria sera vraiment prête, c'est à dire quand le voile de ses illusions aura été ôté, au prix d'une confrontation avec la mort, ou quasi, mais ne brûlons pas les étapes). Juan Antonio Bayona après avoir filmé Maria de dos derrière la vitre, la filme de face devant la vitre, avec cette fois la vague qui vient vers elle et la submerge, comme elle submerge tout ce qui bouge et vit dans la station balnéaire.

Maria tourne le dos à son destin, et la mer en furie submerge la mère en proie au doute.

Un mot sur non pas Typhon, mais l'oeuvre de Conrad qui se rapproche le plus de The Impossible dans ses thématiques, "la folie Almayer".

En 1896, il publia son premier livre, La Folie Almayer, où il dépeint la perdition d’un Occidental en Malaisie (je vois que les cancres du dernier rang ont de nouveau ouvert un oeil attentif, oui, ce choix de ce romancier n'est en rien un hasard).

Maintenant, Juan Antonio Bayona et son scénariste Sergio Gutiérrez Sánchez ont-ils choisi le roman en question dans le film, rien ne permet de l'affirmer, puisqu'on ne voit pas le titre du livre. Mais quoi qu'il en soit, choisir Joseph Conrad pour lui-même est tout aussi pertinent car certains regardent Conrad comme un précurseur de l'Existentialisme ; ses personnages sont faillibles, désenchantés, mais ne renoncent jamais à affronter la vie.

 

http://www.bibliophage.fr/wp-content/uploads/2009/12/Joseph_Campbell.jpgA ce moment précis de notre étude, un autre Joseph n'est plus trés loin, le mythologue Joseph Campbell à qui on doit la "découverte"/exposition du monomythe, sorte de décorticage du passage obligé de tout héros ou élu de récit initiatique ou légendaire à travers une série d'épreuves qui est toujours plus ou moins basé sur le même schéma, et ce quel que soit le pays, la culture, dont il dépend.

Si cet homme t'intéresse, ami lecteur, apprends qu'il a été le professeur entre autres d'un certain George Lucas, et cours vite lire "The Hero with Thousand Face", réédité récemment, décrivant "le parcours du héros" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Voyage_du_h%C3%A9ros

Le voici en raccourci, afin que tu te rendes bien compte ami lecteur, que le film The Impossible est pile poil dans ce que relate le voyage du héros de Campbell : 

"1)L'appel à l'aventure, que le héros accepte ou bien refuse dans un premier temps

2)Une série d'épreuves

3)L'atteinte de l'objectif, qui donne au héros un savoir important

4)Le retour dans le monde ordinaire

5)L'utilisation du savoir acquis pour améliorer le monde"

 

http://collider.com/wp-content/uploads/the-impossible1.jpgLorsque la première vitre des illusions de Maria est brisé par la vague, l'appel à l'aventure peut commencer. Et quelle aventure. Bibliquement, elle commence par un déluge, puis elle est malmenée sous les eaux jusqu'à ce qu'elle réapparaisse à la surface. L'eau et ses profondeurs avec tout ce qu'elles peuvent receler de terrifiant au niveau symbolique, visuel, sensoriel, dévore l'ancien moi de Maria, remodèle son corps dans la souffrance ; Et lorsque elle surgit à nouveau à la surface, un changement s'est déjà opéré. Changement qui ne nous sera révélé à nous spectateurs qu'à la toute fin du film, lorsque Maria sera confrontée une deuxième fois à la mort.

Les Dents de la Mère/Mer

      http://a402.idata.over-blog.com/600x321/4/96/76/82/AOUT-2012---2/The-Impossible-photo-1.jpgMaria émerge de l'eau, meurtrie de partout, mais ça, elle ne le sait pas encore. Elle retrouve son fils ainé et se traine sur le rivage. C'est là qu'elle entend une voix d'enfant qui pleure (et appelle sa mère d'ailleurs). C'est aussi là que commence dans la presse française, la bêtise et la cécité la plus incroyable. Ce n'est pas parce que Maria est une occidentale qu'elle fait faire à son fils le chemin pour aller sauver Daniel. C'est parce que c'est une femme, avant tout, donc une mère, et surtout bien plus que ce stéréotype de la mère protectrice, c'est parce qu'elle a affronté l'inimaginable, vécu l'indicible, et que tel le livre de l'écrivain qu'elle lit, elle comprend que son rapport au monde et aux autres doit changer.

Ceci étant dit, elle est déjà médecin, donc serment d'Hypocrate oblige, elle a déjà une conscience bien plus élevé du rapport aux autres que la plupart des gens. A commencer par les Inrocks ou Télérama qui laisserait mourir sans sourciller un enfant, convaincu que l'humain dans une situation de crise se révèle dans la sauvagerie, alors que personnellement, je suis convaincu du contraire, et le 1109 et les réactions des gens qui l'ont vécu sont là pour en parler. Beaucoup comparent l'action de Maria (et de la plupart des autres personnages), toute proprette avec WOW de Spielberg, en défaveur de l'espagnol.

Mais dans WOW de Spielberg, déjà ce ne sont pas des femmes les instigatrices de la violence, mais des hommes, et de plus, WOW dépeint une amérique "redneckisée" (chiens de paille n'est pas si loin) ou la survie est loi.

Par ailleurs, on ne réagit pas de la même manière dans une catastrophe naturelle et dans une attaque terroriste. Quand on a un ennemi déclaré, et quand on en a pas. quand l'ennemi est humain donc peut avoir en substance des "complices" partout, ceci pouvant entrainer une paranoïa à propos de l'autre, et quand il est environnemental. 

En tout cas, il est bon de savoir que si un Tsunami s'abat en France, des journalistes ne feront rien pour tenter de sauver des gens autre que eux ou leurs familles, on a l'élite qu'on mérite. Comme quoi on peut être cultivé, et pourtant bien loin d'être éduqué à l'autre.

Si Maria a cette réaction face à son fils pour aider les autres, c'est peut-être encore une fois à cause de/grâce à Conrad, car après tout ne sommes-nous pas le produit de notre culture, de notre éducation et surtout de nos lectures ? Voilà un son de cloche, bien différent de la pensée de la presse, n'est-il pas ?

Euphonie

L’euphonie, dans le domaine de la musique, désigne une agréable et harmonieuse combinaison des sons.

Ici, c'est tout le contraire, le film commence avec des craquements métalliques, des grincements d'ailes d'avion, pratiquement avant-coureur eux aussi du drame à venir, puis se poursuit lors de la superbe séquence d'annonciation de la vague, qui part d'un travelling avec le bruit assourdissant et agressif d'un mixer au premier plan, aussitôt rendu au silence dans un couac aussi subit que dérangeant. 

Puis les eaux se mettent à gronder, et avant (ouverture au noir du film)et après la frappe de la vague, le cinéaste espagnol va jusqu'à personnifier la Mer dans une allégorie fantastique, provoquant son arrivée et son emprise à la manière d'un monstre mythologique. On pense à Jurassic Park, on pense aux Dents de la Mer du même Spielberg, on pense à The Host. Un monstre mythologique digne du Léviathan qui vient dévorer les arbres et qui est tout d'abord invisible, avant de se révéler, et de frapper.

Sous l'eau, les branchages, le roulis, etc... devient cris de bête fauve, on bascule dans l'horreur, mais quelle horreur ? Ne serait-ce pas l'horreur d'une nature lassé de l'être humain et qui s'emploie à tuer aveuglément sans distinction de race, de couleurs, de religions.

http://www.checkthefilm.com/wp-content/uploads/2012/10/impossible-holland.jpgA ce cri primitif, pourrait-on même dire primal de la nature s'adjoint les hurlements de terreur de la jeune femme Maria. A noter que les mêmes cris prendront une toute autre signification après la révélation de la séquence d'opération ultime de Maria.

Et puis viendront les cris de l'enfant blond Daniel, sorte de Moïse sauvé des eaux ou de chérubin biblique qui réveille l'humanité acquise de Maria, et celle perdu, du moins effacé de Lucas.

Lucas qui passera à son tour par des cris de souffrance pour mettre sa mère en sécurité sur l'arbre, lui aussi quasiment biblique, (celui de la Vie, ou celui de la Connaissance). Le cri c'est la vie.

Eurasie United Colors of Bande de Cons

En parlant d'avis, revenons sur la vision stupide de journalistes aveugles, infatués de leurs visions, enfermés dans des schémas mentaux qui ont failli détruire le cinéma, en reprenant la vision dépassée d'intellectuels limités, et qui eux-même ont repris les propos d'autres sans même avoir vu le film en question. Je parle bien entendu du film de Gilles Pontercorvo, Kapo, et de la polémique tristement célèbre qui ne a résulté, et qui a repointé le bout de son nez. : http://simpleappareil.free.fr/lobservatoire/index.php?2009/02/24/62-de-l-abjection-jacques-rivette 

Mais surtout, bien plus grave, infoutus de voir les nombreux (et pas quelques) plans sur la désolation que le Tsunami provoque sur la population Thaïlandaise. Car oui, Juan Antonio Bayona ne se contente pas de filmer la détresse des touristes comme lu un peu partout mais ne manque jamais de raccorder la catastrophe à la population. Le meilleur exemple en étant les nombreux traveling arrière qui parte de l'intime du couple ou des touristes pour élargir au général. En particulier un, sans doute le plus marquant de tous, qui part du jeune Lucas à l'intérieur de la tente des médecins pour arriver à l'extérieur à l'ensemble de l'hôpital et de la population en pleine effervescence.

Population qui gère d'ailleurs bien mieux le problème que les touristes européens d'ailleurs. Le parcours est certes celui de Maria, mais les Thaïlandais ne sont pas pour autant reclus au mythe du bon sauvage.

De la même manière que Spielberg (encore lui, tiens donc) dans la Liste de Schindler, utilise le contexte de la Shoah pour parler du parcours initiatique de ses deux personnages masculins, Juan Antonio Bayona utilise le contexte du Tsunami pour parler du parcours initiatique de son personnage féminin, et in extenso de sa famille.

Et de même que Spielberg en traitant son sujet dans la Liste n'oublie pas de faire une allusion aux morts de la Shoah par l'intermédiaire de ce plan fugace mais important sur les cheminées fumante des usines que Schindler contemple d'un oeil grave à cheval, comme pour nous dire, voilà l'extermination, voilà où s'arrête mon droit de parler du sujet ; Juan Antonio Bayona nous montre les cadavres à tout moment du film.

Partout où ses personnages portent le "regard" pour "respirer" il ya cette réalité qui les rattrape, mais avec la même finalité, "je ne suis pas là pour faire un film pop-corn catastrophe avec mon sujet" nous dit Bayona.

D'ailleurs cette conscience du réalisateur passe par des plans de found footage (Cloverfield, Paranormal Activity, Rec). Le jour de Noël, le père filme les enfants au sortir du lit, et jusqu'à la distribution de cadeaux. Le voyeurisme s'arrête à cet instant, parce que Bayona est un réalisateur qui a conscience de son sujet et qui sait avec intelligence et finesse, peu de critique l'ont vu ou relevé, comprendre les limites de son sujet.

Si les héros avait été des Thaïlandais comme on lit un peu partout, le sujet n'aurait pas été du tout le même. Surtout que le réal ne manque pas de montrer le comportement héroïque de la population Thaïlandaise justement. Et ça n'est pas parce que l'infirmière est Thaï qu'elle se manque dans les dossiers, c'est parce que pour avoir connu les urgences d'hôpital en tant que patient, ça arrive continuellement. Et ce n'est pas parce que le vieux est un Thaï qu'il traine maladroitement Maria blessée au lieu de la porter sur son dos, mais parce que c'est un vieux justement. 

Européens ≠ Blancs

Axiome incroyablement simple à comprendre, et pourtant, des espagnols blonds aux yeux bleus c'est choquant... Certes, mais Bayona en prenant Naomi Watts (Australienne) et Ewan Mc Gregor (Anglais), outre pour des notions de rentabilité, voire de faisabilité de son film, nous plonge encore plus dans le faux-vrai de cette reconstitution vraie-fausse.

Il nous intime par là de regarder avec nos yeux de spectateurs : le spectacle du latin "spectaculum" "vue, aspect, et par extension : "Vue d’ensemble qui attire les regards, l’attention".

En utilisant des figures récurrentes d'Hollywood, Juan Antonio Bayona nous donne à voir justement tout l'inverse, à savoir un film de l'intime, utilisant le spectaculaire comme moyen et non comme fin, s'extrayant ainsi des référentiels que peuvent véhiculer ses deux comédiens principaux dans les productions Hollywoodiennes formatés.

Il en va de même pour la réalité du film. Il est certes tiré d'une histoire vraie et c'est dit dès le carton d'ouverture... Sauf que, le réalisateur prend bien la peine de faire "clignoter" son carton "une histoire vraie" du "tiré d'une histoire vraie", en finissant par l'exposer seul, avant de passer à la scène d'exposition du film.Comprendre, le film est tiré de faits réels mais ce dont on va parler va plus loin que le réel. D'ailleurs pour un film sur la perte d'illusion, quelle plus belle façon de faire.

Ce carton quasiment Godardien dans son jeu sur le mot et la forme est passé complètement inaperçu au yeux de la critique, m'enfin messieurs, dames, journalistes, élite de la France culturelle, si le monsieur il se paye de faire un effet formel c'est pas pour rien, sinon il se serait contenté d'un fondu au noir basique de tout le groupe de mots.

Phuket ≠Fouquet's

Certes, ça s'entend pareil mais ça désigne pas la même chose, loin de là. Dans le film c'est pareil.

Lorsque Juan Antonio Bayona filme la désolation de la Thaïlande, ça n'est pas pour dire "oh c'est triste pour les touristes, c'est tout détruit", comme j'ai pu le lire ici ou là, mais bien pour montrer, tel un George Miller ibérique, que l'ampleur de la catastrophe est telle que chaque action du plus petit membre de la communauté humaine a non seulement un impact énorme mais surtout fait montre d'un humanisme incroyable alors qu'en fait c'est juste réagir "logiquement".

Bayona, autre chose, parle de "spiritualité" au niveau mythologique, là où les gens, espagnol oblige, ont entendu "Chrétienté". Combien de fois j'ai lu de stupidités sur le Dieu de la fin (à la fin il n'y a qu'un seul Dieu, et Campbell oblige, c'est Maria).

Le Soleil comme rapport au divin est juste "1 000 000 de fois" plus ancien que la Chrétienté, mais voilà, c'est ça quand on a une élite culturelle aussi inculte en terme de mythologie que d'histoire de la religion. Alors ce n'est pas parce que chaque membre de la famille va se retrouver confronté à la lumière que pour autant on parle de Dieu, ou du Dieu des Chrétiens.

Eutonie

L'eutonie est une discipline créée par Gerda Alexander, basée sur l'écoute de son corps pour mieux le connaître et donc mieux l'utiliser.

Elle est parfois utilisée lors de séances de préparation à l'accouchement, mais aussi par des personnes n'étant pas en situation particulière et à qui cela apporte un mieux-être.

Encore une fois, l'écoute du corps commence par la souffrance, il en va ainsi de Maria qui se retrouve déchiquetée sous la jambe, dans un plan quasi sub-liminal qui est découvert du point de vue de Lucas, son fils, et lorsqu'il se retourne, elle constate à son tour de son point de vue, la souffrance de son fils en découvrant ses vertèbres (ce qui fait tenir droit, la symbolique est ici évidente) rougies et marqués de bleus. 

Et ce n'est que lorsque Lucas se retournera vers sa mère qu'il verra l'impensable, le tabou le plus ultime que ce soit dans l'art cinématographique hollywoodien (donc ce film n'a définitivement rien à voir avec le bois de Houx) ou dans l'art tout court, l'atteinte au sacré le plus évident, le sein de sa mère est déchiré.

Il est forcé de s'extraire de cette vision en disant "je ne veux pas te voir comme ça". le jeune Lucas sur la voie de la fin de l'enfance, se prend la même gifle que le jeune Jim dans Empire of the Sun (encore cet homme, promis, c'est la dernière fois que j'en parle ici). 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/the-impossible-image10.jpgSa mère, ce roc qu'il croit inébranlable, inaltérable est tout aussi humaine que lui. Ce voile d'illusion supplémentaire se brouille et se fissure en lui. Quand à Maria, le réalisateur dans sa mise en scène lui fait voir le dos de son fils, car quand ce dernier lui fera la courte échelle, elle devra tout en grimpant sur l'arbre ressentir tout ce que ce sacrifice filial a de fort, car Lucas souffre à en crever mais il ne dit mot. Et par là-même, il prépare son futur de "passeur", lors de la trés belle scène des noms dans l'hôpital.

 Passés ces deux visions d'horreur, car on est immanquablement dans le "gore" le plus sordide, fusse t-il soudain et fugace, même le pire des tortures porn (Hostel, Saw) ne pourra égaler cette atteinte à l'intégrité de deux piliers du tabou cinématographique : l'enfant et la femme. Et c'est ainsi que grâce à deux/trois plans d'une fraction de seconde, on demeure pour l'intégralité du métrage dans un malaise permanent, quand bien même la monstration de gore ne dépassera pas même le cadre de l'hôpital. On revivra toutefois quelques passages chocs dont l'explication plus aboutie des blessures de Maria lors de sa scène de renaissance.

La phrase "pense à quelque chose d'agréable" revient plusieurs fois dans le film, et sans doute est-ce une maxime de médecin, voire d'anesthésiste, car j'en reviens encore une fois, pardon à mon expérience personnel, c'est la phrase que m'a dit l'anesthésiste avant mon opération.

Et si pour les enfants apeurés, la phrase magique fait effet, et si elle fit effet pour moi également, enfant apeuré que j'étais ce jour là, il n'en est pas de même pour Maria.

http://smhttp.14409.nexcesscdn.net/806D5E/wordpress-L/images/The-Impossible.jpgLorsque l'infirmière lui conseille de penser à quelque chose d'agréable, Maria revit à ce moment là son calvaire subaquatique, en même temps que son fils Lucas rêve sur le lit d'hôpital. Quelle idée de mise en scène excellente pour lier inextricablement le parcours d'une mère et de son fils.

Maria revit donc la violence de son périple, jusqu'au bout, jusqu'à la mort quasiment, pour ensuite renaitre à la vie, après que le plus opaque des murs de son illusion de femme occidentale choyée et gâtée par la vie se soit brisée, l'inondant de lumière salvatrice. Bayona s'attarde d'ailleurs sur cette scène clé du film avec intelligence, en utilisant à bon escient la caméra Phantom capable de filmer 1200 images par seconde, pour pouvoir faire participer son spectateur à la ressurection de Maria dans son entier.

Maria confronté à la terreur la plus pure se retrouve à hurler dans les abysses, mais ce n'est pas le cri de terreur de la séquence de surface, c'est un cri primal, une exaltation de son moi profond, la fin de son illusion, et lorsque sa main, puis son être jaillit au ralenti hors de l'eau, le spectateur ressent que Maria a changé, Maria fait un avec l'Univers. Avant cette sortie, Maria est remontée sur le dos bras en croix, pendant que les âmes perdues restaient en profondeur.

http://images.fandango.com/MDCsite/images/featured/201209/the-impossible-movie%20(1).jpgCe cri et ce jaillissement, figure sacré par excellence, j'ai bien dit sacré, pas chrétienne, fait analyser le cri de surface lorsque Maria est attaché au pilier ou à l'arbre, sous un autre angle. Ce n'est plus un cri de terreur de quelqu'un qui pense qu'il va/peut mourir mais un cri d'angoisse existentielle mêlé de rage de quelqu'un qui sait qu'il va/doit vivre.

Henry, le père va lui aussi passer par un chemin similaire, mais plus bref, qui le verra tenter de sortir de sa caverne d'illusion, ah Platon ! Illustré par un plan en plongée à l'intérieur de sa chambre d'hôtel dévastée et d'un contre-champ e contre-plongée vers un trou dans le toit qui verra apparaitre ses deux enfants tel des fantômes, pour s'ouvrir aussi au monde et aux autres.

Lucas enfin, parti sans but dans l'hôpital pour aider sur les conseils de sa mère va trouver par hasard, une manière de se rendre utile au-delà des mots, d'ailleurs, cette scène des noms est une des plus belles trouvailles du film de Juan Antonio Bayona, une de ces idées qui l'élèvent parmi les plus grands, en seulement deux films.

Euphorie

L'euphorie (du grec euphoria) est un terme médical désignant une impression inadéquate de bien-être physique et moral, de contentement, de confiance en soi, d'exaltation et d'excitation, chez un patient ayant la sensation de se porter bien ou mieux.

Et c'est exactement ça que le spectateur ressent à la sortie de l'hôpital de Maria et de sa famille. L'impression inadéquate que tout va bien. L'agent d'assurance de Zurich vient chercher les touristes privilégiés, alors que la caméra du réalisateur nous montre une femme s'effondrer telle la mère du soldat Ryan (ah ben je l'ai pas dit hein) à l'annonce de la mort de son mari, probablement.

Mais aussi l'insistance sur les panneaux où la plupart des rescapés cherchent leurs propres familles, et surtout, les cadavres de cette multitude d'inconnus, enfermés dans des bâches que le réalisateur cadre bien intentionnellement dans son bord cadre bas, là où le regard du spectateur va inexorablement venir se positionner.

Dans l'avion, l'ambiance est similaire.. Une porte claque, de nouveau un mouvement de turbulence pendant le décollage. L'horreur de ce qu'ils ont vécu est chevillé à leurs corps, ils ne seront plus tout à fait les mêmes, et c'est bien ce que le réalisateur illustre, en montrant chacun regarder des parcelles de leurs identités, fausses (Murielle Barnes, ou la famille de l'homme qui accompagne Henry)ou incomplètes (Lucas B), car au fond le film questionne justement, qu'est-ce que donc que l'identité d'une personne, également.

Comme dans tout récit cosmogonique, Maria devenu le Dieu de son propre univers, contemple la détresse de la Thaïlande ravagée, à travers le surcadrage du hublot, et son reflet dans la vitre renvoie ici à quelque chose de l'ordre du divin, la Nature personnifiée, pourquoi pas.

Et cela est d'autant plus possible quand on sait que le film avait longtemps été envisagé comme un film fantastique (source : http://www.capturemag.net/etat-critique/lordre-des-choses/. 

En témoigne l'apparition quasi sépulcrale et le discours non moins fantômatique du personnage de Géraldine Chaplin sur les étoiles qui sont mortes et dont on ne sait pas lesquels restent vivantes et lesquelles ont péri. 

Et c'est un peu comme l'issue d'un Tsunami finalement, on se dit que cette façon d'envisager un des derniers plans de la famille n'est pas nécessairement surinterprétée.

Parler de "Happy End à l'américaine" nous parait-ici, stupide, voire non-sensique, à croire que les journalistes en question, terminaient d'écrire leurs critiques dans la salle, sans regarder les images ou écouter les sons. Jamais cette famille ne pourra envisager le monde de la même manière avant et après le Tsunami, d'où le sens profond du titre, l'Impossible, c'est la reconstruction après le drame, ça n'est pas que le drame se produise a contrario d'un film trés connu qui partage certaines thématiques, je veux bien sur parler de Titanic de James Cameron dans lequel le naufrage du bateau est bien l'impossible.

Euphotique

est la zone aquatique comprise entre la surface et la profondeur maximale d’un lac ou d’un océan, exposée à une lumière suffisante pour que la photosynthèse se produise.

Le film se termine par un plan fixe de la mer mouvante mais calme, mais ce cadrage n'est en rien le premier plan du film, image d'épinal de carte postale, même s'il y renvoi tout de même, c'est un plan sur une mer omniprésente dans le cadre, certes apaisée mais dont on voit trés bien que la surface abrite toujours des tâches bien plus foncées, les abysses, cet endroit où la lumière ne pénètre pas, ou alors trés difficilement.

 Et la lumière fut...

On peut également évoquer l'omniprésence du Soleil dans le film, et de toutes formes de lumière pouvant renvoyer à l'illumination de l'âme. Et là c'est Rencontres du 3eme Type et ses hommes au visage brûlé par le Soleil qui vient nous faire du pied.

La force du film de Bayona est de partir du simple fait divers et sa pseudo reconstitution fidèle du drame pour en venir à parler de notre rapport à l'autre, de notre rapport au monde, et de montrer cette famille qui vivait dans une illusion, arriver à un seuil de perception des choses qu'elle ne pourra plus jamais nier. 

The Impossible, c'est aussi l'impossibilité de revenir à l'état de conscience précédent, la fin d'un monde d'illusion, tel qu'on a pu le connaitre (cf le dialogue matérialiste du début "est-ce que j'ai mis l'alarme", et le dialogue totalement spirituel de la fin "comment vas-tu ? Ici, avec toi").

 

NB : Pour aller plus loin, à lire, les excellents papiers de Rafik Djoumi : http://www.capturemag.net/etat-critique/lordre-des-choses/ et Daniel Sébaïa : http://gizmo-inc.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=298

, largement plus documentés, fouillés et structurés que la modeste participation de votre serviteur.

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:45

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/news-cinema/la-cabane-dans-les-bois-la-masterclass-horreur-de-drew-goddard-3351486/60182704-1-fre-FR/La-Cabane-dans-les-bois-la-MasterClass-Horreur-de-Drew-Goddard_portrait_w532.jpgSi il existe un genre qui est battu, rebattu, et re-rebattu, c'est bien le film d'horreur. Il arrive bien sûr d'assister à de pseudos renouvellement du genre mais ceux-ci ne se plaçent que du point de vue de la forme du film : torture porn type Hostel ou saw, filmage sur le vif type Rec, Cloverfield, ou caméra de surveillance comme la série des Paranormal Activity dont le 4 ne va pas tarder à sortir. Bien peu de film s'interroge sur le principe même du film d'horreur, autrement dit, bien peu de ces films ne se placent comme des films méta ou film de mise en abyme. Si on excepte la série Scream de Wes Craven (dont le 7eme Opus des Freddy s'essayait déjà à ce type de réflexion métatextuel) et le réalisateur prolifique quoique de plus en plus décrié Manoj Night Shyamalan, qui est un de ceux qui a amené la réflexion méta dans le film fantastique à son paroxysme (cf l'avant-dernière séquence du Village ou la structure même d'Incassable).

Dans le marasme ambiant actuel des suites, prequel, reboot, et suite de reboot qui touche le cinéma américain depuis quelques années (mais si on se penche sur l'histoire du cinéma us dans son entièreté, ce phénomène des reboots n'a rien de nouveau en réalité) ; la Cabane dans les Bois de Drew Goddard vient apporter un peu de sang neuf. Un peu comme ce fut le cas mais plus au niveau comédie satirique avec l'excellentissime, Tucker and Dale vs Evil de Eli Craig où l'Evil en question ne se révélait pas être celui qu'on pourrait croire de prime abord.

Drew Goddard (qui sera entre parenthèse le scénariste du futur Robopocalypse de Steven Spielberg) et son producteur, et mentor, Joss Wheddon se lance dans un film qui est avant tout un film de scénario. L'histoire débute sur une séquence censée se passer dans un laboratoire de recherche, puis une séquence suivante présente un groupe de 2 jeunes femmes auquel vient s'adjoindre, deux autres garçons, puis un troisième mais tellement décalé qu'on comprend pourquoi il ne faisait pas parti de la présentation de départ. Le groupe part en vacances dans une cabane dans les bois qu'a loué le grand frère d'un du groupe, mais sitôt la voiture partie, la caméra remonte le long du toit pour venir cadrer un agent ? équipé d'une oreillette, qui avertit quelqu'un que les cobayes sont partis pour le piège. Le contrechamp de ce plan s'effectue dans le laboratoire de la première séquence, liant les deux présentations entres elles. Ce faisant, Joss Wheddon et Drew Goddard, élimine d'emblée le Twist final de ce type de structure scénaristique. Le Twist est donc avant. Les jeunes gens s'enfoncent dans un piège que leur a préparé ce groupe de scientifique, et le piège est la cabane dans les bois (d'où le titre). Car la cabane est à l'image de la structure et du but du film, un extérieur hydillique mais connoté, un intérieur avec un miroir sans tain, une cave qui contient son lot de surprise, un entresol qui n'en contient pas des moindres, et un sous-sol qui contient toutes les réponses. http://oblikon.net/wp-content/uploads/la-cabane-dans-les-bois-2012-17215-1154984706.jpg ("Je est un autre" moi-même)

Car c'est bien de cela dont il s'agit, les différents niveaux physiques de la Cabane étant les différents niveaux de lecture que pourra voir le spectateur selon s'il adhère et/ou comprend l'intérêt du film ou pas. Chaque strate du film est ainsi composée de descente de plus en plus bas, vers la vérité mais surtout vers l'origine. Goddard et Wheddon en bon amateur de mythologie, arrive même à faire correspondre aux spectateurs le sens de certains mythes du commencement des temps en passant par l'antiquité jusqu'à nos jours, rappelant par là-même un des fondements du cinéma : raconter une histoire, se substituer à la place du conteur autour du feu (chose que Steven Spielberg avait déjà réussi à synthétiser pour la télévision dans le générique de l'excellente série du maitre Histoires Fantastiques et dont voici le lien pour plus de compréhension : http://www.dailymotion.com/video/xmsxsr_histoires-fantastiques-generique-serie-tv_shortfilms?fbc=82). Conteur qui doit être à même de satisfaire son auditoire, sous peine d'être pendu ou décapité (cf par exemple la légende des Milles et Nuits). Dans ces temps pré-apocalyptique, les deux compères rajoutent un effet fin-du-mondiste mais le gros de l'intrigue se situe quand même dans ce rapport mythologie communion d'avec le réel. http://a34.idata.over-blog.com/500x333/2/35/06/44/Suite-7/Cabane-dans-les-bois--2-.jpg (le grand méchant loup ou le mythe de la Dévoration)

Etant à deux visions du film, une en VOST, une en VF, je peux également assurer aux lecteurs que la revisibilité de ce film est trés possible, et comme dans tout bon film, on trouve de nouveaux éléments à chaque nouvelle vision. Le cast s'en sort avec les honneurs, en tête le jeune Chris Hemsworth, avant son passage Avengerien, et avant son Thor, car n'en déplaise aux esprits chagrins, la Cabane dans les bois a été tourné avant Thor et avant Avengers, et n'est sorti que cette année au cinéma. C'est d'ailleurs sur le tournage de ce film que Wheddon aurait fait son choix de prendre Chris pour Avengers et donc de conseiller à Kenneth Branagh de le choisir pour Thor. La sympathique Kristen Connoly découverte dans un rôle de quasi silhouette, disons de rôle muet dans Phénomènes de Manoj Night Shyamalan (décidément) se retrouve propulser en rôle principal et premier rôle féminin du film, (c'est pas en France qu'on verrait ça hein) et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle assure totalement, tenant pour une bonne part le film sur ses frêles épaules. L'autre bonne surprise du film est le comédien Fran Kranz habitué des séries TV (Doll House notamment) et de film DTV et qu'on promet à un bel avenir tant son personnage est un de ceux qu'on retient le plus. Mais il n'est pas le seul et les deux autres du groupe sont aussi trés efficaces.

Il est difficile d'établir une critique de la Cabane dans les bois sans en évoquer la substantifique moëlle, donc de spoiler, mais ce n'est pas le but de ce papier, l'analyse venant comme pour Fréquence Interdite, peut-être plus tard. Il suffit juste de savoir que Joss Wheddon est trés influencé par Shakespeare (ayant été élevé après le divorce de ses parents (encore un) par une grand-mère qui était plus branché littérature que fiction familiale télévisuelle (le père et le grand-père de Wheddon ayant été scénaristes de "sitcom)". Si vous aimez Shakespeare, Luigi Pirandello, et que la Vie est un Songe fait parti de vos classiques, alors nul doute que vous apprécierez ce film méta autant que ne l'est Inception sur un autre point du cinéma.

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