Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 12:23

http://eastasia.fr/wp-content/uploads/2012/05/2538_the-great-magician-627.jpgPour son nouveau film, Derek Yee choisit de parler à la fois d'histoire, et de cinéma, voir même un peu d'histoire du cinéma. Puisque en dépeignant l'histoire de ce magicien interprété par un Tony Leung transfiguré, il ne parle pas moins de l'essence même du cinéma, duper le spectateur en lui faisant avaler l'incommensurable, l'inimaginable, et pourtant le réel (à quelques arrangements près).

L'histoire du film en deux mots est double, c'est à la fois une histoire de quête de l'amour et la quête de territoire d'un seigneur de guerre local pour tenter d'unifier le pays chinois avec l'aide de japonais qui semblent détenir un pouvoir sur le cinéma, ou qui sont des producteurs quelconque. Le Grand Magicien débute en 1916 dans le tout début du 20ème siècle, à une période où les conflits entre seigneurs locaux sont des plus importants. On ne comprend pas forcément à la première vision toute l'étendue du complot ourdi contre le seigneur local qui ourdit lui même son complot contre l'empereur avec ses alliés japonais détenteur du pouvoir de l'image et d'un armement de pointe. Mais si on se laisse doucement envahir par l'atmosphère du film, on passe d'un film de Wu-Xia-Pian (chine oblige) à un film d'amour, film de guerre, film d'aventure aussi, bourré de générosité dans sa réalisation et d'idée de découpage et de montage que ne renierait pas le grand Tsui Hark lui-même, qui fait ici une courte apparition.

Tony Leung est parfait en magicien au passé ambigüe et la relation qu'il tisse avec le seigneur de guerre Bully Lei est des plus intéressantes. Ils devisent tout deux philosophie, puis dans une scène jouxtant la première, Bully Lei tue un de ses hommes sans plus de cérémonie. On ne comprend pas forcément pourquoi Chang Hsien (Tony Leung) s'attache aux rebelles, mais on comprend quand même que Bully Lei n'est pas un enfant de coeur. Par ailleurs, ce dernier apparait terriblement touchant dans sa tentative de relation avec sa 7eme épouse, celle dont il est le plus épris, mais qui ne veut en aucune façon de lui. Bully Lei va tenter auprès de Chang Hsien de comprendre le coeur et l'esprit des femmes, au moyen de la magie, la métaphore du cinéma est ici évidente. Comme dans Le Prestige de Chris Nolan, la magie c'est le cinéma, et bon nombre de parallèles sont établies que ce soit à l'image, ou dans les dialogues. 

Une trés belle scène avec des paroles et un tour de magie somptueux en plan séquence voit ainsi le réalisateur articuler la relation de Chang Hsien à la magie, et à l'amour. Mais on en dira pas plus, pour ne pas spoiler les quelques rebondissements du film. D'autres dialogues marquent l'importance du "vrai" et du "faux" au cinéma, tout est dit faux, sauf l'argent, "j'ai mis de vrais billets pour que ça fasse plus vrai" dira le réalisateur d'un film de propagande à Bully Lei.

Au final, il n'y a pas grand chose à dire de ce Great Magician, parce que l'articulation des plans et le découpage/montage du film est tel qu'il suffit de se laisser porter par ses émotions pour comprendre le film, et ce qu'il raconte. Et tenter la moindre intellectualisation de ce film ne pourrait se faire sans parler de l'intrigue, et le but de cette chronique est de faire découvrir le film à son spectateur potentiel, non de l'analyser.

Un film magnifique, que l'on recommande chaudement à tout amateur de cinéma asiatique, lent, chorégraphié mais aussi foisonnant et tragique ; avec quelques clins d'oeil au film de la Shaw et de petites notes d'humour ici et là. Un petit mot sur les bonus, pour dire que le making of du film est vraiment trés intéressant et permet bien de ressentir tout le défi qu'a pu être le film, même si la plupart des trucs des tours de magie ne sont pas révélés (juste quelques uns et on voudrait se gifler de ne pas y avoir pensé, tant la simplicité du tour pouvait se comprendre mais c'est toujours ce que l'on dit d'un tour de magie qu'on nous a défloré. C'était que ça.... tout le contraire en revanche de ce film qui jongle autant entre les genres qu'entre les émotions, pour au final livrer un spectacle avec plusieurs niveaux de lecture. Un film qui en plus est accessible à tous les publics quel que soit leur âge.

Sortie en Bluray le 7 août 2013. Distribué par la  Metropolitan Filmexport

 Retrouvez d'autres films dans la catégorie  film art martiaux et - tous les films d’action

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 14:17

http://www.devildead.com/russie/warzone01.jpgIl est parfois de ces films qu'on délaisse ne trouvant pas le titre alléchant et dont la pochette reste longtemps sur le bureau avec la poussière qui s'accumule dessus. Et quelle bêtise, parce que parfois, dans ce titre peu inspirant, se cache un des films les plus réjouissants qu'aient pu nous apporter les blockbusters russes actuels, depuis Night Watch et la révélation du réalisateur russe Timur Bekmanbetov, qui a depuis creusé son trou à Hollywood.

War Zone m'a laissé donc tout pantelant et je me demande encore comment un film pareil n'a pas eu droit à une sortie autre qu'en DTV, tant sa mise en scène et son idée est poussée jusqu'au bout. Un trés grand film pour enfant et grands enfants en tout les cas.

L'histoire raconte le périple de Ksenia à la recherche de son fils partit se ressourcer en Ossétie du Sud chez son ex-mari avant que la guerre entre la Russie et la Géorgie éclate. Que ce soit clair, je ne traiterai pas du point de vue propagandiste ou non du film, pro-russe ou anti-georgien, je m'en tamponne, j'y connais rien en géopolitique et le film marche tout autant avec un pays imaginaire comme la Poméranie de l'Ouest. Je l'aborderai donc sous l'angle de la fantaisie, et pas sous l'angle du réalisme (réalisme qui d'ailleurs ne parlera pas au 3/4 de ses spectateurs occidentaux).

Le film démarre donc à la manière d'un Spy Kids sur un petit garçon qui lutte en enfer aidé de son robot contre le prince du Mal, dont les pieds sont subtilement évoqué sous la forme de chenilles de char (et trés brièvement d'ailleurs), et dont la tête rappelle un canon, arme de guerre, mais surtout symbole phallique, puisqu'on le verra plus tard, le prince du Mal est autant le spectre de la Guerre que le rival du père, en la personne du nouveau petit ami de la mère du petit garçon. S'ensuit un combat effroyable, qui voit presque l'enfant vaincre, mais le Mal gagne et s'envole, laissant le petit garçon désemparé et son robot agonisant. L'image se fige et la comédie musicale car c'en était une, se poursuit in vivo, le tout capté par la caméra vidéo du téléphone du petit garçon qui s'était identifié au héros "Astroboy". Il faut d'ailleurs savoir que Robot est joué dans la comédie musicale par une femme, et ceci prendra tout son sens dans la deuxième partie du film lorsque la mère partira à la recherche de son fils. Nous avons donc en trés peu de temps, la situation initiale posée de manière analytique : un petit garçon se réfugie dans une réalité alternative (l'imagerie de synthèse du cinéma d'animation ou du jeu vidéo)issu elle-même d'une représentation tout autant alternative de la réalité (le théâtre ou la comédie musicale) pour échapper à cette même réalité comprendre il n'aime pas trop son futur beau-père ; et le tout capté par un élément symbolique filmique évident : une caméra de téléphone portable. Caméra qui revêtira d'ailleurs tout au long du métrage un réel lien de trait d'union entre la mère et son fils.

En une scène assez brillante d'un point de vue mise en scène, le réalisateur Dzhanik Fayziev dont c'est ici le premier film à ma connaissance, pose brillamment les bases de son récit. Mais au contraire de n'importe quel blockbuster formaté, il s'autorise soudain la fantaisie d'évacuer cette relation au père de substitution plutôt houleuse ainsi qu'avec sa mère pour aborder dans une deuxième partie saisissante, le rapport à la guerre et à la mort, autant pour le fils auquel rien ne sera épargné (même vu sous un prisme fantasmatique) que pour la mère, fille d'un milieu bourgeois, acoquinée avec un financier dont on ne sait pas grand chose, et qui vont devoir l'un autant que l'autre grandir dans un parcours initiatique assez classique lui en revanche, mais pas exempt de confrontation à la mort.

En bref, un film auquel donner une chance, peut-être il vous plaira, peut-être pas, mais quand le cinéma grand spectacle d'un Michael Bay rejoint le rapport à la guerre Spielbergien (la première attaque sera également vu par la mère comme une féérie, lui donnant ainsi une vision enfantine proche de son fils, comme Christian Bale vivra de manière mystique l'explosion de la Bombe A) et les allusions plutôt implicite à un film comme le Géant de Fer de Brad Bird, on ne peut qu'être au moins curieux d'en voir le résultat. Bien sûr le film est loin d'être parfait, et certains esprits chagrins le trouvent propagandiste, mais si on le voit comme un film teinté de fantastique dans lequel la réalité des pays en guerre n'a aucune importance, alors on entre de plain pied dans ce qu'a voulu à mon sens le réalisateur.

Sortie en DVD et Bluray depuis le 7 août 2013. Réalisé par Dzhanik Fayziev. Et distribué par la Metropolitan Filmexport.

Retrouvez d'autres films dans les catégories - http://www.cinetrafic.fr/film-d-action et

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 16:00

Il arrive parfois dans la vie d'un cinéphile, un moment où on ne sait pourquoi, mais il est impossible de dire objectivement quelque chose de positif sur un film, heureusement je te rassure tout de suite, toi qui lis ces lignes de temps à autre, c'est pas encore aujourd'hui que ça va m'arriver. Car même dans le relatif marasme qu'a été la vision du film "L'honneur du Dragon", j'ai tout de même réussi à en extraire une fantastique séquence en plan séquence (et une vraie hein, en pellicule et tout, et sans volet pour masquer les coupes).

le plan séquence en question a demandé 8 prises, avant de fonctionner, des fois ça s'arrêtait au premier étage, des fois au second, et la quatrième au 4eme étage quand Jaa doit lancer un cascadeur à travers une maisonnette en contrebas, l'équipe chargée de le réceptionner en douceur n'était pas près, ils ont du stopper et reprendre toute la prise depuis le début, cascadeurs, bibelots à changer, une autre fois c'était le magasin (donc pellicule) de la caméra qui s'est arrêté pas loin de la fin. Le cadreur opérateur stead européen en premier lieu a été remplacé par un thai spécialement entrainé pour l'occasion.

Au final, on se retrouve avec un plan séquence monstrueux ballet de précision et de millimétrage qui donne un peu l'impression au cinéma de se retrouver dans une phase de jeu d'un GTA ou d'un Saints Row.

Voilà un film qui mériterait en effet la comparaison avec un jeu vidéo. Ce terme étant la dernière marotte des intellectuels français qui connaissent des jeux vidéos, ce que TF1 et M6 leur en dit, c'est à dire pas grand chose, et dont ils se servent pour qualifier indiféremment Pacific Rim, Cloud Atlas, Speed Racer, MOS, Star Trek etc...est pour le coup vraiment déterminant pour caractériser le film du réalisateur de Ong Bak. Car ce rapport aux jeux vidéos est bien plus pregnants que dans n'importe quel star trek, ou MOS,. En effet une utilisation de FX, même abusive ne veut pas forcément dire du jeu vidéo, mais par contre quand on organise sciemment le film en méchant graduel jusqu'au boss de fin de niveau et en décors différents selon les styles de combat, là on est en plein dedans.

Après ça n'a rien d'étonnant, puisque le jeu vidéo est un média bien plus récent que le cinéma, et il s'est forcément servi de ce qui était avant lui, comme la littérature ou le cinéma. Ainsi double dragon et ces méchants graduels a autant à voir niveau inspiration du côté des films de Bruce Lee que chez Homère et l'Odyssée.

Malgré quelques trés bonnes idées et ce sublime plan séquence vidéoludique (et ludique on peut dire qu'il l'est, le film peine diablement à convaincre dans son scénario. Décalque de Ong Bak avec ce coup-ci un animal vivant totem qui débute comme du Beethoven, il ne vaut que pour les incroyables combat de Tony Jaa bondissant comme jamais, face à différents styles d'art martiaux. Encore une des bonnes idées du film, pas forcément trés bien exploité que de gérer différents styles de combat avec un but, trouver la cuirasse de l'art martial en question pour vaincre l'invincibilité apparente des adversaires.

On assiste ainsi à des chorégraphies de combat à tomber par terre de beauté esthétique, et de sauvagerie à la fois et de grace avec un magnifique combat dans l'eau, éclairé par un incendie qui est plus que magnifié par le bluray. Les personnages sont bien trop caricaturaux pour émouvoir, alors qu'un des némésis du guerrier, une femme transexuelle digne de la perfidie d'une Lady Macbeth aurait mérité un traitement bien plus intéressant. L'action perd son côté oriental en se situant en majeure partie à Sidney, pourquoi pas, ça apporte un certain charme à l'ensemble, mais malheureusement, cela ne suffit pas à convaincre.

Un film à recommander aux amateurs d'art martiaux en priorité, et pour les autres à voir au moins une fois, ne serait-ce que pour son dantesque plan séquence.

Niveau bonus : scène coupées, interview de Tony Jaa et analyse du plan séquence et de ses ratés (vraiment intéressant) sont au menu. On aurait bien aimé un petit commentaire audio pour apprécier la difficulté de l'entreprise.

Sortie le 19 juin 2013. Edité par TF1. L'honneur du Dragon de Prachya Pinkaew

Retrouvez d'autres films dans la catégorie meilleur film d'action Cinetrafic et meilleur film 2013 ici

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 15:18

http://static.noticiasdegipuzkoa.com/images/2012/01/12/001-la-chispa-de-la-vida-espanax_1.jpgLe Steven Spielberg ibérique qu'est Alex de la Iglesia m'a toujours passionné, surnom que je lui donne non pour sa réalisation, mais pour sa capacité à être partout où on ne l'attend pas : western moderne, film d'angoisse, comédie au vitriol, drame policier, comédie de moeurs, farce grotesque (dans le sens premier du mot), etc... Le cinéaste est un caméléon, qui prouve avec son dernier film une fois de plus que le cinéma, le bon, celui qui ne dit pas son nom est encore et toujours à chercher dans le cinéma espagnol (n'en déplaise à nos amateurs d'huîtres et de champagne, promis c'est une des dernières fois que je la fais).

Ancien publicitaire à succès désormais sans emploi, Roberto ne supporte plus d'être au chômage. Désespéré, il veut faire une surprise à sa femme en l'invitant dans l'hôtel qui fut le théâtre de leur lune de miel. Mais l'établissement a laissé place à un musée, sur le point d'être inauguré et présenté à de nombreux journalistes. Au cours de sa visite, Roberto fait une grave chute., tombe dans un théâtre romain et se retrouve avec une barre de fer enfoncée dans le cerveau. En quelques minutes il devient l'attraction numéro 1 des médias présents et comprend que cet accident pourrait finalement lui être très profitable...

Partant d'un drame bas de gamme, un couple ne s'entend plus (trés subtil en revanche dans sa peinture du couple), qui est par ailleurs le point de départ des 3/4 de nos productions de cinéma d'auteur, "3-pièces-cuisine-Ikéa(TM)" (copyright déposé :)) sur fond de crise des emplois (le 1/4 restant de nos productions de cinéma d'auteur), de la Iglesia choisit par de puissants choix de mise en scène et de découpage technique (la base lorsqu'on réalise un film à mon sens) d'étendre son sujet d'un individu lambda à l'intégralité du monde à travers ses différentes constituantes (administratif, police, pompier, médecin, médias, famille, etc...). Et malgré une première partie comme on pourrait la trouver chez n'importe lequel de nos palmipèdes ou palmés, on ne sait plus trés bien, ce qui emporte l'adhésion du spectateur, en l'occurence ici votre serviteur, c'est la manière dont le cinéaste articule son film et ses idées au moyen de ses plans, le tout pour que tout court vers la deuxième partie, la Chute (au sens propre comme au figuré).

Quand on voit le résultat, on a l'impression que tout coule de source, mais pour cette impression, combien de nuit de travail, de réflexion, à l'écriture, au tournage, au montage, ce que certains en France résument à des décisions sur le plateau sans élaboration de storyboard ou de découpage technique, "le travail c'est pour les autres". Mozart disait ça aussi lorsqu'il travaillait 12 heures par jour sur son piano, et Bach aussi lorsqu'il bossait ses contrepoints pendant autant à peu près.

Avec les espagnols, le mythe européen du bon auteur de nihilo en prend largement un coup, tant tout dans l'oeuvre de l'ibère respire, transpire pourrait-on même dire le travail, la réflexion, le puzzle dont chaque pièce s'embrique et s'emboite pour au final donner une peinture du monde le tout dans un théâtre romain (Shakespeare et son Theatrum Mundi quand tu nous tiens).

C'est d'ailleurs là, la grande idée du film, d'étendre la réflexion sur le cirque médiatique (entre autre) à travers un lieu dont le principe même narratif ou fictionnel est de réfléchir justement sur le monde. Ainsi par sa réjouissante mise en abyme, Alex de la Iglesia, convoque les sujets qu'il adore, comme la corruption morale, la violence humaine, les mesquineries, les autorités (quelles quelles soient) et les femmes. Et on peut dire beaucoup de choses sur le désenchantement du cinéaste pour les hommes, mais une chose est sûre, il tient les femmes en haute estime, en effet, pas une des héroïnes ou intervenantes de son film ne sont lâches, stupides, cruelles ou intéressée. Tel un Cameron, le réalisateur dépeint le portrait de plusieurs femmes fortes, de modèles qui vont parcourir le film et lui donner tout son sens. De la statue qui précipite le pauvre Roberto (l'humoriste espagnol Jose Mota, hilarant et touchant dans son rôle) vers son Destin, à la femme du héros, impeccablement interprétée par la sublime Salma Hayek ou encore Blanca Portillo, épatante en archéologue du théâtre romain.

Chacun des personnages qui va traverser cette deuxième partie va à son tour se relever touchant ET extrêmement décevant, même le médecin aura son quart d'heure de "je m'en foutisme". Alex de la Iglesia écorne autant le milieu superficiel de la pub, que les agents de pub, les médias ou la politique. Par petites touches, et sans jamais donner l'impression d'un pensum verbeux, le cinéaste réalise à grande échelle, ce que la plupart de nos "penseurs autoproclamés" sont incapable de ne serait-ce qu'effleurer. Et pourtant tout fait mouche, on se retrouve à pleurer à chaudes larmes, et la seconde d'après à rire aux éclats, que ce soit par la lâcheté des personnages, ou leur retournement de veste perpétuel suivant ce qui serait bon pour l'"avancement" de leurs carrières, même pour ce pauvre Roberto, cloué (littéralement) à sa condition d'aspirant-célébrité.

Après l'étonnant, Balade Triste, farce grotesque (toujours au sens premier du terme) et surréaliste, qui en a laissé plus d'un sur le carreau (au grand amusement de son réalisateur, cf le seul bonus du dvd "entretien avec Alex de la Iglesia), le turbulent petit garçon barbu iconoclaste revient mettre un peu de son caméléonisme inattendu dans ce trés réjouissant "Un jour de Chance". 

Parti ce qui aurait parfaitement pu être un "fait divers", le scénariste Randy Feldman (scénariste sur la série Demain à la une, et du film Tango et Cash) aborde ce récit avec humour et distance critique. Quant au réalisateur, il nous livre donc "un grand fait d'ibère" de trés bonne facture, dont le suspens est intense, justement parce que cet homme est capable de tout, à tout instant. Et le score du film, composé par Joan Valent renforce ce côté mélodramatique comique du film.

BONUS : Ben, pas grand chose en fait, un simple entretien trés court avec le réalisateur, qui laisse un peu sur sa faim, on aurait aimé au moins commentaire audio du film du réalisateur et de son scénariste, ou un petit making-of, tant pis, on devra se contenter de cette featurette limite promo, dommage.

Retrouvez d'autres films dans la catégorie  film comique et bons films

Disponible en DVD, depuis le 10 avril 2013. Réalisé par Alex de la Iglesia, Distribué par M6-SND

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 17:01

http://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2013/01/seconde-affiche-du-film-possedee.jpgRetour des critiques de bluray et dvd. Aujourd'hui, partons voyager dans l'horreur du thème de la possession, avec le film américain-canadien, Possédée de Ole Bornedal. Dans ce film, où l'on retrouve Jeffrey Dean Morgan et Natasha Calis entre autres, une adolescente se retrouve au prise avec un démon contenu dans la boite en bois verni que son père lui a acheté dans un vide-grenier. D'abord impossible à ouvrir, cette dernière, la nuit venue va s'ouvrir toute seule et libérer ce qu'elle contient. Et la vie de l'adolescente va en être changé à jamais.

Un court mot sur Ole Bornedal qui réalise en 1994 un film d'épouvante-horreur nommé "Le Veilleur de Nuit", remarqué par la fratrie Weinstein, principalement Harvey, ce dernier l'engage pour remaker son propre film en 1998. Après un début à la télévision Danoise, sa patrie d'origine, Ole continue sa carrière avec trois films plutôt bien accueillis par la critique, Just Another Love Story(2007), The Substitute (2007) et Deliver Us From Evil (2009). Le succès de ces trois films lui permet en 2012 de réaliser le film Possédée.

Cessons-là le suspens, et entrons sans tergiverser d'avantage dans le vif du sujet.  Possédée est-il un bon film ? Oui et non serait la réponse, une réponse de normand certes, mais le film ne convainc pas tout à fait, malgré une trés bonne réalisation, et des effets de lumières soignés, avec juste ce qu'il faut de SFX pour ne pas être non plus une vitrine de SFX mais quand même contribuer à effrayer le spectateur. Basé sur une soi-disant histoire vraie, et sur un démon issu de légende juive "le Dibbouk", le film est un sympathique ride qui se suit sans déplaisir, et dont la revision est possible. Ce n'est pas un film qui va transcender la longue liste de film d'horreur, mais c'est tout de même un film qui tend la bannière du genre, bien plus avant qu'un Sinister (de sinistre mémoire) ou encore un PA (Paranormal Activity) dont le premier faisait finalement figure d'exception, tant les suites se sont avérées désastreuses et inintéressantes. Dans ce film, on suit le parcours du père et de sa fille, sans jamais ressentir le moindre d'ennui, mais sans jamais la moindre passion non plus. Les jump-scares sont assez bien gérées dans l'ensemble, et le film se double même d'une certaine morale sur la possibilité de réunification d'une famille par le biais d'une épreuve de la sorte.

A noter que le film comporte quelques trés belles scènes, et sait trés bien jouer avec la suggestion par moments, on pense à cette scène, où l'on aperçoit juste deux doigts au fond de la gorge de la jeune fille, et pourtant la terreur est bien plus pregnante que si on avait vu plus (comme dans l'affiche)

Mais toute cette générosité ne suffit malheureusement pas à convaincre pleinement, et on sort de la vision du film un peu déçu, encore que ça ne soit pas tout à fait le mot. Le film manque sérieusement de densité, ne serait-ce que narrative pour prétendre égaler des films avec plusieurs niveaux de lecture comme Jurassic Park, ou des films sans niveau de lecture mais avec une tension carrément palpable comme le délicieux Evil Dead.

Les Bonus : Le film comporte deux commentaire audio, un du réalisateur et un des scénaristes, qui doivent surement s'avérer passionnant pour comprendre l'intérêt de réaliser un tel film, ainsi qu'un court-métrage faux documentaire sur la boite à Dibbouk et l'histoire vraie qui lui correspond, qui est presque plus intéressant à regarder que le film.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dibbouk

Quand on lit les caractéristiques du Dibbouk, et qu'on entrevoit les possibilités narratives, on se dit qu'il y avait sans doute un scénario bien plus intéressant à écrire dessus, ne serait-ce que par rapport à la première entrée :

"un esprit malin, habituellement l'âme d'une personne décédée qui pénètre dans une personne vivante avec qui le mort a eu un différend"

Au final, le film aurait presque pu être en rapport avec le beau-père de l'adolescente qui serait vécu par cette dernière comme un intrus, un élément qui pertuberait le beau couple qu'elle s'imagine que sont son vrai père et sa mère. C'est d'ailleurs la fin du film où les parents se remettent ensemble, mais la possession n'a pas ce sens là dans le film, c'est juste un effet collateral, absolument pas un enjeux du scénario. Au final, on se retrouve donc avec un bon film de dimanche soir, avec bière-pizzas et potes. Quand on voit certains films qui sortent on se dit que finalement le résultat n'est pas si grave et que ça aurait pu être bien pire (coucou PA).

Sortie en dvd et bluray le 26 avril. Réalisé par Ole Bornedal. Distribué par Metropolitan Filmexport.

Pour aller plus loin, découvrez d'autres- film d’horreur et- tous les films d’horreur de 2013 dans la catégorie correspondante.

 
Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 09:00

http://www.webullition.info/wp-content/uploads/2013/03/39fc2a35331aae52d0b78d07cb2964f3_large.jpeg

 

Il est de ces films incompris, tel Intolerance de D.W Griffith (et Naissance d'une nation AMHA dans une moindre mesure, oui, un homme qui réalise Intolerance ne peut pas avoir pensé Naissance d'une Nation autrement qu'un constat sur un triste état de fait et de droit, je me refuse absolument à penser l'inverse depuis que j'ai vu les deux comme un dyptique sur la nature humaine dans ce qu'elle a de pire et dans ce qu'elle peut avoir de meilleur).

Il est de ces films, reçus par la critique et/ou le public à l'inverse de ce qu'ils sont ou cherchent à démontrer, comme Orange Mécanique de Stanley Kubrick, A.I de Steven Spielberg, Matrix Trilogy de Andy et Larry (c'est rétroactif le changement de sexe ? ^^) Wachowski , Agora de Alejandro Amenabar, Children of Men de Alfonso Cuaron, Happy Feet 2 de George Miller, The Impossible de Juan Antonio Bayona, et la liste est longue. De ces films qui ne se voulant jamais plus intelligent que leur sujet, ou plus directif que la ou les morales qui les sous-tend, donnent à voir un constat sur le monde, un essai sur la nature humaine, une étude de mœurs des sentiments qui dirigent l'homme, et des forces qui dirigent le monde, bonne ou mauvaise, juste ou injuste mais partout présente sur la boucle du temps. Le tout sans jamais donner de jugement définitif, sans jamais donner de leçon, sans offrir du prêt-à-penser mais au contraire en offrant au spectateur la possibilité d'accoucher de son propre esprit, voilà qui aurait plu à Socrate (le philosophe pas le joueur de foot :)). La maïeutique de Cloud Atlas est à ce point à l'œuvre dans l'esprit du spectateur, que certains vont réfuter le film, l'estimant simpliste ou manichéen (alors que ce terme est en totale contradiction avec ce que veulent dire les détracteurs du film à savoir binaire). L'accusant de dispenser des phrases toutes faites, des notions de "philo de comptoir" (combien de fois n'aura t-on pas entendu ce terme dans la bouche de la critique française, alors même que les vrais films "philo de comptoir" remportent césar et palme, va comprendre Charles). En réalité le film ne fait que donner à son spectateur la possibilité de sortir les pensées et idées qu'il a dans son inconscient, sans même en avoir conscience (c'est justement le principe même de la maïeutique Socratienne) :

 

"Le terme « maïeutique » vient du grec maieutikè : art de faire accoucher. Socrate, fils de Phénarète sage-femme, disait que, comme sa mère faisait accoucher les femmes, lui faisait accoucher les esprits des pensées qu'ils contenaient déjà, sans le savoir ou en être conscients73.

L’idée d’une maïeutique est déjà présente dans l’idée de la dialectique abordée dans la section précédente. En effet, la stupeur que provoque Socrate tient essentiellement au fait que ses interlocuteurs sont mis face à leurs propres contradictions ; ces contradictions qui naissent de ce regard tourné soudainement sur soi-même engendrent des troubles de l’âme dont elle a besoin de se délivrer. " (source Wikipédia)

« Socrate est le tournant décisif de l’histoire universelle »

— Friedrich NietzscheLe Crépuscule des idoles

Des films qui replacent notre questionnement anthropologique au centre d'une seule et unique question, "POURQUOI" ou pour jouer sur les mots de façon Freudo-Lacanienne, "Pour Quoi ?". Ce que Socrate lui-même, appelait le "ti esti", en grec, "qu'est-ce que c'est", c'est à dire l'essence des choses. Cloud Atlas de la fratrie Wachowski, Andy et Larry devenu Lana sur le tournage de Cloud Atlas, ainsi que l'allemand Tom Tykwer, heureux papa du film Cours Lola, Cours, et dernièrement de l'adaptation plus qu'acceptable du Parfum de Patrick Süskind, tentent d'apporter si pas des réponses, du moins des pistes à cette question centrale de notre humanité et de notre Histoire humaine.

Le film Cloud Atlas adapté du roman réputé inadaptable "La Cartographie des Nuages" que je n'ai personnellement pas encore lu cher lecteur, s'attache à raconter 6 histoires vécues par 9 personnages (6 plus ou moins principaux à leurs tours, et quelques autres secondaires) créant ainsi au fil de leurs imbrications, une 7eme histoire globale (7, tiens donc ? :)) chiffre éminemment symbolique et magique s'il en est dans l'ésotérique. 7eme histoire qui les résume toutes, les contiens toutes et les transcendent toutes. Le roman se présentait sous forme de lettres et le lecteur jonglait d'une époque à l'autre mais en suivant un fil linéaire de lecture. Lors de l'adaptation, les Wachs et Tykwer prennent un risque énorme, un risque inconsidéré, un risque absolu, en poursuivant leurs expérimentations narratives et plastiques de Speed Racer. Pour se faire, ils mélangent toutes les époques, jonglent d'une histoire à l'autre comme bon leur semble, dans le désordre ? frénétiquement ? sans but ?

Non, pas du tout, ami lecteur, n'écoute pas Télérama ou les gens qui ne savent pas voir plus loin qu'un choix qu'ils ne peuvent pas comprendre, bien au contraire. Le montage du film a été fait avec un but clair, passablement inscrit dans la tête de ses créateurs, un but qui se comprend à la simple vue du métrage, mais dont il est particulièrement ardu d'établir la recette de fonctionnement à l'écrit. En effet, les Wachs et Tyk choisissent de coordonner le sens de chaque histoire et leur lien par l'image avant tout (et dans une moindre mesure par la voix off ou le dialogue, mais on le verra, parfois le dialogue va à l'encontre de l'image et inversement). Ainsi par un complexe schéma d'associations d'idées visuelles, ou d'évocations, le film jongle habilement d'une époque à l'autre, d'un personnage à l'autre, d'une émotion à l'autre, reliant au final chaque micro point pour tisser la tapisserie d'un film à l'ambition démesurée, une ambition que n'aurait pas renié quelques uns des grands réalisateurs qui ont eu l'honneur de fouler ce sol de leurs pieds et ce monde de leur âme : des gens comme D.W Griffith, Sergei Eisenstein, Joseph Murnau, Abel Gance, Orson Welles, John Ford, Michael Cimino (Cloud Atlas étant un peu le Heaven Gate des Wachs, et sans le soutien indéfectible de la WB et de Joel Silver cela fait bien longtemps qu'ils auraient été blacklisté d'Hollywood), Stanley Kubrick, Charlie Chaplin et bien d'autres.

Alors le film peut trés bien être analysé comme prétentieux, oui il l'est, mais toute grande œuvre ou se voulant comme telle n'est-elle pas en soi le reflet des prétentions de son auteur. Kubrick a t-il jamais été un réalisateur d'une grande prétention ? Mais là où le film réussit c'est qu'il n'est jamais arrogant ou présomptueux, cette prétention du film fait à six mains n'est jamais conduit sans talent et sans acharnement dans sa lisibilité émotionnelle (ne disons pas lecture immédiate, intellectuellement ce n'est pas forcément le cas, même pour des Wachowskiens deuxième langue). Ainsi par ce subtil réseau d'association visuelle d'idée, un plan du film qui évoque l'eau, verra le plan suivant montrant un autre personnage sortir de l'eau, ou lorsque la rébellion est évoqué, le plan suivant le dialogue met en lumière par l'image ce dont il a été question au son. Le film progresse ainsi de cette manière, et jamais le spectateur ne se retrouve perdu, que ce soit dans les époques ou les personnages.

 

cloud-atlas-concept-art-2

 

Mais le spectateur n'est pas au bout de ses peines, le récit est donc conduit de manière totalement non linéaire, marqué par des flash-forwards et des flash-backs, par des ellipses (qui seront expliquées plus tard), par des incohérences qui trouveront leur sens en fin de métrage, etc... Et ce n'est que le début, le film s'ouvre ainsi sur le ciel étoilé, puis la caméra descend de ce ciel (Cloud) vers celui qui va porter le récit, un conteur chamanique, un druide, un oracle doté d'un seul œil, un héros (Atlas), un témoin de l'histoire assis autour d'un feu de camp. toute ressemblance toute proportion gardée avec l'ouverture de cette série de Steven Spielberg n'est pas purement fortuite :) http://www.dailymotion.com/video/xmsxsr_histoires-fantastiques-generique-serie-tv_shortfilms#.UWCD2BxSieY.

En un seul plan et un mouvement de caméra, le titre est déjà explicité, et son principe posé. Le conteur, Tom Hanks dans un temps indéterminé, nous parle d'un certain vieux Georgie, et ensuite il laisse place à chacune des 6 époques, résumées en quelques plans que le spectateur reçoit à peine installé dans son fauteuil, et qu'il va devoir tenter d'orchestrer pour faire sens. Mais c'est compter sans la maestria des Wachs, Une fois cette brève présentation du sujet et des personnages accomplis, le titre prend forme par 6 lignes blanches qui rejoignent le tout (Cloud Atlas) et qui constitue les fondements de la base du titre, l'idée est posée. 6 histoires vont créer une 7eme plus solide qui tentera de nous poser des questions et donner des réponses sur le "ti esti" Socratique. Il n'y a dans mon esprit que des réalisateurs comme Steven Spielberg pour proposer le principe même de son film dans le plan ou la séquence d'intro (cf. A.I et la première arrivée de David qui est filmé en longue focale et en flou, rappelant étrangement les robots du futur de la fin du film). 

La séquence deux débute donc par des flaques sur un sol de pierre (on aura l'explication de ses plans en toute fin de métrage avec le dialogue final de Adam Ewing, le héros que nous voyons passer dans le champ, marchant sur ce sol pierreux), flaques dont le dessin en forme de pays rappelle étrangement un atlas, (tiens donc) et dont les reflets sont le ciel nuageux (cloud) humhum :). Le lien avec la séquence précédente étant irrémédiablement ancré dans l'inconscient du spectateur, et même le plus perturbé des spectateurs ayant compris que le récit qui suit est la résultante du propos du vieil homme près du feu, le spectacle peut commencer. Le jeune homme dont nous voyons dans un deuxième plan la forme flou devenir net, s'approche alors d'un deuxième personnage penché sur des pierres, et tournant le dos à un arrière plan de rocher, d'eau et de ciel qui rappelle le plus étrangement du monde la fausseté d'une scène de théâtre ou d'un décor de cyclorama de cinéma. Un gros plan sur cet homme nous dévoile personnage de Tom Hanks, avec un rapide calcul du cerveau, le spectateur comprend que ça ne peut être le vieil homme du plan précédent mais jeune, c'est donc un ascendant ou une réincarnation, le sujet est lancé.

 

http://2.bp.blogspot.com/-h6vNzqR7uG8/URIBIAVhlGI/AAAAAAAACXw/7brwykbCj3U/s1600/Cloud+Atlas+05.jpgCloud Atlas trés cher lecteur, va parler déjà de magie, de croyance, de Mal, de réincarnation ou de mémoire transgénérationnelle (ceci étant déjà le sujet du Tintin de Spielberg). Et on verra par la suite de beaucoup d'autres thèmes, plus ou moins liés aux précédents.

Et ceci trés cher ami critique français n'est pas "simpliste" ou "enfonceur de portes ouvertes", ceci est lisible, en aucun cas simple, c'est bien différent. Après tout que je sache, Mozart est lisible,  sa musique n'en est pas pour autant simple ;) David Getta lui est simpliste, et pas toujours lisible, histoire de bien poser le distinguo. Et le film se permet même une allusion qui prendra son sens vers la fin du film. Hanks de 1830 déterre des restes de dentition, repas de cannibales dans un monde en construction, et le film se termine sur la mise à mort de cannibales dans un monde en perdition , mise à mort de la main du même Tom Hanks mais celui du futur après la Chute.

La séquence de l'avocat Ewing laisse la place à l'aventure de Luisa Rey en 1970 qui roule dans sa voiture en se posant des questions, notamment un fameux "what am i fucking doing here ?" reformulation quelque peu triviale de la définition ou interprétation, le "ti esti" Socratique. Puis par un travelling arrière dévoilant un pont (on ne peut pas faire plus parlant pour l'inconscient du spectateur pour relier deux choses éloignées), nous passons à l'éditeur, Timothée Cavendish en 2012 qui évoque devant une machine à écrire dont le travelling arrière reprend le mouvement de caméra du plan précédent et dont les touches en gros plans rappellent les arches du pont précédemment évoqué, le principe même de ce auquel le spectateur vient d'assister. A savoir le choix qu'il a fait en entrant dans le cinéma, pour voir ce film, choix dont il ne comprend pas encore le sens, un récit totalement déconstruit en apparence, mais dont chaque rouage est parfaitement pensé :

"Mon expérience en tant qu’éditeur m’a conduit à mépriser les flash-back, les flash-fowards et tous ces artifices faciles d’écrivains. Mais je pense que si vous êtes capables de suspendre votre patience quelques instants, vous réaliserez qu’il existe une logique à ce récit de fou."

Puis nous passons au compositeur Frobisher en 1930 par l'intermédiaire d'une lettre, et qu'est-ce qu'une lettre sinon la résultante de l'action de taper à la machine. Sauf qu'ici le pont temporel est établi par le fait qu'il s'agit maintenant d'une plume et que l'écriture est donc manuscrite. Puis il saisit un pistolet lui non manufacturé et se réfugie dans une prison, une baignoire dans laquelle il veut mettre fin à ses jours. Il arme le percuteur et ce mouvement fait transition avec la partie néo-Seoul, où l'on retrouve le clone Sonmi 541 menottée pour être exécutée (la résultante d'une arme également, l'exécution) soumise à l'interrogatoire sans violence d'une autorité quelconque. Une fois cette petite gymnastique à nouveau assimilée par le spectateur le plus turbulent, le récit s'envole et prend le sens qu'il veut, jonglant entre les histoires au fil des associations visuelles, l'intro aborde la notion de rébellion, et la finalité de la rébellion ultime (la mort ou l'emprisonnement). Puis les fils blancs soutiennent le titre, les 6 liens d'une blancheur immaculée, et le titre s'estompe commençant l'histoire à proprement parler par un plan sur un ciel nuageux suivi d'un pano de haut en bas dévoilant un navire sur une mer agitée (Cloud Atlas).

Le film par l'intermédiaire de personnages dit éveillés, et caractérisés par une tâche de naissance en forme de comète raconte comment l'acte de rébellion est profondément inscrit en l'homme, et que même si l'histoire est appelé à finir mal ou à se répéter en boucle, il y aura toujours des gens pour se lever pour une idée et mourir pour elle, et que chaque fois, l'idée aura été mené un peu plus loin à maturité vers des gens à chaque un peu plus réceptif à son développement et à son accomplissement. Même si pour les Wachs et Tyk le constat est un peu doux amer, la plus grande évolution, c'est le retour à l'état de nature, au groupe primitif en dehors d'une science jugée trop dangereuse entre de mauvaises mains.

Ainsi la fin du film avant le prologue qui dévoile le vieux Zachary racontant à sa descendance l'histoire du monde (un rappel assez éloquent du 2001 de Kubrick sur l'enfant étoile ou du A.I de Spielberg également) prend un sens plus fort encore à l'aune de ce constat sur l'impossibilité de réussir la rébellion, mais de la nécessité de la poursuivre quand même pour que le monde change, et que d'autres suivent l'idée "Qu'arrivera t-il si personne ne croit votre histoire ?", "quelqu'un y croit déjà" répondra Sonmi 451 à propos de son envie de révolte avant de se faire exécuter à Néo-Seoul.

Claude At Last

Pour finir, juste un mot sur "Claude Lévi-Strauss", le Claude du titre de ma critique, nom puissamment évocateur, mais surtout un des rares philosophes à s'être penché sur le principe du Mythe avec la même finalité que l'anglais Joseph Campbell, c'est à dire établir des passerelles de sens entre chacun des grands mythes de ce monde. 

"Fasciné par les ressemblances apparentes entre les mythes du monde entier, Lévi-Strauss rejette d'emblée l'idée que ceux-ci puissent « se réduire tous à un jeu gratuit, à une forme grossière de spéculation philosophique52 ». Ce qui importe, c'est la substance du mythe, et celle-ci « ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l'histoire qui y est racontée » (1958 : 232). Partant de l'idée qu'il n'y a pas une version unique « authentique » du mythe mais que toutes les versions sont des manifestations d'un même langage, il développe une méthode d'analyse calquée sur la linguistique. Le mythe est d'autant plus justiciable d'une analyse de ce genre qu'il relève lui-même du discours : « (…) modes du langage, les mythes et les contes en font un usage hyper-structural : ils forment, pourrait-on dire, un métalangage où la structure est opérante à tous les niveaux53." (source Wikipédia)

"Lévi-Strauss en arrive à la conclusion qu'un mythe consiste uniquement en oppositions binaires. Le mythe d'Œdipe, par exemple, est à la fois l'exagération et la sous-évaluation des relations de sang, l'affirmation d'une origine autochtone de l'humanité et le déni de cette origine. Sous l'influence de Hegel, Lévi-Strauss pense que l'esprit humain organise fondamentalement sa pensée autour de telles oppositions binaires et de leur unification (thèse, antithèse, synthèse), ce mécanisme permettant de rendre la signification possible. De plus, il considère que le mythe est un stratagème habile qui transforme une opposition binaire inconciliable en une opposition binaire conciliable, créant ainsi l'illusion ou la croyance qu'elle a été résolue54." (Source Wikipédia)

"Dans cette méthode d'analyse, l'accent est mis non pas sur les enchaînements syntaxiques entre les divers moments du récit, mais sur les oppositions paradigmatiques qui sous-tendent la dynamique profonde des événements et donnent au mythe sa signification : le cru et le cuit, le ciel et la terre, le soleil et la lune, etc. Ce choix s'appuie sur le fait que le mythe joue beaucoup plus nettement sur les oppositions que ne le fait le conte, dans lequel les contradictions sont affaiblies et se situent à un niveau social ou moral plutôt que cosmologique ou métaphysique (1973 : 154 ; 1968 : 105). Cette importance des relations d'opposition entraîne l'analyste à délaisser la trame temporelle du récit pour se concentrer sur les articulations logiques qui forment sa structure matricielle. Par ailleurs, Lévi-Strauss justifie l'élimination du temps en montrant que, dans le mythe, le temps est foncièrement autre, en quelque sorte immobile : en plus de se rapporter toujours à des événements passés, le mythe attribue au dénouement du récit une valeur définitive et se présente comme « un schème doué d'une efficacité permanente » (1958 : 231)." (source Wikipédia)

 

Le temps n'est pas une ligne droite, le futur, le passé proche ou éloigné, le présent ont déjà eu lieu ont lieu, auront lieu tous en même temps. Pendant que nous parlons, Hitler réenvahit la Pologne, Ted Mosby rencontre sa femme et les hommes préhistoriques découvrent le feu (ne me demandez pas le sens de mes associations d'idées à propos du présent, passé, futur, je ne le sais pas moi-même ;).
To
ujours est-il qu'aux personnes qui critiquent le montage de Cloud Atlas, demandez-vous pourquoi à la fin du film, on a un plan sur la fiancée de Ewing qui réfléchit, puis Sonmi, puis de nouveau la fiancée de Ewing, qui regarde son mari et ce dernier acquiesce. Ce n'est pas qu'une simple réflexion dans le temps passé, elle a juste vu plus loin (ses réincarnations dont la principale, Sonmi) et contemplant le lieutenant qu'il deviendra, elle SAIT. Et tout ce montage et découpage fait sens quand on réfléchit aux paroles qui sont prononcées par son père à ce moment donné (sur le fait de choisir d'être le fort ou le faible et de ne pas bousculer l'ordre préétabli du monde et que ça ne peut qu'échouer). Lorsqu'elle choisit d'un commun accord avec son mari de lutter pour l'abolition de l'esclavage, elle sait déjà qu'elle sera Sonmi et que l'esclavage et l'exploitation de l'homme par l'homme continuera quand même, malgré le travail des abolitionnistes mais elle choisit de continuer malgré tout, parce qu'elle en a fait le choix et surtout parce qu'elle a vu plus loin, et une idée poussée par des gens de bien, arrivera toujours à quelque chose, même si elle est, 10, 100, 1000 fois réfutée et brimée. (ceci étant valable pour les mauvaises idées aussi ;) Ying yang, tout-ci tout ça :)).

Voilà, ami lecteur, cette critique analyse de Cloud Atlas se termine, je suis content d'avoir pu mettre un terme à ce bouillonnement d'idées qui me trottaient dans la tête depuis les deux visionnages du film, et en même temps, affligé de ne pas avoir pu mieux structurer les tonnes d'idées éparses que je n'ai réussi à caser nulle part dans ce texte. Bien sûr aucune étude n'est totalement exhaustive mais j'aurais tellement voulu évoquer encore pleins d'autres sujets qui me tenaient à cœur dans ce film. Tant pis, ça sera peut-être l'occasion d'un prochain texte critique... ou pas. J'espère que les quelques courageux qui liront ce texte, prendront autant de plaisir à lire que je n'en ai eu personnellement à l'écrire, voilà, le sujet est clos pour ma part, je vais pouvoir passer à d'autres choses dans mon cerveau ^^...

A écouter pendant la lecture, je l'ai écris en l'écoutant deux fois, et ça fait tout bizarre :) https://www.youtube.com/watch?v=DJ0c4vv2aoM

A lire pour approfondir, l'excellente critique de l'ouvreuse.net : http://louvreuse.net/Critique/cloud-atlas.html

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 17:52

http://www.les-lectures-de-cachou.com/wp-content/uploads/2012/10/Frankenweenie-01.jpgL'historique de Frankenweenie est pour le moins complexe. C'est d'abord un moyen-métrage qui germe dans la tête de Tim Burton, réalisateur du court-métrage Vincent, alors qu'il travaille comme animateur au Studio Disney. Et comme Vincent, ce dernier pourtant tourné avec la bénédiction des exécutifs du Studio qui ont déjà repéré le talent du jeune homme, bien que ce dernier ne soit pas vraiment compatible avec les programmes familiaux que dispense la firme de Mickey, en live et non en stop motion, aura le même triste sort que son coreligionnaire à savoir le placard du studio à grandes oreilles car trop décalé par rapport aux principes du Studio. Pourtant l'un comme l'autre témoigne de la vivacité d'esprit du jeune réalisateur, de son amour pour les films de la Hammer et le vivier de Roger Corman, le pape de la série B horrifique ou non. Il se prend d'ailleurs d'amour pour le cycle de Poe (le Masque de la mort rouge, le Corbeau, l'Empire de la Terreur etc...). C'est là que le jeune Tim Burton tombe artistiquement amoureux de Vincent Price, qu'il aura d'ailleurs le privilège d'utiliser comme narrateur dans le court-métrage Vincent et auquel il rendra un hommage posthume dans le remake de Frankenweenie en donnant au professeur de Victor Frankestein Jr le visage de l'immense acteur américain, acteur emblématique de Roger Corman entres autres. Ce dernier ayant déjà tourné avec Burton en incarnant l'inventeur de Edward dans le film Edward aux mains d'argent.

Le cycle Edgar Poe aura d'ailleurs une grosse influence sur Tim Burton, notamment dans les décors de Sleepy Hollow et sa direction artistique. Dès 1984, le projet d'un long-métrage en stop-mo trotte dans la tête de Tim Burton, mais pour des raisons financières essentiellement, il ne peut accomplir son rêve et se retrouve à tourner un moyen d'une trentaine de minutes en prise de vues réelles. Sans doute, la possibilité lui a été offerte de faire les projets qu'il lui plait depuis le triomphe du nouveau "Tim Burton", celui qui est bankable, qui plait aux hémos bilieux (en avant les histoires !! ... Oui je sais cette blague est nulle mais j'assume) et déplait à certains fans (en dehors de votre serviteur qui lui voue toujours un culte profond), et ce malgré le décevant Alice au Pays des Merveilles, fable cynique et à peine romancé sur ce qu'est devenu Tim l'enchanteur englouti par la marque du Croque-Mitaine Burton.

Il lui aura donc fallu pas moins de 25 ans pour aboutir son projet tant espéré, cela rappelle un certain Steven Spielberg et son attente de 30 ans avant de donner à son Tintin, la tournure qu'il souhaitait lui apporter pour en faire un film vraiment respectueux de la confiance que Hergé avait mis à l'intérieur de lui (mais on s'égare, revenons à nos Burtons ;)). Tim retrouve donc son producteur de l'époque Don Hahn (ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ? Si je vois une opportunité de se faire du fric en remakant un vieux projet du maitre, promis ça sera le dernier jeux de mot vaseux de la critique), déjà producteur de l'original Frankenweenie, qui lui conseille déjà à l'époque de développer son projet en long métrage (source allociné). Lorsqu'il s'aperçoit que le court métrage est culte pour les fans, il l'encourage à le reproduire en long. Tim Burton qui dit volontiers que le héros de Vincent est similaire à celui de Frankenweenie saute le pas en reprenant une esthétique trés proche de son premier court, mais en développant l'histoire du moyen et en rajoutant une sous-intrigue pour donner plus de consistance au tout.

Et chose étrange, hé ben ça marche. Moi qui avais voué aux gémonies le sieur Burton depuis Alice, et qui n'avait pas même osé voir Dark Shadows tellement les critiques à son encontre m'avait échaudé, je ne peux que dire une chose, le vrai Burton (comme le vrai Médard et sa bonne moitié) est enfin revenu. Frankenweenie n'est pas un ersatz Disney qui pille une vieille soupe pour en faire une nouvelle, mais bien une réinvention du moyen métrage, dont la 3D est plus qu'appréciable, et dont la sous-intrigue hommage au cinéma de monstre de la Hammer fonctionne parfaitement. Tim  Burton se permet même quelques autocitations qui ne tombe pas dans le piège de la citation gratuite, mais poursuive la réflexion sur son désir de "refaire" des films. Seul la fin totalement inchangée par rapport à l'original aurait peut-être gagnée un peu plus de force en étant un brin plus trash. Sachant que le père de Frankenstein parle souvent de "laisser s'en aller", de "perdre", je m'étais imaginé que Burton avait voulu faire dans ce remake une fin plus tournée vers le lâcher prise du deuil, mais non. Ce n'est pas grave après tout, ça prouve juste aux détracteurs du "Burton coloré" que de toute façon, ce côté mielleux, roucoulant a toujours fait partie intégrante de Burton et de son cinéma, et que jamais il n'a été uniquement le "dark gothique" de Vincent, Et pour faire plus poétique, le sémillant Tim a toujours coexisté avec le macabre Burton n'en déplaise aux esprits chagrins et aux gardiens du Temple autoproclamés. Même si on ne peut pas nier que le Burton de Ed Wood était quand même mille fois plus intéressant que celui des Noces Funèbres, mais chacun évolue et c'est bien préférable après tout.

Ce film dont la partition musicale est une fois de plus signé de l'indéboulonable mais toujours talentueux Danny Eflman, diablotin en second, âme damnée charitable de l'ami Burton vous redonnera joie et bonheur en bluray et DvD. Et pour une fois, Johnny Depp ne sera pas de la partie, car ni lui, ni la femme de Burton ne sont présent sur le casting voix (une preuve de plus que le Burton ancien est toujours présent en Tim ;))

Bonus : Les bonus pour une fois chez Disney sont trés chiches, pas de commentaire audio de Burton, pas de makin-of, répondent juste présent à l'appel, quelques trailers dont le nouveau Pixar "Planes" et le Oz de Sam The Man, le grand Raimi sur lequel nous reviendrons bientôt dans ces colonnes. On trouve aussi un clip sans grand intérêt autre que promotionnel pour le groupe qui l'a fait, et une featurette sur l'exposition Burton qu'on aurait justement aimé plus longue et détaillée, tant le travail sur les différentes marionnettes semble passionnant. 

Encore une fois, Disney oblige, le dvd est fournit dans un boitier avec jacquette, le film est superbe, et se revoit avec plaisir (votre serviteur en est personnellement à trois visions en comptant celle en salle à la sortie du film), on espère juste que l'édition bluray contient des bonus plus intéressants. En tout cas, que le fan de Burton se rassure amplement, Tim Burton n'est pas mort ou s'il était, il est ressucité, et le formatage Disney qu'on aurait pu craindre sur le film n'est pas du tout présent, avec Gore Verbinski (la trilogie Pirates) et Sam Raimi (OZ, the great and the powerful), Burton conserve son identité et son irrévérrence envers le studio qui l'a fait débuter. Alors Frankenwinnie l'ourson ? ... Certes pas, mais bien Frankenweenie le chien mort-vivant.

Sortie le 1er Mars 2013 en dvd et bluray Disney. “Distribué par Disney”

 Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que bande annonce ainsi que meilleur film.


Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 18:32

http://www.lyricis.fr/wp-content/uploads/2012/07/Lawless-Des-Hommes-sans-Loi-Affiche-USA-2.jpgAvec des Hommes sans Loi, le réalisateur de l'inattendu The Road recentre à nouveau son sujet sur la famille, et plus précisément la fratrie, les liens qui unissent ou désunissent une famille. Ce n'est plus un père et un fils qui survivent tant bien que mal dans l'Us apocalyptique du futur, mais bien trois frères au temps de la prohibition et les rapports difficile qu'ils entretiennent entre eux.

Au casting, on retrouve Tom Hardy (Forrest) en sage frère ainé qui s'exprime par grognements, littéralement, même si narration oblige, il parle aussi un peu, jamais trop ; Jason Clarke (Howard) excellent en frère cadet, un peu trop porté sur la bouteille et la violence, et le jeune Shia Labeouf (Jack) qui est parfait en frère benjamin, épris de la fille d'un pasteur et désireux de faire évoluer son monde.

Le film s'ouvre sur une scène du passé, dans laquelle Jack, tente de tuer un cochon sans jamais y arriver, venant amener un de ses frères à sa rescousse, et aboutit son climax sur Jack adulte qui tue un immonde porc pour venger son ami infirme assassiné et son frère blessé. Entre les deux, il ya un parcours initiatique dans lequel tout le propos tourne autour du phallus, avoir ou ne pas avoir de phallus, et donc de testicules (au sens strict et au sens imagé) là est la question. Plus d'une fois, Jack va prouver par son parcours, que la valeur n'attend point le nombre des années. Armés de sa seule jugeotte et d'un derringer, il va trouver avec son meilleur ami le Al Capone local (superbement interprété par un Gary Oldman au sommet de sa forme) pour monter un bizness de vente de Wisky distillé et écoule ainsi en un soir la marchandise que ses frères auraient écoulé en un mois. Son accessit à l'âge adulte, se fait dans la violence et le sang. L'agent spécial Rakes, joué lui aussi magnifiquement par Guy Pearce, lui démonte littéralement le visage à coup de poing, et c'est dans cette branlée qu'il se prend qu'il va trouver la rage d'aller au bout de son projet.

Tout le film traite de virilité mais aussi de son inverse, que ce soit Rakes qui est soit métrosexuel, soit peut-être homosexuel comme certaines critiques presse l'ont avancé (mais pourquoi coucherait-il avec la prostituée noire de l'hôtel alors ?) ; Gary Oldman dont le personnage incarne une forme de virilité d'une légende avec sa mitrailleuse Thompson à chargeur camembert et son costume une raie oui une raie non d'une élégance folle, ou encore Hardy avec son côté ours bougon et violent. Les femmes ont quand à elle, une place assez effacée dans le métrage, et ce même si Jessica Chastain et son pendant jeune inversé Mia Wasikowska font de leur mieux pour exister à l'écran pendant tout le film. Cela reste une histoire mythologique de cow-boy, donc d'homme, même si un évènement survenu au personnage de Jessica Chastain et dont on ne saura l'issue tragique qu'à la fin du dernier acte leur redonne une place de premier plan.

Le film parle beaucoup de métaphore et de dialogues liés à l'absence ou la présence de "cojones", jusqu'à comme dans le Germinal de Zola, une émasculation "en bonne et due forme Jack", vengeance punitive envers des agresseurs de Forrest. Cette castration littérale d'ailleurs ne prend pas la forme d'un combat social de classe comme chez Zola, mais juste l'illustration la plus parfaite de la loi du Thalion, "oeil pour oeil, dent pour dent", en l'occurence "couille pour gorge". Le courage dira Forrest à son frère ne réside pas dans la violence pour un homme, mais de jusqu'où il est prêt à aller, de sa détermination. Et cette phrase de Forrest se verra illustrer dans la dernière magnifique scène du climax du film, dans laquelle, Jack Bondurrant le bien nommé, deviendra un homme, avec toute la part de souffrance que cela peut impliquer. Cette scène du pont sans trop en dévoiler pour le spectateur est d'ailleurs un morceau de bravoure que ce soit du point de vue de la réalisation, du découpage, du montage, ou encore de la photographie. Une séquence quasi culte, comme on dit.

Et le culte justement tient une place importante dans le film, que ce soit le culte religieux (avec le père de la jeune amoureuse de Jack et sa confrérie), le culte du corps de l'agent Rakes qui se parfume et se coiffe, comme Jack d'ailleurs, le culte de la loi (bien mis à mal par ses représentants d'ailleurs, Rakes n'est pas Elliot Ness, il est juste le toutou du mafieu gouvernemental local) et bien sûr le culte de la légende, celle supposée de l'immortalité ou de l'indestructibilité des Bondurrant, à laquelle les trois frères mais plus précisément Forrest croient dur comme fer. Légende qui sera d'ailleurs mise à mal tout le long du métrage.

John Hillcoat et son scénariste Nick Cave recrée ainsi un grand mythe de l'ouest sauvage, faisant de ce film, un grand film de genre, quasiment fantastique, tout en l'ancrant de plain-pied dans la réalité, les coups ça fait mal, un coup de poing ça ouvre une lèvre, le feu ça brûle, etc... A ce sujet d'ailleurs, une scène particulièrement sordide redonne à la punition du goudron et des plumes, tout le sérieux, et le caractère violent qu'elle avait un peu perdu,à cause de son traitement léger comme dans les Lucky Luke de Morris, ou certains western spaghetti. On est bien loin du côté un peu toc de la prohibition du film de Ruben Fleischer, Gangster Squad sorti récemment au cinéma.

Un petit mot sur les bonus du bluray, la galette en est riche : commentaire audio du réal, scène coupée, documentaire sur les Bouilleurs de cru, etc... L'éditeur ne s'est pas moqué de son public, et c'est suffisamment rare pour être souligné.

Sortie en dvd et bluray le 16 Janvier 2013. Distribué par Metropolitan Filmexport

Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que film 2012 ainsi que bande annonce

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 17:31

http://v014o.popscreen.com/eG9laGtmMTI=_o_les-nouveaux-chiens-de-garde---ralis-par-gilles-.jpgAmi lecteur, si tu me suis sur mon blog, le dernier rempart de l'imaginaire et du droit à rêver pour l'homme comme l'explicite cette citation personnelle "Fantasydo parce que l'homme a encore le droit de rêver" à peine détournée de la philosophe Emma Goldman "si l'homme ne peut plus rêver, il meurt" ; tu sauras que les documentaires ce n'est pas ma tasse de thé, qu'habituellement je préfère chroniquer de la fiction, et principalement de la fiction d'univers alternés.

Cette chronique se trouve et ne se trouve pas à la fois dans mon domaine de prédilection. Elle s'y trouve parce que par moment, ce qu'on apprend dans ce documentaire semble tellement surréaliste que si on n'a pas lu Bourdieu, Debord ou Carles, ou vu un de leurs propres documentaires, on se croirait dans une dystopie tant les principes de la société décrite ici font penser à 1984; Fahrenheit 451, Le Meilleur des Mondes et j'en passe, évoquant le pire du pire d'un régime concentrationnaire dans lequel toute pensée politique et humaine est réduite à sa portion la plus congrue. Et en même temps, elle ne s'y trouve pas, parce que la seule fragilité de ce documentaire (comme beaucoup de documentaire, et c'est peut-être là que se trouve ma réticence à en regarder à et en chroniquer) c'est de ne jamais présenter le propos que sous les arguments de l'opposition, jamais ne sera abordé un point de vue autre que celui des réalisateurs. Jamais les gens accusés n'auront le loisir de défendre ces accusations qu'on estime toutefois assez réaliste. Pas difficile cependant de comprendre que les auteurs n'ont surement pas eu l'aval des gens incriminés, même si ils les ont contactés. Le système n'a besoin de se racheter une conduite que quand l'opinion publique est majoritairement en sa défaveur, ceci expliquant sans doute celà.

Les deux réalisateurs Gilles Balbastre et Yannick Kergoat ne se contente pas d'un documentaire poussiéreux, mais vont lutter contre la société du spectacle qu'ils dénoncent à travers les propres armes de celle-ci. Générique colorée et travaillé, montage alterné, jump-cut inventif, animation fluide et travaillée, bref, ça fait plaisir de voir que la forme sert ici le fond avec une aisance et une grace qui fait peur (on est parfois pas loin de l'objet de propagande inverse. C'est peut-être d'ailleurs là une autre des failles du documentaire, en plus d'un certain manichéisme, on sent par moment l'outil de propagande pour la LCR et on se dit qu'en sortant de la projection, on va soit poser des bombes, soit acheter le petit livre rouge de Mao. Les deux réalisateurs ont surement comme modéle avéré, outre les précédents évoqués comme feu le sociologue Pierre Bourdieu ou Guy Debord, l'américain milliardaire, Michael Moore, et c'est parfois là que le film grince un peu dans ses par ailleurs parfait rouages (trop parfait peut-être).

Une grosse réserve sera ainsi émise à mon sens à propos de la lecture en mode voix Arte dépressive du livre "les chiens de Garde" de Paul Nizan, authentique révolutionnaire libertaire écorché vif, à qui le livre d'Halimi, mais aussi le film emprunte le titre. Car chaque évocation de ces passages lus avec lenteur vont plonger le spectateur attentif de plus en plus profond dans l'impression de manipulation. Il y a donc à boire et à manger dans la niche de ces chiens de garde, mais heureusement pour l'impression d'ensemble du spectateur, il y a plus à manger. Ouf. Woouf oserais-je même si j'avais l'esprit un peu cabot.

Le spectateur apprend ainsi de nombreuses choses trés intéressantes sur la soi-disante "plurivision des journalistes, en réalité, les même brochettes de journalistes qui se retrouvent partout" (tiens, ça me rappelle un certain cinéma français ça ;)), sur le Siècle, cette société secrète qui réunit chaque dernier mercredi du mois l'élite de ce que ce pays compte de politiques, d'hommes et de femmes d'affaires sans oublier le monde journalistique dans son entier. De l'achat ou du détournement d'anciens révolutionnaires (comme Michel Field par exemple ?) car ce qui contredit le système doit être achété ou détruit, de la mise à la retraite de vieux briscards du journalisme pour poroposer une vision plus jeuniste du système, un journalisme de classe 2.0 en somme, mais on change rien, on prend des modèles plus jeunes mais à la vision identique et on recommence.

Si on est un tant soit peu sensible, ou intéressé par la politique, ou la vision de son pays, et de ce que ces gens en font, on ne sort pas indemne de la projection de ce dvd. On se retrouve plonger dans un univers complotiste que n'aurait pas renié un John le Carré, ou un Richard Donner dans son film "Complots". Le pire étant que ce système touche aussi bien les pseudo libertaires, que les libéraux ou les révolutionnaires. Le système récupère tous et tout et broie les autres. Seul grand absent de ce délire médiatico-politique, la famille Le Pen, peut-être les derniers esprits libres de ce pays (quoiqu'on pense par ailleurs de leurs délires franco-français, ou de leur marotte sur l'immigration).

Maintenant, on peut encore plus jouer à se faire peur, en se disant, oui mais si tout ce film n'était que de la poudre aux yeux, après tout, il provient des rotatives de journaliste (un journaliste ça s'achète), et si ce n 'était qu'une des nombreuses visions de pseudo "révolution" que le système nous donne à voir pour nous éloigner de la seule vérité tangible, "la cuillère n'existe pas" et nous empêcher de nous révolter réellement, puisque cet objet cinématographique agit comme catharsis de notre révolte. Bien sûr, c'est voir loin, mais pourquoi pas après tout, le monde est tellement plein de faux-semblants qu'il faut savoir rester vigilant. La vigilance, voilà un bon mot d'ordre pour un chien de garde, non ?

 

ps : Le dvd m'a été présenté dans un magnifique boitier avec livret (c'est chose rare, donc bon à signaler), avec son dvd joliment sérigraphié, on regrettera un peu l'absence de bonus intéressant, même si quelques bonus sont présents. Mais on aurait bien aimé avoir un commentaire audio des deux larrons ou à défaut d'un making-of conséquent sur la fabrication du film.

 Sortie du dvd le 10 Décembre 2012. “Distribué par Epicentre films”

Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que celle consacrée au documentaire ou bien film 2013

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article
12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 14:47

http://s.wat.fr/image/resident-evil-retribution_4sx31_1y3kxu.jpgPaul Anderson est bien connu pour son incapacité à transcender son matériel de base. Aucun de ses films n'est "bon" à proprement parler, ça va de l'exécrable au sympathique sans plus. Seul Event Horizon, est le film qu'on peut relativement considérer comme un excellent film, mais force est de constater qu'il se retrouve cruellement en position unique dans la filmographie du sieur Anderson. Et ce n'est pas ce nouveau Resident Evil qui va changer la donne, malheureusement.

Le premier Resident Evil était en soi assez sympathique, même si Anderson s'est largement éloigné du jeu éponyme pour se faire, mais il n'y avait encore rien de honteux, et le cast autant que les FX ou le scénario tenait encore la route. Lors de la sortie du 2, les choses se sont gâtés, et ce n'est pas le fait de déléguer la réalisation du 3 à Russel Mulcahy (réalisateur de l'acclamé Highlander et de l'excellent remake du film "on the beach" de Stanley Kramer), puis du 4 à Alexander Witt en restant producteur des deux, qui a apporté un renouveau à la saga, bien au contraire. De son côté, Paul Anderson est allé entre temps, massacrer le superbe roman de Alexandre Dumas, les 3 Mousquetaires, dans une dispensable adaptation 3D, faisant des enfants dans le dos à l'histoire et à l'Histoire (encore et toujours Richelieu qui complote contre la France, but WTF ?) sans jamais atteindre le quart du fun d'un Sherlock Holmes Richien par exemple.

Après le carnage les 3 Mousquetaires 3D, et ce malgré quelques belles idées de mise en scène, et un casting plutôt à la hauteur, avec quelques scènes de combat qui tenaient la route quand même, Anderson a décidé de revenir au film qui a fait son succès, la saga Resident Evil.

Reprenant l'intrigue où elle était resté après le 4 et sa Alice "doté d'immenses pouvoirs" (oui pardon ami lecteur, je suis encore dans Lincoln, vu récemment ;)), Anderson démarre son film en rembobinant la dernière scène du 4 à l'envers, superbe idée de mise en scène au demeurant qui fait presque espérer un bon film, mais malheureusement cet avant goût ne sera que sporadique, puisque aussitôt après, on tombe dans une intrigue inexistante, ponctué de parcours de niveau comme un jeu vidéo, ainsi que de combats tous plus longs et inintéressant les uns que les autres, accompagné d'une musique hard tonitruante, bref, en deux mot comme en un, un clip.

Il est d'ailleurs amusant ou attristant c'est au choix de constater que quand on parle d'un mauvais réalisateur, le nom qui vient le plus souvent sur les lèvres des gens soit Michael Bay et non Paul Anderson. Alors que soyons sérieux, Bay maitrise totalement l'art du découpage cinématographique, et son récit, alors que Anderson a semble t-il oublié tout ça depuis son excellent Event Horizon. Et c'est probablement ça, le plus triste, parce que si encore c'était un mauvais réalisateur, mais c'est juste un réalisateur cynique qui fait ce qui fonctionne et qui s'accommode trés bien de cet état de fait. Le film en lui-même est donc un prétexte pour faire du fan service mais sans jamais accrocher le fan justement, du name dropping en veux-tu, en voilà : Barry Burton (dont la fin est minable, oui, je le dis, minable, indigne du personnage), Jill Valentine, Leon Kennedy, Ada Wong, etc..., même Claire et Chris Redfield sont catapultés dans l'intrigue mais sans jamais venir jouer un quelconque rôle autre que l'évocation de leurs noms à l'écran. Les combats finaux durent trop longtemps, le film ne jouent jamais sur les ressorts de la peur et préfère y substituer l'adrénaline et la testotérone à outrance, rejoignant en cela tragiquement le tournant formaté de la série des jeux depuis le mirifique Resident Evil 4...

On sauvera juste du naufrage la trés belle séquence d'intro qui reprnd là où RE4 le film s'était arrêté et qui rembobine l'action pour la redéployer à nouveau, une manière pour le réal de se réapproprier à nouveau son "oeuvre" en faisant courtoisement du passé table rase; et aussi l'idée malheureusement pas du tout exploiter que tout ce qui s'est passé depuis le 2 ne soit en réalité qu'un rêve vécu par le clone Alice.

Après, ce film n'a pas su me séduire personnellement, mais ça ne veut pas dire qu'il ne résistera pas à l'axiome : potes-pizza-bières, parce que de ce point de vue, il fera trés bien son office, même si pour le même axiome, un film moins plat conviendrait aussi trés bien. A noter que la fin du film donne les clés pour un 6ème opus qui arrivera surement à grand pas;

Heureusement ce que le film perd en intérêt en tant que film, il le regagne en bonus, en proposant de nombreux bonus intéressant sur le tournage du film. Et personnellement même sur un film que je n'ai pas aimé, je trouve toujours intéressant de découvrir le tournage, les FX et tout ça, on appelle ça la passion je crois. En l'occurence ici, la passion selon saint Paul :).

Sortie en dvd et bluray le 28 Janvier 2013.  “Distribué par Metropolitan Filmexport”. 

Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que film d’horreur ainsi que bande annonce

Repost 0
Published by LordGalean
commenter cet article

Présentation

  • : Fantasydo : Parce que l'Homme a encore le droit de rêver !
  • Fantasydo : Parce que l'Homme a encore le droit de rêver !
  • : Un regard d'analyse objective essentiellement sur le cinéma de genre et les blockbusters généralement américain mais pas toujours
  • Contact

Recherche

Liens