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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 23:50
Faits d'Ibère : Oro, là si t'es perdu !

Oro de l'espagnol Agustin Diza Yanes, réalisateur par ailleurs du largement sous-estimé Alatriste est la preuve par l'exemple que le cinéma espagnol est d'une richesse et d'une intelligence formelle incroyable. Dans ce bon film d'aventure un brin lent, on suit les pérégrinations de conquistadors à la recherche d'un el dorado nommé Teziutlan. Le film déroule moins son intrigue que le caractère de ses personnages, ce qui permet aux spectateurs de découvrir un large éventail de figures martiales, allant du simple soldat au capitaine ou au sergent, voir au scribe envoyé de l'empereur et de suivre les arcanes sociales et sociétales qui les lient tous et toutes (on trouve deux femmes dans la troupe, une servante, une épouse). On se retrouve donc dans un road trip aux allures de peinture sociale et sociétale. On pense pas mal à Aguirre ou la colère de Dieu de Werner Herzog, mais aussi par certains côtés du métrage à Boorman, voire au 13eme Guerrier de John Mc Tiernan pour son côté tentative de communication et incommunicabilité des êtres.

Un groupe de conquistadors, accompagnés de deux femmes, (l'une étant l'épouse du chef d'expédition, l'autre la servante de cette dernière) de deux guides indiens, et d'un envoyé de l'empereur part à la recherche d'une cité d'or perdue, nommée "Teziutlan" par les indiens. En court de route, ils se rendent compte qu'une deuxième équipe les suit pour les tuer, et pour que l'empereur d'espagne récupère leur part. Commence alors un jeu du chat et la souris, entre les deux équipes, sans oublier les querelles intestines internes qui sous-tendent l'équipe, et la menace d'indien cannibales qui rôdent autour.

Le film fonctionne à la fois comme un huis-clos étouffant dont le cadre serait la forêt, ainsi que comme un film un brin survivaliste, puisque au fur et à mesure de l'intrigue, l'équipe s'étiole comme peau de chagrin jusqu'à devenir à la fin, la plus réduite possible, deux membres.

Côté casting, c'est un réel plaisir de retrouver notamment le brillant José Coronado aperçu récemment dans le bijou de thriller, déjà espagnol, Contratiempo de Oriol Paulo, dans un rôle assez difficile de mentor, et de vieux baroudeur à qui on ne l'a fait plus. Le reste du casting, aussi bien masculin que féminin ne démérite pas, et chaque personnage est bien caractérisé et bien lisible pour le spectateur. Et ce dernier prend plaisir à suivre les interactions sociales et politiques de chacun des protagonistes.

La photographie du film est proprement somptueuse et donne à la forêt, une vie quasi propre, rappelant justement le cinéma animiste de John Boorman. Et une peinture de la cruauté humaine comme seul le cinéaste anglais savait la décrire. On pense aussi par instant trés fugace à la peinture humaniste d'un Kurosawa dans ces portraits de soldats et de paysans animés par un idéal commun.

Les différents retournement de situation sont des plus appréciables et on sombre petit à petit dans la même appréhension que les personnages. Oro la cité perdue est un de ses films si peu nombreux sur les Conquistadors qui rappelle comme le somptueux Apocalypto de Mel Gibson sur un sujet assez similaire ce brillant adage latin de Plaute, "homo homini lupus est" (l'homme est un loup pour l'homme").

Edité par Wild Side. Sortie en DVD et Blu-Ray depuis le 1er août. la page Facebook de l'éditeur de Wild Side.
 
Retrouvez ce film dans les catégories les films que les gens adorent  et du cinéma triste.
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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 19:52
Pierre Lapin

N'ayant vu quasiment aucun des précédents projets du réalisateur Will Gluck,on ne savait pas trop à quoi s'attendre pour ce Pierre Lapin, sorti cette année au cinéma, adapté des contes de Pierre Lapin de l'illustratrice anglaise, ultra talentueuse et mondialement connue,  Beatrix Potter qu'on ne présente plus. Mais force est de constater que la surprise est belle et de taille.

Si on voulait résumer le film, on pourrait dire que c'est à mi chemin entre Beethoven et la Souris de Gore Verbinski. Un trés bon film pour enfants, qui ne les prend pas pour des idiots et qui sait aborder des thèmes forts avec intelligence et humour. Il y a à prendre pour chaque tranche d'âge, des touts petits aux ados en passant par les adultes, et même si certains gags sont un peu caca pipi, le reste du métrage en revanche est bigrement réussi. Un casting aux petits oignons qui réunit vocalement notamment, James Corden, Margot Robbie, Elizabeth Debicki, Daisy Ridley, et en chair et en os, Sam Neill en total contre-emploi de ses rôles habituels, Domhnall Gleeson, et Rose Byrne plus éblouissante que jamais.

Un film avec des valeurs familiales et vraies, qui met aux prise les personnages de Beatrix Potter avec la famille Mc Gregor, on n'en dira pas plus pour ne pas révéler une étonnante surprise. L'animation des animaux full CGI est d'une beauté saisissante et on a vraiment l'impression de voir les personnages de Beatrix Potter prendre vie sous nos yeux. Si vous aimez les séries animées de Pierre Lapin, courrez-y, si vous n'aimez pas les séries animées de Pierre Lapin, courrez-y quand même. Le film trouve son unicité et propose un réjouissant jeu de chasse du chat et de la souris, digne d'un cartoon, sans jamais sacrifier ni ses personnages, ni son récit.

Le casting vocal français est plutôt bon, et même sans être fan de la bande à Fifi, ils font très correctement leur travail en se faisant pratiquement oublier dans les rôles des animaux de la famille et de l'entourage de Pierre Lapin. Même Philippe Lacheau est trés juste, c'est dire le niveau.

Un petit mot sur les bonus qui présentent une featurette de 7 min plutôt intéressante mais un peu courte, un clip de la chanson du film, et un court-métrage original sur une des trois soeurs de Pierre Lapin.

En conclusion le film est vraiment une sacré bonne surprise, car il est très bon, et il donne envie une fois fini de le revoir une autre fois car le plaisir pris est vraiment immense. Le film est à la fois respectueux du genre de son modèle original et en même temps se permet un dépoussiérage de l'intrigue et des gags plutôt actuels qui ne sont ni gênants ni qui ne font tâche dans le potage. Un petit bijou de drôlerie à recommander à tous et toutes. Suivez les traces de Pierre Lapin, Jeannot Lapin, Flopsaut, Trotte-Saut et Queue-de-Coton, ainsi que Ernest Blaireau, Todd le Renard ou Madame Piquedru.

 Sortie en DVD et Blu-Ray le 8 août. Edité par Sony Pictures France. le site de Sony Pictures et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film et bien d'autres dans les catégories d'autres dessins animés et les films à fou rire.
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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 08:40
La Forme de l'eau

Lorsque Guillermo del Toro, se décide à revenir à la réalisation, après le demi-succès de Pacific Rim, et la réussite critique,  mais un peu moins publique de son film gothique, Crimson Peak, c'est pour rendre hommage encore et toujours au cinéma des origines. 

Ainsi, dans ce nouveau film, Shape of Water, il rend hommage à la "Moman" des films de monstre, La créature du lac noir de Jack Arnold. Et cet aveu est tellement assumé, qu'il va jusqu'à singer l'esthétique physique du monstre. Certains ont parlé de référence également à la créature du marais de Wes Craven, mais ça parait quand même légèrement plus fantaisiste et rien ne vient réellement appuyer cette vision.

On ne rentrera pas non plus dans la polémique plagiat ou non de l'esthétique ou de l'histoire d'Amélie Poulain. Ce débat sur le plagiat de Jean-Pierre Jeunet n'a aucun intérêt cinématographiquement, cela ne fait que donner du sens à des sites "putaclic" ou à des journaux comme Closer ou Paris Match, nous préférons donner en ces lignes libre cours à l'intelligence visuelle, au talent narratif, etc... aux réalisateurs qui savent toucher le public, quel qu'il soit. Et si on commence là, alors on n'en a pas fini, de tous temps les récits précédents ont inspiré les suivants, et ainsi de suite. On se pignole sur les Fables de La Fontaine mais on oublie toujours que ce dernier a pompé les récits d'Esope qui lui-même avait largement plagié l'indien Pilpaï. 

Je prends cet exemple parce que c'est toujours le plus marquant à mon sens, et pas uniquement parce que c'est le seul que je connaisse. Car ce qui fait la spécificité d'une oeuvre au-delà de son récit, c'est ce qu'on y apporte, et ce qui y importe. Et la nationalité de l'oeuvre fait également pour beaucoup. Ainsi pour reprendre l'exemple des Fables. Pilpaï faisait surtout des récits simples et concis, Esope a apporté un certain développement dans les personnages, et La Fontaine a abouti le tout, en y ajoutant la dynamisation du récit (ce qui donnera plus tard le cinéma, notamment le dessin animé, mais ça il était loin de s'en douter) et une plus grosse importance à la morale. Dans un siècle profondément religieux, peu importe son niveau d'acceptation de l'influence de la religion, on est toujours quand même plus ou moins influencé, et ça a été le cas de Jean de la Fontaine.

Vous vous demandez sûrement où je veux en venir avec cette démonstration, d'autant plus que quelques lignes plus haut, j'avais dis que je ne voulais pas évoquer cette triviale affaire de plagiat. Mais ceci m'est nécessaire pour parler du film, car en bon La Fontainien, privilégiant les images dynamiques, aux longs discours, Guillermo del Toro réalise ici une fable moderne, le tout sous couvert d'hommages et d'évocations d'un passé presque révolu. Cette histoire en forme de la Belle et la Bête lui permet d'évoquer la réalité sordide à travers un onirisme des plus bienvenus. Il se retrouve donc à traiter de sujets très adultes, avec un postulat qui ne renierait pas sa place dans un conte de Grimm, ou de Perrault, ou un livre pour "enfant" comme Brisby et le Secret de NiMH par exemple. Ainsi, Guillermo en pleine période de #balancetonporc parle de féminisme, avec intelligence et légèreté, sans jamais être pesant, mais aussi de liberté au sens large, liberté d'aimer, liberté de jouir, liberté d'être différent (qu'on soit vieux, noir, ou gay), ceci incluant bien évidemment la liberté d'être un cornard, un manipulateur, un "violeur", d'être un espion simple, double ou triple, etc...

Ainsi, si les personnages du film agissent tels qu'ils le font, et pensent comme ils le font, c'est qu'ils sont plus des concepts, avant d'être réellement des "humains", et c'est ce qui peut paraître pour le moins déroutant. Ainsi l'impeccable Michael Shanon qui est l'illustration la plus parfaite de cette idée, est moins un salaud ordinaire que l'illustration de la vision capitaliste d'une époque.

Le film sans trop en dire mais pour vous donner envie de le regarder ne plaira certainement pas à tout le monde, mais il mérite son visionnage, ne serait-ce que pour savoir dans quel camp vous vous trouvez. Personnellement je suis dans un entre-deux, et ça fait déjà la deuxième fois qu'un film de Guillermo me laisse pantois sur ce que j'ai pu réellement ressentir. Alors que j'ai littéralement adoré à la folie ses précédents projets. Depuis Cronos son premier film, jusqu'à Pacific Rim, j'ai aimé tous ses films, à des degrés divers, mais là, je suis face à une énigme. Entre celui-ci et Crimson Peak, ça fait deux films que j'ai vu une seule fois mais qui m'ont un peu laissé en dehors de ce qu'ils proposent, et ça m'agace un peu je l'avoue. Sans doute faudrait-il que je les revoie à nouveau, car l'un comme l'autre, me semblent aborder plus des notions, des émotions et des sensations particulières que présenter réellement des personnages pour ce qu'ils sont.

Sortie en bluray et DVD depuis le 30 juin 2018. Edité par la 20th Century Fox. Retrouvez le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film, et bien d'autres encore dans les catégories romantisme et le meilleur du fantastique.
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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 17:20
Over look Hotel : Rise of a Boogeyman

C'est l'histoire de Jack T. joué par Jack Nicholson, qui devient fou, ou bien est-ce l'inverse Jack N. joué par Jack Torrance qui devient sage, on est plus trés sûr... Mais c'est surtout et avant tout le nouveau mashup du petit génie Antonio Mario Da Silva, qu'on ne présente plus et qui a eu pas loin de 4 articles de fond (si on compte ce dernier) consacré à ses mashups en ces pages.

Ce nouveau mashup cauchemar prend vie dans l'Overlook Hotel de Shining, bien après les évènements qui ont secoué le lieu, le corps de Jack Torrance n'a jamais été retrouvé, tandis que Danny et Wendy vivent heureux ensemble ailleurs. L'histoire débute avec la voix off de Jack, qui explique qu'il vit dans l'overlook avec ses fantômes, et qu'il se débrouille trés bien. L'écriture de son nouveau roman avance à grand pas, et lui-même ne sait plus au juste si il est mort ou vivant.

A travers cette figure, ce monument du film d'horreur, l'hôtel n'est qu'un prétexte pour le prodige du mashup qu'est Antonio Maria Da Silva (AMDS pour les intimes) pour interroger le mythe même de l'horreur au cinéma, allusion à double sens (un ballon rouge par exemple qui renvoit tout autant au CA du maître King, qu'au premier "Jack" de l'histoire du cinéma, M le Maudit de Fritz Lang). Aussi bien que peut-être au film sur l'enfance, le ballon rouge, moyen métrage français d'Albert Morisse, réalisé en 1956, pas un film d'horreur à proprement parler, mais un film "fantastique" dans lequel un ballon rouge énorme, symbole d'enfance suit un petit enfant tout le long du film. Il semble que le symbole soit le même dans ce nouveau projet d'AMDS.

Le film original avait même inspiré une sequel dans laquelle le ballon rouge revient s'occuper des méchants gamins qui l'avait crevé dans le premier film, court-métrage trés drôle. https://www.youtube.com/watch?v=dcl1K3qzvvE

L'obsession (c'est le mot parfait) avec laquelle le ballon revient méthodiquement de multiples fois dans le métrage, semble corroborer cette thèse plus qu'un hommage évidemment aussi évident au CA du maître. Car l'hommage à King est présent de bout en bout, et comment ne pas faire plus bel hommage schizophrénique qu'en reprenant précisément le film le plus haï de l'auteur, qui ira jusqu'à refaire un tvfilm plus fidèle à l'oeuvre qu'il estime (et à juste titre d'un point de vue fidélité) bafouée par Kubrick. On retrouve ainsi pèle-mêle, plusieurs clins d'oeil à l'oeuvre du King de l'horreur, qui sont d'ailleurs autant de références cinématographiques (Shining bien évidemment, mais aussi Misery, Cujo, Christine, IT, Carrie). Mais pas seulement, puisque AMDS allongent le bal des références à tout le cinéma d'horreur, transcendant les nationalités (on trouve Ringu), les générations (remake et original s'ébattant joyeusement) et les genres (slasher, fantastique, horreur, etc...)

L'artiste qu'est AMDS va jusqu'à reprendre quelques photogrammes parmi les plus icôniques du film de Steven Spielberg, Ready Player One, le seul par ailleurs non crédité au générique, dans le passage le plus marquant d'ailleurs qui puisse parler de la création, et de l'héritage qu'on peut faire des anciens, la scène de "mise à mort" de Shining justement.

Mais l'intelligence du joli projet ne s'arrête pas là, car non content de rendre ainsi hommage à Kubrick, et King, AMDS nous offre même un mashup d'une évidence folle (au point qu'on se demande pourquoi personne n'y a pensé avant tant le raccord "idéologique" fonctionne) puisqu'il offre à son narrateur Jack, rien moins que le plaisir de s'inviter et de réinventer de multiples fois d'ailleurs, la scène charnière du cinéma de Hitchcock, scène qui traumatisera bon nombre d'apprenti réal dont votre serviteur, et de réal chevronnés parmi lesquels  Brian de Palma qui en fera la figure maîtresse d'une grande partie de ses films, au point d'en rejouer les enjeux et la rythmique, un peu partout, notamment dans un ascenseur.

C'est ainsi que Jack Torrance tue la voleuse Marion Crane dans une sarabande endiablée qui rappelle par son déroulé, le film un jour sans fin, le tout, avant de littéralement avoir une conversation avec des soi plus jeunes, plus psychotiques, plus âgées ou plus sage de lui-même.

Comme toujours chez AMDS, les correspondances visuelles priment sur le tout, et on ne compte plus les fondus enchaînés, ou raccord mouvement, raccord regard de grand talent, aussi puissamment évocateur que brillamment pensé. Mais pour une fois, le récit se fait aussi oral, à travers l'idée bigrement intelligente d'un narrateur de fiction omniscient, omnipotent dont le timbre est à si méprendre trés proche de l'état d'esprit du Jack Torrance original. Au point qu'au début on doute un peu si le texte est original ou si il est lui aussi mashupé avec différentes interventions de Nicholson dans différents films, mais le générique et certaines lignes de dialogue sont sans appel, il s'agit bien d'un voice over original.

Sur les thématiques, celles qui surnagent le plus est sur les affres de la création que tout créateur peut subir quand il essaie de créer, et je pense sans me tromper, qu'il y a une part d'autobiographie dans ce sentiment que nous dépeint Antonio dans son mashup.

On trouve également dans les thèmes traités, le rapport à l'enfance, dans la dimension mythologique du roman, puisque le récit original parle notamment de "boogeyman", et vraisemblablement d'abus sexuel de la part de Jack sur son fils comme semble le suggérer assez finement la scène de l'ours que Wendy voit en déambulant dans l'hôtel dans le film original. Et l'idée de fin est puissamment brillante, car elle reconnecte le mythe avec son vecteur (la relation monstre-victimes, puisque pour qu'un monstre existe, il faut qu'il existe une ou des victimes pour lui offrir son statut de monstre), tout en faisant une transition intelligente et moderne que n'aurait pas renié, un film comme la Cabane dans les Bois.

Encore une fois, Antonio Mario Da Silva, que l'on suit toujours avec plaisir, nous offre du trés grand art, quasiment une création originale n'ayons pas peur des mots, du moins autant que ne l'est la scène de Shining dans RPO, une re-vision à l'aune d'une thématique donnée, après tout que ce soit un monstre ou un artiste, c'est aussi ça la "création".

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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 14:20
Falling Water

Je vais débuter cette critique de ma nouvelle coqueluche sérielle depuis Lost par une citation. Shakespeare a écrit à peu près en ces termes : "Souvent, quand on a une idée originale de série tv, un enfoirard vous la pique, avant même que vous ayez eu le temps de la mettre à exécution"... Bien évidemment, vous l'aurez compris, Shakespeare n'a jamais écrit ça, d'abord parce que Shakespeare lui n'est jamais vulgaire, ensuite parce que du temps du bon William, la série tv, n'existait pas, la tv n'existant pas non plus, et pourtant l'avenir n'a cessé de lui dérober ses intrigues et ses bons mots pour en habiller bon nombre de production audiovisuelle, comme quoi. 

Si je commence ainsi, c'est pour évacuer la frustration, mêlée de plaisir et de satisfactions primaires que j'ai ressenti à la vue de cette série américaine, Falling Water. Série que j'ai binge watché quasiment tant l'intérêt était présent pour moi. Frustration, parce que comme vous l'aurez compris, j'avais une idée de série tv originale dans ce style, dont j'avais commencé à écrire, un pitch et un traitement, et qui prenait place dans les rêves exactement comme ici. Un policier enquêtait dans le monde réel sur une secte étrange et il découvrait peu à peu que la secte arrivait à tuer les gens en se projetant dans leurs rêves. Un des héros était un policier noir, et coïncidence, dans Falling Water, un des héros,  est un policier, et l'autre est noir. Enfin, le titre pour lequel j'hésitait était en VO (Deception Point), et en VF j'hésitais beaucoup entre "Point de Chute", et "Chutes d'eau" (car une partie essentielle de l'intrigue prenait place après la chute du héros à travers les Niagara Falls, ou équivalent). Avec Falling Water, on retrouve quasiment trait pour trait, le titre de ma série. L'histoire s'arrête là, je n'ai jamais réussi à la produire (trop coûteuse), et la Noosphère s'est chargé du reste. J'ai écrit cette histoire entre 2011 et 2013, et la série est entrée en production en 2016. donc entre temps, quelqu'un a eu la même idée que moi, et a eu surtout l'opportunité et les moyens de la réaliser.

Au final, les intrigues sont assez différentes, ce qui me permettra de réaliser mon idée, si le destin m'en laisse le temps. Mais je n'en veux pas trop au fatum, parce que cette série est vraiment excellentissime, le gros bémol étant qu'elle semble avoir été annulé après deux saisons. Dommage, mais je commence à avoir l'habitude, toutes les séries qui me séduisent profondément sont annulées car elles ne plaisent pas à l'audience.

Sans trop en divulguer, Falling Water met en scène principalement trois personnes, Tess, Burton, et Taka, respectivement, créatrice de tendance en freelance, chef de la sécurité d'un grand groupe financier de placements, et policier de New-York. Chacun d'eux se battant avec une problématique personnelle. Tess est convaincue d'avoir été enceinte et qu'on lui a volé son bébé, Burton lui voit une jeune femme partout, et ils semblent avoir été amant, quant à Taka, sa mère, sculptrice célèbre, est aujourd'hui dans un état catatonique. Ces trois personnages ont en commun, le fait de pouvoir rêver en commun, en ayant conscience qu'ils sont en train de rêver, le fameux état qu'on appelle "rêve lucide".

Bien sûr, ceci n'est que le début, car ensuite, la série bascule de plain pied dans le fantastique, en rajoutant également  un consortium d'hommes et femmes d'affaires puissant-e-s, une secte étrange, chaussée de chaussures vertes fluo, et bon nombre de personnages secondaires charismatiques.
La série est produite par Juan Carlos Fresnadillo (réalisateur du culte 28 semaines plus tard, et des trés bons, Intacto, et  Intruders), ainsi que par l'ex madame Cameron, productrice géniale de son état, Anne Gale Hurd, qu'on ne présente plus tant son influence sur Cameron aura été importante, aussi bien d'un point de vue scénaristique que de production.

Cette série annulée à ce jour, en raison d'un manque d'audience, est un vrai coup de pied au cul de l'intelligence, car ses récits sont certes flous, mais jamais intentionnellement compliqué (coucou Christopher Nolan), et chaque idée de mise en scène ou du récit est poussée jusqu'au bout et réutilisée de nombreuses fois (encore une fois, pas comme dans Inception, où l'idée des armes "rêvées" sera utilisé une seule fois et on en entendra plus jamais parler le reste du métrage). Cette série évite tous les écueils du récit fantasmatique, et ne se prend jamais les pieds dedans, on pense aussi pour la partie connectivité des individus à la géniale Sense 8 (également annulée depuis), et un peu à Twin Peaks de Lynch, notamment le bar restaurant le Marcello's, lieu de convergence des personnages de la série, qui rappelle par instant le Silencio de Mullholand Drive ou la Chambre Rouge Twin Peaksienne.

La série trouve totalement ses marques, et clôt son dixième épisode de la saison 1 par beaucoup de réponses, tout en laissant de nombreuses questions, et pistes d'intrigues sous le coude pour une saison 2 qu'on imagine au moins aussi bonne que cet encourageant départ. En espérant que l'annulation de la série donnera au moins lieu à un téléfilm conclusif comme  cela fut le cas pour la glorieuse Sense 8. Si vous aimez le fantastique, les rêves lucides, et que vous savez comment contrôler vos rêves, cette série vous parlera totalement, dans le cas contraire, essayez quand même, peut-être saura t-elle vous séduire dans vos songes. Après tout, "My name is ****S".

Sortie en dvd et bluray depuis le 27/06/2018. Editée par Elephant Films.  La page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez cette série et bien d'autres parmi les très bonnes intrigues fantastiques et dans la catégorie
les très bonnes séries sorties en 2017.

 

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 20:19
Ready : play her one.

Fort de plus d'une trentaine de longs-métrage dans tous les genres possibles et inimaginables, (manque peut-être à son palmarès un swashbuckler (film de cape et d'épée), un western, une comédie musicale (plus pour trés longtemps), un vrai film d'horreur et un film de pirates), Spielberg s'est rapidement imposé depuis ses débuts émérites télévisuels jusque dans Duel en 1972, téléfilm qui remonté et rallongé a eu les honneurs du cinéma, comme un trés grand réalisateur, et un "auteur" dans le sens où ses thématiques sont toujours les mêmes et où ses plans signatures sont reconnaissables en un clin d'oeil, que ce soit le travelling arrière qui isole un personnage au milieu d'une foule, le travelling circulaire de dévoilement, les plans symboliques à base d'ombre, de reflets ou ses transitions habitées (la dernière la plus évocative étant ce sublime passage sonore et visuel d'une rafale de mitrailleuse à une hélice d'hélicoptère puis à un passage de touche sur une machine à écrire).

Tout ceci pour quiconque a l'habitude de pratiquer le cinéma de Steven Spielberg, se voit comme le nez au milieu de la figure peu importe le film auquel on est confronté. Cette chasse à l'easter shot ou à l'easter movement (de cam) agissant comme autant d'easter egg de son cinéma est quasi instinctive pour quiconque s'intéresse en profondeur à ce dernier et nul exégète de son cinéma ne s'interroge plus avant sur le sens à donner à tel ou tel plan, telle ou telle correspondance ou transition. Il n'en a plus besoin.

Quand on "parle" le Spielberg couramment, tout coule de source, c'est peut-être une des raisons pour lesquelles le cinéaste n'a jamais enregistré un seul commentaire audio de son oeuvre de sa vie. Tout est donné à qui fait l'effort réel de vouloir le voir.

De sorte que quiconque a vu réellement Minority Report, ne peut pas sortir de sottises comme quoi c'est un film pro Bush. Quiconque a vu de manière réel The Post son dernier, ne pourra pas dire que son pamphlet anti-Trump est inefficace (vu qu'il n'y a pas de pamphlet appuyé anti-Trump dans ce film), et ainsi de suite. Un réal qui est humaniste et anti-guerre comme lui, ne va pas se révéler du jour au lendemain misanthrope et pro-conflit, ou alors bien malgré lui, quand on ne décide pas à l'avance du propos que devra représenter son film.

Ready Player One ne déroge pas à la règle. Présenté un peu partout dans le monde de la VR et à grands renforts de "simulation dédiée" comme le film qui va montrer l'intérêt et le renouveau de la VR (déjà débutée dans ses premiers balbutiements grands public entre 1980 et 1990+) ; ce dernier ne parle en réalité pas tant de la VR que d'une illustration plutôt bien fichu des mondes persistants alternatifs, comme le fut le simulateur de vie, Second Life, débuté en 2008 et qui fête cette année comme par un fait exprès ses 15 ans.

Le prétexte de la VR est ici une manière plus sexy (dans sa forme plus que dans son fond) pour inclure son propos dans le prisme du cinéma, du renouveau cinématographique, des révolutions FXieuses, autant que d'un retour personnel et autocritique de son créateur sur son implication dans ce qu'a été le cinéma dit de blockbuster (terme non naît avec Jaws comme le veut la légende mais clairement remis au goût du jour avec son succès soudain). Et ce depuis ses grandes étapes personnelles, Jaws-Jurassic Park-War of Worlds, et technologiques en règle générale (Polar Express, Beowulf, Avatar, Tintin). De sorte que quiconque attend en venant voir RPO un film critique, explicatif ou laudatif de la VR repartira fort déçu, car le sujet de la VR n'est là que pour parler immersion, et immersion cinématographique particulièrement. La VR ne sert basiquement qu'à illustrer la possibilité d'être "autre" offerte par le "monde virtuel de l'OASIS", car similairement à Second Life, et au livre Ready Player One de Ernest Cline sorti en 2011, l'OASIS est un open world dans lequel prend place une quête pour le détenir sous forme de jeu vidéo et d'énigme, une chasse au trésor pour ravir l'âme (easter egg) de ce Willy Wonka moderne (pas un hasard si une des premières bande annonce s'ouvrait sur l'instrumental de la chanson du film de Mel Stuart, "Charlie et la Chocolaterie", (1971), "Pure imagination".

On peut tout faire dans l'OASIS, et on l'y préfère vite au monde réel. En particulier y mourir, même si la conséquence n'est que financière (perte de tous ses objets, tout son loot (les pièces et autres produits ramassés sur les cadavres des autres utilisateurs, achetés ou trouvés sur place). On peut y travailler (cf les Sixers, une sorte de mercenariat de gamers au service d'une entreprise IOI qui possède déjà les moyens de rentrer vivre dans l'OASIS et qui espère bien en prendre également le contrôle financier), mais aussi en être esclave (cf toujours chez IOI, des contrats de travaux forcés pour payer les dettes accumulées dans le réel, IOI semblant être un consortium unique, de type OCP (si ce n'est que comme on le verra à la fin, ils n'ont pas la mainmise sur la police), contrats qui rappelle dans leur déroulé autant le bagne que certaines heures sombres de notre histoire.

Tout ce monde virtuel est régi par un gentil programmateur, un peu autiste Asperger et un brin dépassé sans doute par l'ampleur de sa création, qui finit par casser sa pipe, et propose dans une effrayante autant que drôlatique scène de faux éloge funèbre tournée vraisemblablement bien avant sa vraie mort, une course au mérite pour devenir le possesseur exclusif et unique de l'OASIS. James Halliday, le dit Mogul du système propose ainsi à tous ceux et celles qui le veulent, trois épreuves donnant droit à trois clés, lesquelles clés permettant d'ouvrir une serrure à l'intérieur même de l'OASIS pour y recevoir sa récompense : le contrôle TOTAL de l'OASIS pour le gagnant.

C'est là que le film débute, et c'est là aussi que commence l'aventure du héros, Wade Watts (prénommé ainsi par son père parce que ça faisait nom de super héros), orphelin vivant avec sa tante, et son petit-ami du moment.

Au premier degré de visionnage, Ready Player One est un conte philosophique d'apprentissage typique, type Candide ou autre, suivant le monomythe de Campbell et dans lequel un gamin ordinaire va se dépasser et vivre une aventure extraordinaire qui va le transformer en homme, en défaisant un antagoniste archétypal et gagnant le coeur d'une demoiselle en détresse. On aime ou pas, les clichés, les archétypes et autres passages obligés de ce genre, mais lorsque qu'on trouve le second degré de visionnage, on entre alors dans une autre dimension (un peu comme quand on perce à jour le sens profond du jeu Braid) et le film prend alors des airs de réflexion autobiographique d'un créateur au crépuscule de sa vie (oui je pense qu'à 71 ans et des brouettes, on pense plus à la fin de sa vie qu'à sa naissance) qui effectue un tour d'horizon sur son passage sur terre, et l'héritage qu'il va laisser aux générations à venir.

Nous nous proposons de traiter ici les deux facettes de ce film. Trés matériellement, le film s'ouvre sur le logo de Amblin, la société de production première de Steven Spielberg. Promesse d'un film d'aventure ludique, The Post ayant été produit par Dreamworks, sa seconde société de production. Puis le film débute par un plan séquence au son de la musique "Jump" de Van Halen, (musique qui avait accompagné déjà tous les trailers du film). Déjà il est plus que rare (surtout chez Spielberg) de voir les musiques des trailers se retrouver telle quelle dans le film fini mais en plus, même une musique non orchestrale chez ce dernier est plus que rare. Nous savourons donc cette dernière en suivant le plan séquence entièrement en dur (tout le film est en prise de vues réelles, oui oui, cf le propos sur la performance capture tenu en ces pages, quelques critiques plus loin) qui nous fait découvrir le héros, Wade Watts de la sortie de son habitation (un mobil home miteux faisant lui-même parti d'une juxtaposition de mobil home). On le récupère ensuite à l'entrée de sa planque, son hâvre, à l'intérieur d'une camionnette (on retrouve ici le goût de Steven Spielberg pour la "voiture" en règle générale) là où il se connecte à l'OASIS. Spielberg nous dit à travers ce plan séquence, "ok les gars, vous allez voir que je maîtrise la caméra, et que ce plan séquence que je vous propose, en quasi dur va me permettre d'asseoir auprès de vous ma légitimité en tant que réalisateur pour le second plan séquence qui suivra et qui sera lui (toujours en prise de vues réelles), entièrement en cinéma virtuel (performance capture)."

Dans ce plan séquence, qui intervient juste après deux plans : un plan large travelling avant d'ensemble qui permet de découvrir le lieu puis le personnage qui sort de son mobil home, et un plan moyen de dos qui permet de découvrir l'envers de l'OASIS. Ce plan séquence dévoile la partie qu'on ne voit pas quand on est à l'intérieur, les humains sans leurs autours CGI mais avec leurs défauts, disparités, âge, condition sociale et couleurs de peau différentes et la publicité omniprésente. Rien que cette idée est un tour de force incroyable qui mérite à lui seul le visionnage du film. Sans aucun dialogue, Spielberg nous présente un monde complexe de faux semblants et de mélange disparate de réel et d'irréel et tant de fluidité force le respect. Le plan séquence se termine, lorsqu'un drône vient apporter une pizza "Pizza Hut" à un habitant de la pile de mobil home et des lors, plusieurs plans courts achèvent de présenter l'univers réel.

On pourrait se dire, mais quoi, Spielberg est un maître et il est pas foutu de faire un plan séquence au drône propret de l'ouverture du film jusqu'à la fin de sa descente des piles... Certes, on pourrait se dire ça, mais c'est bien mal connaître Steven Spielberg, car ce plan séquence multiplement interrompu est surtout là pour introduire le véritable tour de force du film, le plan séquence de découverte de l'OASIS qui lui ne contient aucune référence publicitaire (les quelques références publicitaires en tant que placement de produit manifeste seront dans le monde réel uniquement) et qui est un véritable plan séquence, de la posée du casque de VR de Wade jusqu'au moment où Wade change son avatar de skin (NDRL : change sa représentation virtuelle d'apparence (peau, cheveux, habits, etc...).

D'ailleurs, avant que Wade chausse ses lunettes VR, Spielberg nous donne son propos en 3 plans courts, premier plan de profil, Wade se prépare à chausser ses lunettes, une transition par le cordon du casque (siglé IOI d'ailleurs, preuve en est que depuis la mort d'Halliday ils sont partout sauf dans le contrôle de l'OASIS) nous amène à un raccord sur son visage en CGI cinéma virtuel, et enfin, on entre dans son casque, et on voit par ses yeux (la 3D et la VR) le choc est encore plus palpable et immersif en visionnage 3D d'ailleurs, qu'en 2D.

Après l'explication de ce qu'est l'OASIS et de qui est Halliday, Wade nous présente le projet de fin de vie du mogul : trouver un digne représentant de sa pensée pour lui succéder à la manière d'un Willy Wonka cherchant son Charlie. Et nous découvrons la première épreuve, la course de voitures.
Je vais me permettre cette digression interprétative parce que Spielberg a fait rajouter cette épreuve dans le scénario, sans se créditer dans les scénaristes, comme souvent chez lui. Mais bruit de couloir ou pas, cette épreuve n'est PAS dans le livre. On retrouve donc encore une fois l'automobile, champ de tous les possibles chez Spielberg, et on fait connaissance avec les principaux protagonistes de l'histoire, sans oublier les antagonistes, qui sont au nombre de 3 entités différentes : la tête (Nolan -non ne riez pas- Sorrento, chef directeur de IOI fournisseur d'accès internet et de matériel VR de ce qu'on sait dans le film ; les jambes (les Sixers, des employés mercenaires qui travaillent pour Sorrento de leur plein gré, pour le profit et le matériel de pointe mis à leur disposition, avec un skin unique et apparemment l'interdiction d'en changer) et enfin les petites cellules grises (des fanboys geeks de la culture et de la vie de Halliday, garçons et filles, passionnées par le maître et qui aident Sorrento à gagner le concours, sans doute pour les mêmes rêves de gloire et de technologie de pointe que les Sixers). La course débute, impossible, surréaliste, cumulant les pièges, les chausses-trapes, le skills extrême (NDRL niveau d'un gamer dans un jeu qui lui permet de progresser), et une inimitié sans pitié à qui sera le meilleur. Mais c'est bien mal connaître Halliday qui voulait depuis longtemps éliminer les barrières, et les règles (rappel d'un certain film sorti en 1999 et qui fête bientôt ses 20 ans, tout en nous invitant à croire à l'incroyable). Zed (l'avatar de Wade), nommé aussi Parzival (en référence au conte du Graal, et à celui qui découvrit seul la coupe contenant le sang du Christ), échoue face au boss de la fin du niveau, l'imbattable King Kong (qui fait aussi effet de Donkey Kong si on veut référencer un jeu vidéo), et il empêche Art3mis, une jeune geekette de subir le même sort, laissant sa moto se faire pulvériser par le singe géant.

Cette course peut se prendre comme la course épreuve du jeu de Halliday bien évidemment, mais si (comme cela a été confirmé par Spielberg) on admet que RPO est aussi autobiographique, on a donc la course comme une métaphore du cinéma, et Halliday comme Spielberg (également confirmé par Spielberg). Les Sixers, tous interchangeable avec le même skin, et plus ou moins les mêmes skills devenant les Yesmen (et women) d'Hollywood, et Nolan Sorrento devenant un de ces producteurs plus intéressés par l'appât du gain, ou de la franchise dont chaque film serait aussi formaté et identique que le précédent, car justement non dirigé par un auteur, donc reproduisant ad nauseam, les mêmes gimmick et références. Quant à Wade, il ressemble lui aussi fortement à Spielberg, mais un Spielberg plus jeune ou qui chercherait une nouvelle jeunesse on va dire. Spielberg ayant évoqué l'idée de se réinventer pour ses prochains films.

En ces temps de remake, reboot sequel prequel, requel, seboot ^^ que nous dit Spielberg avec cette première partie de la course ? Que Spielberg (Halliday) se cherche un héritier, et que ayant déjà poussé les putters au-delà du possible ; jusqu'à rendre hommage à King Kong dans son vrai film Jurassic Park (film matriciel pour Spielberg, autant que pour Jurassic Park) ET à montrer un clin d'oeil bref mais efficace à ce même Jurassic Park dans RPO, ainsi que King Kong en fin de parcours ; il semble affirmer que la course à la surenchère ne mènera personne nulle part, (Spielberg y compris cf Wade) sinon à la mort (des réalisateurs, des genres, du cinéma). 

On retrouve quelque part, de récentes déclarations de Steven Spielberg, qui avait annoncé qu'il suffirait que quelques grosses machines de guerre se vautrent en beauté au box office pour annoncer la mort d'Hollywood.

Wade, va donc compulser les mémoires journaux vidéos dans le musée de Halliday pour trouver une parade pour gagner la course. Et il la trouve au détour d'une phrase anodine de Halliday en apparence qui demande à son associé Ogden Morrow à briser les barrières, et à se foutre des règles, pour revenir en arrière, le pied collé aux champignons. Et pourtant ayant vu ces journaux vidéos plus de 1000 fois, Wade-Parzival ressent la même décharge électrique dans le haut du cortex que quand on trouve la solution à une énigme particulièrement ardue de point'n click (NDRL : jeu vidéo d'aventure qui propose des énigmes à base d'objets et de quelquefois de verbe d'action tel que : tirer, pousser, ouvrir, fermer, etc... et dont Steven Spielberg lui-même, écrivit un scénario de SF particulièrement brillant, The Dig pour l'entreprise Lucasarts de son ami de toujours Georgie Lucas). Il entend pour la première fois le propos de Halliday et le met en pratique.

Lorsque la course débute, Wade part en marche arrière à toute vitesse et il gagne la course, bien évidemment. Si on repart dans notre second niveau de lecture que se passe t-il dans cette séquence. Wade (Spielberg ou son héritier) rebrousse chemin mais en marche avant dans la course, il remonte littéralement le temps, jusqu'aux origines de la surenchère, King Kong pour peut-être y trouver de nouvelles icônes, de nouvelles références propres et ainsi gagner la course, mais surtout le coeur des nouveaux spectateurs. Wade passe en sous-marin sous tous les pièges, toutes les références de ce siècle, et les voyant avec l'oeil du sage, il peut alors les étudier et les comprendre. Tandis qu'en surface, les Yesmen d'Hollywood, continue à tenter de surpasser la surenchère, en produisant eux-mêmes une surenchère dans un tracé formaté, connu et pourtant toujours aussi casse-gueule, cf les nombreux "die and retry" des Sixers (NDRL : Le "die and retry" est un terme vidéoludique qui caractérise les tentatives répétées d'un jeu qui fonctionne par pattern (routine) que le joueur apprend quasiment par coeur à force de mourir pour les surpasser et gagner le jeu). King Kong apparaissant dans le film et le jeu de l'OASIS comme une icône indépassable de la surenchère (d'autant plus amusant quand on sait que le remake Kong est sorti il y a peu).

Après cette première épreuve, on découvre l'antagoniste du film, Nolan (je m'y ferais jamais hein ^^), Sorrento en plein rêve d'un projet quand il aura gagné les 3 épreuves : rendre l'OASIS zone commerciale et vendre de la pub à 80% de la vision du cortex du joueur. Le gars qui ne doute de rien. D'ailleurs, si on voulait aller plus loin dans l'interprétation, on pourrait aussi se dire que Nolan Sorrento représente la part plus "sombre" de Spielberg, sa part de financier (puisque Spielberg produit lui aussi du cinéma doudou, même si il n'en réalise jamais), et que Jurassic Park, mettait déjà en scène un travelling avec au premier plan une étagère avec les produits dérivés du parc (et donc du film). Peut-être une manière de faire sa propre autocritique de son état de financier.

Sur les avatars, et leurs représentations, beaucoup de spectateurs ou de critique se sont étonnés que pouvant être ce qu'ils veulent, chacun des protagonistes restent dans son sexe et son genre et que les méchants aient des faciès de méchants même dans le virtuel et pas par exemple un skin de mon petit poney. Mais ça s'explique trés facilement, contrairement à la plus grande majorité des joueurs, à l'exception de Aech, les personnages sont contents de ce qu'ils sont, et n'ont donc pas besoin de se cacher, ce qui vaut également pour Saito et Sho, les deux otakus japonais (qui pour des raisons de facilités scénaristiques, vivent au même endroit que les 3 autres héros). Et pour les méchants, si on ne sait pas du tout à quoi ressemble I-rok, juste à peine sait-on qu'il aime les rituels (cf sa manière de prononcer l'orbe de protection d'Osuvox avec un ton trés solennel), Nolan Sorrento lui est un financier, une coquille vide émotionnellement, il ne s'intéresse pas au monde des geeks, et ne voit pas l'intérêt d'en faire partie, si son personnage virtuel est un skin d'homme musclé, blanc et agressif, c'est justement parce qu'il veut dominer, et terroriser les héros, et héroïnes et que changer de peau, ne l'intéresse pas. D'ailleurs il est incorrect de dire que Sorrento n'est pas lui aussi influencé par le monde d'Halliday, car à mieux y réfléchir, son skin est le personnage des comics Superman, (machoire carrée, visage massif et même la mèche en accroche coeur, tout y est), donc c'est pas non plus un méchant cliché. Et si ça se trouve, I-rok est une petite vieille par contre, et quelque part, on s'en moque un peu de son identité, c'est sa présence qui est intéressante.

La deuxième épreuve, requiert toute notre attention dans le principe de Cinéma, et pourquoi le message de Spielberg n'est pas du tout si nostalgique qu'il semble l'être. Si on part toujours du principe que Halliday est Spielberg, alors cette référence au film de Kubrick, lui-aussi totalement absent du livre n'est pas du tout anodine, et lorsque Art3mis se retrouve à littéralement bondir de zombies en zombies en les piétinants et les désarticulants pour produire quelque chose de nouveau, et réparer par là-même, la pire inaction de Halliday, qui l'a obsédé au point de la retranscrire dans une de ses épreuves pour son champion ; Spielberg nous propose encore une vision, plus que symboliste, pour se détacher des anciennes références sans les abandonner complètement, mais il ne nous l'impose pas, elle s'impose d'elle-même à la vision pour qui sait que Kubrick était le meilleur ami de Spielberg. Et tout aussi non compatible semblent-ils être pour le commun des mortels et des critiques, ils ont eu cette si longue amitié "d'amour haine" pendant 18 ans, avant que Kubrick ne meurt, léguant à Steve, la lourde tâche de réaliser le monument de SF imaginé par Stanley : Intelligence Artificielle et qu'il termine par ses quelques mots pudiques empreints d'une profonde tristesse et amitié profonde "for Stanley".

Enfin, on passe les diverses péripéties pour arriver au coeur de la 3eme épreuve, Halliday-Spielberg au crépuscule de sa vie, propose au Wade-Spielberg jeune, ou Spielberg cherchant à se réinventer d'accomplir un jeu, non pas pour le gagner comme on pourrait d'abord le penser, mais pour trouver le petit détail, l'easter egg ultime, la première apparition d'une identité dans un jeu, le programmateur qui cache son nom dans le programme, et ce que nous dit ici Spielberg de fondamental sur le cinéma, c'est que pour qu'un film ait une âme, il ne faut pas qu'il soit l'oeuvre d'un yesman (tous les mercenaires d'IOI meurent en croyant pouvoir réussir à terminer les jeux, sans penser à regarder si comme dans la première épreuve, si la réponse n'est pas à prendre à contrario justement, ne pas gagner à tout prix, mais durer par son identité). Pour qu'un film ait une âme, il faut que son identité et la raison pour laquelle on la produit et réalisé soit avant tout la passion pour le cinéma, et la passion tout court.

Et lorsque lors de la bataille finale, Wade convoque tout l'OASIS, il ne s'agit pas moins d'un message qu'il adresse aux geeks de la planète de s'unir pour arrêter de se faire vendre de la nostalgie à bon compte pour justement embrasser un regard beaucoup plus vaste et pluriel de la Création. Tout autant qu'aux réalisateurs de ne pas se laisser embobiner par des producteurs sans scrupules, jonglant avec leurs désirs de faire des films.

Lorsque les 3 clés sont restituées, et ouvrent le portail, la surprise est total, puisqu'en lieu et place d'Anorak, l'avatar virtuel de Halliday, Wade ne se trouve pas moins qu'en face du "vrai" Halliday, et de son soi enfant, et que dans cette scène que n'aurait pas renié Kubrick avec la séquence avant-dernière de 2001, Spielberg confronte son héritier, ou son lui plus jeune ou plus désireux de se réinventer à lui-même vieux et enfant, non pas un avatar, mais bien, probablement une intelligence artificielle ou un cerveau humain transféré dans le coeur de l'OASIS (et le rapport à Kubrick est ici bouclé) comme le sous-entend, le dialogue final entre Wade et Halliday. "Vous n'êtes pas un avatar ?".

Halliday livre à Wade le dernier easter egg, le seul, l'unique ^^, et lorsque Sorrento pointe son arme sur Wade dans le monde réel, il ne le tue pas, car il comprend quelque chose de son émotion pure, il est touché par la grâce de voir Wade pleurer face à un réel spectacle, alors ça peut paraître idiot dans le contexte mais si on se rappelle que Sorrento se voit un Superman maléfique dans l'OASIS, ça prend tout son sens, cette épiphanie n'est du coup avec cette révélation supplémentaire, plus si incohérente que cela. Sorrento n'est pas méchant en soi (même si il est quand même responsable de la mort de la tante de Wade, ainsi que de l'amant de celle-ci et d'autres habitants des piles) mais il est juste non connecté avec sa réalité, ce qui lui fait faire des actions mauvaises pour étancher sa soif de pouvoir. Lors de cette scène irréaliste où il voit le pouvoir de l'oeuf d'or sur le visage et tout l'être de Wade, il réalise alors l'iniquité de sa quête effrénée. Quant à ceux qui ne comprennent pas, pourquoi la foule ne lui tombe pas dessus alors qu'il a juste un flingue, demandez-vous pourquoi personne ne réagit dans une agression sexuelle par exemple dans le métro, alors que les agresseurs sont souvent inférieurs en nombre face aux usagers de la rame, et non armé, et vous aurez la réponse à votre soi-disant incohérence.

Spielberg nous livre donc ici dans RPO et avec le Bon Gros Géant, son film, le plus intime, le plus personnel, celui dans lequel il se livre bien plus que dans ses interviews trés policées et fortement politiquement correct, (à moins que sa timidité maladive et sa gentillesse positive ne soient pas du tout feinte, et profondément sincère). Un film dans lequel il propose aux apprentis cinéastes et à ceux qui vont lui survivre de garder un pied dans le réel (le mardi et le jeudi) et surtout de réinventer les codes et les références, même si il le dit trés bien aussi, aucun médium ne pourra se départir d'une certaine part de référence. Les références ne sont pas le plus ou le moins important, mais en revanche, ce qu'on en fait est clairement crucial. En attendant justement de voir ce qu'il fera de cet héritage des anciens à réinventer, pour son prochain film, une réadaptation totale de l'oeuvre West Side Story, de 1957, pas un simple remake du film donc. Rendez-vous est donné.

 

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 13:58
Hit man and body guard

Patrick Hughes propose avec Hitman et Bodyguard dont c'est le troisième film déjà, un retour aux sources du buddy movie des années 90. Véritable genre à part entière dont Laurel et Hardy seraient les initiateurs et Murtaugh et Riggs les fers de lance ; le buddy movie a toujours eu une place prépondérante dans le cinéma américain, que ce soit Terence Hill et Bud Spencer, ou Will Smith et Martin Lawrence, en passant par les petits nouveaux, Ryan Gosling et Russel Crowe dans l'excellent Nice Guy du non moins génial Shane Black, qu'on ne présente plus et qui est à l'origine de bon nombre de scénarios d'excellent buddy movie. La boucle est donc bouclée, puisque le Hitman et Bodyguard de Patrick Hughes s'inscrit pleinement dans l'héritage des scénarios de Shane Black, et se propose de donner à voir un duo désaccordé, avec l'excellent Samuel L Jackson et le trés sous-estimé Ryan Reinolds.

On retrouve le cynisme, la violence sèche et l'humour des Armes Fatales sans jamais toutefois égaler ou surpasser le matériau d'origine. Mais le film s'inscrit quand même comme un digne successeur du duo de policiers le plus mal assorti de tous les temps et on se prend à rêver de possiblement voir revenir le duo pour une nouvelle franchise.

Le scénario du film si il n'est guère épais comme aurait pu dire Tolstoï, prend justement place dans un pays inventé au parler ruscophone, dans lequel un dictateur clone du tyran serbe Slobodan Milosevic (Gary Oldman proprement glaçant) vient de procéder à un génocide ethnique sur sa population. Ce dernier se retrouve convoqué à un tribunal international pour être jugé comme criminel de guerre et criminel contre l'humanité. Et le seul témoin de ce crime, est paradoxalement un autre criminel, interprété remarquablement par Samuel L Jackson, tueur à gages de son état, mais un tueur avec des valeurs puisqu'il ne tue selon lui que des ordures.

Le dit tueur est donc amené vers le tribunal pour confondre le dictateur, dont il a failli être un de ses clients, mais le camion cellule qui l'y conduit est victime d'une embuscade tendu par les hommes de main du dictateur, et il s'échappe accompagné de la jeune louve policière d'Interpol (Elodie Yung, parfaite) qui doit l'escorter et dont c'est la première mission d'importance.

Cette dernière se retrouve un peu dépassée par les évènements et convoque son ex petit ami pour l'aider à conduire le tueur à gages au tribunal en temps et en heures, pour lui servir de bodyguard, seulement problème, les deux se connaissent depuis longtemps, puisque l'ancien des forces spéciales (Ryan Reinolds, solaire dans son rôle plus sideckick que leader) a été le garde du corps de toutes les précédentes cibles du tueur à gages. Aussi leurs retrouvailles s'avèrent plus que mouvementés.

Pour le reste, il faut voir le film, car malgré un scénario simple, le film est relativement bien réalisé, sans temps mort, avec ce qu'il faut d'actions et d'humour, mais sans jamais s'avérer formaté ou insipide, un sacré tour de force. Bien sûr on est loin d'atteindre le niveau d'excellence de Nice Guy de Shane Black, mais si il n'est pas l'équivalent, il en est toutefois un sérieux outsider. Et rien que pour le plaisir de revoir le bad guy de Desperado, le fantastique Joaquin De Almeida en chef de police, il faut voir ce film. A noter également la participation de la drolatique Salma Hayek dans le rôle de la femme déjantée du tueurs à gages.

Remarqué par Hollywood, après le tendre et romantique court-métrage Signs dont voici le lien en VOST https://www.dailymotion.com/video/xjct2j, qui a contribué à faire éclater la singularité du réalisateur, en proposant une rencontre entre un homme et une femme travaillant dans deux immeubles distinct et communiquant uniquement par des papiers et un marqueur noir ; et son premier film Red Hill (dont il est à noter que cette relecture contemporaine dark'n gritty du western classique le fera pressentir par Stalone comme réalisateur des Expendables 3) ; ce troisième film confirme tout le bien qu'on peut penser de Patrick Hughes, et on attend avec une belle impatience du coup, son prochain projet dont le cast est pour l'heure inconnu, "Unsafe House", probablement une relecture du film d'espionnage aux vues de son synopsis :  "Trois amis louent une maison de vacances au Bahamas, mais découvrent qu'il s'agit de la planque d'un agent du MI6, occupée par un espion de la CIA."

Patrick Hughes deviendra t-il un fer de lance de la relecture de certains genres de cinéma ou le nouveau Shane Black de sa génération, sans s'avancer, les paris sont pris.

Edité par Metropolitan Filmexport son site et sa page Facebook. Sortie en DVD et Bluray depuis le 2 janvier 2018.

ps : Merci à l'éditeur pour m'avoir envoyé une vraie version commerciale du dvd, c'est toujours un plaisir de le noter quand un éditeur fait l'effort d'envoyer une vraie version boite. Et j'aime toujours le préciser pour leur rendre honneur.

Retrouvez ce film et bien d'autre dans les catégories - comédies cettte année et les - meilleurs films de l'année.

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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 12:38
But her fly kiss

Butterfly Kiss et un film de Michael Winterbottom, réalisateur britannique indépendant à qui on doit entres autres le film controversé 9 Songs, ainsi que le film Wonderland parmi les plus connus de sa filmographie. Butterfly Kiss entre totalement dans la catégorie des films controversé du réalisateur, puisqu'on y suit le parcours totalement chaotique et psychotique de Eunice (incroyable Amanda Plummer), jeune femme fantasque qui recherche sans cesse une indépassable conquête, nommé Judith, dans les stations services et tue quiconque ne correspond pas à sa recherche. CE n'est en rien un spoiler, vu que le spectateur découvre trés vite ce qu'il en est de son état et de ses meurtres.

Le modus operandi est toujours le même, Eunice rentre dans une station service, demande après une chanson d'amour nommé Amour quelque chose en disque, la préposée de la station service explique qu'elle n'a que des cassettes et que tout est là à vue. Puis Eunice lui demande si elle s'appelle Judith, cette dernière dénie et Eunice la tue. Aucune explication à son crime, aucune justification, jusqu'au jour où Eunice tombe sur une employée de station service Miriam (solaire Saskia Reeves), qui entre plus ou moins dans son jeu, et qu'elle finit par embrasser. Venue un temps dans l'appartement qu'elle partage avec sa mère, elle finit par partir sur les routes avec elle dans une sorte de road trip sanglant, semés de cadavres. J'oublie de préciser qu'on suit l'histoire du point de vue de Miriam, probablement incarcérée dans une prison, ou tout du moins auditionnée par la police dans une salle d'interrogatoire. L'histoire est son récit d'"aveu".

Cette plongée froide dans un cerveau malade peut plaire à une certaine audience, personnellement ce n'est pas du tout ma came, mais le film possède des qualités en ce sens qu'il décrit parfaitement le processus de perversion narcissique, si ce n'est que pour une fois, le pervers est une femme envers une femme, sujet tabou s'il en est et non un homme sur une femme. Eunice est également une forme de personnalisation diabolique qui cite la Bible, et blasphème par instant, pervertissant de son propre aveu, les ange qu'elle croise. C'est un film osé pour l'époque 1995, et je conseille sa vision, même si il ne plaira certainement pas à tous les publiques.

BONUS : On trouve dans les bonus.du film un entretien avec un critique de cinéma Yann Tobin ainsi qu'un livret d'un entretien entre le réalisateur et Michel Ciment de la revue cinéma Positif. Ainsi q'un autre dvd qui contient le film en DVD dans sa version collector Bluray.

Sortie en Bluray et dvd depuis le 5 septembre 2017). Edité par Outplay son site et sa page Facebook.

Retrouvez ce film et plein d'autre dans les catégories - le top des films romantiques les plus populaires et
- http://www.cinetrafic.fr/film-lesbien

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 22:44
Le Ca, l'émoi et les Sur-moi

"Conceptuellement, le Ça représente la partie pulsionnelle de la psyché humaine, il ne connaît ni normes (interdits ou exigences), ni réalité (temps ou espace) et n'est régi que par le seul principe de plaisir, satisfaction immédiate et inconditionnelle de besoins biologiques. C'est donc le centre des pulsions, des envies qui constituent l'énergie psychique de l'individu. Le Ça est une instance entièrement inconsciente. C'est l'instance dominante chez un nourrisson qui ne fait pas la part entre réel et imaginaire et a un sentiment de toute-puissance.

Il se heurte le plus souvent, et le plus violemment, au Surmoi qui est le centre des normes imposées (par l'extérieur, la société, la déontologie...), des interdits. Le Surmoi interdit la satisfaction des pulsions du Ça et les refoule.

Cette lutte intérieure génère des conflits qui s'extériorisent par le Moi, le résultat devenu conscient et en contact avec l'extérieur".

Je vous rassure tout de suite amis lecteurs, et lectrices, on ne va pas parler psychologie Freudienne, dans cette critique, enfin pas trop. Déjà parce que j'ai pas les compétences en psychologie pour CA, mais surtout parce que ce n'est qu'une manière de mettre en exergue que le film de Andrès Muschietti tiré du roman éponyme de Stephen King est bien plus un film psychologique initiatique qu'un réel film d'horreur à la Conjuring, n'en déplaise à la critique, à la promo du film, ou au 23 jump scare et quelques présents dans le film.

" C’est la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. [Lieu de] Chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Le ça ne connaît et ne supporte pas la contradiction. On y trouve aucun signe d’écoulement du temps” (phrases de Freud) "

Toutefois, en relisant la définition Freudo-Groddeckienne du CA, je trouve que ce sens correspond parfaitement à ce qu'est vraiment GrippeSou le clown cabriolant dans le roman de King et dans le film de Muschietti. Car oui, CA est une partie pulsionnelle de la psyché humaine puisqu'il joue aussi bien avec les peurs des sujets, qu'avec leurs haines (leurs peurs phobiques). Il est d'ailleurs bien dommageable que Muschietti ait ôté ce sens là du film, car la partie avec les homosexuels tabassés et l'enquête du meurtre sur l'un deux avait une résonnance toute particulière dans notre monde actuel, quand on voit à quel point l'homophobie reprend du poil de la bête dans bien des parties du globe, et que donc la peur se double d'une haine irrationnelle par ailleurs, si ce n'est qu'elle pourrait être le témoin de l'homosexualité refoulée des sujets qui la promeuvent.

Bref, CA est donc le CA, une entité pulsionnelle qui s'affranchit de tous les interdits, et on le verra à la fin du film et du roman des contingences aussi bien spatiale (il peut être partout et prendre la forme qu'il veut), et temporelle (il vient dans le passé, dans le présent et il sera là dans le futur des personnages). Jamais définition d'un concept psychologique n'aura aussi bien collée à un personnage de fiction, même si n'ayant pas la version de King, il m'est impossible de trancher si ce regard là est volontaire ou juste une coïncidence amusante.

CA est bien par ailleurs comme le nourrisson, puisqu'il ne fait pas part entre le réel et l'imaginaire (les deux se valent pour lui et s'interpénètrent par ailleurs) et a bien un sentiment réel de toute puissance sur le groupe, du moins tant que ce dernier en a peur et craint son pouvoir. Car il n'en sera pas de même lorsque les enfants se seront affranchis de son influence sur eux pour avancer dans leur vie de futur adulte.

Le Surmoi lui s'oppose au CA dans la mesure où il est le garant de tous les interdits, toujours d'aprés la définition psychanalytique du concept freudien, auquel il s'oppose de manière violente. Le Surmoi ce sont les enfants, qui représentent aussi bien des peurs (coulrophobie (peur de clowns), peur de la créature tapie dans le noir, peur de la maladie ou de la mort) que des interdits (peur  de comportement sociétaux tabou, inceste avéré ou incestuel), des haines (le racisme qui est à l'oeuvre sur le fait que Mike Henlon est noir, et que c'est en ce sens que sa famille a été tué dans un incendie qu'on présente comme volontaire, l'antisémisme envers Stan quand Patrick Hockstetter joue avec sa kippa comme avec un frisbee) donc bien des garants d'idéaux sociétaux des normes imposées par l'extérieur.

Et enfin le Moi qui serait donc la manifestation visible de ce combat intérieur, de cette lutte interne, ce serait donc Derry, la ville, en tant que personnage témoin des affrontements entre les enfants (le Surmoi) et la créature (le CA). De ce point de vue là d'ailleurs, le film est plutôt pas mal, car Derry est vraiment mise en scène comme une entité singulière du clown. Georgie en courant après son bâteau esquive une barrière de travaux, mais une autre le frappera de plein fouet, lui fera perdre le fil de la course de son bateau et le précipitera vers la mort. Puis un peu plus loin dans le film, ce sont les cailloux d'une rivière qui aideront les enfants à se défaire de Bowers et sa bande pour protéger Mike. Puis le plancher d'une baraque en ruine scellera le sort d'un des enfants, mais sans doute CA y est-il aussi pour quelque chose.. En somme, Derry est à la fois animiste en bien et en mal.

"Chez Freud, le moi correspond à la partie défensive de notre personnalité, il est considéré comme la plus consciente. Il tente grâce à un rôle de médiateur de répondre aux intérêts respectifs du ça, du surmoi et du monde extérieur afin de trouver un certain équilibre. Le Moi est une “pauvre créature, devant servir trois maîtres». En effet, le moi doit supporter la menace provenant du monde extérieur, du ça et du surmoi. Le ça est le «lieu» d’où proviennent les pulsions, il répond principalement au domaine de l’instinctif et de l’inconscient. De plus, le ça, dans l’Interprétation des Rêves notamment, ne connaît aucune règle, ni de temps ni d’espace, ni d’interdit ; il est seulement régi par sa libido, c’est à dire l’énergie psychique souvent liée à la sexualité ou à l’agressivité, dans le but final d’atteindre le plaisir immédiat. Enfin, le surmoi représente l’agent critique, l’intériorisation des interdits et les exigences parentales, sociales et culturelles. Il est en partie inconscient, et se forme durant l’enfance et l’adolescence."

Une fois ceci posé, on va pouvoir se concentrer sur la dimension psychologique voire psychanalytique du film. Déjà, commençons par tordre le coup à un propos qu'on a souvent vu revenir sur la scène d'introduction du film, non cette scène n'est pas inutile, elle ne sert pas à rien. Pour en parler, il convient de préciser que quand on écrit un scénario, et pour que le spectateur puisse mieux rentrer dans le vif du sujet, on se doit d'introduire les personnages en question. Et il faut également aborder la notion dans le scénario de Set-Up Play Off, (ou fusil de Tchekhov en littérature). En gros pour définir trés brièvement le principe, si on montre un fusil à l'écran sur un plan du film, il serait logique voire naturel d'en voir son utilisation, ou l'échec de son utilisation dans la suite ou à la fin du film. Et cela tombe bien, puisque le film CA utilise trés bien comme la plupart des films bien construit cette notion scénaristique là. Ainsi non, il n'est pas inutile de voir la relation fraternelle, entre dispute et amour-haine de Georgie et Billy. Déjà parce que ça permet de voir Georgie être confronté à son désir de voir son bateau flotter et il est prêt à tout pour se faire, peu importe le mauvais temps, son frère malade, ou qu'il doive descendre à la cave (lieu de toutes les angoisses et peurs enfantines) chercher de la parafine. Ca permet aussi de confronter Georgie à sa peur ultime, le noir, et presque d'annoncer sa rencontre et sa fin inéluctable avec CA, puisqu'au final, il n'y a absolument rien de dangereux dans la cave, même si King comme Muschietti capitalise sur cette attente/peur du spectateur. Ceci permet également de montrer un Georgie presque conquérant, même si il n'a pas réellement affronté sa peur, et cette scène aura d'ailleurs son pendant miroir un peu plus tard dans le métrage, lorsque Billy descend à la cave et voit son petit frère dans la pièce inondée avec le clown qui lui fait face et le chasse tout comme Georgie a été chassé par sa peur du noir en avance sur la réalité, le clown n'étant pas dans la cave, mais bien dans un autre lieu sombre. Enfin cette scène de tendresse amour-haine, chien-chat, permettra au spectateur de se décharger émotionnellement en embrassant la vision de Billy, à la fin du film quand il fait enfin le deuil impossible de la mort de son petit frère en tuant le clown-Georgie partie de lui-même par ailleurs. Bref ceci n'a absolument aucune mesure et on pèse les mots, avec un "first killed" dans n'importe quel slasher de type Scream ou Souviens-toi l'été dernier. C'est un contresens total de croire ça, ça démontre juste que la personne qui le pense ne connait pas grand chose au cinéma initiatique.

Et d'initiation il en sera largement question, puisque outre le fait de confronter chacun des enfants à leurs peurs de grandir, le film CA suivant le roman reprend le principe des 7 personnages. Là encore on a lu trop de sottises ailleurs pour ne pas s'y arrêter. Certains critiques, voulant que les enfants soient 4 par exemple mais le problème déjà c'est que chacun des 7 a des peurs bien spécifiques et aucune n'est identique, et ensuite il ya une dimension Kaballistique dans le film, 7 étant un chiffre sacré entre tous, le chiffre Divin par excellence dont il aurait été bien stupide de se priver. Dans la Kaballe d'ailleurs, il y a dans un des chapitres, (je ne retrouve plus le lien, si quelqu'un l'a je suis preneur), 6 hommes, et une femme trés important, formant donc le chiffre 7 comme dans le roman. D'ailleurs les enfants qui sont guidés par la superstition du chiffre 7, se déferont de CA la première fois en étant 6 (le 7eme étant resté bloqué en haut du puit), la suivante en étant 5 (en espérant que Muschietti suive le roman jusqu'au bout) comme pour les montrer en train de dépasser cette superstition religieuse pour atteindre une foi en eux-mêmes, bien plus mystique et bien plus importante que n'importe quel dogme, d'ailleurs le combat final sera bien plus âpre, et beaucoup plus mythologique avec l'intervention de la Tortue Monde (dont on voit une occurrence à un moment du film CA, puisque un des enfants dit "j'ai vu une Tortue"). On peut d'ailleurs un peu regretter que les enfants n'inventent plus de moyen de mettre CA en échec, avec leurs quotidiens  : les noms d'oiseaux de Stan, la balle en argent de Eddy (remplacé ici par un lépreux synonyme de ses maladies imaginaires), etc... qui étaient beaucoup plus témoins de la force de l'imaginaire, tout en positionnant certaines croyances auxquels ils se dédiaient pour le vaincre.

"Le Nombre 7 est très certainement le Nombre le plus important de la Torah.  Il est présent 77 fois dans le Tanakh (Ancien Testament).

Il est le nombre de l'accomplissement et du temps et de la réflexion après un cycle accompli."

Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que c'est exactement ce qu'il va se passer avec les enfants, leur difficile passage de l'enfance à l'adolescence, en attendant l'âge adulte après CA ^^. L'apparition des premières règles de Beverley, la Bar-mitsvah de Stan, le dépassement et l'acceptation du deuil de Georgie par Billy, l'émancipation de Eddy de la folie maladive de sa mère, Mike qui se consacre sans plaisir à tuer des animaux pour endurer sa place dans le monde et ne pas passer du côté des traqués comme lui dit son grand-père. Mais aussi en beaucoup moins positif, mais miroir de cela, Bev qui frappe son père pour ses incestes répétés, ou Bowers qui tue le sien avec son couteau personnel. Et c'est en grandissant qu'ils vont pouvoir dépasser ce statut de superstition du chiffre des septs pour venir à bout de CA malgré tout. Beaucoup de gens regrettent la non présence du "gang bang" mystique entre Beverley et les 6 ratés mais outre le fait que ce genre de scène doivent être plutôt dure à imposer à la MPAA ou aux producteurs, je trouve personnellement qu'elle est joliment suggérée par deux fois, lorsque les 6 restants se font un gros calin après que Ben ait sauvé Bev des lueurs mortes en l'embrassant, puis ensuite lorsque tous les 7 font leur pacte du sang, se donnant la main en cercle, le tout renforcé par le travelling circulaire et l'inscription "LOVER" du plâtre d'Eddy. Donc même si on peut trouver ça quelque peu puritain de n'avoir pas mis ce passage trés important du livre, je trouve que son absence est plus que correctement comblé par ces deux scènes.

Beaucoup trouvent également dommage la disparition de l'homosexualité refoulée de Bowers, mais même si elle n'est pas là non plus explicitement montrée, Muschietti la fait passer par de subtiles procédés quand même. Ainsi, Bowers parle des "nichons" de Ben, puis il veut graver son nom avec son couteau sur son ventre après lui avoir explicitement dit que "ceux qui venaient sur ce pont venaient pour deux choses, se rouler des pelles, et graver leurs noms en tant que couple", on ne fait pas plus clair comme sous-texte. Et enfin, castré symboliquement par son père qui récupère son arme et tire dans le sol à ses pieds avec cette dernière. D'ailleurs,  il tuera son père en lui enfonçant son couteau dans la gorge (on fait pas plus symbolique comme action dirait Hitchcock). Bowers est d'ailleurs plutôt bien traité comme personnage antagoniste, car on ressent un peu de la peine pour lui, lorsque son père le traite de "lavette" et l'humilie devant ses camarades. Il est intéressant aussi de voir que la personnalité des bullies qui accompagnent Bowers a aussi été bien traité. Puisque lors de la scène du couteau à graver sur Ben, l'un jouit presque de l'action de Bowers (Patrick Hockstatter, le même qui se faisait branler par Bowers dans le roman), et le second lui semble plutôt catastrophé par ce qui arrive. Le seul truc un peu incompréhensible avec Bowers qui cristallise d'ailleurs toutes les haines de Derry (homophobe, raciste, misogyne, mal éduqué) c'est que Mike le balance dans un puit sans fond. Normalement, Bowers est arrêté par la police suite au meurtre de son père et incarcéré dans un hopital psy, dont CA viendra le tirer pour orchestrer sa vengeance de manière physique sur des adultes qui n'ont plus vraiment peur de lui. Je suis donc assez curieux de voir ce que va en faire Muschietti.

Outre Bowers qui est l'incarnation physique de leur peur, une sorte de CA plus réel et tangible, le film est aussi une étude sur l'inceste, et les différents comportements liés à ce tabou, qu'il soit incestueux (Beverley, le pharmacien), ou incestuel (Eddy, Bowers, Stan, Mike d'une certaine façon). Incestueux, puisque Beverley est confronté aux pulsions incestueuses de son père comme dans le roman, et probablement le pharmacien est pas trés franc du collier non plus, ce qui expliquerait, pourquoi sa fille se comporte comme une sorte de Bowers bis avec Beverley ou Eddy). Et incestuel, puisque Eddy souffre de l'hypocondrie de sa mère qui le materne beaucoup trop, Bowers père qui abuse probablement de sa force et de son alcoolisme sur son fils, Stan confronté à un père rabbin qui le rabaisse parce qu'il ne maîtrise pas la lecture de la Torah, et le poid de la religion qu'il imagine d'ailleurs comme la créature présente dans le film Mama sous forme de tableau dans le bureau de son père ; et Mike car son grand-père l'oblige à tuer des animaux, chose qui ne semble pas le passionner outre mesure. Au final, le clown apparaît donc comme une sorte de petit joueur dans le film à côté de la saloperie affichée du comportement des parents des enfants, ou de leur entourage. Mais c'est justement ça l'intérêt du film aussi, et ce qui à mon sens n'en fait donc pas réellement un film d'horreur, mais plus un drame fantastique initiatique.

Au final, donc un film plutôt intéressant, qui ne souffre pas du tout d'être revisionné, bien au contraire, et qui malgré ses défauts dû sans doute à de trés nombreux et différents passages de scénaristes sur le projet, plus le fait que le réalisateur précédent l'ait quitté (Cary Fukunaga, créateur de True Detective) apparaît comme un peu boiteux pour certains, mais CA n'a pas été mon cas, car j'ai su retrouver l'univers, et la réalisation du réalisateur de Mama, jusqu'à sa propre citation de son film dans les peurs de Stan. Il est d'ailleurs amusant de voir que dans la scène des peurs de Richie Tozier, on peut apercevoir une poupée marionnette de l'image de CA dans le téléfilm avec Tim Curry, comme une forme de passation de pouvoir entre les deux oeuvres trés différentes par ailleurs.

Alors pour toutes ces raisons, et un peu pour d'autres, MERCI !! Au nom de tous les enfants qui ont chevauché leur Silver et appris à surmonter leurs peurs avec ce livre, cher Andrès Muschietti merci, le livre prend vie et c'est grâce à vous et à votre soeur. Non, CA n'est pas un film d'horreur, non CA ne fait pas peur, non CA n'est pas un rollercoaster, c'est tout CA à la fois et plus encore, CA ne fait pas peur, il terrifie, il vampirise, il traumatise, et c'est bien plus insidieux, sur le moment tu sursauteras peut-être ou pas mais quand tu rentreras chez toi, seul, quand tes peurs reprendront leurs droits sur toi que ce soit dans tes rêves, dans ta solitude, ou dans ton apparente famille, CA s'insinuera jusque dans ton cortex, parce que CA ce n'est pas seulement un des meilleurs films fantastique initiatique jamais réalisé, adapté du redoutable bouquin de Stephen King, c'est aussi une manière d'affronter la vie, d'arpenter le chemin sinueux et ronceux, ou prendre sa revanche sur tous les bullies qui ont pu te faire du mal dans ton enfance ou ton adolescence.

Encore merci aussi à Stephen King qui a rendu cette aventure possible. J'aurais toujours beaucoup d'affection pour Il est revenu, mais CA dépasse de loin l'efficacité manifeste du téléfilm.CA est là, CA reviendra, mais CA suffit.

 

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 18:49

Après la partie asiatique, c'est au tour du folklore mexicain d'être écaillé et revisité par Russel Mulcahy et son équipe.

La Saison 3 s'étant terminé sur la SPOILER SPOILER SPOILER mort de la si sympathique meilleure amie de Lydia (oui je balance pas le nom), et la "ressurection" de la Tante de la fille Argent, le spectateur se retrouve totalement perdu, surtout si il était attaché à l'une beaucoup et en même temps à l'autre aussi malgré son caractère pour le moins clivant. Décidément, ce pauvre Argent n'a pas de chance avec sa famille proche.

Scott et ses amis se retrouvent à devoir se battre contre une louve, et un cartel de chasseurs de loups-garous mexicains. Dans le même temps, de mystérieux Guerriers fauves en apparence immortels font leurs apparitions et compliquent grandement la donne du "wolfy gang".

Cette saison 4 a deux points forts indéniables, la mise en présence de deux antagonistes féminin porteuses d'extrêmement de charisme, ainsi que le développement d'une autre histoire d'amour inter-espèce en plus de celle de Scott. On notera aussi que pas mal de rôle secondaire sont étoffés dans cette nouvelle saison.

La série continue sur les traces de sa grande soeur Buffy contre les Vampires, et se positionne à nouveau comme la vaillante successeuse de la série du trio Kuzui brothers et Wheddon. Mulcahy qui réalise pas mal d'épisodes encore une fois, apporte son savoir-faire et c'est un réel plaisir de réalisation inventive et au cordeau.

Il paraît qu'une saison 5 a été aussi tournée, on espère qu'elle sera du niveau des précédentes, parce que croyez moi ou non, cette série est avec Buffy contre les Vampires, la meilleure des séries jeunesses sur l'adolescence, et les affres de cette période chez les jeunes.

A noter que des personnages qui avaient peu d'importance dans les précédentes saisons se voient dotés de développement profondément passionnant. Une série à ne vraiment pas rater si vous ne la connaissez pas, et que vous aimez le fantastique et les mythologies du monde.

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