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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 12:46

http://www.capcampus.com/img/u/350143/mortal-instruments-guide-612x380.jpgAujourd'hui dans l'instant cinéma, on va parler d'un film qui ne m'a pour une fois pas plu du tout. Bon vous me connaissez depuis le temps, je trouverai toujours un peu de bien à en dire, mais ça sera dur.

Mortal Instruments de Harald Zwart, réalisateur norvégien à qui on doit les "inoubliables" Cody Banks, La Panthère Rose 2 et producteur délégué du quand même sympathique et foutraque Dead Snow, n'est pas ce qu'on pourrait appeler un bon film. N'ayant pas lu les films, je ne me permettrai pas de juger de l'adaptation mais le film en lui-même, même si il possédait toutes les caractéristiques pour donner un sympathique film de fantasy un peu plus dark que la moyenne tombe dans tous les travers de la vague post-Twilight, héros tellement sombre et dark qu'ils sont représentés comme des hémos à un bal de fin de promo, méchant lisse mais beau à la Tom Elvis Jedusor mais sans la classe et l'ambiguité de ce dernier, même si Johnathan Rys Meyer fais bien son job, on se demande parfois ce qu'il vient foutre là, lui, ainsi que plusieurs seconds couteaux, d'habitude passionnant du cinéma de série B, ou de séries télés (coucou Misfits).

L'histoire adapté du roman de Cassandra Clare raconte l'histoire de  Clary Fray, quinze ans, jeune adolescente qui vit à New York. Lors d'une soirée dans un club new-yorkais, elle découvre un spectacle effrayant: trois personnes habillées en noir tuent une autre personne. Personne ne peut voir les agresseur et l'agressé sauf elle. Un mystérieux garçon blond se révèle à elle et lui dit que la victime est un démon, donc qu'il n'y a rien à craindre, que les agresseurs ne sont pas des meurtriers mais des bienfaiteurs. Bientôt la mère de Clary disparaît, capturée par de ténébreuses créatures. Clary découvre le monde des Chasseurs d'Ombres et des Créatures Obscures telles que les vampires, les loups-garous et les démons. Accompagnée de Jace, le blond décoloré et d'autres Chasseurs d'Ombres de l'Institut, Clary va tenter de comprendre ce monde particulier et de sauver sa mère, découvrant au fil du temps des révélations de plus en plus surprenantes.

Le film commence plutôt bien mais a beaucoup de mal à caractériser correctement ses personnages, on ne s'attache jamais vraiment à eux, et la mise en scène relève de beaucoup trop de gags qu'on finit par se demander si c'est assumé ou pas (rappelons nous, Cody Banks, la panthèse rose 2, producteur de Dead Snow), mais on déchante trés vite, c'est bien du premier degré mal assumé, et pas une relecture des codes du Twilight-Like. On tombe trés vite dans tous les travers du triangle amoureux sans issue, mais malgré de belles trouvailles en terme de plan, et quelques fulgurences visuelles, le récit tombe trés vite dans une chorégraphies de combats mais qui sont au cors défendants du chorégraphe, un français, pas trop mal chorégraphié justement. Le problème c'est qu'un bon combat doit continuer à raconter l'histoire, et que là, il n'y a rien, les combats ne sont qu'un prétexte pour faire venir les petits garçons dans la salle, et les hémos sexy tee-shirt mouillé ne sont qu'un prétexte pour faire venir les petites filles et les gays. Attention, ce n'est absolument pas ce que je pense, mais bien la logique genrée des producteurs du film qu'on sent venir à 20 pas. La sublime Lena Headey révélée au grand public par les Frères Grimm de Terry Gilliam fait quasiment de la figuration et la fille de Phil Collins, Lily Collins, s'implique autant que faire se peut sur son premier gros film dont elle se sort plutôt bien finalement.

Un mot sur la musique signée Atli Orvasson, compositeur de Anges et Démons et Iron Man entre autres qui s'en sort lui aussi plutôt bien, même si le film manque de thèmes qui restent en tête.

Au final, on se retrouve avec un film un peu aussitôt vu, aussitôt oublié, qui aurait mérité un meilleur traitement tant le potentiel semble dense (12 romans à ce jour), et tant un vrai réalisateur avec une vision aurait prévalu sur un sympathique yesman comme Zwart d'autant que la fin est plus que surprenante puisque pour une fois le sidekick à lunettes ne termine pas avec la reine du bal mais seul. C'est assez rare pour être signalé d'autant plus que la fin met en avant un des tabous de l'humanité et c'est assez malaisant d'ailleurs quand on comprend où veut en venir la fin. On notera d'ailleurs que l'auteur semble trés fan de Star Wars au point de reprendre dans son intrigue deux des rebondissements de la plus célèbre des sagas tel quel. Le problème étant que comme rien n'est véritablement assumé par un réalisateur avec une vraie vision, tout se délite peu à peu et rien ne fonctionne dans le récit, pas même les révélations de la fin qui bien amenée ailleurs, peuvent surprendre quand bien même ce genre de révélations fait maintenant parti des clichés des blockbusters.

Bref, au final, vraiment déçu par le film, et ce n'est pas les bonus dvd qui viendront rattraper ça, car on se retrouve avec un clip de la chanson du film et des featurettes promo pas trés intéressantes, en dehors de la featurette des combats qui est bien sympathique.

En espérant que le prochain film critiqué saura relever le niveau de ce dernier.

Sortie en Dvd et Bluray le 17 février 2014. Distribué en France par TF1 Vidéo. 

 

Retrouvez d'autres films comme The Mortal instruments dans la catégorie Film Fantastique 2014
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:42

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos/reportages/photos-de-war-games-a-la-strategie-ender-en-passant-par-maman-j-ai-rate-l-avion-les-petits-genies-du-cinema-3882806/photos-de-war-games-a-la-strategie-ender-en-passant-par-maman-j-ai-rate-l-avion-les-petits-genies-du-cinema/70509607-1-fre-FR/PHOTOS-De-War-Games-a-La-Strategie-Ender-en-passant-par-Maman-j-ai-rate-l-avion-les-petits-genies-du-cinema_portrait_w858.jpgGavin Hood que nous avions quitté après un relativement décevant (et encore c'est un bel euphémisme) X-Men Origins : Wolverine, nous revient dans l'adaptation de la série de roman de Orson Scott Card, le Cycle Ender, datant de 1985. Cette série de romans est assez controversée, l'auteur étant entre autre accusé de faire de l'eugénisme et de décrire une société fasciste avec plaisir, alors que comme le film, c'est une critique beaucoup plus ambigüe qu'il n'y parait. Mais rappelons-nous, les critiques et les journalistes, qu'ils soient littéraires ou cinématographiques sont des veaux comme dirait le défunt Général de Gaulle, donc si on leur met pas le propos à suivre en découpant la pensée selon les pointillés, ils sont trés vite largués et voit du fascisme et du patriote nationalisme partout (Guerre des Mondes, The Dark Knight, Kick Ass, Stratégie Ender, Starship Troopers même combat).

Oui, même ce pauvre Hollandais Violent a eu droit (malgré son odeur de sainteté universitaire et intellectuelle) à être accusé de propagande fasciste dans un film qui la dénonce bien entendu et parfois à notre goût avec un peu trop de sabots de plomb. Mais apparemment ce n'était pas assez pour la critique française, puisque l'ancêtre du point Godwin Begaudien, le cinéaste "expérimenté" Christophe Honoré, y voyait déjà une pur ode au fascisme, et un "cédérom pornographique" (je veux même pas savoir ce que ce bon vieux Honoré a pu mater dans sa vie comme porno). 

Si vous voulez vous rincez l'oeil et/ou pleurer sur la décadence de la critique française, suivez le fürher ( guide en allemand) : http://louvreuse.net/Instant-critique/honore-vs-verhoeven.html

C'est vrai qu'on peut comprendre son hésitation, un mec qui fait Soldiers of Orange en Hollande, et qui dernièrement réalise Black Book, est forcément un pur nazillon qui rêve que de race supérieure. Sans parler de sa vision de l'état et la police dans Robocop. Un fils d'Adolf on vous dit, et c'est Christophe Honoré, pourtant le nom de famille de mon gâteau préféré qui vient vous le dire, argument à l'appui.

Ceci dit, ce dernier n'a pas l'apanage de la connerie critique, puisque même nos cinéastes à nous les obscurs, les sans-grade, les cinéastes dit de genre, sont capable de pondre des grosses idioties en vidéo aussi : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Video/VIDEO-Pascal-Laugier-The-Village-est-un-film-d-extreme-droite-3479346

M'enfin, nous ne sommes pas là pour compter les points de l'aberration intellectruelle française mais bien pour parler du nouveau film de Gavin Hood, cinéaste découvert médiatiquement par le sympathique "My Name is Totsi" dans lequel une petite frappe trouvait un bébé dans une voiture et décidait de s'en occuper juste avant d'avoir voulu le tuer". J'en raconte pas trop, pour ceux et celles qui voudrait découvrir le film de Hood. Ce dernier ayant reçu en 1993 pour son premier scénario de long "A Reasonable Man", futur long métrage inédit en France, le prix Diane Thomas Screenwriting Award  des mains de Steven Spielberg, Kathleen Kennedy et Michael Douglas, excusez du peu.

Hood donc s'attaque à un des monuments de la littérature américaine de science-fiction avec autant de détracteurs (les lecteurs du bouquin, les déçus de Wolverine son précédent blockbuster) que de laudateurs (la critique française qui a aimé la fraîcheur et le renouveau de "My Name is Totsi", oui dès que les mecs reçoivent un oscar, nous on est comme ça on fond, pour la fraîcheur. Et bien que votre serviteur ait lu au moins un des bouquins du cycle Ender dans sa prime jeunesse, il n'en avait plus grand souvenir, aussi j'aborderais le film comme une entité propre et avec Spoiler, vous voilà prévenus sans tenir compte du livre. 

Le héros, est magnifiquement incarné par Asia Butterfield, et même si le héros du roman est plus jeune, le fait de le vieillir un peu, ne fais rien perdre au propos de son efficacité. Le Ender du titre vient du fait que Ender est le surnom donnée à Andrew Wiggin par sa soeur Valentine. Ender donc "celui qui termine les choses" en anglais (et on le verra dans le film, il a la terminaison facile et expéditive) est le troisième fils surdoué d'une famille qui en comporte déjà deux. le maximum autorisé. Mais suite à une "commande du gouvernement", la naissance d'un troisième enfant est accordé à la famille, et Ender nait. Comme sa soeur et son frère, il est enrolé par l'armée pour combattre les Doryphores (une race extraterrestre extrêmement belliqueuse du moins selon l'Etat) et semble promu à un brillant avenir, mais Ender a un gros défaut, il est colérique, et se laisse souvent vaincre par sa colère (ce qui était aussi le défaut de son frère ainé), sa soeur étant elle beaucoup trop douce. Mais la "tare" d'Ender ne s'arrête pas là, puisqu'en plus d'être violent, Ender a aussi une énorme compassion pour ses ennemis. On comprend donc trés vite, qu'Ender a tout ce qu'il faut pour être un chef (relire Machiavel, le Prince pour s'en convaincre) puisqu'il possède à la fois la douceur de sa soeur, et la violence de son frère, il est le prototype parfait pour devenir un excellent chef de guerre.

Et c'est ce qui arrive, puisque le commandant Hyrum Graff (impeccable Harisson Ford) débarque dans sa famille pour l'enroler dans l'école militaire, en vue d'en faire un commandant d'élite dans la guerre contre les Doryphores. Parvenu dans l'école, Ender s'illustre en mal en laissant la petite frappe de l'école quasiment sur le carreau, et malgré le fait que ce dernier l'avait agressé, il ne peut s'empêcher de regretter la tournure qu'a pris l'agression, à son avantage, puisqu'il ébouillante son camarade, avant de lui faire embrasser l'arrête de la marche des douches le laissant à demi paralysé et baignant dans son propre sang. Ender en plus de Hyrum est suivi par une psychologue de l'école, le Major Anderson et ces derniers façonnent Andrew au moyen de test vidéo-ludique (sans jamais dénigrer le jeu vidéo, un bon point pour Hood) absolument comme il voudrait qu'il soit pour être le meilleur chef de guerre. Ender conquiert le coeur de ses camarades, en même temps qu'il passe de niveau supérieur en niveau supérieur jusqu'à ce qu'un combat dans la salle d'entrainement (à base de Quidditch un peu amélrioré) ne lui offre les moyens d'appliquer la profondeur de son intelligence en tant que stratège.

On ne spoilera pas toute l'intrigue, mais cette grandeur de stratège finira par lui être fatale dans un conflit aux  enjeux totalement biaisés, et même si on sent venir le "twist" à cent pas, qu'on ait lu ou non le livre, rarement un film aura aussi bien collé son twist avec son propos. Le dernier en date étant sans doute le Village, d'où la citation de ce dernier dans la critique. Comment peut-on être suffisamment stupide pour voir le film, et y voir une ode au fascisme, alors que même si Ender est glorifié pour sa violence, et son "arrogance", le film par ses placements de caméra et ses cadres ne cessent de crier l'inverse. Mais les journalistes français n'y connaissant quasiment rien en technique, et en découpage, ceci explique sans doute cela.

Le film loin de se postionner dans un happy ending à l'américaine (comme lu dans la presse et sur internet) offre en réalité une réflexion bien plus profonde sur la colère, et les retombées psychologiques qu'elle peut entraîner. Sans parler d'une mise en lumière des processus d'édification par la propagande et la manipulation. Ender, entrainé par sa colère et sa soif de conquête, se verra accomplir le crime ultime, un "xénocide", le premier de l'humanité. Horrifié par son geste, et ne trouvant aucune consolation dans ce que lui dira son cerveau gauche (Hyrum) et son cerveau droit (le duo Valentine/ Anderson) , sans parler de sa conscience (inquiétant Ben Kingsley dans le rôle d'un patriote de légende qui n'a malheureusement de légende que l'apparence et la fable, la réalité étant plus que décevante) ; il quittera l'armée pour tenter de "réparer les choses" autant que faire se peut.

Il y aurait beaucoup à dire encore sur le film, notamment sur le paralèlle qu'on peut établir entre l'école militaire et les USA actuels, mais le but de cette critique est juste de donner aux lecteurs l'envie de faire fi de l'avis presse et de donner sa chance à ce film qui le mérite vraiment. Loin de ces oripeaux de Twilight de l'espace, la Stratégie d'Ender mérite largement le détour, surtout pour les spectateurs qui aiment réfléchir en plus d'assister à un bon spectacle.

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:59

http://www.cinematon.fr/wp-content/uploads/2013/04/FACEBOOK-DENIS.jpg"Le déni est une notion théorisée par Sigmund Freud pour désigner la non-considération d'une partie de la réalité, en particulier celle de la différence des sexes (voir chez lui le concept de castration)1. Dans la théorie psychanalytique, le déni porte autant sur la réalité « extérieure » (perceptive) que sur la réalité ou le ressenti interne."

Le nouveau film de Lionel Bailliu (réalisateur de la série Elodie Bradford avec la sublime Armelle Deutsch et du film Fair Play) se positionne comme une comédie drâpée dans des atours de comédie romantique. le traitement du sujet par le réalisateur de Fair Play apporte une fraîcheur au thème sans pour autant totalement séduire le spectateur par un manque de structure sans doute. Denis n'est pas vraiment le genre de film qui reste dans les mémoires, et c'est un peu dommage car le film est pour le moins plaisant. On sourit souvent, mais le rire n'est jamais vraiment présent. Avec un tel sujet, on aurait adoré voir ce qu'un Judd Appatow ou même les Frères Farrelly auraient pu tirer en terme de ressorts scénaristiques, dramatiques et comiques.

Vincent (impeccable Fabrice Eboué) s'est fait piquer ses petites copines (une historiette et une vraie histoire d'amour) par le même homme, Denis. Lorsque ce dernier recroise sa route une troisième fois, Vincent craignant qu'il ne lui fasse le coup une troisième, décide de prendre les devants en rencontrant son Némésis et en apprenant à le connaitre... Audrey Dana et Sara Giraudeau du côté féminin, s'en sortent aussi à merveille dans les rôles de l'ex et de l'actuelle petite amie de Vincent. A noter, la participation quasi figurative mais assez sympatique également de Simon Astier en ami de Vincent.

Le film de Lionel Bailliu a clairement pour lui d'utiliser à nouveau la métaphore (le sport pour son précédent film comme témoin des rivalités dans le travail entre un patron et son cadre), car il n'y a pas besoin d'avoir lu Freud pour faire tout de suite la relation entre le prénom Denis et le Déni de réalité. Car c'est de cela dont parle entièrement le film, Vincent se trompe dans sa vie, se trompe dans ses choix de vie, et Denis ne sera au fond que le révélateur de ce jeu de dupe. Suite à une sortie entre amis durant lesquelles les masques vont tomber, Vincent va comprendre grâce à Denis que sa vie va complètement sur la mauvaise voie, et il pourra reconnecter son être à ses envies.

Le dvd contrairement au film qui est trés sympatique est totalement chiche en bonus, puisqu'il n'en comporte aucun. Carton rouge pour l'éditeur, parce qu'on aurait aimé en apprendre plus sur le film, et sur son réalisateur, le talentueux mais sous-estimé Lionel Bailliu. Le même (mauvais)sort s'est répété comme dans l'histoire de son personnage, puisqu'après un deuxième film sympatique, il n'a pas convaincu le public. Le problème du film est peut-être d'être trop frileux dans son scénario, pour ne pas choquer les attentes de la fameuse "ménagère de moins de 50 ans" qui n'existe que dans la tête des producteurs et des chaines de télé qui coproduisent chacune des comédies françaises. Tant que on ne fera pas confiance aux intuitions des réalisateurs en leur laissant une chance de renouveller le "téléfilm story" du dimanche soir, les nouvelles comédies continueront à aller droit dans le mur (48800 entrées pour un budget de 5 Millions d'euros) pour le plus grand déplaisir des amateurs de comédies, et de comédies romantiques. Chose d'autant plus déplaisante que le film malgré un petit ventre mou, est indéniablement une trés bonne surprise et un divertissement totalement honnête.

Sortie en dvd le 9 Octobre 2013. Réalisé par Lionel Bailliu. Distribué par M6-SND.

Retrouvez ce film sur Cinetrafic dans la catégorie   film 2009 et la catégorie films français.

 

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 19:09

http://images2.fanpop.com/image/photos/9400000/me-n-orson-welles-richard-samuels-9454615-1280-1024.jpgVoilà un parcours pas banal pour un film, un DTV mais pas pour un film de yakayos mettant en scène une énième star de film d'action vieillissante, ou une bouzasse à base de Requin dans ... Non, ce DTV, donc jamais sorti au cinéma en France, est un film de fiction avec une base réelle (la vie d'Orson Welles) et d'un réalisateur plus qu'appréciable (Richard Linklater, expérimentateur de talent, et réalisateur de la trilogie des Before, entre autre chose).

Il est d'ailleurs plus qu'étonnant de voir que le film, réalisé en 2008 ne soit sorti que cette année en France, et surtout en DTV sans passer par une sortie salle. Pourtant ce film, dont le sujet est essentiellement le théâtre et les affres de la création aurait bien mérité d'être vécu en salles, tant la grandeur de la mise en scène du Jules César de Shakespeare par Orson Welles et la reconstitution du New-York de l'époque aurait eu fière allure sur un écran de cinéma. Mais le visionnage du dvd sur un écran beaucoup plus petit passe tout de même. La preuve qu'un bon film peut toucher sur n'importe quel support.

Richard Linklater s'attache dans Me and Orson Welles à traiter de la rencontre "fictionnelle" entre un jeune comédien du nom de Richard et du grand réalisateur et metteur en scène de théâtre Orson Welles au moment où il monte Shakespeare et principalement son Jules César transposé dans l'époque fasciste le tout pour inaugurer son théâtre le Mercury Theatre qu'il vient d'ouvrir à peine.

Adaptation du roman de Robert Kaplow, le film peine à se monter, puis à être distribué en France. Orson Welles étant pourtant loin d'être inconnu, même en France, à moins que ce ne soit le sujet sur le théâtre qui ait pu rebuter les distributeurs. C'est bien dommage car on prend un plaisir non dissimulé à suivre les aventures fictives de ce fanboy de Richard envers son idole Welles. Le film ne s'appuit absolument sur rien d'existant, si ce n'est le Mercury Theatre et le fait que Welles a bien monté la pièce Jules César de Shakespeare là-bas. On suit avec intérêt le parcours chaotique du jeune Richard vers une célébrité éphémère et la recherche de l'amour de la belle Sonja, interprétée avec talent par la remarquable Claire Danes. Zack Ephron, joue à merveille le jeune et naïf Richard, et s'en sort avec les honneurs. On retrouve également avec plaisir la superbe Kelly Reilly dans un rôle de starlette préoccupé par la façon dont on doit éclairer son visage. Quant au metteur en scène tyrannique et pervers narcissique (pour les besoins de l'intrigue bien entendu) qui est plus une peinture d'un Hitchcock réel que d'un Welles, il est interprété lui aussi avec beaucoup de talent et de conviction par le comédien Christian Mc Kay, qui n'en est pas à sa première rencontre avec le personnage, puisqu'il a déjà interprété le réalisateur dans un one man show à New-York.

Linklater se fait plaisir en mettant en scène de manière classique mais efficace ce réjouissant ballet croisé entre les trois principaux personnages de l'intrigue Rcihard-Sonja et Orson et décrit avec beaucoup de justesse l'intérieur d'une troupe, de sa fausse image de famille à ses querelles intestines. Le film est juste de bout en bout, et la fin est révoltante mais assez proche de la réalité d'un tel microcosme et de ses "valeurs" assez fluctuantes, notamment au niveau moral.

Un film pour tous les amoureux du théâtre, ou qui ont un jour fait partie d'une troupe de théâtre et qui en relèveront la justesse de la peinture du milieu théâtral.

Sortie en Dvd et Bluray depuis le 9 Octobre 2013. Réalisé par Richard Linklater.  le film est bien distribué par la Metropolitan Filmexport. Retrouvez ce film et bien d'autres films dans - film recent

et - film culte.
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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 12:23

http://eastasia.fr/wp-content/uploads/2012/05/2538_the-great-magician-627.jpgPour son nouveau film, Derek Yee choisit de parler à la fois d'histoire, et de cinéma, voir même un peu d'histoire du cinéma. Puisque en dépeignant l'histoire de ce magicien interprété par un Tony Leung transfiguré, il ne parle pas moins de l'essence même du cinéma, duper le spectateur en lui faisant avaler l'incommensurable, l'inimaginable, et pourtant le réel (à quelques arrangements près).

L'histoire du film en deux mots est double, c'est à la fois une histoire de quête de l'amour et la quête de territoire d'un seigneur de guerre local pour tenter d'unifier le pays chinois avec l'aide de japonais qui semblent détenir un pouvoir sur le cinéma, ou qui sont des producteurs quelconque. Le Grand Magicien débute en 1916 dans le tout début du 20ème siècle, à une période où les conflits entre seigneurs locaux sont des plus importants. On ne comprend pas forcément à la première vision toute l'étendue du complot ourdi contre le seigneur local qui ourdit lui même son complot contre l'empereur avec ses alliés japonais détenteur du pouvoir de l'image et d'un armement de pointe. Mais si on se laisse doucement envahir par l'atmosphère du film, on passe d'un film de Wu-Xia-Pian (chine oblige) à un film d'amour, film de guerre, film d'aventure aussi, bourré de générosité dans sa réalisation et d'idée de découpage et de montage que ne renierait pas le grand Tsui Hark lui-même, qui fait ici une courte apparition.

Tony Leung est parfait en magicien au passé ambigüe et la relation qu'il tisse avec le seigneur de guerre Bully Lei est des plus intéressantes. Ils devisent tout deux philosophie, puis dans une scène jouxtant la première, Bully Lei tue un de ses hommes sans plus de cérémonie. On ne comprend pas forcément pourquoi Chang Hsien (Tony Leung) s'attache aux rebelles, mais on comprend quand même que Bully Lei n'est pas un enfant de coeur. Par ailleurs, ce dernier apparait terriblement touchant dans sa tentative de relation avec sa 7eme épouse, celle dont il est le plus épris, mais qui ne veut en aucune façon de lui. Bully Lei va tenter auprès de Chang Hsien de comprendre le coeur et l'esprit des femmes, au moyen de la magie, la métaphore du cinéma est ici évidente. Comme dans Le Prestige de Chris Nolan, la magie c'est le cinéma, et bon nombre de parallèles sont établies que ce soit à l'image, ou dans les dialogues. 

Une trés belle scène avec des paroles et un tour de magie somptueux en plan séquence voit ainsi le réalisateur articuler la relation de Chang Hsien à la magie, et à l'amour. Mais on en dira pas plus, pour ne pas spoiler les quelques rebondissements du film. D'autres dialogues marquent l'importance du "vrai" et du "faux" au cinéma, tout est dit faux, sauf l'argent, "j'ai mis de vrais billets pour que ça fasse plus vrai" dira le réalisateur d'un film de propagande à Bully Lei.

Au final, il n'y a pas grand chose à dire de ce Great Magician, parce que l'articulation des plans et le découpage/montage du film est tel qu'il suffit de se laisser porter par ses émotions pour comprendre le film, et ce qu'il raconte. Et tenter la moindre intellectualisation de ce film ne pourrait se faire sans parler de l'intrigue, et le but de cette chronique est de faire découvrir le film à son spectateur potentiel, non de l'analyser.

Un film magnifique, que l'on recommande chaudement à tout amateur de cinéma asiatique, lent, chorégraphié mais aussi foisonnant et tragique ; avec quelques clins d'oeil au film de la Shaw et de petites notes d'humour ici et là. Un petit mot sur les bonus, pour dire que le making of du film est vraiment trés intéressant et permet bien de ressentir tout le défi qu'a pu être le film, même si la plupart des trucs des tours de magie ne sont pas révélés (juste quelques uns et on voudrait se gifler de ne pas y avoir pensé, tant la simplicité du tour pouvait se comprendre mais c'est toujours ce que l'on dit d'un tour de magie qu'on nous a défloré. C'était que ça.... tout le contraire en revanche de ce film qui jongle autant entre les genres qu'entre les émotions, pour au final livrer un spectacle avec plusieurs niveaux de lecture. Un film qui en plus est accessible à tous les publics quel que soit leur âge.

Sortie en Bluray le 7 août 2013. Distribué par la  Metropolitan Filmexport

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 14:17

http://www.devildead.com/russie/warzone01.jpgIl est parfois de ces films qu'on délaisse ne trouvant pas le titre alléchant et dont la pochette reste longtemps sur le bureau avec la poussière qui s'accumule dessus. Et quelle bêtise, parce que parfois, dans ce titre peu inspirant, se cache un des films les plus réjouissants qu'aient pu nous apporter les blockbusters russes actuels, depuis Night Watch et la révélation du réalisateur russe Timur Bekmanbetov, qui a depuis creusé son trou à Hollywood.

War Zone m'a laissé donc tout pantelant et je me demande encore comment un film pareil n'a pas eu droit à une sortie autre qu'en DTV, tant sa mise en scène et son idée est poussée jusqu'au bout. Un trés grand film pour enfant et grands enfants en tout les cas.

L'histoire raconte le périple de Ksenia à la recherche de son fils partit se ressourcer en Ossétie du Sud chez son ex-mari avant que la guerre entre la Russie et la Géorgie éclate. Que ce soit clair, je ne traiterai pas du point de vue propagandiste ou non du film, pro-russe ou anti-georgien, je m'en tamponne, j'y connais rien en géopolitique et le film marche tout autant avec un pays imaginaire comme la Poméranie de l'Ouest. Je l'aborderai donc sous l'angle de la fantaisie, et pas sous l'angle du réalisme (réalisme qui d'ailleurs ne parlera pas au 3/4 de ses spectateurs occidentaux).

Le film démarre donc à la manière d'un Spy Kids sur un petit garçon qui lutte en enfer aidé de son robot contre le prince du Mal, dont les pieds sont subtilement évoqué sous la forme de chenilles de char (et trés brièvement d'ailleurs), et dont la tête rappelle un canon, arme de guerre, mais surtout symbole phallique, puisqu'on le verra plus tard, le prince du Mal est autant le spectre de la Guerre que le rival du père, en la personne du nouveau petit ami de la mère du petit garçon. S'ensuit un combat effroyable, qui voit presque l'enfant vaincre, mais le Mal gagne et s'envole, laissant le petit garçon désemparé et son robot agonisant. L'image se fige et la comédie musicale car c'en était une, se poursuit in vivo, le tout capté par la caméra vidéo du téléphone du petit garçon qui s'était identifié au héros "Astroboy". Il faut d'ailleurs savoir que Robot est joué dans la comédie musicale par une femme, et ceci prendra tout son sens dans la deuxième partie du film lorsque la mère partira à la recherche de son fils. Nous avons donc en trés peu de temps, la situation initiale posée de manière analytique : un petit garçon se réfugie dans une réalité alternative (l'imagerie de synthèse du cinéma d'animation ou du jeu vidéo)issu elle-même d'une représentation tout autant alternative de la réalité (le théâtre ou la comédie musicale) pour échapper à cette même réalité comprendre il n'aime pas trop son futur beau-père ; et le tout capté par un élément symbolique filmique évident : une caméra de téléphone portable. Caméra qui revêtira d'ailleurs tout au long du métrage un réel lien de trait d'union entre la mère et son fils.

En une scène assez brillante d'un point de vue mise en scène, le réalisateur Dzhanik Fayziev dont c'est ici le premier film à ma connaissance, pose brillamment les bases de son récit. Mais au contraire de n'importe quel blockbuster formaté, il s'autorise soudain la fantaisie d'évacuer cette relation au père de substitution plutôt houleuse ainsi qu'avec sa mère pour aborder dans une deuxième partie saisissante, le rapport à la guerre et à la mort, autant pour le fils auquel rien ne sera épargné (même vu sous un prisme fantasmatique) que pour la mère, fille d'un milieu bourgeois, acoquinée avec un financier dont on ne sait pas grand chose, et qui vont devoir l'un autant que l'autre grandir dans un parcours initiatique assez classique lui en revanche, mais pas exempt de confrontation à la mort.

En bref, un film auquel donner une chance, peut-être il vous plaira, peut-être pas, mais quand le cinéma grand spectacle d'un Michael Bay rejoint le rapport à la guerre Spielbergien (la première attaque sera également vu par la mère comme une féérie, lui donnant ainsi une vision enfantine proche de son fils, comme Christian Bale vivra de manière mystique l'explosion de la Bombe A) et les allusions plutôt implicite à un film comme le Géant de Fer de Brad Bird, on ne peut qu'être au moins curieux d'en voir le résultat. Bien sûr le film est loin d'être parfait, et certains esprits chagrins le trouvent propagandiste, mais si on le voit comme un film teinté de fantastique dans lequel la réalité des pays en guerre n'a aucune importance, alors on entre de plain pied dans ce qu'a voulu à mon sens le réalisateur.

Sortie en DVD et Bluray depuis le 7 août 2013. Réalisé par Dzhanik Fayziev. Et distribué par la Metropolitan Filmexport.

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 16:00

Il arrive parfois dans la vie d'un cinéphile, un moment où on ne sait pourquoi, mais il est impossible de dire objectivement quelque chose de positif sur un film, heureusement je te rassure tout de suite, toi qui lis ces lignes de temps à autre, c'est pas encore aujourd'hui que ça va m'arriver. Car même dans le relatif marasme qu'a été la vision du film "L'honneur du Dragon", j'ai tout de même réussi à en extraire une fantastique séquence en plan séquence (et une vraie hein, en pellicule et tout, et sans volet pour masquer les coupes).

le plan séquence en question a demandé 8 prises, avant de fonctionner, des fois ça s'arrêtait au premier étage, des fois au second, et la quatrième au 4eme étage quand Jaa doit lancer un cascadeur à travers une maisonnette en contrebas, l'équipe chargée de le réceptionner en douceur n'était pas près, ils ont du stopper et reprendre toute la prise depuis le début, cascadeurs, bibelots à changer, une autre fois c'était le magasin (donc pellicule) de la caméra qui s'est arrêté pas loin de la fin. Le cadreur opérateur stead européen en premier lieu a été remplacé par un thai spécialement entrainé pour l'occasion.

Au final, on se retrouve avec un plan séquence monstrueux ballet de précision et de millimétrage qui donne un peu l'impression au cinéma de se retrouver dans une phase de jeu d'un GTA ou d'un Saints Row.

Voilà un film qui mériterait en effet la comparaison avec un jeu vidéo. Ce terme étant la dernière marotte des intellectuels français qui connaissent des jeux vidéos, ce que TF1 et M6 leur en dit, c'est à dire pas grand chose, et dont ils se servent pour qualifier indiféremment Pacific Rim, Cloud Atlas, Speed Racer, MOS, Star Trek etc...est pour le coup vraiment déterminant pour caractériser le film du réalisateur de Ong Bak. Car ce rapport aux jeux vidéos est bien plus pregnants que dans n'importe quel star trek, ou MOS,. En effet une utilisation de FX, même abusive ne veut pas forcément dire du jeu vidéo, mais par contre quand on organise sciemment le film en méchant graduel jusqu'au boss de fin de niveau et en décors différents selon les styles de combat, là on est en plein dedans.

Après ça n'a rien d'étonnant, puisque le jeu vidéo est un média bien plus récent que le cinéma, et il s'est forcément servi de ce qui était avant lui, comme la littérature ou le cinéma. Ainsi double dragon et ces méchants graduels a autant à voir niveau inspiration du côté des films de Bruce Lee que chez Homère et l'Odyssée.

Malgré quelques trés bonnes idées et ce sublime plan séquence vidéoludique (et ludique on peut dire qu'il l'est, le film peine diablement à convaincre dans son scénario. Décalque de Ong Bak avec ce coup-ci un animal vivant totem qui débute comme du Beethoven, il ne vaut que pour les incroyables combat de Tony Jaa bondissant comme jamais, face à différents styles d'art martiaux. Encore une des bonnes idées du film, pas forcément trés bien exploité que de gérer différents styles de combat avec un but, trouver la cuirasse de l'art martial en question pour vaincre l'invincibilité apparente des adversaires.

On assiste ainsi à des chorégraphies de combat à tomber par terre de beauté esthétique, et de sauvagerie à la fois et de grace avec un magnifique combat dans l'eau, éclairé par un incendie qui est plus que magnifié par le bluray. Les personnages sont bien trop caricaturaux pour émouvoir, alors qu'un des némésis du guerrier, une femme transexuelle digne de la perfidie d'une Lady Macbeth aurait mérité un traitement bien plus intéressant. L'action perd son côté oriental en se situant en majeure partie à Sidney, pourquoi pas, ça apporte un certain charme à l'ensemble, mais malheureusement, cela ne suffit pas à convaincre.

Un film à recommander aux amateurs d'art martiaux en priorité, et pour les autres à voir au moins une fois, ne serait-ce que pour son dantesque plan séquence.

Niveau bonus : scène coupées, interview de Tony Jaa et analyse du plan séquence et de ses ratés (vraiment intéressant) sont au menu. On aurait bien aimé un petit commentaire audio pour apprécier la difficulté de l'entreprise.

Sortie le 19 juin 2013. Edité par TF1. L'honneur du Dragon de Prachya Pinkaew

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 15:18

http://static.noticiasdegipuzkoa.com/images/2012/01/12/001-la-chispa-de-la-vida-espanax_1.jpgLe Steven Spielberg ibérique qu'est Alex de la Iglesia m'a toujours passionné, surnom que je lui donne non pour sa réalisation, mais pour sa capacité à être partout où on ne l'attend pas : western moderne, film d'angoisse, comédie au vitriol, drame policier, comédie de moeurs, farce grotesque (dans le sens premier du mot), etc... Le cinéaste est un caméléon, qui prouve avec son dernier film une fois de plus que le cinéma, le bon, celui qui ne dit pas son nom est encore et toujours à chercher dans le cinéma espagnol (n'en déplaise à nos amateurs d'huîtres et de champagne, promis c'est une des dernières fois que je la fais).

Ancien publicitaire à succès désormais sans emploi, Roberto ne supporte plus d'être au chômage. Désespéré, il veut faire une surprise à sa femme en l'invitant dans l'hôtel qui fut le théâtre de leur lune de miel. Mais l'établissement a laissé place à un musée, sur le point d'être inauguré et présenté à de nombreux journalistes. Au cours de sa visite, Roberto fait une grave chute., tombe dans un théâtre romain et se retrouve avec une barre de fer enfoncée dans le cerveau. En quelques minutes il devient l'attraction numéro 1 des médias présents et comprend que cet accident pourrait finalement lui être très profitable...

Partant d'un drame bas de gamme, un couple ne s'entend plus (trés subtil en revanche dans sa peinture du couple), qui est par ailleurs le point de départ des 3/4 de nos productions de cinéma d'auteur, "3-pièces-cuisine-Ikéa(TM)" (copyright déposé :)) sur fond de crise des emplois (le 1/4 restant de nos productions de cinéma d'auteur), de la Iglesia choisit par de puissants choix de mise en scène et de découpage technique (la base lorsqu'on réalise un film à mon sens) d'étendre son sujet d'un individu lambda à l'intégralité du monde à travers ses différentes constituantes (administratif, police, pompier, médecin, médias, famille, etc...). Et malgré une première partie comme on pourrait la trouver chez n'importe lequel de nos palmipèdes ou palmés, on ne sait plus trés bien, ce qui emporte l'adhésion du spectateur, en l'occurence ici votre serviteur, c'est la manière dont le cinéaste articule son film et ses idées au moyen de ses plans, le tout pour que tout court vers la deuxième partie, la Chute (au sens propre comme au figuré).

Quand on voit le résultat, on a l'impression que tout coule de source, mais pour cette impression, combien de nuit de travail, de réflexion, à l'écriture, au tournage, au montage, ce que certains en France résument à des décisions sur le plateau sans élaboration de storyboard ou de découpage technique, "le travail c'est pour les autres". Mozart disait ça aussi lorsqu'il travaillait 12 heures par jour sur son piano, et Bach aussi lorsqu'il bossait ses contrepoints pendant autant à peu près.

Avec les espagnols, le mythe européen du bon auteur de nihilo en prend largement un coup, tant tout dans l'oeuvre de l'ibère respire, transpire pourrait-on même dire le travail, la réflexion, le puzzle dont chaque pièce s'embrique et s'emboite pour au final donner une peinture du monde le tout dans un théâtre romain (Shakespeare et son Theatrum Mundi quand tu nous tiens).

C'est d'ailleurs là, la grande idée du film, d'étendre la réflexion sur le cirque médiatique (entre autre) à travers un lieu dont le principe même narratif ou fictionnel est de réfléchir justement sur le monde. Ainsi par sa réjouissante mise en abyme, Alex de la Iglesia, convoque les sujets qu'il adore, comme la corruption morale, la violence humaine, les mesquineries, les autorités (quelles quelles soient) et les femmes. Et on peut dire beaucoup de choses sur le désenchantement du cinéaste pour les hommes, mais une chose est sûre, il tient les femmes en haute estime, en effet, pas une des héroïnes ou intervenantes de son film ne sont lâches, stupides, cruelles ou intéressée. Tel un Cameron, le réalisateur dépeint le portrait de plusieurs femmes fortes, de modèles qui vont parcourir le film et lui donner tout son sens. De la statue qui précipite le pauvre Roberto (l'humoriste espagnol Jose Mota, hilarant et touchant dans son rôle) vers son Destin, à la femme du héros, impeccablement interprétée par la sublime Salma Hayek ou encore Blanca Portillo, épatante en archéologue du théâtre romain.

Chacun des personnages qui va traverser cette deuxième partie va à son tour se relever touchant ET extrêmement décevant, même le médecin aura son quart d'heure de "je m'en foutisme". Alex de la Iglesia écorne autant le milieu superficiel de la pub, que les agents de pub, les médias ou la politique. Par petites touches, et sans jamais donner l'impression d'un pensum verbeux, le cinéaste réalise à grande échelle, ce que la plupart de nos "penseurs autoproclamés" sont incapable de ne serait-ce qu'effleurer. Et pourtant tout fait mouche, on se retrouve à pleurer à chaudes larmes, et la seconde d'après à rire aux éclats, que ce soit par la lâcheté des personnages, ou leur retournement de veste perpétuel suivant ce qui serait bon pour l'"avancement" de leurs carrières, même pour ce pauvre Roberto, cloué (littéralement) à sa condition d'aspirant-célébrité.

Après l'étonnant, Balade Triste, farce grotesque (toujours au sens premier du terme) et surréaliste, qui en a laissé plus d'un sur le carreau (au grand amusement de son réalisateur, cf le seul bonus du dvd "entretien avec Alex de la Iglesia), le turbulent petit garçon barbu iconoclaste revient mettre un peu de son caméléonisme inattendu dans ce trés réjouissant "Un jour de Chance". 

Parti ce qui aurait parfaitement pu être un "fait divers", le scénariste Randy Feldman (scénariste sur la série Demain à la une, et du film Tango et Cash) aborde ce récit avec humour et distance critique. Quant au réalisateur, il nous livre donc "un grand fait d'ibère" de trés bonne facture, dont le suspens est intense, justement parce que cet homme est capable de tout, à tout instant. Et le score du film, composé par Joan Valent renforce ce côté mélodramatique comique du film.

BONUS : Ben, pas grand chose en fait, un simple entretien trés court avec le réalisateur, qui laisse un peu sur sa faim, on aurait aimé au moins commentaire audio du film du réalisateur et de son scénariste, ou un petit making-of, tant pis, on devra se contenter de cette featurette limite promo, dommage.

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Disponible en DVD, depuis le 10 avril 2013. Réalisé par Alex de la Iglesia, Distribué par M6-SND

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 17:01

http://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2013/01/seconde-affiche-du-film-possedee.jpgRetour des critiques de bluray et dvd. Aujourd'hui, partons voyager dans l'horreur du thème de la possession, avec le film américain-canadien, Possédée de Ole Bornedal. Dans ce film, où l'on retrouve Jeffrey Dean Morgan et Natasha Calis entre autres, une adolescente se retrouve au prise avec un démon contenu dans la boite en bois verni que son père lui a acheté dans un vide-grenier. D'abord impossible à ouvrir, cette dernière, la nuit venue va s'ouvrir toute seule et libérer ce qu'elle contient. Et la vie de l'adolescente va en être changé à jamais.

Un court mot sur Ole Bornedal qui réalise en 1994 un film d'épouvante-horreur nommé "Le Veilleur de Nuit", remarqué par la fratrie Weinstein, principalement Harvey, ce dernier l'engage pour remaker son propre film en 1998. Après un début à la télévision Danoise, sa patrie d'origine, Ole continue sa carrière avec trois films plutôt bien accueillis par la critique, Just Another Love Story(2007), The Substitute (2007) et Deliver Us From Evil (2009). Le succès de ces trois films lui permet en 2012 de réaliser le film Possédée.

Cessons-là le suspens, et entrons sans tergiverser d'avantage dans le vif du sujet.  Possédée est-il un bon film ? Oui et non serait la réponse, une réponse de normand certes, mais le film ne convainc pas tout à fait, malgré une trés bonne réalisation, et des effets de lumières soignés, avec juste ce qu'il faut de SFX pour ne pas être non plus une vitrine de SFX mais quand même contribuer à effrayer le spectateur. Basé sur une soi-disant histoire vraie, et sur un démon issu de légende juive "le Dibbouk", le film est un sympathique ride qui se suit sans déplaisir, et dont la revision est possible. Ce n'est pas un film qui va transcender la longue liste de film d'horreur, mais c'est tout de même un film qui tend la bannière du genre, bien plus avant qu'un Sinister (de sinistre mémoire) ou encore un PA (Paranormal Activity) dont le premier faisait finalement figure d'exception, tant les suites se sont avérées désastreuses et inintéressantes. Dans ce film, on suit le parcours du père et de sa fille, sans jamais ressentir le moindre d'ennui, mais sans jamais la moindre passion non plus. Les jump-scares sont assez bien gérées dans l'ensemble, et le film se double même d'une certaine morale sur la possibilité de réunification d'une famille par le biais d'une épreuve de la sorte.

A noter que le film comporte quelques trés belles scènes, et sait trés bien jouer avec la suggestion par moments, on pense à cette scène, où l'on aperçoit juste deux doigts au fond de la gorge de la jeune fille, et pourtant la terreur est bien plus pregnante que si on avait vu plus (comme dans l'affiche)

Mais toute cette générosité ne suffit malheureusement pas à convaincre pleinement, et on sort de la vision du film un peu déçu, encore que ça ne soit pas tout à fait le mot. Le film manque sérieusement de densité, ne serait-ce que narrative pour prétendre égaler des films avec plusieurs niveaux de lecture comme Jurassic Park, ou des films sans niveau de lecture mais avec une tension carrément palpable comme le délicieux Evil Dead.

Les Bonus : Le film comporte deux commentaire audio, un du réalisateur et un des scénaristes, qui doivent surement s'avérer passionnant pour comprendre l'intérêt de réaliser un tel film, ainsi qu'un court-métrage faux documentaire sur la boite à Dibbouk et l'histoire vraie qui lui correspond, qui est presque plus intéressant à regarder que le film.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dibbouk

Quand on lit les caractéristiques du Dibbouk, et qu'on entrevoit les possibilités narratives, on se dit qu'il y avait sans doute un scénario bien plus intéressant à écrire dessus, ne serait-ce que par rapport à la première entrée :

"un esprit malin, habituellement l'âme d'une personne décédée qui pénètre dans une personne vivante avec qui le mort a eu un différend"

Au final, le film aurait presque pu être en rapport avec le beau-père de l'adolescente qui serait vécu par cette dernière comme un intrus, un élément qui pertuberait le beau couple qu'elle s'imagine que sont son vrai père et sa mère. C'est d'ailleurs la fin du film où les parents se remettent ensemble, mais la possession n'a pas ce sens là dans le film, c'est juste un effet collateral, absolument pas un enjeux du scénario. Au final, on se retrouve donc avec un bon film de dimanche soir, avec bière-pizzas et potes. Quand on voit certains films qui sortent on se dit que finalement le résultat n'est pas si grave et que ça aurait pu être bien pire (coucou PA).

Sortie en dvd et bluray le 26 avril. Réalisé par Ole Bornedal. Distribué par Metropolitan Filmexport.

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 09:00

http://www.webullition.info/wp-content/uploads/2013/03/39fc2a35331aae52d0b78d07cb2964f3_large.jpeg

 

Il est de ces films incompris, tel Intolerance de D.W Griffith (et Naissance d'une nation AMHA dans une moindre mesure, oui, un homme qui réalise Intolerance ne peut pas avoir pensé Naissance d'une Nation autrement qu'un constat sur un triste état de fait et de droit, je me refuse absolument à penser l'inverse depuis que j'ai vu les deux comme un dyptique sur la nature humaine dans ce qu'elle a de pire et dans ce qu'elle peut avoir de meilleur).

Il est de ces films, reçus par la critique et/ou le public à l'inverse de ce qu'ils sont ou cherchent à démontrer, comme Orange Mécanique de Stanley Kubrick, A.I de Steven Spielberg, Matrix Trilogy de Andy et Larry (c'est rétroactif le changement de sexe ? ^^) Wachowski , Agora de Alejandro Amenabar, Children of Men de Alfonso Cuaron, Happy Feet 2 de George Miller, The Impossible de Juan Antonio Bayona, et la liste est longue. De ces films qui ne se voulant jamais plus intelligent que leur sujet, ou plus directif que la ou les morales qui les sous-tend, donnent à voir un constat sur le monde, un essai sur la nature humaine, une étude de mœurs des sentiments qui dirigent l'homme, et des forces qui dirigent le monde, bonne ou mauvaise, juste ou injuste mais partout présente sur la boucle du temps. Le tout sans jamais donner de jugement définitif, sans jamais donner de leçon, sans offrir du prêt-à-penser mais au contraire en offrant au spectateur la possibilité d'accoucher de son propre esprit, voilà qui aurait plu à Socrate (le philosophe pas le joueur de foot :)). La maïeutique de Cloud Atlas est à ce point à l'œuvre dans l'esprit du spectateur, que certains vont réfuter le film, l'estimant simpliste ou manichéen (alors que ce terme est en totale contradiction avec ce que veulent dire les détracteurs du film à savoir binaire). L'accusant de dispenser des phrases toutes faites, des notions de "philo de comptoir" (combien de fois n'aura t-on pas entendu ce terme dans la bouche de la critique française, alors même que les vrais films "philo de comptoir" remportent césar et palme, va comprendre Charles). En réalité le film ne fait que donner à son spectateur la possibilité de sortir les pensées et idées qu'il a dans son inconscient, sans même en avoir conscience (c'est justement le principe même de la maïeutique Socratienne) :

 

"Le terme « maïeutique » vient du grec maieutikè : art de faire accoucher. Socrate, fils de Phénarète sage-femme, disait que, comme sa mère faisait accoucher les femmes, lui faisait accoucher les esprits des pensées qu'ils contenaient déjà, sans le savoir ou en être conscients73.

L’idée d’une maïeutique est déjà présente dans l’idée de la dialectique abordée dans la section précédente. En effet, la stupeur que provoque Socrate tient essentiellement au fait que ses interlocuteurs sont mis face à leurs propres contradictions ; ces contradictions qui naissent de ce regard tourné soudainement sur soi-même engendrent des troubles de l’âme dont elle a besoin de se délivrer. " (source Wikipédia)

« Socrate est le tournant décisif de l’histoire universelle »

— Friedrich NietzscheLe Crépuscule des idoles

Des films qui replacent notre questionnement anthropologique au centre d'une seule et unique question, "POURQUOI" ou pour jouer sur les mots de façon Freudo-Lacanienne, "Pour Quoi ?". Ce que Socrate lui-même, appelait le "ti esti", en grec, "qu'est-ce que c'est", c'est à dire l'essence des choses. Cloud Atlas de la fratrie Wachowski, Andy et Larry devenu Lana sur le tournage de Cloud Atlas, ainsi que l'allemand Tom Tykwer, heureux papa du film Cours Lola, Cours, et dernièrement de l'adaptation plus qu'acceptable du Parfum de Patrick Süskind, tentent d'apporter si pas des réponses, du moins des pistes à cette question centrale de notre humanité et de notre Histoire humaine.

Le film Cloud Atlas adapté du roman réputé inadaptable "La Cartographie des Nuages" que je n'ai personnellement pas encore lu cher lecteur, s'attache à raconter 6 histoires vécues par 9 personnages (6 plus ou moins principaux à leurs tours, et quelques autres secondaires) créant ainsi au fil de leurs imbrications, une 7eme histoire globale (7, tiens donc ? :)) chiffre éminemment symbolique et magique s'il en est dans l'ésotérique. 7eme histoire qui les résume toutes, les contiens toutes et les transcendent toutes. Le roman se présentait sous forme de lettres et le lecteur jonglait d'une époque à l'autre mais en suivant un fil linéaire de lecture. Lors de l'adaptation, les Wachs et Tykwer prennent un risque énorme, un risque inconsidéré, un risque absolu, en poursuivant leurs expérimentations narratives et plastiques de Speed Racer. Pour se faire, ils mélangent toutes les époques, jonglent d'une histoire à l'autre comme bon leur semble, dans le désordre ? frénétiquement ? sans but ?

Non, pas du tout, ami lecteur, n'écoute pas Télérama ou les gens qui ne savent pas voir plus loin qu'un choix qu'ils ne peuvent pas comprendre, bien au contraire. Le montage du film a été fait avec un but clair, passablement inscrit dans la tête de ses créateurs, un but qui se comprend à la simple vue du métrage, mais dont il est particulièrement ardu d'établir la recette de fonctionnement à l'écrit. En effet, les Wachs et Tyk choisissent de coordonner le sens de chaque histoire et leur lien par l'image avant tout (et dans une moindre mesure par la voix off ou le dialogue, mais on le verra, parfois le dialogue va à l'encontre de l'image et inversement). Ainsi par un complexe schéma d'associations d'idées visuelles, ou d'évocations, le film jongle habilement d'une époque à l'autre, d'un personnage à l'autre, d'une émotion à l'autre, reliant au final chaque micro point pour tisser la tapisserie d'un film à l'ambition démesurée, une ambition que n'aurait pas renié quelques uns des grands réalisateurs qui ont eu l'honneur de fouler ce sol de leurs pieds et ce monde de leur âme : des gens comme D.W Griffith, Sergei Eisenstein, Joseph Murnau, Abel Gance, Orson Welles, John Ford, Michael Cimino (Cloud Atlas étant un peu le Heaven Gate des Wachs, et sans le soutien indéfectible de la WB et de Joel Silver cela fait bien longtemps qu'ils auraient été blacklisté d'Hollywood), Stanley Kubrick, Charlie Chaplin et bien d'autres.

Alors le film peut trés bien être analysé comme prétentieux, oui il l'est, mais toute grande œuvre ou se voulant comme telle n'est-elle pas en soi le reflet des prétentions de son auteur. Kubrick a t-il jamais été un réalisateur d'une grande prétention ? Mais là où le film réussit c'est qu'il n'est jamais arrogant ou présomptueux, cette prétention du film fait à six mains n'est jamais conduit sans talent et sans acharnement dans sa lisibilité émotionnelle (ne disons pas lecture immédiate, intellectuellement ce n'est pas forcément le cas, même pour des Wachowskiens deuxième langue). Ainsi par ce subtil réseau d'association visuelle d'idée, un plan du film qui évoque l'eau, verra le plan suivant montrant un autre personnage sortir de l'eau, ou lorsque la rébellion est évoqué, le plan suivant le dialogue met en lumière par l'image ce dont il a été question au son. Le film progresse ainsi de cette manière, et jamais le spectateur ne se retrouve perdu, que ce soit dans les époques ou les personnages.

 

cloud-atlas-concept-art-2

 

Mais le spectateur n'est pas au bout de ses peines, le récit est donc conduit de manière totalement non linéaire, marqué par des flash-forwards et des flash-backs, par des ellipses (qui seront expliquées plus tard), par des incohérences qui trouveront leur sens en fin de métrage, etc... Et ce n'est que le début, le film s'ouvre ainsi sur le ciel étoilé, puis la caméra descend de ce ciel (Cloud) vers celui qui va porter le récit, un conteur chamanique, un druide, un oracle doté d'un seul œil, un héros (Atlas), un témoin de l'histoire assis autour d'un feu de camp. toute ressemblance toute proportion gardée avec l'ouverture de cette série de Steven Spielberg n'est pas purement fortuite :) http://www.dailymotion.com/video/xmsxsr_histoires-fantastiques-generique-serie-tv_shortfilms#.UWCD2BxSieY.

En un seul plan et un mouvement de caméra, le titre est déjà explicité, et son principe posé. Le conteur, Tom Hanks dans un temps indéterminé, nous parle d'un certain vieux Georgie, et ensuite il laisse place à chacune des 6 époques, résumées en quelques plans que le spectateur reçoit à peine installé dans son fauteuil, et qu'il va devoir tenter d'orchestrer pour faire sens. Mais c'est compter sans la maestria des Wachs, Une fois cette brève présentation du sujet et des personnages accomplis, le titre prend forme par 6 lignes blanches qui rejoignent le tout (Cloud Atlas) et qui constitue les fondements de la base du titre, l'idée est posée. 6 histoires vont créer une 7eme plus solide qui tentera de nous poser des questions et donner des réponses sur le "ti esti" Socratique. Il n'y a dans mon esprit que des réalisateurs comme Steven Spielberg pour proposer le principe même de son film dans le plan ou la séquence d'intro (cf. A.I et la première arrivée de David qui est filmé en longue focale et en flou, rappelant étrangement les robots du futur de la fin du film). 

La séquence deux débute donc par des flaques sur un sol de pierre (on aura l'explication de ses plans en toute fin de métrage avec le dialogue final de Adam Ewing, le héros que nous voyons passer dans le champ, marchant sur ce sol pierreux), flaques dont le dessin en forme de pays rappelle étrangement un atlas, (tiens donc) et dont les reflets sont le ciel nuageux (cloud) humhum :). Le lien avec la séquence précédente étant irrémédiablement ancré dans l'inconscient du spectateur, et même le plus perturbé des spectateurs ayant compris que le récit qui suit est la résultante du propos du vieil homme près du feu, le spectacle peut commencer. Le jeune homme dont nous voyons dans un deuxième plan la forme flou devenir net, s'approche alors d'un deuxième personnage penché sur des pierres, et tournant le dos à un arrière plan de rocher, d'eau et de ciel qui rappelle le plus étrangement du monde la fausseté d'une scène de théâtre ou d'un décor de cyclorama de cinéma. Un gros plan sur cet homme nous dévoile personnage de Tom Hanks, avec un rapide calcul du cerveau, le spectateur comprend que ça ne peut être le vieil homme du plan précédent mais jeune, c'est donc un ascendant ou une réincarnation, le sujet est lancé.

 

http://2.bp.blogspot.com/-h6vNzqR7uG8/URIBIAVhlGI/AAAAAAAACXw/7brwykbCj3U/s1600/Cloud+Atlas+05.jpgCloud Atlas trés cher lecteur, va parler déjà de magie, de croyance, de Mal, de réincarnation ou de mémoire transgénérationnelle (ceci étant déjà le sujet du Tintin de Spielberg). Et on verra par la suite de beaucoup d'autres thèmes, plus ou moins liés aux précédents.

Et ceci trés cher ami critique français n'est pas "simpliste" ou "enfonceur de portes ouvertes", ceci est lisible, en aucun cas simple, c'est bien différent. Après tout que je sache, Mozart est lisible,  sa musique n'en est pas pour autant simple ;) David Getta lui est simpliste, et pas toujours lisible, histoire de bien poser le distinguo. Et le film se permet même une allusion qui prendra son sens vers la fin du film. Hanks de 1830 déterre des restes de dentition, repas de cannibales dans un monde en construction, et le film se termine sur la mise à mort de cannibales dans un monde en perdition , mise à mort de la main du même Tom Hanks mais celui du futur après la Chute.

La séquence de l'avocat Ewing laisse la place à l'aventure de Luisa Rey en 1970 qui roule dans sa voiture en se posant des questions, notamment un fameux "what am i fucking doing here ?" reformulation quelque peu triviale de la définition ou interprétation, le "ti esti" Socratique. Puis par un travelling arrière dévoilant un pont (on ne peut pas faire plus parlant pour l'inconscient du spectateur pour relier deux choses éloignées), nous passons à l'éditeur, Timothée Cavendish en 2012 qui évoque devant une machine à écrire dont le travelling arrière reprend le mouvement de caméra du plan précédent et dont les touches en gros plans rappellent les arches du pont précédemment évoqué, le principe même de ce auquel le spectateur vient d'assister. A savoir le choix qu'il a fait en entrant dans le cinéma, pour voir ce film, choix dont il ne comprend pas encore le sens, un récit totalement déconstruit en apparence, mais dont chaque rouage est parfaitement pensé :

"Mon expérience en tant qu’éditeur m’a conduit à mépriser les flash-back, les flash-fowards et tous ces artifices faciles d’écrivains. Mais je pense que si vous êtes capables de suspendre votre patience quelques instants, vous réaliserez qu’il existe une logique à ce récit de fou."

Puis nous passons au compositeur Frobisher en 1930 par l'intermédiaire d'une lettre, et qu'est-ce qu'une lettre sinon la résultante de l'action de taper à la machine. Sauf qu'ici le pont temporel est établi par le fait qu'il s'agit maintenant d'une plume et que l'écriture est donc manuscrite. Puis il saisit un pistolet lui non manufacturé et se réfugie dans une prison, une baignoire dans laquelle il veut mettre fin à ses jours. Il arme le percuteur et ce mouvement fait transition avec la partie néo-Seoul, où l'on retrouve le clone Sonmi 541 menottée pour être exécutée (la résultante d'une arme également, l'exécution) soumise à l'interrogatoire sans violence d'une autorité quelconque. Une fois cette petite gymnastique à nouveau assimilée par le spectateur le plus turbulent, le récit s'envole et prend le sens qu'il veut, jonglant entre les histoires au fil des associations visuelles, l'intro aborde la notion de rébellion, et la finalité de la rébellion ultime (la mort ou l'emprisonnement). Puis les fils blancs soutiennent le titre, les 6 liens d'une blancheur immaculée, et le titre s'estompe commençant l'histoire à proprement parler par un plan sur un ciel nuageux suivi d'un pano de haut en bas dévoilant un navire sur une mer agitée (Cloud Atlas).

Le film par l'intermédiaire de personnages dit éveillés, et caractérisés par une tâche de naissance en forme de comète raconte comment l'acte de rébellion est profondément inscrit en l'homme, et que même si l'histoire est appelé à finir mal ou à se répéter en boucle, il y aura toujours des gens pour se lever pour une idée et mourir pour elle, et que chaque fois, l'idée aura été mené un peu plus loin à maturité vers des gens à chaque un peu plus réceptif à son développement et à son accomplissement. Même si pour les Wachs et Tyk le constat est un peu doux amer, la plus grande évolution, c'est le retour à l'état de nature, au groupe primitif en dehors d'une science jugée trop dangereuse entre de mauvaises mains.

Ainsi la fin du film avant le prologue qui dévoile le vieux Zachary racontant à sa descendance l'histoire du monde (un rappel assez éloquent du 2001 de Kubrick sur l'enfant étoile ou du A.I de Spielberg également) prend un sens plus fort encore à l'aune de ce constat sur l'impossibilité de réussir la rébellion, mais de la nécessité de la poursuivre quand même pour que le monde change, et que d'autres suivent l'idée "Qu'arrivera t-il si personne ne croit votre histoire ?", "quelqu'un y croit déjà" répondra Sonmi 451 à propos de son envie de révolte avant de se faire exécuter à Néo-Seoul.

Claude At Last

Pour finir, juste un mot sur "Claude Lévi-Strauss", le Claude du titre de ma critique, nom puissamment évocateur, mais surtout un des rares philosophes à s'être penché sur le principe du Mythe avec la même finalité que l'anglais Joseph Campbell, c'est à dire établir des passerelles de sens entre chacun des grands mythes de ce monde. 

"Fasciné par les ressemblances apparentes entre les mythes du monde entier, Lévi-Strauss rejette d'emblée l'idée que ceux-ci puissent « se réduire tous à un jeu gratuit, à une forme grossière de spéculation philosophique52 ». Ce qui importe, c'est la substance du mythe, et celle-ci « ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l'histoire qui y est racontée » (1958 : 232). Partant de l'idée qu'il n'y a pas une version unique « authentique » du mythe mais que toutes les versions sont des manifestations d'un même langage, il développe une méthode d'analyse calquée sur la linguistique. Le mythe est d'autant plus justiciable d'une analyse de ce genre qu'il relève lui-même du discours : « (…) modes du langage, les mythes et les contes en font un usage hyper-structural : ils forment, pourrait-on dire, un métalangage où la structure est opérante à tous les niveaux53." (source Wikipédia)

"Lévi-Strauss en arrive à la conclusion qu'un mythe consiste uniquement en oppositions binaires. Le mythe d'Œdipe, par exemple, est à la fois l'exagération et la sous-évaluation des relations de sang, l'affirmation d'une origine autochtone de l'humanité et le déni de cette origine. Sous l'influence de Hegel, Lévi-Strauss pense que l'esprit humain organise fondamentalement sa pensée autour de telles oppositions binaires et de leur unification (thèse, antithèse, synthèse), ce mécanisme permettant de rendre la signification possible. De plus, il considère que le mythe est un stratagème habile qui transforme une opposition binaire inconciliable en une opposition binaire conciliable, créant ainsi l'illusion ou la croyance qu'elle a été résolue54." (Source Wikipédia)

"Dans cette méthode d'analyse, l'accent est mis non pas sur les enchaînements syntaxiques entre les divers moments du récit, mais sur les oppositions paradigmatiques qui sous-tendent la dynamique profonde des événements et donnent au mythe sa signification : le cru et le cuit, le ciel et la terre, le soleil et la lune, etc. Ce choix s'appuie sur le fait que le mythe joue beaucoup plus nettement sur les oppositions que ne le fait le conte, dans lequel les contradictions sont affaiblies et se situent à un niveau social ou moral plutôt que cosmologique ou métaphysique (1973 : 154 ; 1968 : 105). Cette importance des relations d'opposition entraîne l'analyste à délaisser la trame temporelle du récit pour se concentrer sur les articulations logiques qui forment sa structure matricielle. Par ailleurs, Lévi-Strauss justifie l'élimination du temps en montrant que, dans le mythe, le temps est foncièrement autre, en quelque sorte immobile : en plus de se rapporter toujours à des événements passés, le mythe attribue au dénouement du récit une valeur définitive et se présente comme « un schème doué d'une efficacité permanente » (1958 : 231)." (source Wikipédia)

 

Le temps n'est pas une ligne droite, le futur, le passé proche ou éloigné, le présent ont déjà eu lieu ont lieu, auront lieu tous en même temps. Pendant que nous parlons, Hitler réenvahit la Pologne, Ted Mosby rencontre sa femme et les hommes préhistoriques découvrent le feu (ne me demandez pas le sens de mes associations d'idées à propos du présent, passé, futur, je ne le sais pas moi-même ;).
To
ujours est-il qu'aux personnes qui critiquent le montage de Cloud Atlas, demandez-vous pourquoi à la fin du film, on a un plan sur la fiancée de Ewing qui réfléchit, puis Sonmi, puis de nouveau la fiancée de Ewing, qui regarde son mari et ce dernier acquiesce. Ce n'est pas qu'une simple réflexion dans le temps passé, elle a juste vu plus loin (ses réincarnations dont la principale, Sonmi) et contemplant le lieutenant qu'il deviendra, elle SAIT. Et tout ce montage et découpage fait sens quand on réfléchit aux paroles qui sont prononcées par son père à ce moment donné (sur le fait de choisir d'être le fort ou le faible et de ne pas bousculer l'ordre préétabli du monde et que ça ne peut qu'échouer). Lorsqu'elle choisit d'un commun accord avec son mari de lutter pour l'abolition de l'esclavage, elle sait déjà qu'elle sera Sonmi et que l'esclavage et l'exploitation de l'homme par l'homme continuera quand même, malgré le travail des abolitionnistes mais elle choisit de continuer malgré tout, parce qu'elle en a fait le choix et surtout parce qu'elle a vu plus loin, et une idée poussée par des gens de bien, arrivera toujours à quelque chose, même si elle est, 10, 100, 1000 fois réfutée et brimée. (ceci étant valable pour les mauvaises idées aussi ;) Ying yang, tout-ci tout ça :)).

Voilà, ami lecteur, cette critique analyse de Cloud Atlas se termine, je suis content d'avoir pu mettre un terme à ce bouillonnement d'idées qui me trottaient dans la tête depuis les deux visionnages du film, et en même temps, affligé de ne pas avoir pu mieux structurer les tonnes d'idées éparses que je n'ai réussi à caser nulle part dans ce texte. Bien sûr aucune étude n'est totalement exhaustive mais j'aurais tellement voulu évoquer encore pleins d'autres sujets qui me tenaient à cœur dans ce film. Tant pis, ça sera peut-être l'occasion d'un prochain texte critique... ou pas. J'espère que les quelques courageux qui liront ce texte, prendront autant de plaisir à lire que je n'en ai eu personnellement à l'écrire, voilà, le sujet est clos pour ma part, je vais pouvoir passer à d'autres choses dans mon cerveau ^^...

A écouter pendant la lecture, je l'ai écris en l'écoutant deux fois, et ça fait tout bizarre :) https://www.youtube.com/watch?v=DJ0c4vv2aoM

A lire pour approfondir, l'excellente critique de l'ouvreuse.net : http://louvreuse.net/Critique/cloud-atlas.html

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Published by LordGalean
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