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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 14:00

Spécialiste de la comédie familiale, Shawn Levy s'est illustré avec des films plus ou moins bon parmi lesquels on retiendra surtout La nuit au Musée 1 et 2, splendide plaidoyer pour la magie, le pouvoir de croire, et certains enjeux familiaux. Il n'en fallait pas plus pour séduire un certain Steven Spielberg et un autre réalisateur et non des moindres, Robert Zemeckis et les conduire à produire le nouveau film du réalisateur prometteur que peut être Shawn Levy : Real Steel.

http://www.cineheat.fr/wp-content/uploads/2012/01/Real-Steel-Blu-Ray.jpgA l'origine, Real Steel est une nouvelle de Richard Matheson d'une cinquantaine de pages, devenu d'abord un scénario pour la saison 5 de la 4eme Dimension (première génération) avant de devenir un film sous la férule d'un Steven Spielberg inspiré, et du scénariste John Gatlins, qui n'a pas livré de scénario inoubliable pour l'instant. Et dont la donne pourrait trés bien changer professionnellement avec ce Real Steel qui jongle de manière particulièrement efficace avec la nouvelle de Matheson, mais aussi le script du Géant de Fer d'un certain Brad Bird sans oublier une évocation du mythe juif du GOLEM.

A première vue, on pourrait penser que la seule chose qui a intéressé Steven dans la production du film c'est la relation père-fils de ce dernier, mais ça serait bien mal connaitre les obsessions du maitre et de son confrère Zemeckis. Il faut plutôt aller chercher sa passion pour ce film dans son goût pour les rapports homme-machine, son questionnement sur l'âme d'un robot, et surtout la mise en avant d'un anti-héros souvent issu de la working class et qui va entreprendre un périple initiatique qui va le transcender.

On reconnaitra bien l'implication de Spielberg dans le projet à pas mal de "conseil" de réalisation qu'il a du donner à son protégé et qui se traduisent dans le film par des plans profondéments Spielbergien (miroir, reflet dans du sang de robot et certaines constructions du cadre). Mais ces plans n'apparaissent que de manière sporadique et ne suffisent pas à fagocyter l'ensemble, comme l'avait pu l'être Poltergeist durant le tournage du film de Tobe Hooper.

Sans trop dévoiler de l'intrigue, Charly le héros, est un ancien boxeur qui s'est reconverti dans la roboxe, car comme l'explique trés bien le héros dans le film, "les spectateurs se sont lassés de toute forme de combat car ils voulaient ressentir de la vraie violence", comprendre en sous-marin, l'humain s'est lassé du sport car seule la mort et la souffrance ultime l'intéresse. On retrouve un peu de la terrible "flesh of fair" de A.I du même Steven Spielberg, et c'est appréciable de noter qu'un propos aussi sombre soit dissimulé dans un film familial d'apparence plutôt badin. Et le réalisateur Shawn Levy sans doute par l'entremise de son "parrain" de cinéma va illustrer de manière parfaite et sans aucun dialogue ce goût de la violence, à travers un plan dans lequel le robot, que Charly vient d'envoyer au combat sans l'avoir préparé, baigne dans son sang et dans cette flaque qui est de l'huile mais dont la représentation symbolique ne souffre aucun doute, se reflète le visage de son maître. Une manière aussi trés intelligente de lier le héros à ses créatures.

Et de créature, il n'est pas seulement question de robot, puisque Charly, le héros va se (re)découvrir un fils dont il avait "oublié" l'existence. Et c'est ce même fils qui va lui aussi trouver un robot dans une décharge (encore un rappel manifeste de A.I) dont il va investir de toute l'affection que son propre père ne lui a pas donné. On retrouve ici aussi bien l'influence de E.T que du film de Brad Bird le Géant de fer qui montrait l'amitié entre un robot et un petit garçon. Le robot a son nom gravé sur la poitrine et l'enfant le trouve dans une décharge, recouvert par un tombereau de boue. Il n'en faut pas plus pour avoir en tête l'évocation du mythe juif du GOLEM qui est forgé dans la boue et dont on grave sur le front le mot EMET (vérité en hébreu). Ici, sur sa poitrine est gravé son nom pour le rendre assujeti à son maitre. Son nom qui est aussi en un sens, l'essence d' ATOM, sa "Vérité" en tant qu'être. Mais la particularité de ATOM (le robot trouvé) c'est qu'il a un mode Shadow (mode qui permet de reproduire les mouvements humains en se calquant par mimétisme sur eux). Encore une fois, A.I revient nous faire un appel du pied, et on repensera à tous les mimétismes humains-machine ou père-fils de la filmographie du sieur Spielberg qui sont ici tous convoqués, de E.T à Jaws en passant par A.I. Ce que semble nous dire Shawn Levy dans ces évocations, c'est que ce qui fait la spécificité de l'humain c'est sa capacité au mimétisme, à la transmission et à la manifestation d'un libre arbitre. Or, deux des trois spécificités humaines décrites seront mises en valeur dans le dernier acte du film par l'intermédiaire du robot.

Il est également intéressant de noter que dans le film, le mimétisme ne s'arrête pas à l'humain-machine. Ainsi, le héros japonais créateur du robot le plus puissant ZEUS est aussi celui qui crée le second robot que Charly entraine. Et par un fait exprès, l'enfant confrontera son idole dans le troisième acte du film en faisant concourir ATOM, sa création à lui contre ZEUS. Mais aussi la jeune femme propriétaire de l'écurie de ZEUS a hérité son Empire de son père, comme la petite amie actuelle de Charly, brillamment interprété par Evangeline Lily tout juste évadé de Lost. Mais le mimétisme des deux femmes, va jusqu'au mimétisme physique, puisque les deux comédiennes se ressemblent beaucoup. Et il en va de même pour Charly et son némésis (un ancien boxeur comme lui qui organise des combats organo-robotique : Taureau contre Robot). Ainsi, pour ces trois personnages, on a exactement le reflet "négatif" équivalent, ce que pourrait devenir les 3 "héros" si jamais ils avaient empruntés des voix autres venant parfaitement illustrer le sujet du film.

La fin que nous ne dévoilerons pas est assez inattendu pour un film calibré entertainment de ce type et nous pensons qu'une certaine révélation va apporter un peu plus de variété et de variation autour du thème dans l'épisode 2 d'ores et déjà prévu. Il est bon de souligner que c'est trés fort au tandem de producteur et à son réalisateur et son scénariste d'avoir su déjouer certains clichés inhérents au film d'action familial. Car ce que dis aussi ce Real Steel de manière plus ou moins cachée, c'est qu'on peut parfaitement faire un film qualifié de "popcorn movie" sans prendre son spectateur pour un imbécile, et sans formater son histoire forcément. Blockbuster ne voulant pas pour autant dire film de décérébrés. Dans la production Dreamworks, ce film s'éloigne d'ailleurs d'un Transformers 2 et 3 pour venir cotoyer de petites pépites comme le furent les productions Amblin' par exemple. Et ça n'est pas la musique de Danny Elfmann profondément chaleureuse, inventive et diversifiée qui viendra contredire cet état de fait.

Au final, on se retrouve avec un trés bon film d'action familial, qu'on aurait pu croire formaté ou sans enjeux et qui n'en est rien, n'hésitant pas à mettre du sang, de la violence et des questionnements plutôt adulte là où on ne s'attendait guère on l'avoue à les trouver (et ce malgré la caution "Richard Matheson). Mais Shawn Levy réalise ici un trés bon film, dont la revision est clairement possible, car chaque combat est vécu par le spectateur aussi intensémment que ne les vivent ses héros. Spielberg ne s'est pas trompé en produisant le nouveau film de Shawn Levy, puisque ce dernier a fait un carton au box office (validant le postulat du film sur l'entertainment intelligent) rattrapant un peu les résultats moyens de Cowboy vs Aliens de Jon Favreau (autre transfuge Spielbergien) et surtout du Tintin du maître en personne.

Bonus Bluray : L'image est proprement sublime et le son est d'une intensité saisissante comme tout bon Bluray qui se respecte. Au rayon bonus, on trouve de trés sympathiques featurettes, notamment un entretien avec Sugar Ray Leonard, célèbre boxeur qui a été le coach des combats du film et également quelques scènes coupées et surtout le commentaire audio de Shawn Levy (commentaire qui a franchi la Zone 2, heureusement pour nous et qui décrit notamment le travail entre Spielberg et son nouveau poulain, un documentaire passionnant pour quiconque aime Spielberg ou les films de Levy)

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Sortie en Bluray le 22 Février 2012. Real Steel réalisé par Shawn Levy. © 2012 DREAMWORKS II DISTRIBUTION CO., LLC.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 15:28

Sorti en 2010 en Russie, il aura fallu attendre près de 2 ans pour voir le film Yaroslav du réalisateur Russe Dmitri Korobkin sortir directement en dvd en France, sans passer par la case cinéma. Et quel dommage serions-nous tenté de dire car ne laissons pas plus longtemps le lecteur dans le flou, Yaroslav le film est une grande réussite aussi bien formelle qu'en terme de fond.

http://www.filmstreamiz.com/wp-content/uploads/2012/02/Prince-Yaroslav.jpg

Yaroslav raconte l'histoire réelle du Prince Yaroslav, et dont la plupart des descendants épouseront des dirigeants de l'Europe tout entière (espagne, france, angleterre, italie, norvège, danemark etc...)  constituant ainsi une descendance quasiment uniforme sur l'Europe toute entière. Fort de ses enjeux géopolitiques, le film débute d'ailleurs sur une vue d'une carte de la Russie à travers laquelle nous voyageons en 2D, puis enfin en 3D. Certaines incrustations et effets spéciaux de synthèse sont un peu faible en terme de rendu, mais puisqu'ils sont censés illustrer de manière réelle, les croquis présentés juste avant, le procédé passe aux yeux du spectateur.

Ensuite le film présente les différentes factions guerrière avec lesquelles il faudra compter dans le récit à travers une scène de batailles bien chorégraphiée quoique un peu fouillie. Il y a trois camp : les bandits qui profitent qu'il n'y ait aucune gestion militaire de la forêt pour faire règner la terreur, le peuple des Ours, et Yaroslav et son clan. Yaroslav et son clan tombe dans une embuscade tendu par les bandits et se défendent vaillamment, allant jusqu'à se replier sur une des terres sacrées du peuple des Ours. Là, il y trouve une femme du peuple des Ours, qui n'est autre que Reida la fille du chef de la Tribu. Yaroslav dépêche un émissaire à Rostov pour faire construire une forteresse aux abords de la forêt afin de gérer les déplacements marchands et de contenir les bandits tout en tentant de faciliter la paix avec le peuple des Ours. Yaroslav par chez le peuple des Ours pour ramener Reida mais tombe dans une autre embuscade et son groupe se fait décimer. Il est capturé par le peuple des Ours et jugé pour avoir détruit le temple sacré. Il a beau prétendre que ce sont les bandits qui l'ont fait, personne ne veut l'entendre et souhaite sa mort. Il est ainsi mis en croix et se prépare à être sacrifié à leur dieu païen, quand tout à coup, un Ours rendu fou par les bandits et l'odeur du sang de l'embuscade surgit de son terrier et menace la tribu. Yaroslav qui allait être sacrifié se dégage et le tue d'un coup de hache bien planté. Le chef de la tribu y voit là un signe de leur dieu et épargne la vie de Yaroslav.

Bien entendu, ce n'est là qu'un court résumé, car sans déflorer l'intrigue aussi bien en termes d'enjeux géopolitiques qu'en terme d'enjeux narratifs et humains, Yaroslav le film ne se contente pas de juxtaposer les scènes de bravoure et les combats épiques mais draîne en son sein, tout les principes d'un récit initiatique, de la découverte de mentor à l'expérimentation de la trahison. Il est à noter aussi, que quoique présenté comme un univers d'homme, le récit de Yaroslav laisse une belle part aux femmes, et que ce soit dans les trois forces en présence : les bandits, le peuple des Ours et les partisans de Yaroslav, on trouve dans chaque camp des figures de femmes fortes, bien loin des potiches traditionnellement considérés comme tel dans le cinéma d'aventure sur fond historique. Il est également à noter qu'il n'y a pas de réel "méchants" dans le film et que tous les personnages, même les plus antipathiques ont un côté attachant, voire sympathique. 

Prince Yaroslav et pardon aux puristes du réal pour la comparaison, fait beaucoup penser au film de Mc Tiernan le 13ème Guerrier, et la réalisation du film est d'ailleurs trés proche de celle de Mc Tiernan pour le film cité plus haut. Alternant plan en cinémascope, jeux judicieux et efficace sur les focales et superbe plan à la grue, Dmitri Korobkin donne à son film une vraie puissance d'évocation et lorsque Yaroslav et le shaman de la tribu des Ours confrontent leurs visions de la nature et de Dieu, on ne peut s'empêcher de penser à certains dialogues entre Ibn Fahdlan et le chef des vikings. La grande force du film est comme celui de Mc Tiernan de ne jamais vraiment présenter Yaroslav qui est Chrétien comme un détenteur de la vérité, et donc le Christ comme un pourvoyeur de la vraie foi. La musique est en celà trés écclectique, mélange de pipeau, d'instrument à vent, de musique lyrique et épique rempli d'un souffle quasiment Hornérien mais aussi voix de la nature et souffle imperceptible marquant ainsi toutes les représentations de la foi et de la croyance. La fin, pourtant finira par donner raison au Christiannisme, mais plus comme constat que comme volonté de propagande messianique, montrant par un superbe passage de point, le shaman païen au premier plan, supplanté dans le cadre par la Croix Chrétienne qui vient d'être dressé par les hommes de Yaroslav, comme pour dire le Paganisme a vécu, son temps est révolu. Mais Yaroslav ne domine pas, il réunifie, il ne châtie que les traitres, il protège les innocents, et il ne tente pas de convertir le peuple des Ours à la foi Chrétienne, juste leur apporter un semblant de paix. D'ailleurs, sa descendance s'alliera à tous les royaumes d'Europe comme l'explicite trés bien le carton final. Son action donnera d'ailleurs naissance à la Russie.

Au niveau des points faibles du film, on pourra reprocher une première bataille un peu fouillie, filmée trop prêt, avec un découpage moins lisible, et quelques effets d'accéléré-ralenti pas toujours justifié. Mais ce n'est vraiment rien à côté du plaisir ressenti à visionner ce film.

Un film à recommander à toute personne amatrice d'Histoire avec un grand H, et même si on imagine que la figure ici décrite tient plus de la légende et de l'épopée que du strict respect d'historien, le film se permet de belles réflexions sur le questionnement de la foi et sur la différence entre tous. "Dieu a fait chaque feuille d'arbres différentes" dira le Shaman du peuple des Ours. 

 

On regrettera juste l'absence de bonus, mais on notera que la présentation du dvd en fourreau est du plus bel effet et que la jacquette donne trés envie de voir le film contrairement à bon nombre de jacquette de film d'action. Quant à la VF bien que débutant de manière un peu fragile, elle se trouve largement convaincante par la suite et chaque personnage trouve une force aussi bien en Russe sous-titrée qu'en VF. Distribué par Zylo – DVD sorti le 05 janvier 2012.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 22:45

Il est de ces oeuvres maudites qui voient le jour malgré tous les problèmes qu'elles ont pu rencontrer de leur création à leur exploitation en salles, et le film le 13ème guerrier de John Mc Tiernan ne déroge pas à la règle. Charcuté par un Michael Crichton  (cinéaste et écrivain à l'origine du roman adapté dans le film) qui ira jusqu'à brûler lui-même tout les négatifs des scènes coupées pour empêcher mc Tiernan de sortir un jour la director's cut fantasmé par bon nombre de fan du réalisateur), reçu froidement par le public, un peu moins par la critique (encore que), voilà que le film ressort enfin en bluray mais sans la director's cut tant attendue et pour cause (cf plus haut).

Qu'à cela ne tienne, ne boudons pas notre plaisir, car c'est l'occasion de revoir probablement un des grand chef d'œuvre du réalisateur (malgré  les problèmes rencontrés sur le tournage entre Mc Tiernan et Crichton et donc cette impression de film non fini) et surtout un des meilleurs films de Viking.

Un petit mot sur l'histoire. Michael Crichton, écrivain à l'origine de roman comme Timeline  ou encore Jurassic Park, imagine ici de confronter le regard d'un poète arabe ayant réellement existé Ibn Fahdlan, déchu dans la scène d'ouverture du film pour avoir fauté avec une femme qui n'était pas la sienne, à une cohorte de guerriers viking qui sur le principe d'une prophétie vont partir aider un village allié, assailli par d'étranges démons mi-ours, mi-lion, les Wendols. La grande force du scénario est aussi de mettre en scène le héros du poème qui a inspiré Tolkien pour l'écriture de son Seigneur des Anneaux, à savoir "Beowulf", devenu phonétiquement "Bulywif" mais qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit bien de la même évocation. D'ailleurs, Mc Tiernan souligne cet état de fait en faisant discuter le poète arabe Ibn Fahdlan et le chef viking de "poésie et d'écriture" et exécuter des dessins y correspondant sur le sable de la rive.

Ibn Fahdlan ne parle pas un mot de "viking" et c'est donc dans un premier temps, celui qui l'accompagne, remarquable Omar Shariff qui va jouer les interprètes. Dans une scène de communication, dont seul un réalisateur comme Mc Tiernan a le secret, l'homme va s'adresser aux vikings en grec, puis devant le mutisme des hommes (ils ne se comprennent en réalité pas), en latin, engageant ainsi un dialogue. Au cours d'un repas, une magicienne du clan dit que la prophétie ne s'accomplira que si un 13ème guerrier se joint au viking et que ce 13ème guerrier ne peut être un des leurs.

Voilà donc le poète arabe, contraint de partir avec les vikings pour venir en aide aux villageois. Ce dernier ne comprend pas ses camarades, et en observant leurs lèvres et la résultante des mouvements de leurs lèvres pendant une partie du voyage, il va finir par apprendre à parler comme eux. Et lorsque un viking en vient à insulter sa mère, Ibn Fadhlan prend la parole dans leurs langues et les  surprend.

La barrière de la langue est passée, mais le poète ne gagnera réellement leur confiance et leur respect qu'en prouvant que son "chien" (les vikings traitent ainsi son cheval car il est plus petit que les leurs) est aussi agile, sinon plus que leurs montures. Le poète montre ainsi dans deux aspects de la communication (physique et morale) qu'il n'est pas si différent que ça d'eux, voire même qu'il peut leur en apprendre sur la vie.

Un peu plus tard, perdu parmi les armes vikings (trop lourde et peu maniable), il se construira son propre sabre (Cimeterre) , une arme avec son identité.

Car finalement, si on y réfléchit bien, ce film ne parle que de ça, d'identité, mais aussi d'ennemi invisible et inhumain. Par un combat contre un des ouvriers du village, les vikings prouveront également leurs valeurs. Et lorsque les wendols débarquent sur fond d'imagerie mythologique et fantasmatique , le spectateur sait que les seuls humains sont les villageois ,le poète et les vikings. Mais ça serait sans compter avec la malice de Mc Tiernan qui par un rebondissement dans l'intrigue, humanise à leur tour les "méchants wendols", qui ne sont pas réellement méchant mais juste moins avancés dans leurs idéologies comme dans leurs moeurs.

Il est d'ailleurs amusant de constater que Ibn Fahdlan ne déclenche sa sauvagerie, devenant réellement un berserk, que  lorsqu'il se retrouve avec la preuve tangible que les wendols sont des humains comme lui et comme ses compagnons. C'est donc paradoxalement lorsqu'il se sait en conflit avec de vrais humains et non des Djinns ou des monstres que son instinct guerrier se révèle.

Mc Tiernan traduit d'ailleurs parfaitement bien la sauvagerie et l'art de la guerre de ces hommes au moyen d'une caméra à l'épaule héritée de son Die Hard 3 (d'ailleurs comme dans ce dernier, ou dans le premier, les "ennemis" ne sont pas ce qu'ils semblent être) et il filme l'ennemi invisible comme dans son superbe Predator, d'ailleurs à  part lui et Mallick, aucun autre réalisateur ne filme aussi bien la nature et les arbres. Mc Tiernan filme aussi magniquement le visage de ces hommes en gros plan, le regard vide (mais l'esprit bouillonnant), fixant le plafond , se recueillant avant le combat ou risquant tout pour un idéal de liberté.

Cette communion naturelle est d'ailleurs magnifiquement servie par le score sublime de Jerry Goldsmith, probablement une de ses plus belles compositions, traduisant aussi bien la puissance des guerriers, que la quiétude de la nature ou encore l'animalité des wendols.

Au final, on a donc un trés beau film sur la communication (et paradoxalement l'incommunicabilité des êtres) car malgré leurs shamans femme quasiment "identique" sur les 3 peuples, malgré leur état de guerrier, la communication entre les Wendols et les viking/poète/villageois ne se fera que dans la souffrance et l'assaut (expédition punitive de part et d'autre d'ailleurs qui souligne bien cela et mort des deux chefs de part et d'autre également). Car si les wendols ravissent les têtes pour on ne sait quel rituel, les vikings ne coupent pas moins la tête des gens que ça soit celle des leurs ou celle des wendols. Mc Tiernan nous montre trois états de l'homme, dont le plus "civilisé" reste finalement le poète arabe. Nous avons également trois conceptions de la divinité différente, trois manière de voir Dieu mais qui finalement concours toute à la même chose, avec plus ou moins de succès d'ailleurs. Mais toute cette aventure, aura eu un effet bénéfique, puisqu'elle aura permis la cohésion entre un peuple occidental et un émissaire oriental et surtout, elle aura permis à Mc Tiernan de s'affirmer comme un des plus grands réalisateur mythologique et à Ibn Fahdlan de s'accomplir comme guerrier, le treizième guerrier.

 

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Le 13ème Guerrier, disponible depuis le 2 novembre 2011. Distribué par laMetropolitan Filmexport.


un petit mot sur les bonus, pas de commentaire audio de Mc Tiernan, comme on aurait pu l'espérer, mais de sympathique featurette, un making of assez complet et pas trop formaté et une interview du réalisateur intéressante sur ses goûts (trés amateur de cinéma européen essentiellement) mais pas très utile pour apprendre des choses sur le film. Enfin, on l'aura compris, ce film est son film maudit et il ne veut plus en entendre parler comme il l'a bien dit et bien fait comprendre.

 

On se rabattra plutôt avec plaisir sur le petit livret avec le Bluray collector qui en plus d'être un bel objet agréable à lire, est aussi une petite mine d'informations sur le film. A noter aussi qu'une dizaine de photos, également fournis avec le bluray replongent dans l'univers du film avec plaisir.

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 17:08

L'IMAGE DE REVE ET SES APPARENTEES : MINORITY REPORT OU LE CAUCHEMAR PREDIT.

Minority Report est un film presque entièrement basé sur le rêve, la voyance et l'inconscient. Les images de rêves et de cauchemars se côtoient tout le long du film. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à la séquence finale du film. Cette séquence commence avec l'emprisonnement d'Anderton et se termine à la dernière image du film (chapitre 21 à 24 du Dvd). A travers l'analyse de cette longue séquence, nous allons tenter de montrer que la fin du film peut être perçue d'une autre manière que comme un "happy end à l'américaine". A savoir que toute cette séquence est en réalité la projection mentale d'une fin heureuse que se représente Anderton enfermé dans sa prison-cercle neuronale.
Résumé : John Anderton trahit par Lamar Burgess est arrêté chez lui et enfermé pour les meurtres de Leo Crow et Danny Witwer…


La séquence débute par une réplique de Gédéon, l'étrange gardien handicapé de la prison de Pre-Crime : "tu fais parti de mon troupeau maintenant John, bienvenue, tu vas voir, ça va être le super pied, il paraît que tu vas avoir des visions, que ta vie défile devant tes yeux, que tout tes rêves se réalisent". Arrêtons-nous un instant sur cette seule réplique. Dans le cinéma de Steven Spielberg, chez qui la narration est très importante, des indices sont disséminés dans les lignes de dialogues. Ainsi cette phrase en apparence anecdotique que la sentinelle/Gédéon sert à tous ses nouveaux détenus, prend ici quasiment une dimension de prophétie. Comme si la suite de ce que nous allions voir, n'était en fait que le rêve bien compréhensible d'Anderton, faire triompher la liberté, la vérité et la justice. La résolution de l'énigme criminelle Burgess serait donc la résultante non pas de la réalité mais plutôt d'un rêve d'un Anderton prisonnier, voulant à tout prix s'en sortir et sauver son monde à défaut de sauver le monde, credo habituelle du héros/super héros américain. Il semble que ce soit une mise en abyme, surtout la dernière des répliques du gardien : "tous tes rêves se réalisent". Comme si Gédéon avant même la résolution de l'intrigue annonçait que la fin heureuse en apparence du film n'était qu'un leurre de plus, un banal rêve de prisonnier souhaitant que la vérité triomphe. Quoiqu'il en soit, il faut garder cette phrase en tête, elle est importante voire cruciale pour la suite.
La séquence se poursuit par "l'enterrement" symbolique de John dans une des prisons tubes. Anderton, nu et rasé est glissé dedans et le tube s'enfonce dans le sol comme une pierre tombale s'arrêtant au niveau des inscriptions 11.09 (le numéro de l'affaire Anderton) suivi du nom "John Anderton". On a donc toutes les particularités d'un enterrement, d'ailleurs ce 11.09 évoque aussi bien un matricule qu'une date tel les "ci-gît" que l'on voit inscrit sur les tombes habituellement. En revanche, le 11.09 ne renvoie pas nécessairement à la tragédie qui a secoué les Etats-Unis en 2001 ou alors de façon inconsciente, ce n'est qu'un numéro de dossier parmi d'autres (le cas 11.08 était le meurtrier présumé du début du film : Howard Marks). Au-dessous du nom de John Anderton sont inscrits les noms et matricule d'autres prisonniers, à plusieurs sur le même tube, on est plus près ici de l'imagerie du charnier, du caveau de famille (la grande famille des criminels) ou de la fosse commune que d'un enterrement classique, une personne par tombe. Cet endroit ressemble plus à un purgatoire post-mortem qu'à une prison. Le travelling avant vers la "tombe" d'Anderton qui s'enfonce dans le sol, renforce cette idée d'enterrement mais surtout d'enfer qu'il soit Chrétien ou plus proche des Grecs. Le nom d'Anderton et le numéro s'allume sur la "pierre tombale" lorsque celle-ci s'arrête dans le sol indiquant que la cellule de confinement fonctionne.
Le plan suivant est un plan à l'intérieur de cette "tombe mentale", un gros plan de la tête d'Anderton, le tout dans la pénombre, seul le cercle qui est autour de sa tête (antithèse d'auréole) est à peine éclairé ; puis progressivement, ce cercle s'éclaire, témoignant sans doute d'une activité neuronale intense de la part d'Anderton, jusqu'à devenir incandescent ; le rêve si rêve il y a peut donc commencer. On perçoit d'ailleurs faiblement un léger travelling optique vers son cerveau. Ce plan dure à peine quelques secondes et sans transition parvenu au summum de l'incandescence du cercle, on passe en montage cut au plan suivant. Difficile de ne pas y voir une invitation au rêve, et difficile aussi de ne pas en conclure que c'est l'activité neuronale intense qui a entraîné l'apparition du plan suivant. De ce passage brutal au plan suivant, il en résulte un étrange malaise, comme si la scène qui se déroulait ensuite était fausse, erronée, voire rêvée ou irréelle, en tout les cas plus une production du cerveau d'Anderton que la suite "logique" de l'histoire.
Le plan suivant est un plan américain en vue subjective de Lamar qui s'avance face à la caméra en disant "tout est de ma faute". De même que pour la réplique du gardien, cette réplique peut être entendu par le spectateur sans pour autant être "écoutée" et perçue dans la plénitude de ce qu'elle sous-entend et elle sous-entend énormément de choses mais encore faut-il regarder le film en cherchant à comprendre, et non en subissant ce que l'on voit et entend. Etrangement, on croirait presque avoir affaire à une confession, confession où Lamar reconnaîtrait avoir piégé Anderton et… Mais stupeur, ce n'est pas Anderton qui est mis en scène au plan suivant, mais sa femme Lara dont on sait peu ou prou "qu'[elle] a quitté son mari parce que chaque fois qu'[elle] le regardait [elle] croyait voir mon [son] fils". Etrange donc de la voir venir parler de John avec Lamar, mais peut-être est-elle toujours amoureuse de John, admettons. Quoiqu'il en soit, ce "tout est de ma faute" de la part de Lamar n'est pas à prendre à la légère dans un film de Spielberg. Il peut s'agir ni plus ni moins d'un indice auditif et visuel de plus pour nous comprendre qu'il s'agit d'un rêve d'Anderton. En effet après le fait de retrouver son fils ce qu'il sait évidemment impossible,(son souhait le plus cher), même en rêver ne le ramènera pas. De quels autres rêves John peut-il rêver à réaliser conformément au discours de la Sentinelle ? Premièrement, peut-être de punir le criminel réel, Lamar. Oui mais comment le sait-il ? On peut penser qu'il l'a deviné, il a le temps de cogiter en prison. Il est arrêté pour le meurtre de Leo Crow ce qu'il connaît, en revanche à la séquence de l'arrestation, on lui apprend qu'il est aussi arrêté pour le meurtre de Danny Witwer. Il a d'ailleurs à ce nom, une légère réaction un quart de seconde avant qu'on ne lui pose le casque incapacitant des criminels. Il n'est pas difficile pour un brillant esprit tel qu'Anderton de se remémorer le discours qu'il a eu avec Hineman et de faire le rapprochement entre Lamar et les meurtres. De plus, Leo Crow est originaire de Baltimore (c'est écrit sur le registre de l'hôtel) et Lamar a "donné son flingue" à John à Baltimore (il y fera d'ailleurs allusion plus tard dans la séquence), c'est encore à Baltimore, à la piscine municipale que John a "perdu" son fils, et enfin le médecin véreux a été arrêté par John à … Baltimore. Cela fait beaucoup de coïncidence pour une même ville, surtout lié aux mêmes évènements. On peut donc penser que John en rassemblant toutes ses hypothèses dans son cerveau en prison trouve par déduction logique que le meurtrier et le gagnant de l'histoire ne peut être que Lamar. Le deuxième de ses rêves est sûrement de se remettre avec sa femme (on voit qu'il l'aime toujours puisqu'il regarde souvent d'anciennes vidéos 3D de leurs années heureuses) on peut donc penser qu'il rêve tout naturellement que Lara vienne le sauver, ce qui pourrait expliquer le fait qu'elle passe de statut de femme faible ou au caractère pas bien défini à une femme d'action qui vient libérer son mari arme en main (un peu plus tard toujours dans la même séquence). Ainsi Anderton mettrait dans sa tête en scène le scénario idéal de fin où la morale serait sauve. Bien sur cette théorie ne tient la distance que grâce au plan cut qui passe du cercle éclairé à l'image de Lamar vue en point de vue subjectif. Mais Revenons à la phrase de Lamar : "tout est de ma faute". C'est comme un fantasme de John, le fantasme de toute victime en règle générale, vouloir que le meurtrier se reconnaisse en tant que coupable, donc ce plan de Lamar avançant vers la caméra pourrait être l'aveu fantasmé de ses crimes, ce qu'Anderton rêve d'entendre pour trouver la paix intérieure. De ce fait, le plan précédent est là pour nous suggérer peut-être, sans lourdeur, ni insistance manifeste que John est prisonnier et le restera et que tout ce qui va se passer est une projection mentale de son esprit. Dans le cas contraire, on peut se demander quel serait l'intérêt de ce plan "in vitro", ainsi que de cette transition vers un plan en vue subjective (comme si finalement le sujet (Lara) du plan était d'abord indéterminé) ? Simple esthétisme ? Cela serait fort étonnant, de plus il n'y a rien de follement esthétique dans ce plan, en revanche la théorie du rêve d'Anderton s'en trouverait justifié.
Le reste de cette séquence est une conversation entre Lamar et Lara sur la culpabilité de ce dernier. Mais cette séquence, ni dans le fond, ni dans la forme n'apporte de véritable étayage de la thèse "rêve d'Anderton" à la seule exception que c'est dans cette séquence où Lamar se trahit comme le plausible meurtrier d'Anne Lively. En effet, le grand Lamar Burgess, criminel de génie, manipulateur sans égale, qui arrive à faire croire à toute son équipe qu'il est parfaitement clean commet une bourde de débutant en disant ceci : "Ecoutez, dès lundi matin je vais essayer d'examiner la piste Witwer et je vais demander à Gédéon de chercher dans les archives du centre si un des détenus à noyé une femme qui portait le nom de … (il se rend compte de son erreur) de… comment avez-vous dit qu'elle s'appelait". Ce à quoi Lara répond : "Anne Lively, mais je n'ai jamais dit qu'on l'avait noyé". Etrange, non seulement il commet une bourde mémorable en dévoilant qu'Anne Lively a été noyé, ce que personne ne sait à part Gédéon, Witwer, Anderton et Agatha et peut-être Lara, mais en plus sur la fin de sa réplique, il manque de dévoiler son nom "de…de… comment avez-vous dit qu'elle s'appelait". Son hésitation et son jeu étant clairement perçu comme tel. Pourquoi un génie criminel de cette envergure qui a échappé à tant de personnes pouvant trouver la vérité, irait-il la révéler aussi inconsciemment ? On peut bien sur dire que un génie criminel aussi génial qu'il soit a des failles, mais en revanche, si on reste dans l'optique du rêve d'Anderton cela prend tout son sens cette révélation inopportune. Dans le cas du rêve d'Anderton, on peut penser sans doute que John imagine Lamar se planter lamentablement comme un vulgaire délinquant et ainsi cela lui permet de faire chuter de son piédestal, un homme qu'il a tant aimé et respecté. Lamar dit d'ailleurs "Je considérais John comme mon fils". De plus, cette hypothèse est intéressante dans la mesure où cette scène renvoie à la scène des aveux de Speelbound d'Hitchcock, autre grand film sur le rêve et l'inconscient. Ce serait donc une référence clin d'œil de Spielberg au grand génie Hitchcock dont les intrigues se révèlent souvent grâce à des rêves ou des états proches du rêve. On aurait donc un aperçu de ce que John rêve en tant que prisonnier : la confrontation entre sa femme (qui n'est pas présentée comme une figure de femme d'action depuis le début du métrage) et son pire ennemi, paradoxalement père de substitution.
Ensuite Lamar cherche à tuer Lara pour l'empêcher de parler, mais sa secrétaire faisant irruption dans la pièce l'oblige à changer de technique. Lamar ne chercherait pas à la tuer à cause des Pre-Cogs qui sont à nouveau trois, donc à nouveau opérationnels, il ne prendrait donc pas ce risque insensé.
Dans un gros plan surexposé, étrangement d'ailleurs, dans une pièce assez sombre, Lamar, dont le visage baigne de lumière comme dans un rêve s'adresse à Lara mal à l'aise : "nous reparlerons plus tard, peut-être demain, je viendrais vous voir chez vous". Lara acquiesce, et Lamar sort pour sa conférence. Rien dans ce passage ne permet de justifier totalement la thèse du rêve d'Anderton, si ce n'est les deux troublantes erreurs que commet Lamar, mais ce n'est pas suffisant pour conclure au rêve. Mais continuons.
Lara le regarde s'en aller, s'ensuit un travelling avant vers elle. Le regard de Lara se pose sur les affaires de John qui traîne dans une caisse transparente posé sur une petite table en face d'elle. Un travelling avant vers la caisse contenant les affaires de John : son arme, son œil, ses dossiers et… On a presque un portrait chinois de John à travers certaines de ses affaires, c'est John en raccourci en fait, la présence de John et la caisse qui fait office de simili cercueil. On peut avancer aussi l'hypothèse que ce simili cercueil renvoie de façon mimétique à la prison tube transparent dans laquelle est enfermé John et que le tout peut donc renvoyer au rêve. Mais peut-être et c'est plus probablement le cas, cela annonce la séquence d'après dans la prison. D'ailleurs les stries horizontales de la caisse transparente renvoient aux tuyaux d'orgues verticaux de la sentinelle (même forme ou approchant, même couleur, même transition en travelling avant). La musique religieuse (Jésus que ma joie demeure de Jean Sébastien Bach) qui se fait entendre pendant ce double travelling est d'abord présente sur le plan de la caisse en tant que musique extradiégétique, puis en montant crescendo, elle devient sur le plan de l'orgue musique diégétique et an empathique (quel que soit le personnage concerné, Lara, John ou Gédéon qui joue pour les prisonniers). Cette musique envahissant progressivement l'image, peut être perçue soit comme une annonce du plan de l'orgue, soit comme une référence à un enterrement (musique religieuse et simili cercueil) ; donc à l'enfermement réel d'Anderton, donc au rêve que ce dernier ferait à ce moment précis. Difficile encore de trancher mais voyons la suite.
Le plan suivant, dans un travelling avant vers Gédéon (la Sentinelle) qui jouent de l'orgue pour les prisonniers, nous dévoile un pistolet qui s'avance et se pointe sur la nuque de Gédéon. Lara la femme "au foyer" devient une redoutable femme d'action. "Il faut que je parle à mon mari". Dans l'hypothèse où John rêve ce qu'il voudrait qui arrive, ce brusque changement d'attitude de Lara pourrait être expliqué par le fait que John rêve que sa femme l'aime à nouveau et soit prêt à la délivrer arme au poing. Dans le cas contraire, c'est une initiative de Lara, après tout les êtres humains sont complexes au point de se surprendre eux-mêmes parfois.
Gédéon étonné de son arrivée lui répond "vous n'avez pas l'autorisation, comment êtes-vous entrée ici". Et Lara pour toute réponse pose l'œil restant de John sur l'orgue faisant jouer la clef la plus grave. Ce détail mi-comique, mi-macabre trouve un sens dans l'hypothèse où ceci est un rêve d'Anderton. En effet on peut penser que Anderton rêve que sa femme utilise son œil et son pistolet (pris dans la caisse blanche, on les voit par transparence) pour pénétrer dans la prison et le sauver. Mais cet œil peut également être pris comme une référence à un monde du rêve. Le rasoir tranchant l'œil dans Un chien andalou de Luis Bunuel, un réalisateur fort apprécié de Spielberg, ou encore la séquence du rêve dans Speelbound D'Hitchcock, toutes deux inspirées par Dali. Quoiqu'il en soit, cette séquence en tout les cas onirique fait place au discours de Lamar pour la nationalisation de Pre-Crime.
L'accord de l'œil posé sur l'orgue fait une transition sonore avec les applaudissements (comme à la fin d'un concert) et la soirée Pre-Crime. On découvre Lamar qui remercie les gens. La secrétaire de Lamar lui offre une boite contenant un revolver et cinq balles plaquées or. Lamar explique à l'assemblée ce symbole. "Des revolvers comme celui-ci ont été donnés aux généraux à la fin de la guerre de sécession par leurs troupes et les barillets étaient chargés de cinq balles plaquées or pour symboliser la fin de la destruction et de la mort, qui avait ravagé le pays pendant cinq ans". Il poursuit hypocritement ou bien peut-être y croit-il vraiment ; à moins que ce ne soit aussi dans le cas du rêve d'Anderton, la manière dont John perçoit Lamar, son presque père (ce discours fait d'ailleurs écho à celui de Hook, ou encore celui de Catch me if you can, tout deux sur la vision d'un père par son fils sans trop sur interpréter). Il poursuit donc son discours : "mesdames et messieurs avec Pre-Crime qui devient national peut-être pouvons nous enfin envisager un avenir où aucun de nous n'aura plus jamais l'occasion de décharger une arme à feu". C'est bien sur oublier que Lamar a tué 24h avant Danny Witwer avec le pistolet de John et qu'il est impliqué dans la mort de Leo Crow. Dans cette scène, aucune indication ne permet de créditer l'hypothèse du rêve d'Anderton.
Ensuite le téléphone de Lamar sonne, sa secrétaire répond et le lui passe. C'est Anderton. S'ensuit un appel de Lara à Jad (le soldat noir de Pre-Crime) lui demandant d'aider John. Jad envoie la prévision d'Agatha impliquant Lamar dans le meurtre d'Anne Lively sur grand écran. Anderton dit à Lamar qu'il sait tout. Dans la salle les gens sont médusés lorsqu'ils découvrent que Lamar est coupable du meurtre. Lamar fuit la salle et aperçoit John. Lamar entre dans la cuisine et charge l'arme qu'on lui a offert. Dans cette séquence, il n'y a pas non plus d'éléments accréditant la thèse du rêve d'Anderton si ce n'est la voix off qui interroge Lamar comme un jeu télévisé. "Alors qu'est-ce vous allez faire Lamar, qu'est-ce que vous allez faire ?". Cette voix off peut aussi agir comme la voix d'un fantôme. On peut imaginer qu'il s'agit de la confrontation entre Lamar et Anderton, mais rien ne permet d'accréditer cette thèse. Mais on est plus proche de l'irréel en tant que fiction filmée plutôt que de l'irréel en tant que rêve.
La séquence suivante montre comment Lamar se rend coupable d'un futur meurtre à l'encontre de John. Agatha et les jumeaux visualisent ce futur meurtre. L'équipe d'Anderton voit que John en est la victime. Pendant ce temps, Lamar et John se disputent violemment dans la cuisine (dialogue anticipé également par les Precogs). Les hommes de Pre-Crime voit Lamar dire "pardonne-moi John" et le tuer ensuite d'une balle dans le cœur sur la terrasse de l'hôtel. Le lien avec le rêve vient ensuite, car si on quitte Lamar et John dans la cuisine, on les retrouvera la séquence d'après sur la terrasse et ce sans qu'on sache ce qui s'est passé entre temps. Il ne s'agit pas d'ailleurs d'une ellipse puisque le dialogue reprend à l'endroit où il s'est terminé dans la cuisine. En revanche cela rappelle étrangement l'incohérence d'un rêve où l'on peut rêver une action dans un lieu, action qui se poursuivra dans un autre lieu sans nous choquer le moins du monde. Peut-être ce la même chose pour ce passage. Par contre dans le cas de la réalité, il y a une incohérence d'action et de lieu entre la scène de la cuisine et celle de la terrasse. Les hommes Pre-Crime voit la boule du meurtrier descendre le long du tube : "Perpetrator : Lamar Burgess".
Ensuite la caméra en vue subjective franchit la porte de la terrasse et s'avance vers John. On retrouve le même angle et le même mouvement de caméra qu'au tout début du passage dans la scène entre Lara et Lamar peut-être s'agit-il d'un indice destiné à montrer que la scène est toujours celle que rêverait Anderton même s'il est présent dans la scène dans son propre rôle. Anderton habillé en noir avec sa houppelande à la Dark Vador (celle qui arbore dans les bouges) s'adresse à la caméra/Lamar ? "Lamar, c'est fini, la seule question qui reste c'est qu'allez-vous faire maintenant". Lamar entre à son tour sur la terrasse, vu de dessus ; son ombre, gigantesque, comme dans un cauchemar, s'étend sur le sol de la terrasse.
Vient ensuite le "débat/discussion" entre Anderton et Lamar sur la question du choix et de la culpabilité ; et dans cette séquence non plus, rien ne vient appuyer la thèse du rêve. Lamar se suicide et la musique extradiégétique retentit. Les gens de Pre-Crime tâte le pouls de Lamar, Lara court dans les bras de John, les invités s'approchent. La caméra s'éloigne en travelling vertical en plongée comme dans un rêve (cf la fin de Brazil de Terry Gilliam). On pourrait croire que c'est la fin de la séquence mais il n'en est rien.
Les outils de Pre-Crime sont visualisés en plusieurs plans. Un plan des bureaux vides de Pre-Crime, commenté par la voix off d'Anderton, déjà étrange comme procédé, cela renvoie à la séquence du dîner et donc à la possibilité que ce soit un rêve "en 2054, l'expérience de six années de Pre-Crime a été abandonnée". Un autre plan de la salle des gardes, totalement désertée. Un plan du bassin des Precogs lui aussi vide avec de nouveau la voix off d'Anderton "tous les prisonniers furent pardonnés inconditionnellement et libérés, toutefois les services de police gardèrent un œil sur plusieurs d'entre eux pendant des années". Les images de lieu déserte, en plus de la voix off donne une impression de voix fantomatique, ou de rêve, comme si Anderton rêvait ce qu'il voulait qui arrive et non la réalité de ce qui est.
On découvre ensuite Anderton chez lui, ses cheveux ont repoussé, et il regarde au dehors, la pluie qui ruisselle sur les vitres. La caméra dévoile dans un panoramique Lara Anderton. Elle s'avance vers John, elle est enceinte. Il la regarde et lui sourit. Ils s'embrassent tendrement et semblent être heureux. Nous avons ici soit "l'happy end à l'américaine", quoique la grossesse de Lara n'aie rien de réjouissant sachant que Sean vivra éternellement dans le souvenir des jeunes parents, mais admettons ; Soit si l'on se place du point de vue du rêve, on peut penser qu'il s'agit d'un fantasme de John toujours prisonnier. Après avoir rêvé la révélation et la mort du "méchant", puis le démantèlement du système perverti ; son rêve serait de retrouver sa femme et de vivre avec elle et un nouvel enfant pour "compenser" la mort de Sean.
Enfin on découvre les jumeaux precogs dans une maison ensoleillée. Leurs cheveux ont repoussé eux aussi. Ils portent des vêtements plus agréables que leur justaucorps couleur chair et lisent des livres. La caméra continue en travelling arrière et dévoile Agatha dont les cheveux ont aussi repoussé. Elle lit un livre en regardant le souvenir de sa mère qu'elle tient en pendentif serré dans sa main. On entend à nouveau la voix off d'Anderton : "Agatha et les jumeaux furent transférés dans un lieu secret, un endroit où ils seraient délivrés de leurs dons, un endroit où il pourrait terminer leur vie en paix". On ne peut terminer la "happy ending" sans sauver les gentils precogs malheureux esclaves du système, mais au-delà de ce point de vue, dans le cas du rêve d'Anderton, on peut imaginer, qu'il souhaite lui prisonnier que les esclaves soient sauvés. La voix off revient encore une fois étrangement et appuie cet état d'irréalité de ce que l'on voit, de plus le discours d'Anderton est redondant puisqu'il ne fait que commenter les images qu'il voit, hors le film n'a jamais usé ce genre de ficelles scénaristiques lourde, si ce n'est dans la séquence qui nous a intéressé. La caméra poursuit son travelling arrière et sort par la fenêtre, après quoi toujours dans le même plan, elle s'éloigne dans le ciel en semi-plongée, toujours plus haut, toujours plus loin. On a d'ailleurs la même fin exactement que Brazil (d'ailleurs beaucoup de références sont faites à Brazil dans Minority Report) sauf que la maison qui fume avec le tracteur est un mobil home qui fume avec un truck, mais le plan à la grue est exactement le même. Ensuite Gilliam brise le rêve en revenant dans la salle de torture, ce que ne fait pas Spielberg, proposant ainsi cette double lecture de la fin, pour un film sur le choix, voilà qui est fort judicieux. La dernière voix off agit de la même façon que les précédentes, Anderton décrit l'action et dans le cas du rêve souhaite que ça se finisse "bien" pour tout le monde. Un peu comme le "tout est qui bien qui finit bien" des contes de fées mais en décalés, ou le "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles" dans Candide de Voltaire. Mais quel que soit l'hypothèse selon laquelle on analyse la fin du film, on ne peut nier qu'elle ait des liens avec l'onirisme et le rêve. D'ailleurs c'est le cas du film entier à bien y réfléchir.


Nous avons vu qu'il était très difficile voire quasiment impossible d'analyser la séquence 21 à 24 du dvd de Minority Report. Rien ne permet de dire que l'hypothèse du rêve soit vrai ou fausse, en revanche, plusieurs indices visuels, filmiques, référentiels ou scénaristiques permettent de s'interroger sur la présence du double fin pour le spectateur.
De là à en conclure que Spielberg se moque lui-même de l'"happy end à l'américaine" et nous propose une fin plus sombre, il n'y a qu'un pas que nous ne franchirons pas. Mais il faut aussi préciser que si Minority Report est un film sur le choix, on peut penser que sa fin si ambiguë et aux deux interprétations possibles est elle aussi laissée aux libres choix des spectateurs, seront leurs états d'esprits, leurs sensibilités et leurs envies, même si je reste persuadé que la fin heureuse n'est qu'un leurre de plus. Après tout Minority Report est tiré d'une nouvelle de Philip K Dick, écrivain américain génial et torturé, qui a créé plus d'un univers où règnent le leurre, la paranoïa et le faux semblant.

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 16:45

 

J'ai revu (une deuxième fois donc ! ça va on suit bien), Jurassic Park, et même si les FX ont un peu vieilli et que ce film n'est pas le plus Spielbergien, il est révélateur sur plusieurs plans de la maestria Spielberg et de la dissémination d'indice dans l'image ou le discours.

j'appellerai ça, l'effet "anti-minority report". Je m'explique, dans Minority Report, le discours est faux , tout le monde manipule Anderton et lui ment. Seuls certaines images dévoilent la vérité (pour le plus grand malheur de gens comme Lamar). Dans Jurassic Park c'est l'inverse, les images sont fausses comme le dit Ian Malcom, il ya une illusion du contrôle, mais la vérité vient du discours cette fois, il ne faut pas se fier aux images, ni aux panneaux(l'inverse de Terminal ou les gens ne lisent pas les panneaux et se provoque des accidents).

Là il faut ne pas lire les panneaux pour survivre (ex : DANGER ELECTRIC VOLTAGE => le courant est coupé, l'informaticien vénale qui fait l'erreur de lire le panneau du port arraché au lieu de suivre son instinct et d'aller dans la bonne direction, il replante le panneau, et suit la voie qu'il lui indique qui le mènera à sa perte).
Le discours du théoricien du Chaos bien sur, pas du Prométhéen John Hammond(encore un manipulateur, comme Anderton au début qui manipule au sens pratique, l'image). L'image se chargera ensuite de vérifier les dires du scientifique ange déchu (il est tout habillé de noir, Hammond est un blanc, ne jamais sous-estimer l'importance du costume et du choix des couleurs dans un film de Spielberg).

Ian dit que la vie passe quoiqu'il advienne, Hammond lui dit qu'il n'y a que des femelles, sur l'île, la réponse de la nature a lieu avec l'ADN de grenouilles entrainant le changement de sexe des dinos, Grant découvre les oeufs témoin de la théorie de Malcom, l'image vérifie les dires du théoricien du Chaos. Plusieurs autres vérifications avec l'image auront lieu.

Mais Jurassic Park c'est aussi un film métaphysique, ainsi comme le dit si bien Malcolm (décidément encore lui) : " Dieu crée les dinosaures, Dieu détruit les dinosaures, Dieu crée l'homme, l'homme détruit Dieu, l'homme crée les dinosaures". Il ne le rajoute pas mais ce sophisme tombe sous le sens, l'homme créateur à son tour, se prend pour dieu (étrange représentation physique d'Hammon , renvoyant au Dieu anthropomorphe de Michel-Ange par exemple).

Il y aura d'ailleurs une punition, mais elle ne peut venir de Dieu puisque selon Ian il est mort, donc elle vient de la terre elle-même Gaia, la Grande déesse celte également. D'ailleurs Ellie le précise à Ian, "la femme hérite de la terre" qqch comme ça. Ainsi Gaia provoque une tempête qui rend l'île encore plus chaotique, elle libère les créatures de la terre (les dinos), elle ensevelira aussi les recherches génétiques de dinos piquées par l'informaticien vénal sous des monceaux de boues (gros plan du container ADN que la boue enseveli).

Le Chaos provoquera aussi la mort de chaque personne qui a intenté à la vie et a voulu se prendre pour Dieu , plus les malheureux employés (comme Samuel L Jackson perdu dans cette île). Seul le professeur Hammond ne mourra pas, mais l'amour qu'il possède pour ses petits enfants sera mis à rude épreuve.
Ainsi :

L'avocat véreux meurt bouffé sur les chiottes par le T.Rex pour avoir voulu tirer profit des dinos ressuscités.
Le chasseur meurt pour avoir osé participé à ce projet
L'informaticien meurt pour avoir tenté de propager cet hérésie de la science.

les seuls qui ne meurent pas sont : les enfants (c'est d'ailleurs eux qui sauveront la base), les deux archéologues (ils sont humains et l'argent les a achetés mais ils ont bon fond (Grant va s'occuper des enfants qu'ils abhorrent par dessus tout prouvant qu'il peut devenir père sans problème), Malcom est blessé mais épargné par le Chaos, parce qu'il a mis en garde tlm.

Il ne faut pas y voir une fin, ni un film moralisateur, mais plutôt une simple constatation. Il ne fait pas bon se prendre pour Dieu, et on paye toujours le prix de son arrogance.

je reviens aussi rapidement sur deux moment du scénario dont un qui semble inutile mais qui trouvera sa justification dans la suite du film :

1) le professeur Grant terrifie un gamin du site de recherche paléo en expliquant le mode de fonctionnement de l'attaque des raptors : on fixe le premier raptor et deux autres raptors vous attaquent sur les côtés, raptors qu'on n'avait même pas vu venir.
Pour répondre à ce discours, aussitôt après, l'hélicoptère de Hammond se pose, tous le fixe, mais Hammond n'y est pas ! le pilote indique la caravane de Grant du doigt !

Grant et Ellie pénètre dans la caravane et tombe nez à nez avec Hammond, qui comme une bête sauvage, fouille dans leur frigo à la recherche de nourriture (en l'occurence d'une boisson, du Champagne) : le discours qui me semblait ne servir à rien, sert en réalité à présenter Hammond d'une part, en faisant uen analogie entre lui et les raptors (l'hélico que l'on voit pourrait êtr le premier raptor, celui qui attire l'attention, et Hammond largué avant que l'hélico arrive ou par un autre hélico, est le raptor qu'on n'avait même pas pressenti).

Hammond ressemble à "ses" créatures et sa proposition de voyage à JP est trés intéressé et dangereuse. Spielby nous met en garde, méfiez vous de ce vieil homme à barbe blanche. Il n'est pas ce qu'il semble être.

D'autre part, l'explication du début de Grant sur les raptors, permet d'anticiper la mort du chasseur avant lui., tuer par les raptors également et de la même manière décrite au début du film par Grant.

encore une petite chose, Spielberg s'autocite; allusion à Duel (la camionnette land rover qui semble doué d'une vie propre et descend l'arbre pour écraser Grant et Tim (d'ailleurs les voitures du parc sont télécommandés, ya pas de chauffeur =camion fantôme qui semble sans chauffeur comme dans Duel).

La fin du film n'est pas irréaliste (le T.Rex qui bouffe les deux raptors) dans la mesure où elle s'inscrit dans une symbolique particulière. Notre grand père (le Tyranosaurus Rex) sauve la vie de sa descendance en détruisant à nouveau les dinos. Il se place comme protecteur et non comme agresseur.

Jurassic Park c'est aussi le film du changement, le tournant définitif d'une page de l'histoire du film de monstre : Foin de marionette capté image, par image, plus trop de robot animatronic, la plus grande partie des monstres du film sont réalisé en synthèse. Le procédé virtuel supplante l'animation à l'ancienne, des chef d'oeuvre de Ray Harryhausen et autres. Ce film c'est donc aussi la destruction de l'imagerie traditionnelle (le squelette écorché de T.Rex qui explose à la fin du film sur le sol en est la preuve, une forme d'FX a vécu, la nouvelle génération est en marche. Après JP, on ne présentera plus les monstres en image par image, (à l'exception de Spy Kids 2 mais c'est un choix personnel de Rodriguez pour rendre hommage aux créatures de Harryhausen). JP est un film du chaos, sur le chaos mais aussi un film métaphysique et une mise en garde contre l'abus de la science (cf 2002 : l'attaques des clones de Lucas qui pose le même postulat).

Enfin j'aborderai le miroir de deux personnages complémentaires :

Ian Malcolm/John Hammond

Malcolm est habillé tout de noir, il est assez barjo et ne semble jamais sérieux et raisonnable => Spielberg nous montre un personnage limite (au limite de la folie : il parle tout seul, fantasme, et théorise sur tout), une peu comme ce que sera le futur Anderton, ou Tom Hanks dans Ryan (qui sur la fin du film tire avec son pistolet sur les tanks, comportement totalement illogique et vain témoignant de l'absence de santé mentale du sujet) ! Bref, Malcolm est présenté comme un barjo, et peu sérieux, Hammond dira d'ailleurs de lui "je demande un scientifique et on m'envoie une star du rock" , lui ôtant tout crédit scientifique, juste un jugement sur son état et sa tenue, mais l'habit ne fais pas le moine, en revanche, il fait le démon : Ian Malcolm est en qques sorte la représentation idéal de l'ange déchu ! Il est tentateur : il tente de séduire Ellie, la Eve (héritant de la Terre) du Paradis Perdu , l'île est surnommé Lost Eden (a moins que ce ne soit dans le 2).

Par analogie, on le rapproche trés vite de Satan, ou du serpent, d'ailleurs il n'a , je pense échappé à personne qu'on trouve l'image d'un serpent glissant sur la terre dans JP et ce dans un seul plan ! Mais qui est ce serpent ? pourquoi un seul plan ? ce n'est pas une allusion à Indy et la haine de indy pour les serpents , ni une autocitation de Spielberg, en revanche, les noirs d'Afrique considèrent le serpent comme un messager des dieux (cf le livre : l'enfant noir de Camara Laye), voire un esprit, parfois un démon !

En revanche, malgré sa noire description, et ses attitudes assez similaire au tentateur, Malcolm s'avère être une des personnes les plus sensées de l'île ! Ne pas se fier à ce que l'on voit, encore une mise en garde de Spielberg, la même que pour les écriteaux : le mensonge est sur l'île, où que ce soit, le mensonge et une forme de mal, de Chaos.

Le deuxième personnage de ce dyptique miroir c'est John Hammond .
au contraire de Malcolm, Hammond est présenté par Spielberg, comme un gentil , et inoffensif papa, papy gâteau. Il est habillé de blanc, symbole de pureté et de Bien (dans la logique manichéenne) et a un visage trés proche du Dieu chrétien anthropomorphe. Selon ce que nous montre Spielberg, notre sympathie lui est toute acquise ! Mais, car il ya un mais, il s'avère être capricieux (il veut les chose trés rapidement), il s'incruste dans la roulotte de Ellie et Grant et se sert avec sans-gêne dans leur frigo, ouvrant sans aucune vergogne leur champagne, il dépense sans compter mais se révèle trés radin pour les mesures élémentaires de sécurité (comme le groupe électrogène situé à l'opposé de la salle de contrôle, une négligence qui coûtera la vie à S.L Jackson) !
Il se prend effectivement pour le dieu auquel il ressemble et sous-considère ses employés et les sous-payes (c'est la raison pour laquelle Nedry le trahira et tentera de voler les embryons de dinos)!

D'ailleurs à ce propos, une de ses répliques m'a choqué, je pense que ct le but de Spielberg, il entre dans le labo, l'avocat demande si ce sont des animatroniques que l'on voit derrière la vitre, et Hammond dit que non, ce sont les "vrais" scientifiques, il n'ya aucun automate que des personnes réels !

Mais quel être abject est-il donc pour montrer (peut-être sans leur consentement)des êtres humains travaillant sans relâche dans des cages comme des animaux de foire, n'a t-il aucun égard pour l'intimité humaine ? D'ailleurs, il dit que ce ne sont pas des automates, mais a bien y réfléchir ça en est ! des êtres humains qui travaillent sans manger et dormir (pour leur cause remarque, il ne sont pas encore eslaves ; ça viendra chez Spielby dans Amistad, puis A.I et enfin Minority Report) , quelques sandwichs quoi), il n'y a qu'à voir leur état physique et les cernes de leur visage pour voir qu'ils bossent à s'en épuiser, en effectif réduit (radinisme du proprio ?) ; et sous payés (cf la trahison de Nedry) n'est-ce pas en quelque sorte de pseudo-automate ?

En gros, Hammond est responsable en partie de toute la catastrophe et du Chaos qui en découlera, il est pour ainsi dire l'instigateur du Chaos, à la manière d'une Hineman dans MR ! Celui qui instrumentalisera le Chaos étant ici non pas Anderton, mais Nedry (panne généralisé du sys pour voler les embryons provoquant le court-circuit des voitures motorisées et des sys de protection des cages des dinos => déferlement du Chaos sur terre ! ).

Spielberg nous dépeint à travers ce personnage, je pense la même chose que pour Malcolm mais en inversant le sentiment ! Pour résumer en simplifiant : Tout ce qui est censé représenter le Mal c'est le Bien, le Bien c'est le Mal ! Hammond est habillé de blanc, en apparence pure et gentil, et Malcolm est censé être un démon, mais le démon se révèle un archange et l'archange gabriel ou le dieu anthropomorphe se révèle être un démon ou le diable.

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 16:36

il n'y en a aucun me direz vous, le fait de deux réalisateurs trés différent, dans deux optiques différentes, et pourtant, chez l'un comme chez l'autre, toute les "obsessions" "tic de réal" qu'on retrouvera dans leur futur production sont déjà là.

http://www.celluloidz.com/wp-content/uploads/2011/02/pi.jpg

Ils sont tout deux réalisé par de futur surdoué de l'image, du montage et de la narration. Tout deux en noir et blanc pour éviter le maximum de problème de lumière, les deux ont d'ailleurs le défaut (la volonté ?) d'être terriblement surexposé sur les extérieurs ou les endroits donnant sur l'extérieur (type fenêtre, porte), tout deux utilisent un montage nerveux mais pas épileptique non plus, une musique entêtante, voir par moment carrément électro.http://streambot.net/files/thumbs/1294288202bf162.jpg Tout deux utilisent des comédiens non connus ou des amis du groupe (à noter que j'aurais juré que Johnathan Nolan était le petit frère de Chris et non son grand )

les deux traitent plus ou moins de SPOILER  complot - et de personnage d'une ambiguité certaine, on croirait presque que- SPOILER  :  la femme du cartel industriel boursier (PI) comme le jeune dandy cambrioleur Cobb (The Following) sont des représentations imagés du Diable. De sorte qu'on se retrouve presque dans la théorie d'un "pacte Faustien". 

A noter également une certaine violence hors-champ, mais dont l'exécution n'en a que plus de prise avec le prolongement sonore de cette violence.

A noter également que SPOILER :  les deux personnages principaux finissent fous ou considérés comme tel.

Nolan traitant ici de son thème fétiche la manipulation mentale, on a presque en substance les prémisses du futur Memento (et déjà une construction intemporel) mais aussi on peut lire comme pour le Prestige, "le Suiveur" comme un film sur le cinéma.

Quant à Aronofsky, il traite du complot, du génie et des affres de ce génie mais aussi du basculement dans la folie avec en plus une réflexion sur "Dieu" qu'on retrouve également dans The Fountain.

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 16:10
SrorriM / Mirrors
 
C'est en traînant des pieds que j'étais allé voir avec un ami (l'objectivité en duo est toujours préférable) le dernier opus de la nouvelle coqueluche française hollywoodienne, j'ai nommé Alexandre Aja. Je n'ai jamais été particulièrement fan du bonhomme et ses deux premiers films ne m'ont pas plu du tout. J'ai trouvé Haute Tension, ultra violent mais surtout très incohérent et j'ai tenu moins d'une demi-heure devant La Colline a des Yeux. Vous l'aurez compris, le survival sans une once de scénario original n'est pas vraiment ma tasse de thé.

Mais outre le réalisateur reconnu ou le fait que le film soit un remake inspiré d'un film coréen "Into the mirrors" que je n'ai malheureusement pas vu; c'est précisément l'histoire de ce scénario qui m'a donné une grande envie de donner à nouveau sa chance à un réalisateur que je trouve plutôt doué. Donc l'histoire, pour la résumer en deux mots, est celle d'un ancien flic qui s'en veut de la mort d'un de ses collègues. Il a bien évidemment dans cette mort une grosse part de responsabilité. Pour s'éloigner un temps du métier de policier, il va devenir vigile de nuit dans un centre commercial désaffecté après la disparition mystérieuse du précédent gardien. Il va être témoin d'évènements troublants qui vont le forcer à partir en quête de la personne qui pourra les arrêter.

Sans trop en dire pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, ce film est, sans aucun doute, un des meilleurs films sur les reflets ou à base de reflets qu'il m'ait été donné de voir. En effet, la caméra tantôt fixe, tantôt aérienne d'Aja va toujours montrer des reflets, créant par là même des personnages qui n'existent pas, entourant le héros de multiples points de vue. Ces derniers pouvant d'ailleurs faire office d'autant d'anciennes victimes l'accablant de reproches. Et c'est littéralement le sujet du film, car l'intégralité de ce dernier va tourner autour des thèmes de rédemption, de culpabilité, de sacrifice ; autant de questionnements ciblant aussi bien le héros que la personne à l'origine des évènements qui vont secouer les différents lieux.

Il y a du Poltergeist de Tobe Hooper dans ce film, et plusieurs scènes y font penser, comme cette scène où le sol absorbe au sens propre un personnage. Aja questionne également l'image qu'on renvoie de nous-mêmes aux autres, mais également à soi ; rien de très nouveau, mais il le fait avec passion et modestie, ce qui nous embarque volontiers dans le périple du héros. C'est d'ailleurs, un Kiefer Sutherland à l'opposé de son baroudeur Jack Bauer de la série 24 que nous découvrons dans le film. Un personnage tout en finesse, d'une sensibilité accrue et qui laisse entrevoir tout ce que le drame du début du film a pu provoquer sur son être.

De sorte que la quête qu'il se donne à finir pour ne pas sombrer dans la folie et voir détruire sa famille est plus qu'intimement liée à cette triste histoire que nous découvrons sur une manchette de journal à l'incipit du film.

En conclusion, Aja dans ce film, délaisse son gore habituel pour un suspense habilement distillé, de rebondissement en faux semblants, à l'exception toutefois de deux scènes d'une rare violence, mais ayant pour mérite d'inscrire le récit dans un refus net du blockbuster formaté. La fin quant à elle, offre un moment de cinéma et de frisson qui rappelle à tous les cinéphiles téléphages les meilleures heures de la feue série « Twilight Zone » de Rod Serling. Et comme à la sortie de Phénomènes, je regardais le vent dans les arbres avec circonspection ; en sortant de la salle, le miroir de l'entrée du cinéma à moitié éclairé par des halogènes faiblards me donna une de mes plus grandes peurs. Pari réussi donc, si tant est que le cinéma de série B, celui auquel Aja rend ici hommage marche sur le spectateur par sa capacité à rendre le virtuel le plus fou, quasi réel ou approchant.
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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 12:38

Voilà, je voulais vous montrer le graphisme de ma future société de prod', dessiné par mon beau-frère, un talentueux graphiste qui mérite d'être reconnu et de faire de grands projets, (www.infographiestudio.com)

Ainsi que l'affiche de mon premier court-métrage, "Cas de Conscience", qui est elle réalisée par moi, simple montage de photo de mon acteur principal.

Je mets également en ligne les pré-projets d'affiches du film non retenus car rappelant trop d'anciens films (donc seulement les photos sans le texte), parmi lesquels au moins deux que vous connaissez bien ;) :)

Enfin les jacquettes intérieures du DVD si jamais il me passait dans la tête l'idée follement saugrenue d'en faire un :)

Et enfin la jacquette de la BO si je décidais subitement et stupidement lol de sortir le CD des musiques du film, composées à de rares exceptions par le trés talentueux musicien Mourioche (www.mourioche.com / www.sound-fishing.net )



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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 14:47

Je vous l’avais promis depuis longtemps mais je n’ai jamais eu vraiment soit le temps, soit la possibilité effective de le faire à cause de l’écriture de mon DEA. Mais maintenant que ce dernier est de l’histoire ancienne et que je suis à même de le faire, je ne m’en priverais donc pas. Voici donc en avant première, longtemps retardé, j’espère toujours attendu, le comparatif complet de War of the Worlds (la Guerre des Mondes) film et livre :

Ps : Au vu de ce comparatif, vous comprendrez pourquoi ce film, même si il est extrêmement infidèle au roman y est en même temps terriblement fidèle. Paradoxe étrange mais néanmoins possible, surtout parce que comme vous le verrez au cours de cette lecture, Spielberg et Koepp ont changé les personnages mais en gardant la trame complète du roman.
Le comparatif a été fait à partir de mes souvenirs du film de WOW ; (donc pardonnez moi les incohérences/erreurs, j’ai juste ma mémoire comme recours, je n’ai pas encore le dvd), et à partir du livre La Guerre des Mondes de H.G Wells, édition Folio, 1950.

Roman de HG Wells : Personnages :

Le Narrateur (le récit jongle en alternance avec son histoire et l’histoire de son frère)
Son frère
La femme du narrateur
Le Vicaire (blond aux yeux pâles, paranoïaque et pieu)
Le Soldat rescapé (Patriote mais totalement à l’ouest aussi)
Mme Elphinstone et sa belle-soeur
Ogilvy (savant ami du Narrateur, premier dans les morts, fait parti des trois pulvérisés)
Foule.second couteaux.

Film de Byron Haskin (1952)
Scénario : Barré Lyndon:

Le Narrateur (un savant)
Sa femme ?
Ogilvy (savant ami du Narrateur, premier dans les morts, fait parti des trois pulvérisés)
Une fille (romance avec le héros)
Son oncle pasteur
Foule. Second couteaux.

Fidélité au roman : Juste les noms et quelques moments forts de la trame. Invention de plusieurs personnages et situations clichés avec intervention de l’armée et discussion du gouvernement.

Film de Steven Spielberg (2005)
Scénario : David Koepp (Jurassic Park, le Monde perdu, M.I, Panic room, , Fenêtre secrète) et Steven Spielberg (Rencontres du 3ème type, A.I) non crédité au générique de WOW mais toujours trés présent dans l’écriture du scénario de ses films :

Le « héros » : Ray Ferrier, docker
Rachel Ferrier (sa fille)
Robbie Ferrier (son fils)
Un ami mécanicien
Deux connaissances de Ray
Deux amies de Ray (une femme et sa fille)
Ogilvy (un illustre inconnu de Ray.métier inconnu. Patriote, paranoïaque et pieu)
L’ex femme de Ray
Son nouveau mari
Ses ex beaux parents
Un caméraman et une reportrice 
Foule. Second couteaux

Fidélité au roman : Les noms ont été entièrement changés (à part Ogilvy) et les personnages aussi, mais on retrouve la trame intégrale du roman, jusque dans ses plus petits détails.



Chapitre 1 : A la veille de la Guerre. P11 à 19

« Personne n’aurait cru dans les dernières années du 19ème siècle, que les choses humaines fussent observées, de la façon la plus pénétrante et la plus attentive, par des intelligences supérieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles ;que, tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils étaient examinés, étudiés d’aussi près peut-être qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. Avec une suffisance infinie, les hommes allaient de-ci de-là par le monde, vaquant à leurs petites affaires, dans la sereine sécurité de leur empire sur la matière ». Page 11

« Cependant, par-delà le gouffre de l’espace, des esprits qui sont à nos esprits ce que les nôtres sont à ceux des bêtes qui périssent, des intellects vaste, calmes et impitoyable, considéraient cette terre avec des yeux envieux, dressaient lentement et sûrement leurs plans pour la conquête de notre monde. Et dans les premières années du 20ème siècle vint la grande désillusion ». Page 12

War of the Worlds de Steven Spielberg :

L’extrait du Prologue du livre que je viens de citer est presque entièrement conservé dans le roman et tient lieu de scène d’exposition. Il faut savoir que chez Spielberg tout est dit dans la première scène. Ainsi l’allusion aux microbes contenus dans la goutte d’eau (sublime plan incluant le monde dans une goutte d’eau) est déjà le révélateur de la « solution finale » qui aura raison des Aliens. J’attend le dvd pour compléter ce passage, mais je suis quasiment sur que l’intégralité de ce que j’ai cité est dans le film.

Chapitre 5 : Le Rayon Ardent. P 34 à 39

« Alors, lentement, le sifflement devint un bourdonnement, un interminable bruit retentissant et monotone. Lentement, un objet de forme bossue s’éleva hors du trou et une sorte de rayon lumineux s’élança en tremblotant.
Aussitôt des jets de réelle flamme, des lueurs brillantes sautant de l’un à l’autre, jaillirent du groupe d’hommes dispersés. On eût dit que quelque invisible jet se heurtait contre eux et que du choc naissait une flamme blanche. Il semblait que chacun d’eux fût soudain et momentanément changé en flamme.
A la clarté de leur propre destruction, je les vis chanceler et s’affaisser et ceux qui les suivaient s’enfuirent en courant.
Je demeurais stupéfait, ne comprenant pas encore que c’était la mort qui sautait d’un homme à un autre dans cette petite troupe éloignée. J’avais seulement l’impression que c’était quelque chose d’étrange, un jet de lumière sans bruit presque et qui faisait s’affaisser, inanimés, tous ceux qu’il atteignait, et de même, quand l’invisible trait ardent passait sur eux, les pins flambaient et tous les buissons de genêts secs s’enflammaient avec un bruit sourd. Dans le lointain, vers Knaphill, j’apercevais les lueurs soudaines d’arbres, de haies et de chalets de bois qui prenaient feu.
Rapidement et régulièrement, cette mort flamboyante, cette invisible, inévitable épée de flammes, décrivait sa courbe. Je m’aperçus qu’elle venait vers moi aux buissons enflammés qu’elle touchait, et j’étais trop effrayé et stupéfié pour bouger.[…]

Tout ceci s’était produit avec une telle rapidité que je restais là immobile, abasourdi et ébloui par les jets de lumière ». Page 37-38.

* Il est à noter que Ogilvy est un ami du narrateur dans le roman et qu’il meurt dans cette toute première attaque. Ce personnage est bien réutilisé par Spielberg et Koepp car couplé en trois personnes du roman).

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ray et ses amis, voisins, connaissances sont rassemblés autour des fissures qui sont apparus dans la chaussée. Puis le souffle de l’effondrement les jette à terre et une pluie de pierres glacées tombe sur le sol.
Méfiez-vous des apparences nous dit Spielberg par là. Puisque Ray jette la pierre qu’il a prise en grimaçant. Un homme lui demande si il s’est brûlé, il répond oui, mais de froid, la pierre est glacée (alors que nous spectateur l’imaginions brûlante du fait qu’elle vienne d’une météorite).
Spielberg commence à évoquer par là que les Aliens ne symbolise pas forcément les terroristes comme on pourrait le croire (mais encore faut-il avoir réfléchi à l’implication de cette pierre dans le récit, toujours à un niveau sous terrain chez Spielby, j’adore). Méfiez-vous de ce qui semble évident nous dit-il aussi par là (spéciale dédicace pour S@tch).
Bref, le sol s’effondre et le monstrueux Tripode sort de terre et après un moment de silence commence à tirer son rayon ardent sur tout ce qui bouge. Ray reste un moment terrassé par le choc, accoudé contre une voiture, puis il se met à fuir ventre à terre, pendant que les autres personnes sont calcinées sur place.
Ray comme le narrateur du roman échappe à la mort par miracle (ou par destiné, plus probable dans le cas du film de Spielberg).
Ray revient dans la maison couvert de cendre de ce qui fut autrefois des humains et ne réalise leur morts à tous que devant la glace où le visuel fait pour lui la réflexion évidente que son mental se refuse à admettre.

Chapitre 10 : En pleine mêlée. P 62 à 69

« D’abord, je ne regardai guère que la route devant moi ; puis, tout à coup, mon attention fut arrêtée par quelque chose qui descendait impétueusement à ma rencontre la pente de Maybury Hill ; je crus voir le toit humide d’une maison, mais un éclair me permit de constater que la Chose était douée d’un vif mouvement de rotation. Ce devait être une illusion d’optique __ tour à tour d’effarantes ténèbres et d’éblouissantes clartés troublaient la vue […] Quel spectacle ! Comment le décrire ? Un monstrueux tripode, plus haut que plusieurs maisons, enjambait les jeunes sapins et les écrasait dans sa course ; un engin mobile, de métal étincelant, s’avançait à travers les bruyères ; des câbles d’acier, articulés, pendaient aux côtés, l’assourdissant tumulte de sa marche se mêlait au vacarme du tonnerre. Un éclair le dessina vivement, en équilibre sur un de ces appendices, les deux autres en l’air, disparaissant et réapparaissant presque instantanément, semblait-il, avec l’éclair suivant, cent mètres plus près. Figurez-vous un tabouret à trois pieds tournant sur lui-même et d’un pied sur l’autre pour avancer par bonds violents ! Ce fut l’impression que j’en eus à la lueur des éclairs incessants. Mais au lieu d’un simple tabouret, imaginez un grand corps mécanique supporté par trois pieds ». Page 65

« Soudain les sapins du petit bois qui se trouvait juste devant moi s’écartèrent, comme de fragiles roseaux sont séparés par un homme se frayant un chemin. Ils furent arrachés net et jetés à terre et un deuxième tripode immense parut, se précipitant, semblait-il, à toute vitesse vers moi». Page 66

« Vue de près, la Chose était incomparablement étrange, car ce n’était pas simplement une machine insensée, passant droit son chemin. C’était une machine cependant, avec une allure mécanique et un fracas métallique, avec de longs tentacules flexibles et luisants. […] Elle choisissait ses pas en avançant et l’espèce de chapeau d’airain qui la surmontait se mouvait en tout sens avec l’inévitable suggestion d’une tête regardant tout autour d’elle. Derrière la masse principale se trouvait une énorme chose de métal blanchâtre, semblable à un gigantesque panier de pêcheur, et je vis des bouffées de fumée s’échapper par des interstices de ses membres, quand le monstre passa prés de moi ». Page 66

« Quand il passa près de moi, le monstre poussa une sorte de hurlement violent et assourdissant qui s’entendit par-dessus le tonnerre : Alouh ! Alouh ! ». Page 67

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Les Tripodes du film ressemblent trait pour trait au Tripodes du roman, un mélange de mécanique (câble d’acier, etc…) et de matériaux organiques (long tentacule flexible et luisants). Des Méca-orga, cher à Spielby (cf A.I, E.T, Rencontres). Dans le film, un Tripode apparait au haut d’une colline en écrasant des rangées de sapins et on voit aussi très bien la cage de la fin quand Ray se fait attraper. Quant à l’immense chapeau figurant une tête il est bien retranscrit dans le film aussi mais sous la forme d’un œil triangulaire (Dieu ? ) immense qui voit tout. Le cri entre le cri de bête sauvage et le grincement mécanique est de la même manière admirablement retranscrit par l’effet de John Williams ? Ben Burtt ?

Chapitre 12 : Destruction de Weybridge et Shepperton. Page 78 à 92

« L’intelligence vivante, le Martien qui habitait la tête, avait été tué et lancé aux quatre vents du ciel, et l’appareil n’était plus maintenant qu’un simple assemblage de mécanismes compliqués tournoyant vers la destruction. Il s’avançait, suivant une ligne droite, incapable de se guider. Il heurta la tour de l’église de Shepperton et la démolit, comme le choc d’un bélier aurait pu le faire ; il fut jeté de côté, trébucha et s’écroula dans la rivière avec un fracas formidable »

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage du livre correspond bien évidemment à la destruction du clocher de l’église dans le film, même si Spielberg et Koepp ont intelligemment choisis de rendre les Tripodes totalement invincibles pour donner plus de poids au retournement de situation (dans le roman les boucliers sont déployés après cet «incident ») et à la fois affaiblir les humains face à leur destin et renforcer la comparaison Tripode vs humain ; armée Us vs Irak (ou autre).

Dans ce chapitre et dans le suivant, le narrateur a rencontré deux figures de folie humaine qui ont vraisemblablement inspiré Spielberg et Koepp pour le personnage d’Ogilvy : Tout d’abord un soldat artilleur de l’armée britannique, seul rescapé d’une colonne de soldats. Il tient des propos incohérents et imagine creuser un tunnel pour surprendre les Tripodes comme ils ont surpris ses camarades. Puis un vicaire qui veut manger toutes leurs maigres provisions, craignant que les Tripodes aient raison d’eux avant le lendemain.


Chapitre 13 : Par quel hasard je rencontrai le Vicaire. Page 93 à 100

« Je me soulevai et, au bruit que je fis, il ramena vivement ses regards sur moi.
__ Avez-vous de l’eau ? demandai-je brusquement.
Il secoua la tête.
__ Vous n’avez fait qu’en demander depuis une heure, dit-il.
Un instant nous nous regardâmes en silence, procédant l’un et l’autre à une réciproque inspection de nos personnes.[…]. Quant à lui son visage dénotait une honorable simplicité cérébrale ; sa chevelure tombait en boucles blondes crépues sur son front bas et ses yeux étaient plutôt grands, d’un bleu pâle, et sans regard. Il se mit à parler par phrases saccadées, sans plus faire attention à moi, les yeux égarés et vides.
__ Que signifie tout cela ? Que signifient ces choses ? demandait-il.
Je le regardai avec étonnement sans lui répondre.
Il étendit en avant une main maigre et blanche et continua sur un ton lamentable :
__ Pourquoi ces choses sont-elles permises ? Quels pêchés avons-nous commis ? Page 96-97

[…] « Ce doit être le commencement de la fin, reprit-il en m’interrompant. La fin ! Le grand et terrible jour du Seigneur ! Lorsque les hommes imploreront les rochers et les montagnes de tomber sur eux et de les cacher __ Les cacher à la face de Celui qui est assis sur le Trône ».

« Renonçant à tout raisonnement sérieux, […] je lui posai la main sur l’épaule.
__ […] Pourquoi voudriez-vous que Dieu eût épargné Weybridge ? … Il n’est pas agent d’assurances.
Un instant il garde un silence effaré.
__ Mais comment échapperons-nous ? demanda t-il brusquement. Ils sont invulnérables. Ils sont impitoyables… » Page 98-99


War of the Worlds de Steven Spielberg :

Le personnage du Vicaire est trés vraisemblablement une des facettes du Ogilvy de WOW, son côté prude, pieux, et surtout son visage blond aux yeux pales et son mental simple et égaré, correspond parfaitement à la composition physique et mentale qu’en fait Tim Robbins.
Le discours sur Dieu est aussi à même de signifier un sens de plus aux Aliens. Il se peut fort bien que ce soit la représentation du Dieu colère de l’Ancien Testament qui décide de se venger de la bêtise, de la vanité, de la stupidité et de l’arrogance humaine décrite dans le prologue. Chez Spielberg cela serait le pendant « sombre » et inversé de CloseEncountersOf3kind (Dieu d’amour vs Dieu de Haine. Dieu de Pardon vs Dieu de Vengeance). Ou encore la même représentation de Dieu que celle de Indy 1 et Indy 3. Dieu représentant les Aliens serait vaincu (par son propre bon vouloir) par les plus insignifiantes créatures qu’il a lui-même mise sur terre : les microbes. C’est aussi une manière légère et détournée pour l’auteur et le tandem Spielberg/ Koepp de rappeler les humains à l’ordre sur leur incroyable suffisance.
Ils ne sont rien mais s’imaginent l’égal d’un dieu, voire plus fort que des dieux ; et, grande leçon d’humilité, ils meurent par la main métaphorique de Dieu lassé de sa créature et sont sauvés par « de chétif excréments de la terre ». Cela donne à réfléchir. Jamais Jean de La Fontaine n’a était aussi contemporain et aussi juste sur l’espèce humaine. La Guerre des mondes n’est rien de plus qu’une immense illustration du « Lion et du Rat » mais à un niveau planétaire.

Quoiqu’il en soit, Ogilvy de Spielby représente bien la population croyante (mais de manière absurde), l’américain moyen, un peu simple.

Chapitre 17 : Le Fulgurant. Page 144 à 155

« Si les Martiens n’avaient eu pour but que de détruire, ils auraient pu, dès le lundi, anéantir toute la population de Londres pendant qu’elle se répandait lentement à travers les comtés environnants ». Page 144

[…] « Jamais encore, dans l’histoire du monde, une pareille masse d’êtres humains ne s’était mise en mouvement et n’avait souffert ensemble. Les hordes légendaires des Goths et des Huns, les plus vastes armées qu’ait jamais vu l’Asie, se fussent perdues dans ce débordement. Ce n’était pas une marche disciplinée, mais une fuite affolée, une terreur panique gigantesque et terrible, sans ordre et sans but, six millions de gens sans armes et sans provisions, allant de l’avant à corps perdu. C’était le commencement de la déroute de la civilisation, du massacre de l’humanité ». Page 144-145

« Au-delà, derrière les collines bleues qui s’élèvent au sud de la rivière, les Martiens étincelants allaient de-ci, de-là ; tranquillement et méthodiquement, ils étalaient leurs nuages empoisonnés sur cette partie de la contrée, les balayant ensuite avec leurs jets de vapeur, quand ils avaient accompli leur œuvre, et prenant possession du pays conquis. Il semble qu’ils eurent moins pour but d’exterminer que de démoraliser complètement, et de rendre impossible toute résistance. Ils firent sauter toutes les poudrières qu’ils rencontrèrent, coupèrent les lignes télégraphiques et détruisirent en maints endroits les voies ferrées. On eût dit qu’ils coupaient les jarrets du genre humain. Page 145

Ce passage ne fait pas partie du comparatif film/roman, il est juste là pour signaler à messieurs les détracteurs de WOW et autres chercheurs d’incohérences qui n’existent pas, que tout est déjà contenu dans le livre. Les Aliens ne cherchent pas à décimer le genre humain mais plus à le démoraliser. Ce n’est pas principalement « la solution finale humaine » c’est avant tout une occupation. Dans le film c’est la même chose ce qui explique l’utilisation du rayon parcimonieuse et les infiltrations de la créature « à tronche d’Abysse ». De plus, rien ne nous dit que d’autres créatures ne font pas pareil dans les autres maisons. On ne voit que celle du point de vue de Ray, mais difficile de penser qu’il y en ait qu’une. Quant aux coupures des fils du télégraphe et celle des voies ferrées, cela correspond aux IEM (=> coupure de tout ce qui est électromagnétique dans le champ d’action de l’ IEM) et au train en flammes dans le film.

Reprenons la suite du comparatif après cet éclaircissement :

« A la vue de la mer, Mme Elphinstone, malgré les assurances de sa belle-sœur, s’abandonna au désespoir. Elle n’avait encore jamais quitté l’Angleterre ; elle disait qu’elle aimerait mieux mourir plutôt que de se voir seule et sans amis dans un pays étranger, et autres sornettes de ce genre. La pauvre femme semblait s’imaginer que les Français et les Martiens (  sic) étaient de la même espèce ». Page 149

« Ils eurent les plus grande difficultés à la faire descendre jusqu’à la plage, […] d’où bientôt une barque fut envoyée, qui les amena à bord à raison de trente-six livres (neuf cent francs) pour eux trois. Il était près de deux heures lorsque mon frère ayant payé le prix de leur passage, au passavant, se trouva sain et sauf, avec les deux femmes dont ils avaient pris la charge, sur le pont du steamboat ». Page 150

« Le petit steamer fouettait déjà l’eau, se dirigeant à l’est de la grande courbe des embarcations, et les côtes basses d’Essex s’abaissaient dans la brume bleuâtre, lorsqu’un Martien parut, petit et faible dans le lointain, s’avançant au long de la côte et semblant venir de Foulness. […] Tout le monde à bord se tenait contre le bastingage ou sur les bans du pont, contemplant cette forme lointaine, plus haute que les arbres et les clochers, qui s’avançait à loisir en semblant parodier la marche humaine. Page 151

« […] Alors, au loin, par-delà le canal de Crouch, un autre parut, enjambant des arbres rabougris, puis un troisième, plus loin encore, enfoncé profondément dans des couches de vase brillante qui semblaient suspendus entre le ciel et l’eau. Ils s’avançaient tous vers la mer, comme s’ils eussent voulu couper la retraite des innombrables vaisseaux […] Malgré les efforts haletant des machines du petit bateau à aubes et l’abondante écume que lançaient ses roues, il ne fuyait qu’avec une terrifiante lenteur devant cette sinistre poursuite. Page 151

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ray et sa famille rencontre une femme (amie de Ray) et sa propre fille et après quelques problèmes, Ray arrive à passer dans le Ferry (scène correspondant à celle du Steamer du livre). Mais j’aimerais surtout attirer l’attention des détracteurs du film sur cette réplique du livre « La pauvre femme semblait s’imaginer que les Français et les Martiens (  sic) étaient de la même espèce ». Curieuse similitude avec « quelque chose comme des Européens » du film, isn’it ? Alors Spielberg anti-français ? Allez, allez gentiment vous coucher, vous êtes tous très mignons, surtout quand on vous prouve par A + B que cette réplique est surtout écrite pour se moquer des USiens paranoïaque et très peu cultivé et que vous refusez de le voir (S@tch en tête).

Je vous ai épargné le passage dans le livre où les passagers qui veulent monter dans les bateaux sont repoussés à coups de rames ( correspond aux gens qui tentent de grimper sur le pont du ferry dans le film).

Ensuite, le premier Tripode apparaît sur le haut de la colline en écrasant les armées de sapin alentours, puis le deuxième et le troisième émerge, l’un de l’eau, l’autre de la fumée sur la rive. Dans le livre le steamer est sauvé alors que le ferry est attaqué dans le film. Mais le steamer est sauvé parce que les Aliens détruisent à sa place un cuirassé, « Le Fulgurant », (qui donne son nom au chapitre) venu porter secours au Steamer.

Livre Second : La Terre au pouvoir des Martiens :

Chapitre 1 : Sous le talon. Page 159 à 168

« A peine le vicaire m’eut-il rejoint que nous aperçûmes la première machine martienne, ou peut-être même une autre, au loin par-delà les prairies qui s’étendent jusqu’à Kew Lodge. Quatre ou cinq petites formes noires se sauvaient devant elle, parmi le vert grisâtre des champs, car, selon toute apparition, le Martien les poursuivait. En trois enjambées, il eut rattrapé ces pauvres êtres qui se mirent à fuir dans toutes les directions. Il ne se servit pas du Rayon Ardent pour les détruire, mais les ramassa un par un ; il dut les mettre dans l’espèce de grand récipient métallique qui faisait saillie derrière lui, à la façon dont une hotte pend aux épaules du chiffonnier. L’idée me vint alors que les Martiens pouvaient avoir d’autres intentions que de détruire l’humanité bouleversée ». Page 163

* Le héros et le vicaire passe la nuit dans une fosse sans se faire repérer par le Tripode, puis ils parviennent dans une maison :

« La première (maison) où nous entrâmes, après avoir eu quelque difficulté à ouvrir la fenêtre, était une petite villa écartée, et je n’y trouvai rien de mangeable qu’un peu de fromage moisi. Il y avait pourtant de l’eau, dont nous bûmes, et je me munis d’une hachette qui promettait d’être utile dans notre prochaine effraction ». Page 164

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Spielberg et Koepp ont réduit les différentes maisons à une seule et ce passage du livre correspond donc dans le film au « séjour » de Ray et sa famille dans la maison d’Ogilvy.
Noter l’importance de la nourriture moisie et de l’eau croupie on la retrouve telle qu’elle dans WOW, c’est ce qui aura raison des Aliens, dans un cas (le livre) comme dans l’autre (le film). Notez aussi la présence de la hachette, très importante pour le roman comme pour le film.
Mais surtout, notez bien que dans le roman, on voit les cages des Tripodes, encore une raison de ne pas penser que l’extermination est le but ultime des Aliens. Seulement c’est sur, faut soit avoir vu le film « eyes wide open », soit avoir lu le livre.


Chapitre 2 : Dans la maison en ruine Page 169 à 181

*Dans une autre maison le narrateur et le vicaire trouvent à manger et dans une autre encore ils sont ensevelis et observent les martiens par un trou dans le plâtre du mur :

« Je voyais maintenant que c’étaient les créatures les moins terrestres qu’il soit possible de concevoir. Ils étaient formés d’un grand corps rond, ou plutôt d’une grande tête ronde d’environ quatre pieds de diamètre et pourvue d’une figure. Cette face n’avait pas de narines—à vrai dire les Martiens ne semblent pas avoir été doués d’odorat—mais possédaient deux grands yeux sombres au-dessous desquels se trouvait immédiatement une sorte de bec cartilagineux. » Page 172-173

« Dépourvus d’entrailles, ils ne mangeaient pas et digéraient encore moins. Au lieu de cela, ils prenaient le sang frais d’autres créatures vivantes et se l’injectaient dans leurs propres veines. Je les ai vus moi-même se livrer à cette opération et je le mentionnerai quand le moment sera venu. […] Qu’il suffise de savoir qu’ayant recueilli le sang d’un être humain – ce sang était transvasé au moyen d’une sorte de minuscule pipette dans un canal récepteur ». Page 174

* L’auteur parle ensuite de la capacité des Aliens à vivre sans sexe et à se reproduire par mitose (ou scissiparité), idée reprise par le réalisateur ami de Spielberg, Ivan Reitman dans son hilarante parodie de WOW, le film Evolution avec David Duchovny, Julianne Moore et Sean William Scott ; mais absente du film de Spielberg (trop de choses à dire déjà sans s’encombrer de ce « détail ». Evolution lui est entièrement fondé sur ce détail. Spielberg rendra d’ailleurs hommage au film de son ami dans la scène de « la grenade ». Ray lance une grenade dans un trou qui ressemble fortement à l’anus de l’extraterrestre de Evolution.

* Mais le plus intéressant reste sans aucun conteste, la description de l’Herbe Rouge.

« Le dernier point saillant par lequel le système vital de ces créatures différait du nôtre pouvait être regardé comme un détail trivial et sans importance. Les micro-organismes, qui causent, sur Terre, tant de maladies et de souffrances, étaient inconnus sur la planète Mars, soit qu’ils n’y aient jamais paru, soit que la science et l’hygiène martiennes les aient éliminés depuis longtemps. […] Je puis dire un mot des curieuses conjectures au sujet de l’Herbe Rouge. Apparemment, le règne végétal dans Mars, au lieu d’avoir le vert pour couleur dominante, est d’une vive teinte rouge sang (* non aucun rapport avec les communistes S@tch).
En tous les cas, les semences que les Martiens --intentionnellement ou accidentellement—apportèrent avec eux donnèrent toujours naissance à des pousses rougeâtres. Seule pourtant la plante connue sous le nom populaire d’Herbe Rouge réussit à entrer en compétition avec les végétations terrestres. La variété rampante n’eut qu’une existence transitoire et peu de gens l’ont vue croître. Néanmoins, pendant un certain temps, l’Herbe Rouge crût avec une vigueur et une luxuriante surprenantes.
Le troisième ou le quatrième jour de notre emprisonnement, elle avait envahi tout le talus du trou, et ses tiges, qui ressemblaient à celles du cactus, formaient une frange carminée autour de notre lucarne triangulaire. Plus tard, je la trouvai dans toute la contrée et particulièrement aux endroits où coulait quelques cours d’eau ». Page 177-178

* comme le livre est aussi une critique de la mécanisation et de l’industrialisation du monde, les Aliens parviennent à fabriquer (par les Tripodes) des Tripodes qui se meuvent d’eux-mêmes (Intelligence Artificielle maybe mais surtout repris par Tolkien dans SDA avec les Uruk-aï, dans Barak Dur).

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Déjà la description des Aliens du livre correspond pile poil à celle du film de Spielberg. Premier bon point. Les Aliens ne trouvent pas Ray, Rachel et Ogilvy parce qu’ils sont dépourvus d’odorat.

Dans le roman, la phase d’injection du sang est bien expliquée et quand on voit le film qu’on ai lu ou pas le roman, on comprend très bien ce qui se passe. Bien sûr, Spielberg a mis une pipette un brin plus grosse (  ) mais le reste de l’opération est identique, l’humain est toujours vivant avant d’être vidé.

L’Herbe Rouge est attiré, mue par l’eau comme le montre l’extrait du roman et le film le montre parfaitement bien, quant à la non présence des bactéries et microbes sur Mars, le roman renseigne parfaitement dessus. Quiconque a lu le livre, comprend très bien le film de Spielberg. Et si on n’a pas lu le roman, on peut toujours deviner. Quant au fait que les vaisseaux soient envoyés vides sur terre, prouve bien que les Martiens n’ont pas eu de contact avec les microbes avant. L’eau est donc bien la raison essentiel pour laquelle les Martiens sont venus sur Terre (et dans le film ça renvoie immanquablement au pétrole et à ce cher Bu(ll)sh(it).

Mais mon passage préféré reste celui-ci et je vous le mets parce que ce serait trop triste de ne pas le mettre  :

« Rien peut-être, dans tous leurs appareils, n’est plus surprenant pour l’homme que l’absence de la « roue », ce trait dominant de presque tous les mécanismes humains. Parmi toutes les choses qu’ils apportèrent sur la Terre, rien n’indique qu’ils emploient le cercle. On se serait attendu du moins à le trouver dans leurs appareils de locomotion. A ce propos, il est curieux de remarquer que, même ici-bas, la nature parait avoir dédaigné la roue ou lui avoir préféré d’autres moyens. Non seulement les martiens ne connaissaient pas la roue – ce qui semble incroyable – ou s’abstenaient de l’employer, mais même ils se servaient singulièrement peu, dans leurs appareils, du pivot fixe ou du pivot mobile avec des mouvements circulaires sur un seul plan » Page 179-180

Voilà ce qui explique largement le passage où les Aliens contemplent le vélo. Hé oui, c’est aussi sûrement un clin d’œil à E.T de la part de son « papa » mais c’est surtout la plus extrême fidélité au roman qu’il m’ai été donné de voir (même le film de 52 n’en parle pas). Bien sûr, il faut être un pur fanboy du roman pour y penser en temps que scénariste et que lecteur et je dois avouer que c’est en relisant attentivement tout le livre pour préparer à fond la présente « étude » que je me suis aperçu de ce passage que j’ai immédiatement relié au film. Pas étonnant donc que les Martiens restent comme des cons devant le vélo si ils ne connaissent pas la roue et donc qu’ils veulent le toucher.
J’adore réussir à prouver ce que j’avance, maintenant les détracteurs de Spielberg n’ont plus aucun argument pour dénigrer ce passage du film. CQFD 

Chapitre 3 : Les jours d’emprisonnement. Page 182 à 188

Le narrateur et le vicaire vivent ensemble dans la maison en semi ruine.

« L’arrivée d’une seconde machine de combat nous fit abandonner notre lucarne pour nous retirer dans la laverie, car nous avions peur que, de sa hauteur, le Martien pût nous apercevoir derrière notre barrière. » Page 182

* Le vicaire et le narrateur commencent à se disputer. En réalité, le vicaire devient avec les Tripodes dehors complètement fou et pleurs, crient, s’excitent tout seul. Il rentre dans d’interminables monologues complètement vide de sens et absent de toute pensée rationnelle.
Bientôt le narrateur voit le « pompage » d’êtres humains.

« C’est le vicaire qui était à notre poste d’observation quand les premiers humains furent amenés au cylindre. J’étais assis plus bas, ramassé sur moi-même et écoutant de toutes mes oreilles. Il eut un soudain mouvement de recul, et, croyant que nous avions été aperçus, j’eus un spasme de terreur. Il se laissa glisser parmi les décombres et vint se blottir près de moi dans les ténèbres, gesticulant en silence ; pendant un instant je partageai sa terreur ». Page 185

* Le narrateur prend le poste d’observation du vicaire et contemple ce que le pauvre malheureux a contemplé avant lui.

« Tout à coup, j’entendis un cri et je vis un long tentacule atteindre, par-dessus l’épaule de la machine, jusqu’à une petite cage qui faisait saillie sur son dos. Alors quelque chose qui se débattait violemment fut soulevé contre le ciel, énigme vague et sombre contre la voûte étoilée, et au moment où cet objet noir était ramené plus vas, je vis à la clarté verte de la flamme que c’était un homme. Pendant un moment, il fut clairement visible. C’était, en effet, un homme d’âge moyen, vigoureux, plein de santé et bien mis ; trois jours auparavant il devait, personnage d’importance, se promener à travers le monde. Je pus voir ses yeux terrifiés et les reflets de la flamme sur ses boutons et sa chaîne de montre. Il disparut derrière le monticule et pendant un certain temps il n’y eut pas un bruit. Alors commença une série de cris humains, et, de la part des Martiens, un bruit continu et joyeux…
Je descendis du tas de décombres, me remis sur pied, me bouchai les oreilles et me réfugiai dans la laverie. Le vicaire, qui était resté accroupi, silencieux, les bras sur la tête, leva les yeux comme je passais, se mit à crier très fort à cet abandon et me rejoignit en courant ». Page 186-187

« J’allai dans la laverie, enlevai la porte et me mis à creuser plusieurs heures de suite avec ma hachette, faisant le moins de bruit possible ; mais quand j’eus réussi à faire un trou profond d’une couple de pieds, la terre fraîchement entassée contre la maison s’écroula bruyamment et je n’osai pas continuer. Je perdis courage et demeurait étendu sur le sol pendant longtemps, n’ayant même plus l’idée de bouger. Après cela, j’abandonnai définitivement l’idée d’échapper par une tranchée ». Page 188

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage correspond dans le film au moment où Ray (après avoir perdu Robbie) et Rachel sont accueillis dans la maison d’Ogilvy. Ce dernier et Ray contemplent les Tripodes et les martiens par la lucarne. Ils voient l’être humain se faire aspirer la tête par la pointe juste après avoir été sorti de la cage. Ogilvy se réfugie dans une pièce et hurle « pas mon sang, pas mon sang », en se mordant le poing. Puis il tente de creuser un tunnel (Spielberg choisi de faire assumer au perso d’Ogilvy sa folie complètement, préférant laisser Ray maître de lui-même à cause de l’importance de son semblant d’influence de père sur Rachel). Le vicaire du livre est définitivement une des facettes du Ogilvy du film de Spielberg.


Chapitre 4 : La mort du vicaire. Page 189 à 195

* Le vicaire mange toutes les provisions contenues dans la maison et le narrateur toujours prisonnier (les Tripodes restant dehors), se bat souvent avec le vicaire pour restreindre les rations.

« Lentement, je commençai à me rendre compte de la complète ruine de son intelligence, et m’aperçus enfin que mon seul compagnon, dans ces ténèbres secrètes et malsaines, était un être dément. […] Le huitième jour, il commença à parler très haut et rien de ce que je pus faire ne parvint à modérer sa véhémence ». Page 190

« Il continua à parler, haussant insensiblement le ton, pendant les huitièmes et neuvièmes journées presque entières, débitant des menaces, des supplications, au milieu d’un torrent de phrases où il exprimait une repentance, à moitié stupide, toujours futile, […] Il reprit bientôt avec une nouvelle ardeur, criant si fort qu’il devint absolument nécessaire pour moi de le faire taire par tous les moyens ». Page 191

« Taisez-vous pour l’amour de Dieu ! dis-je en me mettant debout et terrifié à l’idée que les Martiens pouvaient nous entendre.
__ Non ! cria le vicaire de toutes ses forces, se levant aussi et étendant les bras. Parle ! Il faut que je parle ! La parole du Seigneur est sur moi.
En trois enjambées, il fut à la porte de la cuisine.
__ Il faut que j’aille apporter mon témoignage. Je pars. Je n’ai déjà que trop tardé.
J’étendis le bras et j’atteignis dans l’ombre un couperet suspendu au mur. En un instant, j’étais derrière lui, affolé de peur. Avant qu’il n’arrivât au milieu de la cuisine, je l’avais rejoint. Par un dernier sentiment humain, je retournai le tranchant et le frappai avec le dos. Il tomba en avant de tout son long et resta étendu par terre. Je trébuchai sur lui et demeurai un moment haletant. Il gisait inanimé ». Page 192

* Un Tripode relâche le serpent « abysse » 

« Puis un long tentacule métallique qui serpenta par le trou en tâtant lentement les objets. […] J’eus l’espoir que le tentacule ne serait pas assez long pour m’atteindre ; il passa, raclant légèrement la porte de la soute ». Page 193

* Le ver parvient à ouvrir la porte derrière laquelle est caché le héros.

« Des ténèbres d’où j’étais, je pouvais juste apercevoir l’objet, ressemblant à une trompe d’éléphant plus qu’à autre chose, s’agitant de mon côté, touchant et examinant le mur, le charbon, le bois, le plancher. Cela semblait être un gros ver noir, agitant de côté et d’autre sa tête aveugle.
Une fois même, il toucha le talon de ma bottine. Je fus sur le point de crier, mais je mordis mon poing. Pendant un moment, il ne bougea plus : j’aurai pu croire qu’il s’était retiré. Tout à coup, avec un brusque déclic, il agrippa quelque chose – je me figurai que c’était moi ! – et parut sortir de la soute. Pendant un instant, je n’en fus pas sûr. Apparemment il avait pris un morceau de charbon pour l’examiner ». Page 194

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage correspond toujours à la captivité forcée de Ray, Rachel et Ogilvy. Ce dernier devient de plus en plus dément, faisant preuve de patriotisme stupide et à la fois de discours cohérent et raisonné « ce n’est pas une guerre, c’est une extermination … Les occupations ne se sont jamais soldées par des réussites, etc… » . Jusqu’à ce qu’il perde totalement pied après avoir vu la mise à mort de l’homme de la cage et qu’il crie sans arrêt et de plus en plus fort, « pas mon sang, pas mon sang, pas mon sang, PAS MON SANG ! ».
Ray reste moins de jours que le narrateur du livre, mais c’est un film, pas un livre. L’évolution d’Ogilvy doit être plus rapide. Il devient de plus en plus fou d’heure en heure et Ray n’a d’autres choix que de le tuer (sûrement comme dans le roman) mais pas sous les yeux « innocents » de Rachel.
Cette justification s’adresse surtout aux imbéciles qui ont dit « Spielberg fait tuer le demeuré par Ray, pasque c’est la race inférieure ». C’est surtout parce qu’il n’a pas d’autre extrémité, si Ogilvy continue à gueuler ils sont morts tous les trois. Spielberg ne fait que suivre le roman.

Le passage du serpent noir est reproduit à l’identique entre le roman et le film, mis à part le fait que le serpent passe après la mort du vicaire dans le roman et avant la mort d’Ogilvy dans le film ; mais sinon il y a même comme vous avez sans doute pu le constater, l’histoire de la bottine (correspond dans le film au passage où Ray abandonne une des bottes d’Ogilvy à côté du miroir). C’est dire encore une fois, combien le tandem Spielberg/Koepp est respectueux du roman originel.

Chapitre 5 : Le silence. Page 196 à 199

« Le quatorzième jour, je pénétrai dans la cuisine et je fut fort surpris de trouver que les pousses de l’Herbe Rouge avaient envahi l’ouverture du mur, transformant la demi-clarté de mon refuge en une obscurité écarlate ». Page 197

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ray et Rachel remonte à l’air libre et trouve l’Herbe Rouge qui a envahi toute la maison, et court partout dans la campagne. La présence de l’Herbe Rouge (et on doit en remercier Januz Kaminski, le chef op de Spielby) donne à l’intérieur de la maison une teinte écarlate très inquiétante.

Chapitre 6 : L’ouvrage de quinze jours. Page 200 à 204

* Le héros fuit finalement la maison en ruine et marche vers sa ville.

« Finalement, l’Herbe Rouge succomba presque aussi rapidement qu’elle avait crû. Bientôt une sorte de maladie infectieuse, due croit-on, à l’action de certaines bactéries, s’empara de ces végétations. Par suite des principes de la sélection naturelle, toutes les plantes terrestres ont maintenant acquis une force de résistance contre les maladies causées par les microbes – elles ne succombent jamais sans une longue lutte. Mais l’Herbe Rouge tomba en putréfaction comme une chose déjà morte. Les tiges blanchirent, se flétrirent et devinrent très cassantes. Au moindre contact, elles se rompaient et les eaux, qui avaient favorisé et stimulé leur développement, emportèrent jusqu’à la mer leurs derniers vestiges ». Page 202

« Ici le paysage changeait ; ce n’était plus l’étrange et l’extraordinaire, mais le simple bouleversement du familier. Certains coins semblaient avoir été dévastés par un cyclone et, une centaine de mètres plus loin, je traversais un espace absolument paisible et sans la moindre trace de troubles ». Page 203
War of the Worlds of the Worlds of Worlds de Steven Spielberg :

Ray et Rachel se sont enfuis de la cage et ils repartent vers Boston. L’Herbe Rouge tombe en putréfaction bientôt. Ils croisent des tas de plants totalement blanchis et cassants. Encore un indice sur le fait qu’il n’y ait plus ou qu’il n’y ait jamais eu de microbe chez les Aliens.

Le deuxième passage cité a surtout pour but de dire aux détracteurs du film, qu’il existait des endroits qui n’avait pas été saccagé et d’autres totalement annihilés à cent mètres d’intervalles (donc qu’il n’est pas étonnant que la maison de la mère à Boston ait été épargné). Le propre logis du héros du roman est épargné d’ailleurs.

Chapitre 7 : L’homme de Putney Hill Page 205 à 226

* Le narrateur, passe la nuit dans une auberge désertée. Il trouve à manger et à boire et se restaure. Puis il pense à sa femme et se questionne sur la Foi.

« J’en vins au problème des Martiens et au sort de ma femme. En ce qui concernait les Martiens, je n’avais aucune donnée et je ne pouvais qu’imaginer mille choses ; je ne pouvais guère mieux faire non plus quant à ma femme ». Page 207

« Cette veillée bientôt devint épouvantable ; je me dressai sur mon lit, mes yeux scrutant les ténèbres et je me mis à prier, demandant que, si elle avait dû mourir, le Rayon Ardent ait pu la frapper brusquement et la tuer sans souffrance. Depuis la nuit de mon retour à Leatherhead je n’avais pas prié. En certaines extrémités désespérées, j’avais murmuré des supplications, des invocations fétichistes, formulant mes prières comme les païens murmurent des charmes conjurateurs. Mais cette fois je priai réellement, implorant avec la ferveur la Divinité, face à face avec les ténèbres ». Page 207

« […] Les Martiens, eux aussi, invoquaient peut-être Dieu avec confiance. A coup sûr, si nous ne retenons rien d’autre de cette guerre, elle nous aura cependant appris la pitié – la pitié pour ces âmes dépourvues de raison qui subissent notre domination (NDRL : il s’agit bien entendu des habitants des indes sur lesquels les anglais asseyaient une domination atroce) ». Page 207

* Le narrateur part de l’auberge au petit matin et retrouve sur la route, une vieille connaissance, l’artilleur rencontré au début du livre. Ce dernier lui apprend que les Martiens sont en train d’apprendre à voler. Le narrateur exprime ses craintes sur ce nouvel accès de connaissance et l’artilleur se dit satisfait que l’humanité disparaisse de la surface de la terre.

« __ C’en est fait de l’humanité, dis-je. S’ils réussissent à voler, ils feront tout simplement le tour du monde, en tout sens…
__ Mais oui, approuva t-il en hochant la tête. Mais… ça nous soulagera d’autant par ici, et d’ailleurs, fit-il en se tournant vers moi, quel mal voyez-vous à ce que ça en soit fini de l’humanité ? Moi je suis bien content. Nous sommes écrasés, nous sommes battus.
Je le regardai, ahuri. Si étrange que ce fût, je ne m’étais pas encore rendu compte de toute l’étendue de la catastrophe – et cela m’apparut comme parfaitement évidement dès qu’il eut parlé. J’avais conservé jusque-là un vague espoir, ou plutôt, c’était une vieille habitude d’esprit qui persistait. Il répéta ces mots qui exprimaient une conviction absolue :
__ Nous sommes battus.
C’est bien fini, continua t-il. […] Ils se sont installés dans de bonnes conditions, et ils ne s’inquiètent nullement des armes les plus puissantes du monde. Ils nous ont piétinés. […] Ils continuent à venir ; ces étoiles vertes – je n’ai pas vu depuis cinq ou six jours – je suis sûr qu’il en tombe une quelque part toutes les nuits. Il n’y a rien à faire. Nous avons le dessous, nous sommes battus ».
Je ne lui répondis rien. Je restai assis le regard fixe et vague, cherchant en vain à lui opposer quelque argument fallacieux et contradictoire.
__ Ca n’est pas une guerre, dit l’artilleur. Ca n’a jamais été une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les fourmis ». Page 211

* L’artilleur décrit au narrateur le plan de bataille des Martiens.

« Ils se mettront à nous attraper systématiquement, choisissant les meilleurs et les mettant en réserve dans des cages et des enclos aménagés dans ce dessein. C’est là ce qu’ils vont entreprendre avant longtemps. Car, comprenez-vous ? Ils n’ont rien encore commencé, en somme.
__ Rien commencé ! m’écriai-je.
__ Non, rien ! Tout ce qui est arrivé jusqu’ici, c’est parce que nous n’avons pas eu l’esprit de nous tenir tranquilles, au lieu de les tracasser avec nos canons et autres sottises. […] Ils ne veulent pas encore s’occuper de nous. Ils fabriquent leurs choses, toutes les choses qu’ils n’ont pu apporter avec eux, et ils préparent tout pour ceux qui vont bientôt venir ». Page 214

* L’artilleur décrit un avenir sombre pour les humains : tantôt animaux de compagnie des Martiens, tantôt chien de chasse pour chasser les derniers rebelles cachés, tantôt nourriture d’élevage

« Qu’allez-vous faire lui demandai-je brusquement. Quels sont vos plans ?
Il hésita. […]
Sous le sol de Londres, il y a pendant des milles et des milles de longueur, des centaines de milles ; quelques jours de pluie sur Londres abandonné en feront des logis agréables et propres. […] Puis, il y a les caves, les voûtes et les magasins souterrains qu’on pourrait joindre aux égouts par des passages faciles à intercepter ; il y a aussi les tunnels et les voies souterraines de chemin de fer. Hein ? Vous commencez à y voir clair ? Et nous formons une troupe d’hommes vigoureux et intelligents, sans nous embarrasser de tous les incapables qui nous viendront. Au large les faibles ! ». Page 218

* L’artilleur est presque aussi fou et insensé que le vicaire ne l’était. Il décrit au narrateur son plan de défense. Faire d’abord une ville souterraine de résistance puis ensuite prendre le contrôle des Tripodes et tuer les Martiens.

« Après tout, continua t-il, il ne nous reste peut-être pas tellement à apprendre avant de … Imaginez-vous ceci : quatre ou cinq de leurs machines de combat qui se mettent en mouvement tout à coup – les Rayons Ardents dardés en tout sens – et sans que les Martiens soient dedans. Pas de Martiens dedans, mais des hommes – des hommes qui auraient appris à les conduire. […] Les voyez-vous courir, se précipiter, haleter, s’essouffler et hurler, en s’installant dans leurs autres mécaniques ? On aurait tout désengrené à l’avance et pif, paf, pan, uitt, uitt, au moment où ils veulent s’installer dedans, le Rayon Ardent passe et l’homme a repris sa place ». Page 220

* Son discours totalement incohérent et en parfaite opposition d’une page à l’autre, parle de ne rien faire contre les Martiens, puis de se terrer sous terre, puis de prendre le contrôle de leur engin, puis de les attaquer. Le narrateur conquis suit l’artilleur.

« Il avait fait sa retraite dans une cave à charbon et quand je vis l’ouvrage qu’il avait fait en une semaine – un trou à peine long de dix mètres par lequel, il voulait rejoindre une importante galerie d’égout – j’eus mon premier indice du gouffre qu’il y avait entre ses rêves et son courage ». Page 221

« Ma perplexité actuelle était de savoir pourquoi nous creusions ce long tunnel, alors qu’on pouvait s’introduire facilement dans les égouts par un regard quelconque, et de là, creuser une galerie pour y revenir jusqu’à cette maison ». Page 221

* Cette phrase montre bien combien le narrateur doute de la santé mentale de l’artilleur et de la faisabilité de son projet fantasque. L’artilleur convainc le narrateur de creuser le tunnel, encore deux ou trois fois, puis le narrateur en a assez et s’enfuit de la maison.

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Le chapitre 7 chez Spielberg se passe toujours chez Ogilvy et l’artilleur du roman est d’ailleurs la deuxième facette du Ogilvy de Spielberg : le patriote en carton-pâte, lâche et veule.

Le questionnement du narrateur sur la foi renvoi directement au propos du tandem Koepp/ Spielberg sur la domination d’une nation sur une autre par les armes, USA inclus. Et aussi effectivement dans une autre lecture, aux terroristes du 11 09.

Le discours de l’Artilleur est presque le même que celui qu’on retrouve chez Ogilvy avec sa lubie de dire que l’armée la plus puissante du monde est battue, balayé comme un fétus de paille. Puis il dit que c’est bien fait pour l’humanité, qu’il ne la pleurera pas, puis ensuite il veut créer un tunnel tout aussi stupide que celui de l’artilleur pour surgir sous les pieds des Tripodes et les surprendre comme ils ont surpris les humains.
On retrouve d’ailleurs dans sa bouche la phrase de l’artilleur « Ils se sont installés dans de bonnes conditions, et ils ne s’inquiètent nullement des armes les plus puissantes du monde. Ils nous ont piétinés » ainsi que « Ca n’est pas une guerre, dit l’artilleur. Ca n’a jamais été une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les fourmis ». Ogilvy complètement traumatisés rajoutent d’ailleurs le sublime « c’est une Extermination » qui renvoi à tant de passage de notre Histoire qu’on préfèrerait oublier (Nazisme, Communisme, Inquisition, Indiens, Colonisation, etc…)

Le Ogilvy de Spielberg sait presque par prescience « qu’ils sont déjà là, et qu’ils sont arrivés bien avant nous, avant même l’apparition des êtres humains » ce qui le rend d’autant plus fascinant, une sorte de figure inversé du Destin. Alors que l’artilleur, son confrère du roman ne fait que supputer qu’ils y en aient d’autres qui arriveront. Mais l’idée reste la même dans les deux matériaux.

L’intelligence du scénario de Koepp et de la mise en scène de Spielberg consiste ici à rassembler les petites aventures éparses du roman (Vicaire + Artilleur) pour les rassembler en une seule longue scène. Cela peut expliquer aussi le fait que certain trouve que ce choix plombe l’action du film car le roman est plus dynamique. Mais en même temps, cela instille une ambiance malsaine de folie, qui monte lentement de la raison à la folie furieuse en passant par la folie douce, l’infantilisme etc… Et qui ne peut se finir que sur la mort d’un protagoniste (cf Huis Clos de Sartre, à la différence que chez Sartre les morts le sont déjà tous mais le principe est identique  ).
L’enfermement de Ray et Rachel et la folie irraisonnée de Ogilvy combiné à son raisonnement des fois logique conduit l’issue tragique de cette scène. Une maestria que n’aurait d’ailleurs pas renié un Hitchcock (Les Oiseaux, scène de la maison), dont le fantôme hante toute la scène partagé par l’esprit d’un M.N Shyamalan (Signes, scène de la cave).

Chapitre 8 : Londres mort. Page 227 à 237

* Le narrateur a donc fui l’artilleur fou et ses projets insensés. Il traverse le pays pour revenir vers Londres. Le narrateur entend des « Oula oula » de Tripodes hurlant à la mort. Puis bientôt plus aucun bruit. Il pénètre dans Regent’s Park et voit un immense Tripode immobile.

« Au sommet de la colline, se dressant jusqu’aux étoiles qui pâlissaient, était un troisième Martien, debout et immobile comme les autres.
Une volonté insensée me poussait. Je voulais en finir, dussé-je y rester, et je voulais même m’épargner la peine de me tuer de ma propre main. Je m’avançai insouciant vers le Titan ; comme je m’approchais et que l’aube devenait plus claire, je vis une multitude de corbeaux qui s’attroupaient et volaient en cercles autour du capuchon de la machine. A cette vue, mon cœur bondit et je me mis à courir ». Page 231

* Le narrateur croise des Martiens morts par dizaines.

« Puis, épars ça et là, quelques-uns dans leur machines de guerre renversées ou dans les machines à mains, rigides maintenant, et une douzaine d’autres silencieux, roide et alignés, étaient des Martiens – morts – tués par les bacilles des contagions et des putréfactions, contre lesquels leurs systèmes n’étaient pas préparés ; tués comme l’était l’Herbe Rouge, tués, après l’échec de tous les moyens humains de défense, par les infimes créatures que la divinité, dans sa sagesse, a placées sur la Terre ». Page 234

* petit rappel de HG Wells pour le lecteur non attentif ou distrait.

« Mais il n’y a pas, dans la planète Mars, la moindre bactérie, et dès que nos envahisseurs martiens arrivèrent, aussitôt qu’ils absorbèrent de la nourriture, nos alliés microscopiques se mirent à l’œuvre pour leur ruine. […] C’était inévitable. L’homme a payé, au prix de millions et de millions de morts, sa possession héréditaire de notre globe terrestre : il lui appartient contre tous les intrus, et il serait encore à lui, même si les Martiens étaient dix fois plus puissants. Car l’homme ne vit ni ne meurt en vain. […] Tout ce que je savais, c’est que ces êtres, qui avaient été vivants et si terribles pour les hommes, étaient morts. Un instant, je m’imaginai que la destruction de Sennachérib s’était reproduite : Dieu s’était repenti, et l’ange de la mort les avait frappés pendant la nuit ». Page 234

« Vers l’est, au-dessus des ruines noircies d’Albert Terrace et de la flèche rompue de l’église ». Page 236

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage du livre correspond au moment dans le film où Ray fait remarquer aux soldats que les corbeaux sont posés sur les Tripodes, donc que leur bouclier de protection a disparu. Chez Wells les corbeaux tournent en cercle au-dessus des Tripodes à cause de l’odeur des cadavres dans les machines. C’est une vision beaucoup plus pragmatique que celle du film de Spielberg, dans lequel les corbeaux, digne messager des dieux, indiquent aux humains que les Tripodes sont HS. Spielberg préfère toujours avoir une vision mythologique des choses, même si on peut penser que les corbeaux cherchent aussi les cadavres des Aliens.

La Deuxième citation est en fait une partie de l’épilogue que dit la voix off (sublime voix de Morgan Freeman) sur l’homme face à sa destinée.

Chapitre 9 : Le désastre. Page 238 à 244

* Le narrateur retourne dans sa maison mais de toute évidence sa femme est morte … mais…

« Mon foyer était désolé. Je compris combien était fou le faible espoir que j’avais si longtemps caressé.
Alors quelque chose d’étrange se produisit.
__ C’est inutile, disait une voix ; la maison est vide depuis plus de dix jours sans doute. Ne restez pas là à vous torturer. Vous seule avez échappé.
J’étais frappé de stupeur. Avais-je pensé tout haut ? Je me retournai. Derrière moi, la porte-fenêtre était restée ouverte et, m’approchant, je regardai au-dehors.
Là, stupéfaits et effrayés, autant que je l’étais moi-même, je vis mon cousin et ma femme – ma femme livide et les yeux sans larmes. Elle poussa un cri étouffé.
__ Je suis venue, dit-elle… je savais … je savais bien…
Elle porta la main à sa gorge et chancela. Je fis un pas en avant et la reçus dans mes bras ». Page 244

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Dans le film, c’est la réunion de Ray et de Rachel avec son ex-femme. Mais faux happy end dans la mesure où Ray ne franchira jamais le seuil de la maison de ses beaux parents. Robbie apparaît bien vivant, exactement comme la femme du narrateur, avec tout autant de « mièvrerie » que d’ « émotion ». C’est aussi la fin du voyage initiatique de Ray sur le chemin de sa rédemption. Il a prouvé qu’il pouvait être un bon père mais le seul à qui cela profitera c’est à lui-même. Personne ne l’accueille, ni ne l’invite à rentrer dans la maison (symbole évident de la famille) sur le seuil duquel la nouvelle famille est rassemblée. Robbie fait l’effort de franchir ce seuil pour courir vers son père. On retrouve bien évidemment le fantasme de Spielberg, de trouver une fois, une famille unie et de réunir un père et un fils. Mais le spectateur déchante très vite, ni sa femme (à peine un merci), ni ses beaux-parents, ni son rival ne s’abaisse à l’accueillir au sein de la maison et le laisse seul dans la rue, illusoirement entouré de « ses » enfants. Ray est sorti de son immaturité pour devenir un véritable adulte, oui mais à quel prix.

L’épilogue arrive après la réunion, alors que le texte de celui-ci arrive dans le livre avant la réunion. C’est surtout une manière de boucler la boucle pour le tandem Koepp/Spielberg, rappelant en cela Jurassic Park dont le parcours dans l’île s’ouvre sur le plan d’une des portières de la voiture immaculée et se ferme sur le même plan inversé de la portière d’une des voitures du parc, mais maculée de boue et enfoncée.

Chapitre 10 : Epilogue. Page 245 à Fin (249)

* Le narrateur imagine que les Martiens restant sur Mars ont immigré sur Vénus pour fuir les humains et leurs microbes dévastateurs.

« Il se peut aussi, d’ailleurs, que la destruction des Martiens ne soit qu’un court répit. Peut-être est-ce à eux et nullement à nous que l’avenir est destiné » Page 248

Cette réflexion est le fil rouge du film de Spielberg, car même si le réa et son scénariste ne le disent jamais clairement, le spectateur comprend que l’avenir ne nous sera destiné que si on change notre mentalité et ce n’est pas près d’arriver…(cf Munich).




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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 14:04
un anonyme a écrit : "Tom cruise pas un super heros ? dans la guerre des mondes ?
10 secondes de film, premier cliché du film US de base. faire comprendre rapidement, que le mec en question c'est un des meilleurs dasn son boulot ! son bosse lui demande de faire des heures sup, parce qu'il est le meilleur, ensuite la scene de la montre et lorsqu'il sort il dit au mecano, remplace jesaisplusquoi ( le mec est dessus depuis on s'est pas combien de temps, il comprend rien au tuture le mecano ! ), bon il est mauvais père ( je déteste meme ce fait ) , mais quand il s'agit de survivre il est efficace, et c'est encore lui, qui détruit un tripod de l'interieur, et pour finir il signale au militaire stupide que les oiseaux tournent sur le tete du tripod. c'est quoi alors ? si c'est pas un super heros ? la relation père fils ? il dit je t'aime à son fils ! je pense que c'est l'exploit de Tom comme acteur. Il vise l'oscar , bon il pleure pas dans le film, du coup c'est raté."

Justement pas j'ai une toute nouvelle théorie après mes 3 visions du dvd (ce qui fait donc 5 avec les deux cinés ) sur le personnage de Ray et c'est trés subtil de la part de Spielberg et ça joue sur les clichés, ça oui. mais ça s'en joue aussi .

En réalité il ya deux Ray, disons deux évocation de Ray (peut-être même trois mais j'y reviendrai)

Il ya un Ray qu'on nous présente effectivement comme un génie, génial, superieur, le super héros type :

Il est prétendument le meilleur dans son job "personne ne décharge 40 caisses à l'heure, j'ai la moitié de la corée qui débarque" ; il est prétendument génial en mécanique "remplace le contacteur, ça doit être ça" ; il est prétendument un surhomme "il évite les rayons, il ne se fait pas tuer, il détruit un Tripode", il est super patriotique "regardez le tripode, regardez les oiseaux, vous ne comprenez pas, il n'a plus de bouclier". Il est même prétendument super voyant "embarque tout ce qu'on peut manger, il nous reste plus qu'une minute" (fait énormément penser à la Bible, noé et le déluge).

Bref, le but de Koepp (déjà scénariste de l'ambigüe JP et Lost World) et de Spielberg est de nous présenter prétendument Ray comme un héros, un meneur, un guide (ce n'est encore pas pour rien qu'il s'appelle Ray Ferrier, le porteur de rayon, comme Moise revenant du Sinai, le front ceint de rayons qui l'illumine). Seulement et c'est là qu'est le coup de génie, Spielberg/Koepp et son deuxième scénariste qu'il me pardonne, j'ai oublié son nom, présente ce personnage super pour le démystifier et le détruire tout aussi vite.

De ce fait, On s'attend à voir dans le film, un Emmerich-yes men de plus, un action boy et on est bien déçu, oui mais en bien. Il est le meilleur dans son job, mais ça veut juste dire qu'il est extrêment doué manuellement, c'est une tâche en culture "à nous deux avec mon frère, on sait tout ! __ Quelle est la capitale de l'Australie ?"

(Camberra, ya pas plus simple, vous en conviendrez), réponse de l'intéressé "ça c'est mon frère qui le sait". Bref, Ray ne connait rien, même le plus simple.
Première démystification du héros. Deuxio, il semble génialement doué en mécanique mais bon avec un moteur de V12 sur la table de la cuisine et un bitoniot souvenir Ford sur l'étagère, pas difficile de comprendre qu'il s'y intéresse comme tlm, c son hobby quoi, un peu plus que les autres. Il sort et dit au garagiste "c'est surement le contacteur, change le" montée en flêche du héros et l'autre dit à son apprenti "tu vois c'est bien ce que je te disais", redescente du spectateur, ouais pas terrible comme génie, si même le garagiste du coin l'avait capté avant lui.

Ray n'est donc pas un héros à ce moment là, mais continuons : Il évite les rayons et ne se fait pas tuer (là je n'ai rien à vous opposer, juste mon questionnement sur la foi : quand c'est pas son jour, c'est pas son jour, on meurt pas, et ya bien d'autres accidents ou évènements desquels les gens se sont sortis vivants sans qu'on puisse l'expliquer rationellement.
On ne peut pas tout expliquer rationnellement et pour croire à ce film, car il s'agit bien de croyance dans le film, il faut accepter les notions clés du cinéma de Spielberg : la destinée et le hasard (au sens sort).

Ray ne meurt pas parce que c'est écrit ainsi (de la même manière qu'il est écrit dans la vie, et le nom du héros de Minority Report, John Anderton, le fils de l'homme en grec (donc Jésus) que sa vie sera condamné par le même Destin / Hasard (qu'il s'appelle Lamar, Agatha, Lycaon, Hinema, ou Crow). Les héros de Spielberg ne sont jamais maître de leur destinée, comme dans les récits fondateurs, qu'il soit grec ou antérieur. ils peuvent l'infléchir, la modifier, la changer, mais jamais la choisir à l'origine, elle les dépasse tous ! Et ce qu'il soit bon ou "mauvais". I

léger HS : Il serait aussi intéressant de s'intéresser à l'animisme chez Spielberg, comme le revolver qui s'enraye et le tabouret qui refuse de se briser dans La Liste de Schindler peuvent en être des symboles. fin du HS.

Ensuite, Ray est super patriotique, il aide les marines à tuer le Tripode en leur signalant que les corbeaux ne sont aps repoussés par le bouclier.
Geste prétendument patriotique, c'est juste que les militaires sont des gros bourrins, et même ray ne comprend pas (il a pourtant vu peu avant, un tripode couché sur un immeuble) que les pilotes sont mort et que le tripode va pas tardé à tomber en arrière, mais l'image de la peur est plus forte que la peur elle-même et les soldats US l'abattent au bazooka.
De ce fait, un acte patriotique se transforme en débacle. Les tirs de bazooka, le font tomber en avant, et pas en arrière, il écrase une usine porteuse de deux tours (j'ai d'ailleurs là dessus une théorie épineuse mais toujours traité en sous marin par Spielberg, roi du subtil décidément, de l'ordre du paquet de chips et de la pomme de Terminal pour vous donner une idée, mais je n'en parlerais pas ici). Mais surtout, il s'abat sur une voiture qui valdingue et tue ? écrase ? une dizaine d'innocent (bravo pour le patriotisme sans danger). vérifié à la vidéo (on les voit trés nettement écrasés par la voiture).

Finalement il n'ya que son don de voyance que je ne m'explique pas "on a trés peu de temps, il nous reste qu'une minute, monte Mani ou tu vas mourir". J'ai deux semblant de "réponse" : soit il s'agit encore une fois de pre-science et donc de destin, hasard, etc... qui renvoit à la mythologie et au devin.

soit et c'est plus vraisemblablement le cas, Ray pressent (puisque l'histoire semble se passer post11) que si ce sont des terroristes ça va chauffer (souvenir post 11 des deux tours)et que si c'est autre chose ce qu'il comprendra rapidement "ce n'est pas des terroristes, c'est autre chose... Non, Robbie, pas genre d'Europe",

ça relève du même ordre d'idée, il faut fuir, l'histoire nous l'a toujours appris (Shoah mais avant occupation de l'allemagne et de la france ; Hiroshima, mais avant combat incessant contre le Japon, etc...) Bref, une invasion entraine forcément l'horreur avec elle et c'est justement ce que Ray perçoit peut-être inconsciemment, du moins c'est mon avis, à ce moment là.

Et puis il reste le troisième Ray, je vous en avait parlé un peu plus haut.
Il s'agit du Ray gamin, l'enfant gâté et post ado rebelle, limite immature, un Robbie Bis en somme (qui laisse trainer un moteur sur une table à manger, fait crisser sa voiture, fait des blagues salaces (avec son chef au début : "tu sais quel est ton problème toi ? __ ça je connais un paquet de fille qui se ferait un plaisir de te le dire" enjoy.

Mais aussi n'achète rien à manger pour ses enfants, rate ses rendez vous "huit heures et demi ? __non, ray, on avait dit huit heures", laisse sa fille sous l'orage au mépris de tous les risques éventuels par pur égoisme enfantin (ya qu'à voir son regard et ça phrase sur la foudre "c'est comme le "4 juillet", "le 14 juillet", "allons enfants"...") ; et surtout engage contre son fils, un bras de fer aussi stupide que témoin d'infantilité : superbe métaphore de la partie imposé de baseball

"ça te fera pas de mal", un peu imposé comme moment convivial. D'ailleurs, chaque balle s'envenime de plus en plus, et la dernière (l'avant dernière a fait craquer un os à Robbie, on l'entend trés disctinctement) laisse dans la vitre (Robbie a préféré l'esquiver à raison) un impact qui n'est pas sans rappeler celui que ferait une balle 9mm, c'est dire la violence immature que Ray peut avoir contre son fils (violence qui se retrouvera dans un autre sens contre Ogilvy, mais bon, difficile de lui jeter la pierre, c'est comme ça dans le roman et aucun de nous ne sait comment il aurait réagi dans pareille cas).

voilà, après on peut ne pas être d'accord avec ce que j'avance, mais je crois l'avoir avancé avec un minimum d'argument surtout de connaissance sur le cinéma de Spielberg, son scénariste et le réa. Et pour voir tout ça, pas besoin d'être Einstein, il suffit d'ouvrir les yeux et les oreilles quand on regarde un Spielberg, et de réfléchir, mais il faut aussi être ouvert et tolérant.

désolé, j'avais pas beaucoup de temps mais j'espère que ça sera suffisant pour vous faire comprendre le point de vue de Spielby/Koepp. Bref, on nous présente un début de héros qui perd les points qu'ils gagnent tout aussi vite, et pour finir, Ray se transcendera pour devenir un héros mais seulement pour sa propre famille, trés restreincte la famille : juste ses deux enfants (cf le regarde que porte Rachel sur son père après la chute de la cage), merci timide de sa femme, et sourire forcé des grand parents.

C'est dire pourquoi WOW est un des scénarios les plus pointus avec les personnages les plus étoffés de Spielberg + scénaristes qu'il m'ait été donné de voir


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