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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 14:47

Je vous l’avais promis depuis longtemps mais je n’ai jamais eu vraiment soit le temps, soit la possibilité effective de le faire à cause de l’écriture de mon DEA. Mais maintenant que ce dernier est de l’histoire ancienne et que je suis à même de le faire, je ne m’en priverais donc pas. Voici donc en avant première, longtemps retardé, j’espère toujours attendu, le comparatif complet de War of the Worlds (la Guerre des Mondes) film et livre :

Ps : Au vu de ce comparatif, vous comprendrez pourquoi ce film, même si il est extrêmement infidèle au roman y est en même temps terriblement fidèle. Paradoxe étrange mais néanmoins possible, surtout parce que comme vous le verrez au cours de cette lecture, Spielberg et Koepp ont changé les personnages mais en gardant la trame complète du roman.
Le comparatif a été fait à partir de mes souvenirs du film de WOW ; (donc pardonnez moi les incohérences/erreurs, j’ai juste ma mémoire comme recours, je n’ai pas encore le dvd), et à partir du livre La Guerre des Mondes de H.G Wells, édition Folio, 1950.

Roman de HG Wells : Personnages :

Le Narrateur (le récit jongle en alternance avec son histoire et l’histoire de son frère)
Son frère
La femme du narrateur
Le Vicaire (blond aux yeux pâles, paranoïaque et pieu)
Le Soldat rescapé (Patriote mais totalement à l’ouest aussi)
Mme Elphinstone et sa belle-soeur
Ogilvy (savant ami du Narrateur, premier dans les morts, fait parti des trois pulvérisés)
Foule.second couteaux.

Film de Byron Haskin (1952)
Scénario : Barré Lyndon:

Le Narrateur (un savant)
Sa femme ?
Ogilvy (savant ami du Narrateur, premier dans les morts, fait parti des trois pulvérisés)
Une fille (romance avec le héros)
Son oncle pasteur
Foule. Second couteaux.

Fidélité au roman : Juste les noms et quelques moments forts de la trame. Invention de plusieurs personnages et situations clichés avec intervention de l’armée et discussion du gouvernement.

Film de Steven Spielberg (2005)
Scénario : David Koepp (Jurassic Park, le Monde perdu, M.I, Panic room, , Fenêtre secrète) et Steven Spielberg (Rencontres du 3ème type, A.I) non crédité au générique de WOW mais toujours trés présent dans l’écriture du scénario de ses films :

Le « héros » : Ray Ferrier, docker
Rachel Ferrier (sa fille)
Robbie Ferrier (son fils)
Un ami mécanicien
Deux connaissances de Ray
Deux amies de Ray (une femme et sa fille)
Ogilvy (un illustre inconnu de Ray.métier inconnu. Patriote, paranoïaque et pieu)
L’ex femme de Ray
Son nouveau mari
Ses ex beaux parents
Un caméraman et une reportrice 
Foule. Second couteaux

Fidélité au roman : Les noms ont été entièrement changés (à part Ogilvy) et les personnages aussi, mais on retrouve la trame intégrale du roman, jusque dans ses plus petits détails.



Chapitre 1 : A la veille de la Guerre. P11 à 19

« Personne n’aurait cru dans les dernières années du 19ème siècle, que les choses humaines fussent observées, de la façon la plus pénétrante et la plus attentive, par des intelligences supérieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles ;que, tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils étaient examinés, étudiés d’aussi près peut-être qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. Avec une suffisance infinie, les hommes allaient de-ci de-là par le monde, vaquant à leurs petites affaires, dans la sereine sécurité de leur empire sur la matière ». Page 11

« Cependant, par-delà le gouffre de l’espace, des esprits qui sont à nos esprits ce que les nôtres sont à ceux des bêtes qui périssent, des intellects vaste, calmes et impitoyable, considéraient cette terre avec des yeux envieux, dressaient lentement et sûrement leurs plans pour la conquête de notre monde. Et dans les premières années du 20ème siècle vint la grande désillusion ». Page 12

War of the Worlds de Steven Spielberg :

L’extrait du Prologue du livre que je viens de citer est presque entièrement conservé dans le roman et tient lieu de scène d’exposition. Il faut savoir que chez Spielberg tout est dit dans la première scène. Ainsi l’allusion aux microbes contenus dans la goutte d’eau (sublime plan incluant le monde dans une goutte d’eau) est déjà le révélateur de la « solution finale » qui aura raison des Aliens. J’attend le dvd pour compléter ce passage, mais je suis quasiment sur que l’intégralité de ce que j’ai cité est dans le film.

Chapitre 5 : Le Rayon Ardent. P 34 à 39

« Alors, lentement, le sifflement devint un bourdonnement, un interminable bruit retentissant et monotone. Lentement, un objet de forme bossue s’éleva hors du trou et une sorte de rayon lumineux s’élança en tremblotant.
Aussitôt des jets de réelle flamme, des lueurs brillantes sautant de l’un à l’autre, jaillirent du groupe d’hommes dispersés. On eût dit que quelque invisible jet se heurtait contre eux et que du choc naissait une flamme blanche. Il semblait que chacun d’eux fût soudain et momentanément changé en flamme.
A la clarté de leur propre destruction, je les vis chanceler et s’affaisser et ceux qui les suivaient s’enfuirent en courant.
Je demeurais stupéfait, ne comprenant pas encore que c’était la mort qui sautait d’un homme à un autre dans cette petite troupe éloignée. J’avais seulement l’impression que c’était quelque chose d’étrange, un jet de lumière sans bruit presque et qui faisait s’affaisser, inanimés, tous ceux qu’il atteignait, et de même, quand l’invisible trait ardent passait sur eux, les pins flambaient et tous les buissons de genêts secs s’enflammaient avec un bruit sourd. Dans le lointain, vers Knaphill, j’apercevais les lueurs soudaines d’arbres, de haies et de chalets de bois qui prenaient feu.
Rapidement et régulièrement, cette mort flamboyante, cette invisible, inévitable épée de flammes, décrivait sa courbe. Je m’aperçus qu’elle venait vers moi aux buissons enflammés qu’elle touchait, et j’étais trop effrayé et stupéfié pour bouger.[…]

Tout ceci s’était produit avec une telle rapidité que je restais là immobile, abasourdi et ébloui par les jets de lumière ». Page 37-38.

* Il est à noter que Ogilvy est un ami du narrateur dans le roman et qu’il meurt dans cette toute première attaque. Ce personnage est bien réutilisé par Spielberg et Koepp car couplé en trois personnes du roman).

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ray et ses amis, voisins, connaissances sont rassemblés autour des fissures qui sont apparus dans la chaussée. Puis le souffle de l’effondrement les jette à terre et une pluie de pierres glacées tombe sur le sol.
Méfiez-vous des apparences nous dit Spielberg par là. Puisque Ray jette la pierre qu’il a prise en grimaçant. Un homme lui demande si il s’est brûlé, il répond oui, mais de froid, la pierre est glacée (alors que nous spectateur l’imaginions brûlante du fait qu’elle vienne d’une météorite).
Spielberg commence à évoquer par là que les Aliens ne symbolise pas forcément les terroristes comme on pourrait le croire (mais encore faut-il avoir réfléchi à l’implication de cette pierre dans le récit, toujours à un niveau sous terrain chez Spielby, j’adore). Méfiez-vous de ce qui semble évident nous dit-il aussi par là (spéciale dédicace pour S@tch).
Bref, le sol s’effondre et le monstrueux Tripode sort de terre et après un moment de silence commence à tirer son rayon ardent sur tout ce qui bouge. Ray reste un moment terrassé par le choc, accoudé contre une voiture, puis il se met à fuir ventre à terre, pendant que les autres personnes sont calcinées sur place.
Ray comme le narrateur du roman échappe à la mort par miracle (ou par destiné, plus probable dans le cas du film de Spielberg).
Ray revient dans la maison couvert de cendre de ce qui fut autrefois des humains et ne réalise leur morts à tous que devant la glace où le visuel fait pour lui la réflexion évidente que son mental se refuse à admettre.

Chapitre 10 : En pleine mêlée. P 62 à 69

« D’abord, je ne regardai guère que la route devant moi ; puis, tout à coup, mon attention fut arrêtée par quelque chose qui descendait impétueusement à ma rencontre la pente de Maybury Hill ; je crus voir le toit humide d’une maison, mais un éclair me permit de constater que la Chose était douée d’un vif mouvement de rotation. Ce devait être une illusion d’optique __ tour à tour d’effarantes ténèbres et d’éblouissantes clartés troublaient la vue […] Quel spectacle ! Comment le décrire ? Un monstrueux tripode, plus haut que plusieurs maisons, enjambait les jeunes sapins et les écrasait dans sa course ; un engin mobile, de métal étincelant, s’avançait à travers les bruyères ; des câbles d’acier, articulés, pendaient aux côtés, l’assourdissant tumulte de sa marche se mêlait au vacarme du tonnerre. Un éclair le dessina vivement, en équilibre sur un de ces appendices, les deux autres en l’air, disparaissant et réapparaissant presque instantanément, semblait-il, avec l’éclair suivant, cent mètres plus près. Figurez-vous un tabouret à trois pieds tournant sur lui-même et d’un pied sur l’autre pour avancer par bonds violents ! Ce fut l’impression que j’en eus à la lueur des éclairs incessants. Mais au lieu d’un simple tabouret, imaginez un grand corps mécanique supporté par trois pieds ». Page 65

« Soudain les sapins du petit bois qui se trouvait juste devant moi s’écartèrent, comme de fragiles roseaux sont séparés par un homme se frayant un chemin. Ils furent arrachés net et jetés à terre et un deuxième tripode immense parut, se précipitant, semblait-il, à toute vitesse vers moi». Page 66

« Vue de près, la Chose était incomparablement étrange, car ce n’était pas simplement une machine insensée, passant droit son chemin. C’était une machine cependant, avec une allure mécanique et un fracas métallique, avec de longs tentacules flexibles et luisants. […] Elle choisissait ses pas en avançant et l’espèce de chapeau d’airain qui la surmontait se mouvait en tout sens avec l’inévitable suggestion d’une tête regardant tout autour d’elle. Derrière la masse principale se trouvait une énorme chose de métal blanchâtre, semblable à un gigantesque panier de pêcheur, et je vis des bouffées de fumée s’échapper par des interstices de ses membres, quand le monstre passa prés de moi ». Page 66

« Quand il passa près de moi, le monstre poussa une sorte de hurlement violent et assourdissant qui s’entendit par-dessus le tonnerre : Alouh ! Alouh ! ». Page 67

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Les Tripodes du film ressemblent trait pour trait au Tripodes du roman, un mélange de mécanique (câble d’acier, etc…) et de matériaux organiques (long tentacule flexible et luisants). Des Méca-orga, cher à Spielby (cf A.I, E.T, Rencontres). Dans le film, un Tripode apparait au haut d’une colline en écrasant des rangées de sapins et on voit aussi très bien la cage de la fin quand Ray se fait attraper. Quant à l’immense chapeau figurant une tête il est bien retranscrit dans le film aussi mais sous la forme d’un œil triangulaire (Dieu ? ) immense qui voit tout. Le cri entre le cri de bête sauvage et le grincement mécanique est de la même manière admirablement retranscrit par l’effet de John Williams ? Ben Burtt ?

Chapitre 12 : Destruction de Weybridge et Shepperton. Page 78 à 92

« L’intelligence vivante, le Martien qui habitait la tête, avait été tué et lancé aux quatre vents du ciel, et l’appareil n’était plus maintenant qu’un simple assemblage de mécanismes compliqués tournoyant vers la destruction. Il s’avançait, suivant une ligne droite, incapable de se guider. Il heurta la tour de l’église de Shepperton et la démolit, comme le choc d’un bélier aurait pu le faire ; il fut jeté de côté, trébucha et s’écroula dans la rivière avec un fracas formidable »

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage du livre correspond bien évidemment à la destruction du clocher de l’église dans le film, même si Spielberg et Koepp ont intelligemment choisis de rendre les Tripodes totalement invincibles pour donner plus de poids au retournement de situation (dans le roman les boucliers sont déployés après cet «incident ») et à la fois affaiblir les humains face à leur destin et renforcer la comparaison Tripode vs humain ; armée Us vs Irak (ou autre).

Dans ce chapitre et dans le suivant, le narrateur a rencontré deux figures de folie humaine qui ont vraisemblablement inspiré Spielberg et Koepp pour le personnage d’Ogilvy : Tout d’abord un soldat artilleur de l’armée britannique, seul rescapé d’une colonne de soldats. Il tient des propos incohérents et imagine creuser un tunnel pour surprendre les Tripodes comme ils ont surpris ses camarades. Puis un vicaire qui veut manger toutes leurs maigres provisions, craignant que les Tripodes aient raison d’eux avant le lendemain.


Chapitre 13 : Par quel hasard je rencontrai le Vicaire. Page 93 à 100

« Je me soulevai et, au bruit que je fis, il ramena vivement ses regards sur moi.
__ Avez-vous de l’eau ? demandai-je brusquement.
Il secoua la tête.
__ Vous n’avez fait qu’en demander depuis une heure, dit-il.
Un instant nous nous regardâmes en silence, procédant l’un et l’autre à une réciproque inspection de nos personnes.[…]. Quant à lui son visage dénotait une honorable simplicité cérébrale ; sa chevelure tombait en boucles blondes crépues sur son front bas et ses yeux étaient plutôt grands, d’un bleu pâle, et sans regard. Il se mit à parler par phrases saccadées, sans plus faire attention à moi, les yeux égarés et vides.
__ Que signifie tout cela ? Que signifient ces choses ? demandait-il.
Je le regardai avec étonnement sans lui répondre.
Il étendit en avant une main maigre et blanche et continua sur un ton lamentable :
__ Pourquoi ces choses sont-elles permises ? Quels pêchés avons-nous commis ? Page 96-97

[…] « Ce doit être le commencement de la fin, reprit-il en m’interrompant. La fin ! Le grand et terrible jour du Seigneur ! Lorsque les hommes imploreront les rochers et les montagnes de tomber sur eux et de les cacher __ Les cacher à la face de Celui qui est assis sur le Trône ».

« Renonçant à tout raisonnement sérieux, […] je lui posai la main sur l’épaule.
__ […] Pourquoi voudriez-vous que Dieu eût épargné Weybridge ? … Il n’est pas agent d’assurances.
Un instant il garde un silence effaré.
__ Mais comment échapperons-nous ? demanda t-il brusquement. Ils sont invulnérables. Ils sont impitoyables… » Page 98-99


War of the Worlds de Steven Spielberg :

Le personnage du Vicaire est trés vraisemblablement une des facettes du Ogilvy de WOW, son côté prude, pieux, et surtout son visage blond aux yeux pales et son mental simple et égaré, correspond parfaitement à la composition physique et mentale qu’en fait Tim Robbins.
Le discours sur Dieu est aussi à même de signifier un sens de plus aux Aliens. Il se peut fort bien que ce soit la représentation du Dieu colère de l’Ancien Testament qui décide de se venger de la bêtise, de la vanité, de la stupidité et de l’arrogance humaine décrite dans le prologue. Chez Spielberg cela serait le pendant « sombre » et inversé de CloseEncountersOf3kind (Dieu d’amour vs Dieu de Haine. Dieu de Pardon vs Dieu de Vengeance). Ou encore la même représentation de Dieu que celle de Indy 1 et Indy 3. Dieu représentant les Aliens serait vaincu (par son propre bon vouloir) par les plus insignifiantes créatures qu’il a lui-même mise sur terre : les microbes. C’est aussi une manière légère et détournée pour l’auteur et le tandem Spielberg/ Koepp de rappeler les humains à l’ordre sur leur incroyable suffisance.
Ils ne sont rien mais s’imaginent l’égal d’un dieu, voire plus fort que des dieux ; et, grande leçon d’humilité, ils meurent par la main métaphorique de Dieu lassé de sa créature et sont sauvés par « de chétif excréments de la terre ». Cela donne à réfléchir. Jamais Jean de La Fontaine n’a était aussi contemporain et aussi juste sur l’espèce humaine. La Guerre des mondes n’est rien de plus qu’une immense illustration du « Lion et du Rat » mais à un niveau planétaire.

Quoiqu’il en soit, Ogilvy de Spielby représente bien la population croyante (mais de manière absurde), l’américain moyen, un peu simple.

Chapitre 17 : Le Fulgurant. Page 144 à 155

« Si les Martiens n’avaient eu pour but que de détruire, ils auraient pu, dès le lundi, anéantir toute la population de Londres pendant qu’elle se répandait lentement à travers les comtés environnants ». Page 144

[…] « Jamais encore, dans l’histoire du monde, une pareille masse d’êtres humains ne s’était mise en mouvement et n’avait souffert ensemble. Les hordes légendaires des Goths et des Huns, les plus vastes armées qu’ait jamais vu l’Asie, se fussent perdues dans ce débordement. Ce n’était pas une marche disciplinée, mais une fuite affolée, une terreur panique gigantesque et terrible, sans ordre et sans but, six millions de gens sans armes et sans provisions, allant de l’avant à corps perdu. C’était le commencement de la déroute de la civilisation, du massacre de l’humanité ». Page 144-145

« Au-delà, derrière les collines bleues qui s’élèvent au sud de la rivière, les Martiens étincelants allaient de-ci, de-là ; tranquillement et méthodiquement, ils étalaient leurs nuages empoisonnés sur cette partie de la contrée, les balayant ensuite avec leurs jets de vapeur, quand ils avaient accompli leur œuvre, et prenant possession du pays conquis. Il semble qu’ils eurent moins pour but d’exterminer que de démoraliser complètement, et de rendre impossible toute résistance. Ils firent sauter toutes les poudrières qu’ils rencontrèrent, coupèrent les lignes télégraphiques et détruisirent en maints endroits les voies ferrées. On eût dit qu’ils coupaient les jarrets du genre humain. Page 145

Ce passage ne fait pas partie du comparatif film/roman, il est juste là pour signaler à messieurs les détracteurs de WOW et autres chercheurs d’incohérences qui n’existent pas, que tout est déjà contenu dans le livre. Les Aliens ne cherchent pas à décimer le genre humain mais plus à le démoraliser. Ce n’est pas principalement « la solution finale humaine » c’est avant tout une occupation. Dans le film c’est la même chose ce qui explique l’utilisation du rayon parcimonieuse et les infiltrations de la créature « à tronche d’Abysse ». De plus, rien ne nous dit que d’autres créatures ne font pas pareil dans les autres maisons. On ne voit que celle du point de vue de Ray, mais difficile de penser qu’il y en ait qu’une. Quant aux coupures des fils du télégraphe et celle des voies ferrées, cela correspond aux IEM (=> coupure de tout ce qui est électromagnétique dans le champ d’action de l’ IEM) et au train en flammes dans le film.

Reprenons la suite du comparatif après cet éclaircissement :

« A la vue de la mer, Mme Elphinstone, malgré les assurances de sa belle-sœur, s’abandonna au désespoir. Elle n’avait encore jamais quitté l’Angleterre ; elle disait qu’elle aimerait mieux mourir plutôt que de se voir seule et sans amis dans un pays étranger, et autres sornettes de ce genre. La pauvre femme semblait s’imaginer que les Français et les Martiens (  sic) étaient de la même espèce ». Page 149

« Ils eurent les plus grande difficultés à la faire descendre jusqu’à la plage, […] d’où bientôt une barque fut envoyée, qui les amena à bord à raison de trente-six livres (neuf cent francs) pour eux trois. Il était près de deux heures lorsque mon frère ayant payé le prix de leur passage, au passavant, se trouva sain et sauf, avec les deux femmes dont ils avaient pris la charge, sur le pont du steamboat ». Page 150

« Le petit steamer fouettait déjà l’eau, se dirigeant à l’est de la grande courbe des embarcations, et les côtes basses d’Essex s’abaissaient dans la brume bleuâtre, lorsqu’un Martien parut, petit et faible dans le lointain, s’avançant au long de la côte et semblant venir de Foulness. […] Tout le monde à bord se tenait contre le bastingage ou sur les bans du pont, contemplant cette forme lointaine, plus haute que les arbres et les clochers, qui s’avançait à loisir en semblant parodier la marche humaine. Page 151

« […] Alors, au loin, par-delà le canal de Crouch, un autre parut, enjambant des arbres rabougris, puis un troisième, plus loin encore, enfoncé profondément dans des couches de vase brillante qui semblaient suspendus entre le ciel et l’eau. Ils s’avançaient tous vers la mer, comme s’ils eussent voulu couper la retraite des innombrables vaisseaux […] Malgré les efforts haletant des machines du petit bateau à aubes et l’abondante écume que lançaient ses roues, il ne fuyait qu’avec une terrifiante lenteur devant cette sinistre poursuite. Page 151

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ray et sa famille rencontre une femme (amie de Ray) et sa propre fille et après quelques problèmes, Ray arrive à passer dans le Ferry (scène correspondant à celle du Steamer du livre). Mais j’aimerais surtout attirer l’attention des détracteurs du film sur cette réplique du livre « La pauvre femme semblait s’imaginer que les Français et les Martiens (  sic) étaient de la même espèce ». Curieuse similitude avec « quelque chose comme des Européens » du film, isn’it ? Alors Spielberg anti-français ? Allez, allez gentiment vous coucher, vous êtes tous très mignons, surtout quand on vous prouve par A + B que cette réplique est surtout écrite pour se moquer des USiens paranoïaque et très peu cultivé et que vous refusez de le voir (S@tch en tête).

Je vous ai épargné le passage dans le livre où les passagers qui veulent monter dans les bateaux sont repoussés à coups de rames ( correspond aux gens qui tentent de grimper sur le pont du ferry dans le film).

Ensuite, le premier Tripode apparaît sur le haut de la colline en écrasant les armées de sapin alentours, puis le deuxième et le troisième émerge, l’un de l’eau, l’autre de la fumée sur la rive. Dans le livre le steamer est sauvé alors que le ferry est attaqué dans le film. Mais le steamer est sauvé parce que les Aliens détruisent à sa place un cuirassé, « Le Fulgurant », (qui donne son nom au chapitre) venu porter secours au Steamer.

Livre Second : La Terre au pouvoir des Martiens :

Chapitre 1 : Sous le talon. Page 159 à 168

« A peine le vicaire m’eut-il rejoint que nous aperçûmes la première machine martienne, ou peut-être même une autre, au loin par-delà les prairies qui s’étendent jusqu’à Kew Lodge. Quatre ou cinq petites formes noires se sauvaient devant elle, parmi le vert grisâtre des champs, car, selon toute apparition, le Martien les poursuivait. En trois enjambées, il eut rattrapé ces pauvres êtres qui se mirent à fuir dans toutes les directions. Il ne se servit pas du Rayon Ardent pour les détruire, mais les ramassa un par un ; il dut les mettre dans l’espèce de grand récipient métallique qui faisait saillie derrière lui, à la façon dont une hotte pend aux épaules du chiffonnier. L’idée me vint alors que les Martiens pouvaient avoir d’autres intentions que de détruire l’humanité bouleversée ». Page 163

* Le héros et le vicaire passe la nuit dans une fosse sans se faire repérer par le Tripode, puis ils parviennent dans une maison :

« La première (maison) où nous entrâmes, après avoir eu quelque difficulté à ouvrir la fenêtre, était une petite villa écartée, et je n’y trouvai rien de mangeable qu’un peu de fromage moisi. Il y avait pourtant de l’eau, dont nous bûmes, et je me munis d’une hachette qui promettait d’être utile dans notre prochaine effraction ». Page 164

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Spielberg et Koepp ont réduit les différentes maisons à une seule et ce passage du livre correspond donc dans le film au « séjour » de Ray et sa famille dans la maison d’Ogilvy.
Noter l’importance de la nourriture moisie et de l’eau croupie on la retrouve telle qu’elle dans WOW, c’est ce qui aura raison des Aliens, dans un cas (le livre) comme dans l’autre (le film). Notez aussi la présence de la hachette, très importante pour le roman comme pour le film.
Mais surtout, notez bien que dans le roman, on voit les cages des Tripodes, encore une raison de ne pas penser que l’extermination est le but ultime des Aliens. Seulement c’est sur, faut soit avoir vu le film « eyes wide open », soit avoir lu le livre.


Chapitre 2 : Dans la maison en ruine Page 169 à 181

*Dans une autre maison le narrateur et le vicaire trouvent à manger et dans une autre encore ils sont ensevelis et observent les martiens par un trou dans le plâtre du mur :

« Je voyais maintenant que c’étaient les créatures les moins terrestres qu’il soit possible de concevoir. Ils étaient formés d’un grand corps rond, ou plutôt d’une grande tête ronde d’environ quatre pieds de diamètre et pourvue d’une figure. Cette face n’avait pas de narines—à vrai dire les Martiens ne semblent pas avoir été doués d’odorat—mais possédaient deux grands yeux sombres au-dessous desquels se trouvait immédiatement une sorte de bec cartilagineux. » Page 172-173

« Dépourvus d’entrailles, ils ne mangeaient pas et digéraient encore moins. Au lieu de cela, ils prenaient le sang frais d’autres créatures vivantes et se l’injectaient dans leurs propres veines. Je les ai vus moi-même se livrer à cette opération et je le mentionnerai quand le moment sera venu. […] Qu’il suffise de savoir qu’ayant recueilli le sang d’un être humain – ce sang était transvasé au moyen d’une sorte de minuscule pipette dans un canal récepteur ». Page 174

* L’auteur parle ensuite de la capacité des Aliens à vivre sans sexe et à se reproduire par mitose (ou scissiparité), idée reprise par le réalisateur ami de Spielberg, Ivan Reitman dans son hilarante parodie de WOW, le film Evolution avec David Duchovny, Julianne Moore et Sean William Scott ; mais absente du film de Spielberg (trop de choses à dire déjà sans s’encombrer de ce « détail ». Evolution lui est entièrement fondé sur ce détail. Spielberg rendra d’ailleurs hommage au film de son ami dans la scène de « la grenade ». Ray lance une grenade dans un trou qui ressemble fortement à l’anus de l’extraterrestre de Evolution.

* Mais le plus intéressant reste sans aucun conteste, la description de l’Herbe Rouge.

« Le dernier point saillant par lequel le système vital de ces créatures différait du nôtre pouvait être regardé comme un détail trivial et sans importance. Les micro-organismes, qui causent, sur Terre, tant de maladies et de souffrances, étaient inconnus sur la planète Mars, soit qu’ils n’y aient jamais paru, soit que la science et l’hygiène martiennes les aient éliminés depuis longtemps. […] Je puis dire un mot des curieuses conjectures au sujet de l’Herbe Rouge. Apparemment, le règne végétal dans Mars, au lieu d’avoir le vert pour couleur dominante, est d’une vive teinte rouge sang (* non aucun rapport avec les communistes S@tch).
En tous les cas, les semences que les Martiens --intentionnellement ou accidentellement—apportèrent avec eux donnèrent toujours naissance à des pousses rougeâtres. Seule pourtant la plante connue sous le nom populaire d’Herbe Rouge réussit à entrer en compétition avec les végétations terrestres. La variété rampante n’eut qu’une existence transitoire et peu de gens l’ont vue croître. Néanmoins, pendant un certain temps, l’Herbe Rouge crût avec une vigueur et une luxuriante surprenantes.
Le troisième ou le quatrième jour de notre emprisonnement, elle avait envahi tout le talus du trou, et ses tiges, qui ressemblaient à celles du cactus, formaient une frange carminée autour de notre lucarne triangulaire. Plus tard, je la trouvai dans toute la contrée et particulièrement aux endroits où coulait quelques cours d’eau ». Page 177-178

* comme le livre est aussi une critique de la mécanisation et de l’industrialisation du monde, les Aliens parviennent à fabriquer (par les Tripodes) des Tripodes qui se meuvent d’eux-mêmes (Intelligence Artificielle maybe mais surtout repris par Tolkien dans SDA avec les Uruk-aï, dans Barak Dur).

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Déjà la description des Aliens du livre correspond pile poil à celle du film de Spielberg. Premier bon point. Les Aliens ne trouvent pas Ray, Rachel et Ogilvy parce qu’ils sont dépourvus d’odorat.

Dans le roman, la phase d’injection du sang est bien expliquée et quand on voit le film qu’on ai lu ou pas le roman, on comprend très bien ce qui se passe. Bien sûr, Spielberg a mis une pipette un brin plus grosse (  ) mais le reste de l’opération est identique, l’humain est toujours vivant avant d’être vidé.

L’Herbe Rouge est attiré, mue par l’eau comme le montre l’extrait du roman et le film le montre parfaitement bien, quant à la non présence des bactéries et microbes sur Mars, le roman renseigne parfaitement dessus. Quiconque a lu le livre, comprend très bien le film de Spielberg. Et si on n’a pas lu le roman, on peut toujours deviner. Quant au fait que les vaisseaux soient envoyés vides sur terre, prouve bien que les Martiens n’ont pas eu de contact avec les microbes avant. L’eau est donc bien la raison essentiel pour laquelle les Martiens sont venus sur Terre (et dans le film ça renvoie immanquablement au pétrole et à ce cher Bu(ll)sh(it).

Mais mon passage préféré reste celui-ci et je vous le mets parce que ce serait trop triste de ne pas le mettre  :

« Rien peut-être, dans tous leurs appareils, n’est plus surprenant pour l’homme que l’absence de la « roue », ce trait dominant de presque tous les mécanismes humains. Parmi toutes les choses qu’ils apportèrent sur la Terre, rien n’indique qu’ils emploient le cercle. On se serait attendu du moins à le trouver dans leurs appareils de locomotion. A ce propos, il est curieux de remarquer que, même ici-bas, la nature parait avoir dédaigné la roue ou lui avoir préféré d’autres moyens. Non seulement les martiens ne connaissaient pas la roue – ce qui semble incroyable – ou s’abstenaient de l’employer, mais même ils se servaient singulièrement peu, dans leurs appareils, du pivot fixe ou du pivot mobile avec des mouvements circulaires sur un seul plan » Page 179-180

Voilà ce qui explique largement le passage où les Aliens contemplent le vélo. Hé oui, c’est aussi sûrement un clin d’œil à E.T de la part de son « papa » mais c’est surtout la plus extrême fidélité au roman qu’il m’ai été donné de voir (même le film de 52 n’en parle pas). Bien sûr, il faut être un pur fanboy du roman pour y penser en temps que scénariste et que lecteur et je dois avouer que c’est en relisant attentivement tout le livre pour préparer à fond la présente « étude » que je me suis aperçu de ce passage que j’ai immédiatement relié au film. Pas étonnant donc que les Martiens restent comme des cons devant le vélo si ils ne connaissent pas la roue et donc qu’ils veulent le toucher.
J’adore réussir à prouver ce que j’avance, maintenant les détracteurs de Spielberg n’ont plus aucun argument pour dénigrer ce passage du film. CQFD 

Chapitre 3 : Les jours d’emprisonnement. Page 182 à 188

Le narrateur et le vicaire vivent ensemble dans la maison en semi ruine.

« L’arrivée d’une seconde machine de combat nous fit abandonner notre lucarne pour nous retirer dans la laverie, car nous avions peur que, de sa hauteur, le Martien pût nous apercevoir derrière notre barrière. » Page 182

* Le vicaire et le narrateur commencent à se disputer. En réalité, le vicaire devient avec les Tripodes dehors complètement fou et pleurs, crient, s’excitent tout seul. Il rentre dans d’interminables monologues complètement vide de sens et absent de toute pensée rationnelle.
Bientôt le narrateur voit le « pompage » d’êtres humains.

« C’est le vicaire qui était à notre poste d’observation quand les premiers humains furent amenés au cylindre. J’étais assis plus bas, ramassé sur moi-même et écoutant de toutes mes oreilles. Il eut un soudain mouvement de recul, et, croyant que nous avions été aperçus, j’eus un spasme de terreur. Il se laissa glisser parmi les décombres et vint se blottir près de moi dans les ténèbres, gesticulant en silence ; pendant un instant je partageai sa terreur ». Page 185

* Le narrateur prend le poste d’observation du vicaire et contemple ce que le pauvre malheureux a contemplé avant lui.

« Tout à coup, j’entendis un cri et je vis un long tentacule atteindre, par-dessus l’épaule de la machine, jusqu’à une petite cage qui faisait saillie sur son dos. Alors quelque chose qui se débattait violemment fut soulevé contre le ciel, énigme vague et sombre contre la voûte étoilée, et au moment où cet objet noir était ramené plus vas, je vis à la clarté verte de la flamme que c’était un homme. Pendant un moment, il fut clairement visible. C’était, en effet, un homme d’âge moyen, vigoureux, plein de santé et bien mis ; trois jours auparavant il devait, personnage d’importance, se promener à travers le monde. Je pus voir ses yeux terrifiés et les reflets de la flamme sur ses boutons et sa chaîne de montre. Il disparut derrière le monticule et pendant un certain temps il n’y eut pas un bruit. Alors commença une série de cris humains, et, de la part des Martiens, un bruit continu et joyeux…
Je descendis du tas de décombres, me remis sur pied, me bouchai les oreilles et me réfugiai dans la laverie. Le vicaire, qui était resté accroupi, silencieux, les bras sur la tête, leva les yeux comme je passais, se mit à crier très fort à cet abandon et me rejoignit en courant ». Page 186-187

« J’allai dans la laverie, enlevai la porte et me mis à creuser plusieurs heures de suite avec ma hachette, faisant le moins de bruit possible ; mais quand j’eus réussi à faire un trou profond d’une couple de pieds, la terre fraîchement entassée contre la maison s’écroula bruyamment et je n’osai pas continuer. Je perdis courage et demeurait étendu sur le sol pendant longtemps, n’ayant même plus l’idée de bouger. Après cela, j’abandonnai définitivement l’idée d’échapper par une tranchée ». Page 188

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage correspond dans le film au moment où Ray (après avoir perdu Robbie) et Rachel sont accueillis dans la maison d’Ogilvy. Ce dernier et Ray contemplent les Tripodes et les martiens par la lucarne. Ils voient l’être humain se faire aspirer la tête par la pointe juste après avoir été sorti de la cage. Ogilvy se réfugie dans une pièce et hurle « pas mon sang, pas mon sang », en se mordant le poing. Puis il tente de creuser un tunnel (Spielberg choisi de faire assumer au perso d’Ogilvy sa folie complètement, préférant laisser Ray maître de lui-même à cause de l’importance de son semblant d’influence de père sur Rachel). Le vicaire du livre est définitivement une des facettes du Ogilvy du film de Spielberg.


Chapitre 4 : La mort du vicaire. Page 189 à 195

* Le vicaire mange toutes les provisions contenues dans la maison et le narrateur toujours prisonnier (les Tripodes restant dehors), se bat souvent avec le vicaire pour restreindre les rations.

« Lentement, je commençai à me rendre compte de la complète ruine de son intelligence, et m’aperçus enfin que mon seul compagnon, dans ces ténèbres secrètes et malsaines, était un être dément. […] Le huitième jour, il commença à parler très haut et rien de ce que je pus faire ne parvint à modérer sa véhémence ». Page 190

« Il continua à parler, haussant insensiblement le ton, pendant les huitièmes et neuvièmes journées presque entières, débitant des menaces, des supplications, au milieu d’un torrent de phrases où il exprimait une repentance, à moitié stupide, toujours futile, […] Il reprit bientôt avec une nouvelle ardeur, criant si fort qu’il devint absolument nécessaire pour moi de le faire taire par tous les moyens ». Page 191

« Taisez-vous pour l’amour de Dieu ! dis-je en me mettant debout et terrifié à l’idée que les Martiens pouvaient nous entendre.
__ Non ! cria le vicaire de toutes ses forces, se levant aussi et étendant les bras. Parle ! Il faut que je parle ! La parole du Seigneur est sur moi.
En trois enjambées, il fut à la porte de la cuisine.
__ Il faut que j’aille apporter mon témoignage. Je pars. Je n’ai déjà que trop tardé.
J’étendis le bras et j’atteignis dans l’ombre un couperet suspendu au mur. En un instant, j’étais derrière lui, affolé de peur. Avant qu’il n’arrivât au milieu de la cuisine, je l’avais rejoint. Par un dernier sentiment humain, je retournai le tranchant et le frappai avec le dos. Il tomba en avant de tout son long et resta étendu par terre. Je trébuchai sur lui et demeurai un moment haletant. Il gisait inanimé ». Page 192

* Un Tripode relâche le serpent « abysse » 

« Puis un long tentacule métallique qui serpenta par le trou en tâtant lentement les objets. […] J’eus l’espoir que le tentacule ne serait pas assez long pour m’atteindre ; il passa, raclant légèrement la porte de la soute ». Page 193

* Le ver parvient à ouvrir la porte derrière laquelle est caché le héros.

« Des ténèbres d’où j’étais, je pouvais juste apercevoir l’objet, ressemblant à une trompe d’éléphant plus qu’à autre chose, s’agitant de mon côté, touchant et examinant le mur, le charbon, le bois, le plancher. Cela semblait être un gros ver noir, agitant de côté et d’autre sa tête aveugle.
Une fois même, il toucha le talon de ma bottine. Je fus sur le point de crier, mais je mordis mon poing. Pendant un moment, il ne bougea plus : j’aurai pu croire qu’il s’était retiré. Tout à coup, avec un brusque déclic, il agrippa quelque chose – je me figurai que c’était moi ! – et parut sortir de la soute. Pendant un instant, je n’en fus pas sûr. Apparemment il avait pris un morceau de charbon pour l’examiner ». Page 194

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage correspond toujours à la captivité forcée de Ray, Rachel et Ogilvy. Ce dernier devient de plus en plus dément, faisant preuve de patriotisme stupide et à la fois de discours cohérent et raisonné « ce n’est pas une guerre, c’est une extermination … Les occupations ne se sont jamais soldées par des réussites, etc… » . Jusqu’à ce qu’il perde totalement pied après avoir vu la mise à mort de l’homme de la cage et qu’il crie sans arrêt et de plus en plus fort, « pas mon sang, pas mon sang, pas mon sang, PAS MON SANG ! ».
Ray reste moins de jours que le narrateur du livre, mais c’est un film, pas un livre. L’évolution d’Ogilvy doit être plus rapide. Il devient de plus en plus fou d’heure en heure et Ray n’a d’autres choix que de le tuer (sûrement comme dans le roman) mais pas sous les yeux « innocents » de Rachel.
Cette justification s’adresse surtout aux imbéciles qui ont dit « Spielberg fait tuer le demeuré par Ray, pasque c’est la race inférieure ». C’est surtout parce qu’il n’a pas d’autre extrémité, si Ogilvy continue à gueuler ils sont morts tous les trois. Spielberg ne fait que suivre le roman.

Le passage du serpent noir est reproduit à l’identique entre le roman et le film, mis à part le fait que le serpent passe après la mort du vicaire dans le roman et avant la mort d’Ogilvy dans le film ; mais sinon il y a même comme vous avez sans doute pu le constater, l’histoire de la bottine (correspond dans le film au passage où Ray abandonne une des bottes d’Ogilvy à côté du miroir). C’est dire encore une fois, combien le tandem Spielberg/Koepp est respectueux du roman originel.

Chapitre 5 : Le silence. Page 196 à 199

« Le quatorzième jour, je pénétrai dans la cuisine et je fut fort surpris de trouver que les pousses de l’Herbe Rouge avaient envahi l’ouverture du mur, transformant la demi-clarté de mon refuge en une obscurité écarlate ». Page 197

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ray et Rachel remonte à l’air libre et trouve l’Herbe Rouge qui a envahi toute la maison, et court partout dans la campagne. La présence de l’Herbe Rouge (et on doit en remercier Januz Kaminski, le chef op de Spielby) donne à l’intérieur de la maison une teinte écarlate très inquiétante.

Chapitre 6 : L’ouvrage de quinze jours. Page 200 à 204

* Le héros fuit finalement la maison en ruine et marche vers sa ville.

« Finalement, l’Herbe Rouge succomba presque aussi rapidement qu’elle avait crû. Bientôt une sorte de maladie infectieuse, due croit-on, à l’action de certaines bactéries, s’empara de ces végétations. Par suite des principes de la sélection naturelle, toutes les plantes terrestres ont maintenant acquis une force de résistance contre les maladies causées par les microbes – elles ne succombent jamais sans une longue lutte. Mais l’Herbe Rouge tomba en putréfaction comme une chose déjà morte. Les tiges blanchirent, se flétrirent et devinrent très cassantes. Au moindre contact, elles se rompaient et les eaux, qui avaient favorisé et stimulé leur développement, emportèrent jusqu’à la mer leurs derniers vestiges ». Page 202

« Ici le paysage changeait ; ce n’était plus l’étrange et l’extraordinaire, mais le simple bouleversement du familier. Certains coins semblaient avoir été dévastés par un cyclone et, une centaine de mètres plus loin, je traversais un espace absolument paisible et sans la moindre trace de troubles ». Page 203
War of the Worlds of the Worlds of Worlds de Steven Spielberg :

Ray et Rachel se sont enfuis de la cage et ils repartent vers Boston. L’Herbe Rouge tombe en putréfaction bientôt. Ils croisent des tas de plants totalement blanchis et cassants. Encore un indice sur le fait qu’il n’y ait plus ou qu’il n’y ait jamais eu de microbe chez les Aliens.

Le deuxième passage cité a surtout pour but de dire aux détracteurs du film, qu’il existait des endroits qui n’avait pas été saccagé et d’autres totalement annihilés à cent mètres d’intervalles (donc qu’il n’est pas étonnant que la maison de la mère à Boston ait été épargné). Le propre logis du héros du roman est épargné d’ailleurs.

Chapitre 7 : L’homme de Putney Hill Page 205 à 226

* Le narrateur, passe la nuit dans une auberge désertée. Il trouve à manger et à boire et se restaure. Puis il pense à sa femme et se questionne sur la Foi.

« J’en vins au problème des Martiens et au sort de ma femme. En ce qui concernait les Martiens, je n’avais aucune donnée et je ne pouvais qu’imaginer mille choses ; je ne pouvais guère mieux faire non plus quant à ma femme ». Page 207

« Cette veillée bientôt devint épouvantable ; je me dressai sur mon lit, mes yeux scrutant les ténèbres et je me mis à prier, demandant que, si elle avait dû mourir, le Rayon Ardent ait pu la frapper brusquement et la tuer sans souffrance. Depuis la nuit de mon retour à Leatherhead je n’avais pas prié. En certaines extrémités désespérées, j’avais murmuré des supplications, des invocations fétichistes, formulant mes prières comme les païens murmurent des charmes conjurateurs. Mais cette fois je priai réellement, implorant avec la ferveur la Divinité, face à face avec les ténèbres ». Page 207

« […] Les Martiens, eux aussi, invoquaient peut-être Dieu avec confiance. A coup sûr, si nous ne retenons rien d’autre de cette guerre, elle nous aura cependant appris la pitié – la pitié pour ces âmes dépourvues de raison qui subissent notre domination (NDRL : il s’agit bien entendu des habitants des indes sur lesquels les anglais asseyaient une domination atroce) ». Page 207

* Le narrateur part de l’auberge au petit matin et retrouve sur la route, une vieille connaissance, l’artilleur rencontré au début du livre. Ce dernier lui apprend que les Martiens sont en train d’apprendre à voler. Le narrateur exprime ses craintes sur ce nouvel accès de connaissance et l’artilleur se dit satisfait que l’humanité disparaisse de la surface de la terre.

« __ C’en est fait de l’humanité, dis-je. S’ils réussissent à voler, ils feront tout simplement le tour du monde, en tout sens…
__ Mais oui, approuva t-il en hochant la tête. Mais… ça nous soulagera d’autant par ici, et d’ailleurs, fit-il en se tournant vers moi, quel mal voyez-vous à ce que ça en soit fini de l’humanité ? Moi je suis bien content. Nous sommes écrasés, nous sommes battus.
Je le regardai, ahuri. Si étrange que ce fût, je ne m’étais pas encore rendu compte de toute l’étendue de la catastrophe – et cela m’apparut comme parfaitement évidement dès qu’il eut parlé. J’avais conservé jusque-là un vague espoir, ou plutôt, c’était une vieille habitude d’esprit qui persistait. Il répéta ces mots qui exprimaient une conviction absolue :
__ Nous sommes battus.
C’est bien fini, continua t-il. […] Ils se sont installés dans de bonnes conditions, et ils ne s’inquiètent nullement des armes les plus puissantes du monde. Ils nous ont piétinés. […] Ils continuent à venir ; ces étoiles vertes – je n’ai pas vu depuis cinq ou six jours – je suis sûr qu’il en tombe une quelque part toutes les nuits. Il n’y a rien à faire. Nous avons le dessous, nous sommes battus ».
Je ne lui répondis rien. Je restai assis le regard fixe et vague, cherchant en vain à lui opposer quelque argument fallacieux et contradictoire.
__ Ca n’est pas une guerre, dit l’artilleur. Ca n’a jamais été une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les fourmis ». Page 211

* L’artilleur décrit au narrateur le plan de bataille des Martiens.

« Ils se mettront à nous attraper systématiquement, choisissant les meilleurs et les mettant en réserve dans des cages et des enclos aménagés dans ce dessein. C’est là ce qu’ils vont entreprendre avant longtemps. Car, comprenez-vous ? Ils n’ont rien encore commencé, en somme.
__ Rien commencé ! m’écriai-je.
__ Non, rien ! Tout ce qui est arrivé jusqu’ici, c’est parce que nous n’avons pas eu l’esprit de nous tenir tranquilles, au lieu de les tracasser avec nos canons et autres sottises. […] Ils ne veulent pas encore s’occuper de nous. Ils fabriquent leurs choses, toutes les choses qu’ils n’ont pu apporter avec eux, et ils préparent tout pour ceux qui vont bientôt venir ». Page 214

* L’artilleur décrit un avenir sombre pour les humains : tantôt animaux de compagnie des Martiens, tantôt chien de chasse pour chasser les derniers rebelles cachés, tantôt nourriture d’élevage

« Qu’allez-vous faire lui demandai-je brusquement. Quels sont vos plans ?
Il hésita. […]
Sous le sol de Londres, il y a pendant des milles et des milles de longueur, des centaines de milles ; quelques jours de pluie sur Londres abandonné en feront des logis agréables et propres. […] Puis, il y a les caves, les voûtes et les magasins souterrains qu’on pourrait joindre aux égouts par des passages faciles à intercepter ; il y a aussi les tunnels et les voies souterraines de chemin de fer. Hein ? Vous commencez à y voir clair ? Et nous formons une troupe d’hommes vigoureux et intelligents, sans nous embarrasser de tous les incapables qui nous viendront. Au large les faibles ! ». Page 218

* L’artilleur est presque aussi fou et insensé que le vicaire ne l’était. Il décrit au narrateur son plan de défense. Faire d’abord une ville souterraine de résistance puis ensuite prendre le contrôle des Tripodes et tuer les Martiens.

« Après tout, continua t-il, il ne nous reste peut-être pas tellement à apprendre avant de … Imaginez-vous ceci : quatre ou cinq de leurs machines de combat qui se mettent en mouvement tout à coup – les Rayons Ardents dardés en tout sens – et sans que les Martiens soient dedans. Pas de Martiens dedans, mais des hommes – des hommes qui auraient appris à les conduire. […] Les voyez-vous courir, se précipiter, haleter, s’essouffler et hurler, en s’installant dans leurs autres mécaniques ? On aurait tout désengrené à l’avance et pif, paf, pan, uitt, uitt, au moment où ils veulent s’installer dedans, le Rayon Ardent passe et l’homme a repris sa place ». Page 220

* Son discours totalement incohérent et en parfaite opposition d’une page à l’autre, parle de ne rien faire contre les Martiens, puis de se terrer sous terre, puis de prendre le contrôle de leur engin, puis de les attaquer. Le narrateur conquis suit l’artilleur.

« Il avait fait sa retraite dans une cave à charbon et quand je vis l’ouvrage qu’il avait fait en une semaine – un trou à peine long de dix mètres par lequel, il voulait rejoindre une importante galerie d’égout – j’eus mon premier indice du gouffre qu’il y avait entre ses rêves et son courage ». Page 221

« Ma perplexité actuelle était de savoir pourquoi nous creusions ce long tunnel, alors qu’on pouvait s’introduire facilement dans les égouts par un regard quelconque, et de là, creuser une galerie pour y revenir jusqu’à cette maison ». Page 221

* Cette phrase montre bien combien le narrateur doute de la santé mentale de l’artilleur et de la faisabilité de son projet fantasque. L’artilleur convainc le narrateur de creuser le tunnel, encore deux ou trois fois, puis le narrateur en a assez et s’enfuit de la maison.

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Le chapitre 7 chez Spielberg se passe toujours chez Ogilvy et l’artilleur du roman est d’ailleurs la deuxième facette du Ogilvy de Spielberg : le patriote en carton-pâte, lâche et veule.

Le questionnement du narrateur sur la foi renvoi directement au propos du tandem Koepp/ Spielberg sur la domination d’une nation sur une autre par les armes, USA inclus. Et aussi effectivement dans une autre lecture, aux terroristes du 11 09.

Le discours de l’Artilleur est presque le même que celui qu’on retrouve chez Ogilvy avec sa lubie de dire que l’armée la plus puissante du monde est battue, balayé comme un fétus de paille. Puis il dit que c’est bien fait pour l’humanité, qu’il ne la pleurera pas, puis ensuite il veut créer un tunnel tout aussi stupide que celui de l’artilleur pour surgir sous les pieds des Tripodes et les surprendre comme ils ont surpris les humains.
On retrouve d’ailleurs dans sa bouche la phrase de l’artilleur « Ils se sont installés dans de bonnes conditions, et ils ne s’inquiètent nullement des armes les plus puissantes du monde. Ils nous ont piétinés » ainsi que « Ca n’est pas une guerre, dit l’artilleur. Ca n’a jamais été une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les fourmis ». Ogilvy complètement traumatisés rajoutent d’ailleurs le sublime « c’est une Extermination » qui renvoi à tant de passage de notre Histoire qu’on préfèrerait oublier (Nazisme, Communisme, Inquisition, Indiens, Colonisation, etc…)

Le Ogilvy de Spielberg sait presque par prescience « qu’ils sont déjà là, et qu’ils sont arrivés bien avant nous, avant même l’apparition des êtres humains » ce qui le rend d’autant plus fascinant, une sorte de figure inversé du Destin. Alors que l’artilleur, son confrère du roman ne fait que supputer qu’ils y en aient d’autres qui arriveront. Mais l’idée reste la même dans les deux matériaux.

L’intelligence du scénario de Koepp et de la mise en scène de Spielberg consiste ici à rassembler les petites aventures éparses du roman (Vicaire + Artilleur) pour les rassembler en une seule longue scène. Cela peut expliquer aussi le fait que certain trouve que ce choix plombe l’action du film car le roman est plus dynamique. Mais en même temps, cela instille une ambiance malsaine de folie, qui monte lentement de la raison à la folie furieuse en passant par la folie douce, l’infantilisme etc… Et qui ne peut se finir que sur la mort d’un protagoniste (cf Huis Clos de Sartre, à la différence que chez Sartre les morts le sont déjà tous mais le principe est identique  ).
L’enfermement de Ray et Rachel et la folie irraisonnée de Ogilvy combiné à son raisonnement des fois logique conduit l’issue tragique de cette scène. Une maestria que n’aurait d’ailleurs pas renié un Hitchcock (Les Oiseaux, scène de la maison), dont le fantôme hante toute la scène partagé par l’esprit d’un M.N Shyamalan (Signes, scène de la cave).

Chapitre 8 : Londres mort. Page 227 à 237

* Le narrateur a donc fui l’artilleur fou et ses projets insensés. Il traverse le pays pour revenir vers Londres. Le narrateur entend des « Oula oula » de Tripodes hurlant à la mort. Puis bientôt plus aucun bruit. Il pénètre dans Regent’s Park et voit un immense Tripode immobile.

« Au sommet de la colline, se dressant jusqu’aux étoiles qui pâlissaient, était un troisième Martien, debout et immobile comme les autres.
Une volonté insensée me poussait. Je voulais en finir, dussé-je y rester, et je voulais même m’épargner la peine de me tuer de ma propre main. Je m’avançai insouciant vers le Titan ; comme je m’approchais et que l’aube devenait plus claire, je vis une multitude de corbeaux qui s’attroupaient et volaient en cercles autour du capuchon de la machine. A cette vue, mon cœur bondit et je me mis à courir ». Page 231

* Le narrateur croise des Martiens morts par dizaines.

« Puis, épars ça et là, quelques-uns dans leur machines de guerre renversées ou dans les machines à mains, rigides maintenant, et une douzaine d’autres silencieux, roide et alignés, étaient des Martiens – morts – tués par les bacilles des contagions et des putréfactions, contre lesquels leurs systèmes n’étaient pas préparés ; tués comme l’était l’Herbe Rouge, tués, après l’échec de tous les moyens humains de défense, par les infimes créatures que la divinité, dans sa sagesse, a placées sur la Terre ». Page 234

* petit rappel de HG Wells pour le lecteur non attentif ou distrait.

« Mais il n’y a pas, dans la planète Mars, la moindre bactérie, et dès que nos envahisseurs martiens arrivèrent, aussitôt qu’ils absorbèrent de la nourriture, nos alliés microscopiques se mirent à l’œuvre pour leur ruine. […] C’était inévitable. L’homme a payé, au prix de millions et de millions de morts, sa possession héréditaire de notre globe terrestre : il lui appartient contre tous les intrus, et il serait encore à lui, même si les Martiens étaient dix fois plus puissants. Car l’homme ne vit ni ne meurt en vain. […] Tout ce que je savais, c’est que ces êtres, qui avaient été vivants et si terribles pour les hommes, étaient morts. Un instant, je m’imaginai que la destruction de Sennachérib s’était reproduite : Dieu s’était repenti, et l’ange de la mort les avait frappés pendant la nuit ». Page 234

« Vers l’est, au-dessus des ruines noircies d’Albert Terrace et de la flèche rompue de l’église ». Page 236

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Ce passage du livre correspond au moment dans le film où Ray fait remarquer aux soldats que les corbeaux sont posés sur les Tripodes, donc que leur bouclier de protection a disparu. Chez Wells les corbeaux tournent en cercle au-dessus des Tripodes à cause de l’odeur des cadavres dans les machines. C’est une vision beaucoup plus pragmatique que celle du film de Spielberg, dans lequel les corbeaux, digne messager des dieux, indiquent aux humains que les Tripodes sont HS. Spielberg préfère toujours avoir une vision mythologique des choses, même si on peut penser que les corbeaux cherchent aussi les cadavres des Aliens.

La Deuxième citation est en fait une partie de l’épilogue que dit la voix off (sublime voix de Morgan Freeman) sur l’homme face à sa destinée.

Chapitre 9 : Le désastre. Page 238 à 244

* Le narrateur retourne dans sa maison mais de toute évidence sa femme est morte … mais…

« Mon foyer était désolé. Je compris combien était fou le faible espoir que j’avais si longtemps caressé.
Alors quelque chose d’étrange se produisit.
__ C’est inutile, disait une voix ; la maison est vide depuis plus de dix jours sans doute. Ne restez pas là à vous torturer. Vous seule avez échappé.
J’étais frappé de stupeur. Avais-je pensé tout haut ? Je me retournai. Derrière moi, la porte-fenêtre était restée ouverte et, m’approchant, je regardai au-dehors.
Là, stupéfaits et effrayés, autant que je l’étais moi-même, je vis mon cousin et ma femme – ma femme livide et les yeux sans larmes. Elle poussa un cri étouffé.
__ Je suis venue, dit-elle… je savais … je savais bien…
Elle porta la main à sa gorge et chancela. Je fis un pas en avant et la reçus dans mes bras ». Page 244

War of the Worlds de Steven Spielberg :

Dans le film, c’est la réunion de Ray et de Rachel avec son ex-femme. Mais faux happy end dans la mesure où Ray ne franchira jamais le seuil de la maison de ses beaux parents. Robbie apparaît bien vivant, exactement comme la femme du narrateur, avec tout autant de « mièvrerie » que d’ « émotion ». C’est aussi la fin du voyage initiatique de Ray sur le chemin de sa rédemption. Il a prouvé qu’il pouvait être un bon père mais le seul à qui cela profitera c’est à lui-même. Personne ne l’accueille, ni ne l’invite à rentrer dans la maison (symbole évident de la famille) sur le seuil duquel la nouvelle famille est rassemblée. Robbie fait l’effort de franchir ce seuil pour courir vers son père. On retrouve bien évidemment le fantasme de Spielberg, de trouver une fois, une famille unie et de réunir un père et un fils. Mais le spectateur déchante très vite, ni sa femme (à peine un merci), ni ses beaux-parents, ni son rival ne s’abaisse à l’accueillir au sein de la maison et le laisse seul dans la rue, illusoirement entouré de « ses » enfants. Ray est sorti de son immaturité pour devenir un véritable adulte, oui mais à quel prix.

L’épilogue arrive après la réunion, alors que le texte de celui-ci arrive dans le livre avant la réunion. C’est surtout une manière de boucler la boucle pour le tandem Koepp/Spielberg, rappelant en cela Jurassic Park dont le parcours dans l’île s’ouvre sur le plan d’une des portières de la voiture immaculée et se ferme sur le même plan inversé de la portière d’une des voitures du parc, mais maculée de boue et enfoncée.

Chapitre 10 : Epilogue. Page 245 à Fin (249)

* Le narrateur imagine que les Martiens restant sur Mars ont immigré sur Vénus pour fuir les humains et leurs microbes dévastateurs.

« Il se peut aussi, d’ailleurs, que la destruction des Martiens ne soit qu’un court répit. Peut-être est-ce à eux et nullement à nous que l’avenir est destiné » Page 248

Cette réflexion est le fil rouge du film de Spielberg, car même si le réa et son scénariste ne le disent jamais clairement, le spectateur comprend que l’avenir ne nous sera destiné que si on change notre mentalité et ce n’est pas près d’arriver…(cf Munich).




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Published by LordGalean
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commentaires

Lord Galean 24/09/2008 09:16

oui en effet Reclemer mais dans le film, il parte du principe qu'il ya complot contre l'humanité, que les machines sont enfouis depuis la nuit des temps attendant le "réveil" de l'humanité et que l'orage transfert les pilotes, ce qui expliquent pourquoi les microbes contenue dans l'eau et non l'eau elle-même les tue par la suite.

Mais c'est surtout un prétexte pour évoquer le 1109, les relations gouvernement USA -1109 et une manière de parler du propre Mal qui est en chacun de nous de manière métaphorique :)

Mais c'est surtout une

Reclemer 16/07/2008 11:19

EnormeTrés bon boulot ! Impressionnant !

Mais il reste un détail que je ne saisis pas bien: pourquoi les tripodes du film viennent de sous terre alors que ceux du roman viennent "directement" de Mars ? Attendre la prolifération de l'être humain était au programme (dans le film ?) alors que l'eau existait déjà avant ?

Oo

Vega2 09/09/2007 19:45

Tu as dût en passer du temps. ça se voit que tu es passioné. Bonne idée les comparaisons. J'ai aimé le film de Spielberg mais, je pense que je l'aprécirait plus si j'avais lu le livre.
Tu sais que l'écrivain de ce livre a eu des problèmes parce que il a annoncé à la radio l'arrivé des martiens et des gens se sont suicidés?
Bonne continuation sur allociné et même en dehors!

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