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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 10:11
Vivarium (critique sans spoiler)

Vivarium de Lorcan Finnegan a tout du projet casse-gueule. Sur le papier, c'est son deuxième film long-métrage, sur un scénario écrit par un de ses amis, Garret Shanley, un huis clos, sur un high concept. Le grand Chelem cinématographique par excellence. Presque une loi de Murphy en soi, pour quiconque a déjà été confronté aux 3 réunis.
Lorcan Finnegan avait déjà précédemment réalisé un film nommé Foxes, co scénarisé par son ami Garret Shanley déjà, un court-métrage, dans lequel une jeune femme suivait des renards survenus dans un lotissement à moitié abandonné ainsi qu'un long-métrage pas facile à trouver au nom prémonitoire "Without Name", réalisé dans son Irlande natale.

Lorcan Finnegan a par ailleurs réalisé un premier court-métrage de 3min, Defaced, écrit par lui seul, dont le pitch, évoque déjà son amour pour le "high concept", jugeons plutôt : " Un personnage tente de s’échapper d’une affiche publicitaire pour une banque dont le slogan est « Réussissez votre vie : Faites un emprunt » pour rejoindre une fille dessinée au pochoir sur le mur d’en face".
Son court métrage fantastique Foxes a été projeté pour la première fois à SXSW en 2011 et a remporté plusieurs prix. La première de Without Name, son premier long métrage, un conte de fées un peu survolté a eu lieu au TIFF en 2016. Vivarium, son deuxième long métrage, mais premier avec un casting plutôt connu (Imogen Poots, et Jesse Eisenberg) est sélectionné au 72eme festival de Cannes, dans la catégorie Semaine de la critique. Le film a d'ailleurs remporté le Prix Fondation Gan à la diffusion.

Lorcan Finnegan par ses premiers court-métrages ainsi que son premier film, dessine très vite le profil d'un réel auteur, car on retrouve souvent les mêmes interrogations, et questionnements dans son travail. Il est difficile avec si peu de films de déduire de son travail des tics visuels ou mouvements de caméra qui lui sont propres mais rien qu'au niveau des thématiques, le terme yesman ne peut lui convenir. 

Dans Vivarium, ces thématiques spécifiques explosent, puisqu'on retrouve son goût pour la banlieue étrange et fascinante à la Steven Spielberg d'où peut jaillir l'inquiétante étrangeté, si chère à Freud. Mais aussi la dénonciation pour une fois plutôt intelligente et pas trop appuyée de l'uniformisation de la société, ou du formatage capitaliste.

En deux mots, une institutrice fantasque, jouée remarquablement par Imogen Poots, et un élagueur de la municipalité campé avec conviction par Jesse Eisenberg, cherchent une maison à acheter pour convoler ensemble. Il faut d'ailleurs savoir que Imogen Poots est à l'origine de l'arrivée de Jesse Eisenberg sur le projet. Puisque choisie par le réalisateur, ils se rencontrent et parlent tout le rendez-vous d'art et de culture, oubliant presque de parler du film . Elle propose à Finnegan de prendre Jesse, et lui envoie le scénario sur son téléphone portable. Jesse lit le scénario en deux jours et accepte immédiatement.
Le couple se rend chez un agent immobilier, des plus étrange (Jonathan Aris qu'on ne présente plus, à la fois minéral et animal) qui avec un mélange d'amabilité et de folie "hypnotique" les convainc de visiter un lotissement résidentiel, "The Yonder".

Gemma et Tom prennent leur voiture et suivent l'étrange agent jusqu'au numéro 9 de The Yonder. Après une visite des plus banales de l'appartement (à l'exception d'une chambre d'enfant, déjà peinte en bleue, pour un hypothétique garçon selon la norme sociétale acceptée), l'agent immobilier les laisse en plan et disparaît.
Gemma et Tom, un peu étonnés du manque de politesse de l'agent, remontent dans leur voiture, et cherchent à partir, mais impossible de retrouver le chemin du retour. Ils passent des dizaines de fois devant le même numéro 9, et finissent par s'arrêter à lui tombée, et devant l'évidence, impossible de quitter l'endroit, et leur voiture en panne d'essence, ils décident de passer la nuit dans l'étrange maison N°9.
Leur cauchemar ne fait que commencer.

Vivarium est à la fois ce qu'on pourrait appeler un film de petit malin, ET un high concept. Construit à la manière d'un épisode de la 4eme dimension, ou au-delà du réel, il en reprend la structure initiatique mais avec une issue différente, et surtout la dimension politique, et sociétale.

Me concernant, j'ai deviné assez rapidement le début du film, et son principe rien qu'en regardant l'affiche publicitaire du lotissement, et compris en un mot. Mais malgré cela, le film reste des plus plaisants, je ne sais pas si il souffrira d'une revision, mais l'étrange atmosphère fonctionne, et chaque noeud narratif modifiant le récit et les enjeux arrive précisément au moment où on pourrait commencer à s'ennuyer ou trouver que le concept tourne en rond.
C'est une qualité dont déjà peu de films dits de "high concept" peuvent se vanter, si Vivarium ne sera pas un excellent film pour tout le monde, on peut déjà trancher qu'il a un excellent scénario.

Le film va jusqu'au bout de son idée, mais malgré cela, on reste un peu sur sa faim, et si on peut remplir les trous de l'intrigue en réfléchissant de manière sociétale et politique comme son réalisateur, on demanderait presque une suite, ou un préquel, tant l'univers abordé contient un potentiel narratif fort. Je crois que depuis The Arrival, je n'avais pas eu autant envie de savoir des choses sur des personnages "antagonistes".

La deuxième grande force du film est picturale, puisque s'imprégnant de l'atmosphère du peintre Magritte (j'avoue avoir pensé à Magritte dès l'ouverture du film), et précisément, du tableau "l'Empire des Lumières" de 1961 de son propre aveu, Finnegan fait baigner son spectateur dans un mélange permanent de surréalisme et "Das Unheimliche" Freudienne. Ce parti pris esthétique étant plus que magnifié par le bluray, rendant l'image d'une cristallinité totale, et le son du quotidien ou plutôt son absence presque insoutenable.

Au final on se trouve face à un réalisateur, intelligent, engagé, créatif, qui sait de toute évidence manier écriture et réalisation, et dont on espère voir les suites d'une carrière qui s'annonce plus que prolifique si il perpétue son oeuvre dans le sens de ce deuxième film. Entre nouvelles de Dino Buzatti (jouant souvent sur le principe de boucle, cf la fin du film), et épisode de Twilight Zone, ou d'Au-delà du réel, j'ai adoré ce film, car il m'a rappelé pourquoi j'aime le high concept quand il est réussi, parce que Magritte est aussi un peintre dont j'adore le travail, et l'univers, et parce que j'ai écrit en cours d'atelier d'écriture, une nouvelle qui n'aurait pas déparé dans le monde de Yonder. Rendez-vous est déjà pris pour son prochain film en tout cas. De mon avis, un futur grand nom est né.


Bonus : La galette du bluray offre de bien belles choses pour les amateurs de bonus, notamment, une interview fleuve (quasiment 30 min) de questions réponses entre Félix Moati et Jesse Eisenberg filmé à l'occasion de la 58eme Semaine de la critique. Moment plaisant et sans langue de bois ou presque entre les deux comédiens qui évoquent leur amitié récente, puisqu'ils ont partagé l'affiche d'un film sur le mime Marceau qui sort prochainement, l'un jouant le frère de l'autre. Une interview du réalisateur, dans lequel on entre presque dans son subconscient. Un storyboard du film dont on voit la grande différence avec le produit final. une bande annonce et un teaser du film, et une featurette sur les VFX des plus instructifs pour un budget plutôt "ridicule" dans le genre de 4 millions de dollars, pour l'entièreté du film. N'hésitez pas à sauter sur le film, peu importe son format, même si on va dire que le bluray est le plus propice à rendre sa beauté, car à part Tenet qui se fait décidément de plus en plus attendre, niveau film "high concept", on a pas grand chose à se mettre sous la dent. Le plus dommageable, étant que le film, véritablement ovni, aura eu la malchance de sortir en plein confinement ou presque, l'empêchant d'atteindre le public, tout en illustrant parfaitement, voire de manière quasi prophétique l'ambiance qui allait suivre pour le monde entier.
Mais nulle doute, qu'un Netflix, Amazon Prime ou autre aura les "cojones" de le proposer sur une plateforme de streaming. On peut également l'acheter sur la boutique de l'éditeur, ou sur les sites en ligne.

En DVD et Blu-Ray depuis le 8 juillet 2020. Edité par The Jokers. Le site de l'éditeur, sa boutique et sa page Facebook.

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