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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 15:18

http://static.noticiasdegipuzkoa.com/images/2012/01/12/001-la-chispa-de-la-vida-espanax_1.jpgLe Steven Spielberg ibérique qu'est Alex de la Iglesia m'a toujours passionné, surnom que je lui donne non pour sa réalisation, mais pour sa capacité à être partout où on ne l'attend pas : western moderne, film d'angoisse, comédie au vitriol, drame policier, comédie de moeurs, farce grotesque (dans le sens premier du mot), etc... Le cinéaste est un caméléon, qui prouve avec son dernier film une fois de plus que le cinéma, le bon, celui qui ne dit pas son nom est encore et toujours à chercher dans le cinéma espagnol (n'en déplaise à nos amateurs d'huîtres et de champagne, promis c'est une des dernières fois que je la fais).

Ancien publicitaire à succès désormais sans emploi, Roberto ne supporte plus d'être au chômage. Désespéré, il veut faire une surprise à sa femme en l'invitant dans l'hôtel qui fut le théâtre de leur lune de miel. Mais l'établissement a laissé place à un musée, sur le point d'être inauguré et présenté à de nombreux journalistes. Au cours de sa visite, Roberto fait une grave chute., tombe dans un théâtre romain et se retrouve avec une barre de fer enfoncée dans le cerveau. En quelques minutes il devient l'attraction numéro 1 des médias présents et comprend que cet accident pourrait finalement lui être très profitable...

Partant d'un drame bas de gamme, un couple ne s'entend plus (trés subtil en revanche dans sa peinture du couple), qui est par ailleurs le point de départ des 3/4 de nos productions de cinéma d'auteur, "3-pièces-cuisine-Ikéa(TM)" (copyright déposé :)) sur fond de crise des emplois (le 1/4 restant de nos productions de cinéma d'auteur), de la Iglesia choisit par de puissants choix de mise en scène et de découpage technique (la base lorsqu'on réalise un film à mon sens) d'étendre son sujet d'un individu lambda à l'intégralité du monde à travers ses différentes constituantes (administratif, police, pompier, médecin, médias, famille, etc...). Et malgré une première partie comme on pourrait la trouver chez n'importe lequel de nos palmipèdes ou palmés, on ne sait plus trés bien, ce qui emporte l'adhésion du spectateur, en l'occurence ici votre serviteur, c'est la manière dont le cinéaste articule son film et ses idées au moyen de ses plans, le tout pour que tout court vers la deuxième partie, la Chute (au sens propre comme au figuré).

Quand on voit le résultat, on a l'impression que tout coule de source, mais pour cette impression, combien de nuit de travail, de réflexion, à l'écriture, au tournage, au montage, ce que certains en France résument à des décisions sur le plateau sans élaboration de storyboard ou de découpage technique, "le travail c'est pour les autres". Mozart disait ça aussi lorsqu'il travaillait 12 heures par jour sur son piano, et Bach aussi lorsqu'il bossait ses contrepoints pendant autant à peu près.

Avec les espagnols, le mythe européen du bon auteur de nihilo en prend largement un coup, tant tout dans l'oeuvre de l'ibère respire, transpire pourrait-on même dire le travail, la réflexion, le puzzle dont chaque pièce s'embrique et s'emboite pour au final donner une peinture du monde le tout dans un théâtre romain (Shakespeare et son Theatrum Mundi quand tu nous tiens).

C'est d'ailleurs là, la grande idée du film, d'étendre la réflexion sur le cirque médiatique (entre autre) à travers un lieu dont le principe même narratif ou fictionnel est de réfléchir justement sur le monde. Ainsi par sa réjouissante mise en abyme, Alex de la Iglesia, convoque les sujets qu'il adore, comme la corruption morale, la violence humaine, les mesquineries, les autorités (quelles quelles soient) et les femmes. Et on peut dire beaucoup de choses sur le désenchantement du cinéaste pour les hommes, mais une chose est sûre, il tient les femmes en haute estime, en effet, pas une des héroïnes ou intervenantes de son film ne sont lâches, stupides, cruelles ou intéressée. Tel un Cameron, le réalisateur dépeint le portrait de plusieurs femmes fortes, de modèles qui vont parcourir le film et lui donner tout son sens. De la statue qui précipite le pauvre Roberto (l'humoriste espagnol Jose Mota, hilarant et touchant dans son rôle) vers son Destin, à la femme du héros, impeccablement interprétée par la sublime Salma Hayek ou encore Blanca Portillo, épatante en archéologue du théâtre romain.

Chacun des personnages qui va traverser cette deuxième partie va à son tour se relever touchant ET extrêmement décevant, même le médecin aura son quart d'heure de "je m'en foutisme". Alex de la Iglesia écorne autant le milieu superficiel de la pub, que les agents de pub, les médias ou la politique. Par petites touches, et sans jamais donner l'impression d'un pensum verbeux, le cinéaste réalise à grande échelle, ce que la plupart de nos "penseurs autoproclamés" sont incapable de ne serait-ce qu'effleurer. Et pourtant tout fait mouche, on se retrouve à pleurer à chaudes larmes, et la seconde d'après à rire aux éclats, que ce soit par la lâcheté des personnages, ou leur retournement de veste perpétuel suivant ce qui serait bon pour l'"avancement" de leurs carrières, même pour ce pauvre Roberto, cloué (littéralement) à sa condition d'aspirant-célébrité.

Après l'étonnant, Balade Triste, farce grotesque (toujours au sens premier du terme) et surréaliste, qui en a laissé plus d'un sur le carreau (au grand amusement de son réalisateur, cf le seul bonus du dvd "entretien avec Alex de la Iglesia), le turbulent petit garçon barbu iconoclaste revient mettre un peu de son caméléonisme inattendu dans ce trés réjouissant "Un jour de Chance". 

Parti ce qui aurait parfaitement pu être un "fait divers", le scénariste Randy Feldman (scénariste sur la série Demain à la une, et du film Tango et Cash) aborde ce récit avec humour et distance critique. Quant au réalisateur, il nous livre donc "un grand fait d'ibère" de trés bonne facture, dont le suspens est intense, justement parce que cet homme est capable de tout, à tout instant. Et le score du film, composé par Joan Valent renforce ce côté mélodramatique comique du film.

BONUS : Ben, pas grand chose en fait, un simple entretien trés court avec le réalisateur, qui laisse un peu sur sa faim, on aurait aimé au moins commentaire audio du film du réalisateur et de son scénariste, ou un petit making-of, tant pis, on devra se contenter de cette featurette limite promo, dommage.

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Disponible en DVD, depuis le 10 avril 2013. Réalisé par Alex de la Iglesia, Distribué par M6-SND

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Published by LordGalean
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