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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 22:02

http://medias.unifrance.org/medias/253/188/113917/format_page/midnight-globe.jpgDans les films français, ya deux catégories, ceux qui repompent ad nauseam un concept américain ou pas (généralement une comédie) et ceux qui font du film d'auteur où la seule réflexion philosophique présente est avec qui Tamara, jeune trentenaire qui se cherche va t-elle bien pouvoir baiser, Paolo ou Ninon ? Etrangement c'est dans ces derniers que la critique complaisante trouve du Hegel, du Schopenhauer ou du Nietzsche, alors même que dans un film de pirate de l'information la seule chose qu'on trouve c'est de la prétention et de la philo de comptoir, mais bon on va pas commencer sinon on est pas sorti de l'auberge.

Et puis il y en a une troisième, ce sont ces films fauchés, mais avec un coeur gros comme ça, Maléfique, la Horde, etc... ces films qui ont un concept et une foi inébranlable dedans. C'est à un de ces petits gars là qu'on va s'intéresser aujourd'hui dans le retour des critiques Cinetrafic : Jonathan Musset et son plus que prometteur Midnight Globe. avec un budget de seulement 45 000 euros et un départ d'aide sur le site d'Ulule, Midnight Globe est un film qui emprunte aussi bien à Inception qu'à Lynch, ya clairement pire comme influence.

Nattie, une jeune anglaise apprend le Wiphala, un jeu à l'origine fait pour éduquer les enfants en mal de communication (le Voyage) mais finalement repris par les parieurs clandestins parce que le principe n'est ni plus ni moins que la téléportation dans un lieu (mental ou non) à la manière de Jumper de Doug Liman.

Nattie est une Elue, la Spéciale, celle par qui une prophétie va s'accomplir, mais là où ça se corse c'est qu'un meurtre non résolu a été commis et que Nattie est la seule clé de ce mystère.

Il ya deux manières d'aborder les films comme Midnight Globe, la manière franco-franchouillarde (c'est pas clair, c'est pas tout prémâché, on comprend rien on dirait du Kubrick-Lynch-Godard) et la manière intellectruelle (on comprend rien mais c'est gé-ni-al, c'est justement ça qui fait sa force, cette insolence de la narration, ce jusqu'au boutisme du refus de structure de ce cinéma capitalisto-impérialiste et ses diktats commerciaux. Et puis ya celle que je vais utiliser, c'est pas forcément un problème qu'on soit un peu largué dans le film, mais c'est pas pour ça qu'on va l'encenser de manière non méritée, si c'est non mérité.

Cher lecteur, toi qui commence un peu à me connaitre depuis que ce blog existe, tu sais déjà que même si je défends toujours les films bien fait, et les idées originales, je n'en demeure pas moins assez critique et que la démagogie ne fait pas partie de mon vocabulaire, l'hypocrisie non plus, sans doute pour ça que j'ai du mal à faire mon métier. Enfin bref, même si j'ai pas sale caractère, j'ai mon caractère, donc pour parler de ce film qui m'a plu et pas plu, parce que rien n'est tranché en blanc ou noir, pas même la mort ou le Mal, je vais essayer d'être le plus objectif possible et le plus sincère.

Au parcours de Nattie va s'adjoindre les pérégrinations d'une "secte" détentrice du pouvoir du Whipala, avec un mentor, une "oracle", et un petit padawan. Pour les méchants qui apparaissent à la fin (et si bien sûr ce sont les méchants) je n'ai pas bien compris tout leurs enjeux. Le film est donc obscur et clair, il avance par de trés belles idées visuelles au moyen de symboles un peu trop crypté à mon goût (pour trouver qui représente Maitre Dall, il faut avoir fait breton première langue ou avoir trainé sur le facebook du film, ce qui n'est pas mon cas, ni dans un sens, ni dans l'autre. Mais par contre, il parait que j'ai oublié d'être sot, alors forcément, quand j'apprend à la fin à qui est dédié le film, mon cerveau carbure et j'ai eu tôt fait de reconstituer le sens du maitre si pas forcément dans son onomastie (pour cause de lacune lexicale du breton ^^) au moins dans son symbolisme;

Le principale reproche et intérêt du film c'est son scénario. Maintenant le film est loin d'être mainstream et les gens qui aiment bien comprendre les films simples, genre les adorateurs d'Inception, fuyez, ce film ne vous parlera pas et vous le trouverez trop incompréhensible. Maintenant si vous aimez le cinéma semi-mainstream (les Gravity, les Pacific Rim, les Happy Feet 2, les Lego Movie et j'en passe), vous devriez être plutôt séduit mais car il ya un mais, la structure du scénario reste quand même peu compréhensible, non pas dans l'histoire qui est plutôt simple mais dans les enjeux narratifs du récit et dans les interactions et les liens entre les personnages. En effet ces derniers sont inutilement compliqués et le montage n'aide pas forcément à clarifier l'échevaux tant on passe de flash-back à des flash-forward, ou de la réalité à l'espace mental des personnages. Et même si ces derniers sont clairement représentés par la ville de Venise et de Nantes à travers plusieurs de ses bâtiments historiques et avenues, rues, canaux, n'est pas les Wachowski qui veut, ce qui fait que le spectateur se retrouve vite perdu dans les méandres de l'intrigue.

Si vous êtes maintenant de la troisième catégorie de spectateur, les amateurs de David Lynch, et que vous venez plus chercher de la sensation, et de l'organique, des émotions et des "couleurs", alors Midnight Globe vous raviera à l'extrême car je ne suis pas sûr que même avec une seconde vision je comprendrais pour autant la structure narrative du film, parce que le propos et la thématique je l'ai bien comprise, mais du coup je trouve avec force réserve que l'intrigue n'est pas clairement définie. Du coup, il est un peu dur de s'impliquer émotionnellement pour des personnages qu'on ne connait pas, pour qui on ne tremble pas, ni même ne prend parti pour ou contre leurs actions.

Et ce n'est pas la faute du casting qui se révèle tout bonnement idoine, avec une petite préférence personnelle pour l'héroine Nattie, Carole Reppel-Baele qui est pour moi la révélation du film tant son jeu ne passe jamais par le dialogue ; et pour Faro, l'arnaqueur roublard, impeccablement interprété par un Bruno Henry transfiguré qui utilise le Wiphala pour se faire du pognon sur les gens suffisamment naîf pour le défier ,et qui compose un personnage crépusculaire et taciturne, sorte de Han Solo qui aurait flirté du côté obscur de la Force. Les personnages secondaires ? sont relativement peu développés en comparaison des deux précédemment cités et de Teddy, le jeune Padawan de la "secte".

La musique se révèle trés belle, à la fois ouatée et émotionnelle, et s'accorde avec justesse au travail sur la lumière qui est lui aussi de toute beauté, surtout pour un film indépendant. Il y a dans ce film, malgré de léger problème de cadre ou de montage, un travail artistique et esthétique qui dépasse et de beaucoup la plupart des films d'auteurs français filmé en automatique par des gens qui n'y connaissent rien ou presque en technique.

Le film possède beaucoup de bonnes idées comme un grain de beauté rouge tatoué sur le front des praticiens du Wiphala et qui rappelle le 3eme Oeil indouiste (d'ailleurs cet élément esthétique prendra tout son sens dans le final du film) ; Nattie à ce propos possède elle un triangle tatoué sur le front au même endroit. Autre bonne idée, avoir repris les principes de résonnances des couleurs de l'Arc-en-Ciel qui correspondent chacune à une note de musique. Ou encore ce passage mental (où Teddy sur une scène de théâtre ? arrangue un public imaginaire sur la puissance du Wiphala. Encore une trés bonne idée, avoir repris les codes couleurs du Karaté et autre Arts Martiaux (d'ailleurs, le Wiphala en est un en quelque sorte) pour symboliser la graduation des niveaux de perception des praticiens du Wiphala. Cce code couleur se présentant sur des bandeaux que les praticiens mettent autour du front, ce qui n'empêche en aucun cas la fraude (se mettre un bandeau de grade plus élevés ou moins élevés). Mais cette notion de triche et de fonctionnement des bandeaux n'est pas non plus trés bien développés ce qui entraine une perte de sens pour le spectateur. Enfin, outre Maître Dallé (dall en breton voulant dire émoussé,aveugle), le réalisateur récupère le principe de son Wiphala sans doute sur "le terme wiphala qui désigne les drapeaux rectangulaires aux sept couleurs utilisées par les ethnies des Andes. Il existe de nombreuses variantes. L'une d'elles, considérée comme le drapeau du Collasuyo, est utilisée actuellement comme symbole ethnique du peuple aymara.

Récemment, le wiphala a été accaparé comme élément d'une large iconographie des mouvements pronatifs, surtout des peuples quechuas en ÉquateurPérouBolivieArgentine et Chili principalement. Cependant, son affectation principale concerne la revendication aymara en Bolivie.

Signification des couleurs de la Wiphala

Les couleurs viennent de l'arc-en-ciel :

  • ROUGE : planète terre (Pachamama)
  • ORANGE : société et culture
  • JAUNE : énergie et force
  • BLANC : le temps et la dialectique
  • VERT : économie et production
  • BLEU : espace cosmique
  • VIOLET : politique et idéologie andine" (source wikipédia)

il est curieux d'ailleurs que le réalisateur n'est rien fait des significations des couleurs de la Wiphala, mais peut-être l'a t-il fait et je ne l'ai pas saisi. Car oui, je l'avoue, j'ai beau adoré l'exégèse sur les films que je regarde, si je n'ai pas la structure narrative du film en tête suffisamment clairement, je ne peux en déceler les sous-textes.

Quoiqu'il en soit, ce projet présente suffisamment de points positifs pour qu'une chance d'être vu par le public lui soit donné. Surtout quand on pense que la volonté de payer tout le monde en respectant le droit du travail malgré un budget de production trés limité a toujours été au centre des préoccupations du réalisateur et de son équipe. C'est suffisamment rare pour être signalé. Le film a été tourné à Nantes et il est sorti dans une vingtaine de salles française le 4 Décembre 2013 (plus d'un an après la fin de son tournage). Si vous souhaitez vous procurer le film, rendez-vous pour plus d'informations sur le site de la production www.waynapitch.com.

ps : BONUS : Ils sont peu nombreux mais intéressant, même si une aventure de cette ampleur aurait mérité pour le spectateur d'avoir un making-of pour justement toucher du doigt la difficulté d'une telle entreprise artistique dite de "cinéma équitable", si, comme le café. Et deux featurettes composent ces bonus, auquel s'ajoute en plan séquence et sans coupe le monologue final de Teddy, qui montre à quel point le comédien est bon, et surtout l'étendue de sa palette émotionnelle (ce genre de document de travail étant tellement rare sur les bonus d'un dvd, il en devient d'autant plus essentiel).

Enfin, quand je reçois des éditeurs ou producteurs un dvd avec une jacquette, j'aime le dire. Et ce film ne déroge pas  à la règle, mon avis est d'autant plus enthousiaste qu'une vraie jacquette avec une vraie galette dvd sérigraphié, quelques cartes bonus sur les secrets du film et une lettre typographié du réalisateur m'est parvenu. Donc comme il est de coutume, ce geste d'attention particulière hausse un peu plus mon avis général sur le film.

Je rajouterais pour finir que Midnight Globe est tourné à la fois en anglais et en français, et que le film se clôt sur un twist assez shyamalanien. Bref, avec son ambiance à lui, et sa douceur ouatée comme dans un rêve, Midnight Globe, premier long de Jonathan Musset est une trés belle surprise, et même si on peut lui reprocher des soucis de structure, l'univers de ce jeune réalisateur s'impose à l'écran et on ne peut que lui souhaiter de transformer l'essai avec un deuxième long rapidement.

Distribué par  la page facebook du film, ainsi que sa page officielle.

Retrouvez ce film, et d'autres dans la catégorie - à retrouver ici sur Cinetrafic et meilleurs films


 

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Published by LordGalean
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