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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 12:22

http://www.maisondupeuple.fr/wp-content/uploads/31.jpgUne fois n'est pas coutume, ce sera la critique analyse d'un film d'animation que nous aurons l'honneur de rédiger, un film d'animation russe qui plus est du réalisateur Garri Bardine, "le Vilain petit Canard".

Personnellement, c'est une découverte que ce Garri Bardine, car je n'ai eu l'occasion de voir aucun film de lui, et c'est donc vierge de tout présupposé et de toute attente que je découvre  ce film et quel plaisir, c'est une grosse réussite et sans plus attendre de tergiversation inutile, plongeons dans la mare au (vilain) canard.

Dans le conte originel d'Andersen qui est trés court d'ailleurs, Le vilain petit canard nait dans une famille de caneton, donc le parallèle est déjà suffisamment prégnant. Le réalisateur Garri Bardine et son équipe choisissent eux d'ancrer la naissance du vilain petit canard chez les "poules", entrainant un second niveau de perception, puisque si un cygne (oups j'ai vendu la mêche) ressemble assez à un canard, il n'existe aucune comparaison possible avec un poussin si ce n'est la couleur jaune parfois (et encore). De sorte que par ce biais, le vilain petit canard devient réellement un "alien" dans la basse-court, étant raillé et rejeté de toutes parts (autre invention du réalisateur). Ainsi, les familles de la basse-cour réfute tour à tour l'appartenance de cet "oeuf" à leur famille : poules, canards, oies...

Cette basse-cour est par ailleurs totalement semblable à un état dictatorial, il ne faut pas creuser bien longuement pour comprendre que Bardine parle de la tyrannie communiste mais pas seulement. Ainsi, les animaux de la basse-cour, encadré par un Coq qui mange les oeufs malformés pour se redonner de la voix et un Dindon qui fait ici office de bourgmestre, clament à haute voix et en chanson toujours uniforme la supériorité de la basse-cour sur le monde, avec un drapeau représentant un oeuf. Le vilain petit canard aura d'ailleurs lui aussi un chant mais bien loin d'être révolutionnaire, son chant est un chant d'individualisme, d'acceptation de soi et d'intégration, et ce chant contrairement au chant de propagande uniforme de la basse-cour verra ses paroles se modifier tout au long de son parcours initiatique, (parcours dont une partie se passera sur une montagne en forme de pyramide,rappelant foutrement, une certaine montagne sacrée), comme dans tout bon conte qui se respecte, (coucou Campbell)

Et en parlant de conte, le pauvre petit "canard noir" se prend les règlements de compte de toute la basse-cour, malgré le fait qu'il tente de s'uniformiser au possible pour ressembler à au moins une des espèces présentes dans la communauté du poulailler. Ainsi en même temps qu'il entreprend de s'intégrer, il accomplit sans le savoir son propre parcours initiatique de héros (recoucou Campbell), et passant par l'apprentissage sucessif de la nage (ce n'est donc pas un poussin), puis du vol, il finira par quitter définitivement le poulailler, une fois sa mue symbolique accomplie (et quelle magnifique idée qu'a trouvé Garri Bardine pour symboliser la mue du canard, idée que nous n'évoquerons pas en ces lignes pour ne pas briser la surprise des futurs spectateurs de ce chef d'oeuvre).

Garri Bardine et son équipe ont fait un incroyable travail d'animation en stop-motion, même si on sent parfois que certains éléments ont dû être informatisés (les gouttes d'eau d'éclaboussures semblent un peu rajouté numériquement), mais bon rien qui ne gâche le plaisir toutefois, car ces touches de numérique, si numérique il y a bien, savent se faire discrète. Le travail accompli est un travail de titan, jusque dans la réalisation où malgré un découpage plutôt classique, Bardine et son équipe se permette plusieurs emprunts au cinéma d'action qui sont du plus bel effet, aussi bien esthétiquement, que narrativement ou symboliquement. Ainsi de ce travelling semi-circulaire arrêté qui dévoile l'envers du poulailler, ou ce vol des cygnes qui recycle une caméra tournoyante proche d'un Sam Raimi. Il est d'ailleurs absolument sidérant de se dire qu'on est en face d'un film d'animation car parfois l'image semble si réelle qu'on a l'impression fugace de voir évoluer de vrais animaux (si on joue le jeu de la suspension volontaire d'incrédulité).

A noter également la magie de la musique de Tchaïkovski (le lac des cygnes) dont le thème phare (celui du cygne noir) est repris par le vilain petit canard, par 3 fois, pour s'opposer aux 3 tentatives de propagande et de lavage de cerveau de la basse-cour, car le canard en plus de se faire rejeter, chante avec ferveur la patrie en même temps qu'il réfléchit de manière existencialiste à la vie et la mort. Par bien des points, et même si le film ne va jamais aussi loin, car tel n'est pas son but, ce dernier se rapproche du film évènement de George Miller, le cosmogonique Happy Feet 2. On retrouve ainsi le même questionnement métaphysique et individualiste d'un élément seul dans un tout normé qu'est le groupe.

Pour conclure, l'incroyable force de ce long métrage est de prétendre s'adresser tout à la fois aux petits enfants, aux plus grands aussi, mais également à leurs parents. En effet, le conte est tellement enrichi de ces niveaux de lecture supplémentaire que toute la famille y trouvera certainement son compte.

BONUS : la galette est riche en surprise, une featurette passionnante sur les voix françaises, voix de comédien comme de chanteurs/chanteuses, et un superbe documentaire sur la création des marionnettes et le tournage du film qui raviront tout les passionnés des "trucs" de la magie de la stop-motion. A noter, un court catalogue, avec extrait vidéo à l'appui des autres films distribué par ARTE.

- Découvrez aussi d’autres oeuvres sur Cinetrafic dans la catégorie dessin animé ainsi que la catégorie film 2011.

Le Bluray est sorti depuis le 4 avril 2012 et distribué par ARTE.

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Published by LordGalean
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