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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 13:59

http://lovingmovies.free.fr/pochettes/t/13assassins.pngHé, toi, oui toi, tu auras remarqué que le titre de cet article est "assassin's creed", rassure-toi, nous n'allons pas parler de la tuerie de Toulouse, pas plus que nous n'allons évoquer le jeu vidéo du même nom, puisque comme chacun sait "supprimez le jeu vidéo à la con et ça ira beaucoup mieux", tout ça décrit par la personne dont le cortex cérébral baigne plus dans une eau à 18 degrés que dans le bon sens le plus total.

Ce blog restant avant tout un blog cinéma, il sera question de cinéma, mais c'était une introduction pour le moins inhabituelle et inattendue que j'ai trouvé fort à propos, pour parler de la sortie en dvd du dernier film de Takashi Miike, réalisateur inclassable (on lui doit tout autant Audition, que Dead or alive la trilogie, ou encore Visitor Q) prolifique (plus de 47 films depuis 1993) et légèrement barré, capable du trés bon comme du moins bon, et  à qui on doit ce 13 assassins dont il va être question en ces pages.

Tu auras remarqué l'accroche direct, et l'emploi de la première personne, rassure-toi ami lecteur, ceci ne durera sans doute pas, mais il m'a paru essentiel pour témoigner des émotions qui m'ont traversé durant le visionnage de cet excellent film (brisons la glace tout de go ^^) de parler en mon nom, puisqu'il va aussi être quelque peu question de l'excellent jeu vidéo d'aventure Assassin's Creed pour tenter de comprendre l'immersion voire le souvenir de partie jouée que peut provoquer ce film. Attention, toutefois, nulle méprise, je ne parle pas ici d' "impression de jeu de baston", ou de "visionner une cinématique de playstation" cher à certains contempteurs du cinéma asiatique, voire du cinéma d'action en règle générale. Justement, rangez vos ciseaux, et rompez le Cercle, puisque déjà, d'action, il n'en est clairement pas question, et ce même si le film dispose d'une bataille finale d'une durée de 50 min mélangeant allègrement tous les styles de réalisation (oui ami lecteur, tes sens ne te trompent pas, tu as bien vu écris "50 min" en ces lignes) mais bien plutôt clairement d'un drame selon les propres mots du réalisateur.

Drame, effectivement car le synopsis est sur cela sans appel : le viol de la bru d'un seigneur de clan et l'assassinat gratuit de son propre fils par le propre demi-frère du Shogun va être pour ce seigneur l'occasion de recruter un assassin d'un clan ennemi , Sinzaemon Shimada, pour se venger de l'immonde pourceau Naritsugu responsable du déshonneur de sa famille. Ne pouvant agir de manière légale car le meurtrier est d'obédience noble, donc à peu près aussi facile à atteindre que le Shogun lui-même, Sinzaemon va choisir la ruse pour sa vengeance. Il recrute 11 assassins (en plus de lui)venant de divers horizons (dont son propre neveu, coureur de jupons et buveur, joueur invétéré), auquel s'ajoutera un voleur de grand chemin sur le trajet, devenant le 13ème assassin donnant sa plénitude au titre du film, comme à son déroulement.

Pourquoi le "creed" du titre de l'article me direz-vous. D'abord parce que d'honneur, il en sera question pendant tout le métrage et ce, dès la première scène qui voit un samouraï se faire "sepuku" (hara-kiki) parce que son honneur ne peut lui permettre d'accepter à la fois, le code d'honneur samouraï et les agissements de son maitre, le méprisable Naritsugu. Ensuite, parce que c'est pour venger son honneur bafoué et sa famille violentée que le seigneur recrutera Sinzaemon. Mais le credo de ces assassins, c'est aussi de se lancer à corps perdus dans une bataille dont ils savent pertinemment les enjeux sociaux et politiques, et dont beaucoup ont bien compris que rentrer vivant de cet enfer relèvera certainement du miracle. D'ailleurs il sera question de miracle, puisqu'un de ces 13 assassins, reviendra à la fin du film, malgré une mort sur laquelle on ne peut avoir guère de doute, mais peut-être n'est-ce qu'une vue de l'esprit embrumé d'un des survivants. Le réalisateur a son avis, là-dessus, je me suis forgé aussi le mien, mais je laisserais le public décider le sien propre, même si le personnage en question, témoigne d'un certain aspect "iréel" à mon sens, relevant plus de l'ordre de la divinité des bois que de l'humain, jusque dans son physique assez atypique parmi la galerie de portrait des 12 assassins restants.

Le film est clairement séparé en trois parties distinctes mais qui s'avèreront pour le moins unifié dans le final. Dans une première partie trés lente et posée on découvre chacun des 13 assassins, plus les enjeux à la fois narratif et politique sous-jacent à une telle entreprise. On apprend à connaitre les guerriers, à vivre avec eux, leurs peurs, leurs joies, leurs peines. Une magnifique première partie éclairée à la bougie, qui posent des cadres fixes souvent, ou en travelling circulaire, pour mieux venir souligner le côté "réunion" du groupe. Chaque individualité qui va trouver une force en s'unifiant dans un tout. La deuxième partie pose à la manière des 7 mercenaires/7 samouraï, la préparation du piège pour attraper Naritsugu, qui passe par l'achat d'un village afin d'en faire une sorte de ville-tombeau par lequel la caravane doit immanquablement passer. Et enfin, la troisième partie, qui consiste en 50 minutes de combat, dans lequel chaque personnage va résoudre ses propres conflits et évoluer. Une première altercation annonce la couleur dans un piège que va essuyer le groupe dans un autre village, et dans lequel, les deux plus jeunes membres du groupe vont découvrir la peur et l'émotion que ça fait de tuer un homme. Donc également grandir émotionnellement parlant, un des deux assassins dira à l'autre, "toi aussi, c'était la première fois". Le piège est aussi amené dès le début du film, lorsque le seigneur vient trouver Sinzaemon, ce dernière pêche dans un lac, calme paisible. Il est cadré à hauteur d'homme, et légèrement surélever par rapport au lac. En un seul plan large, Takashi Miike pose son "héros principal". Et c'est ce dernier qui dira juste avant l'assaut, "patience, c'est comme la pêche, il faut poser son hameçon et attendre patiemment que le poisson vienne s'y accrocher".

La dernière partie, qui voit le combat contre les hommes de Naritsugu et ce dernier, arrive à ne jamais être ennuyante ou répétitive, et tout ça, malgré l'absence totale de musique. Comme le dit le réalisateur, "j'ai voulu enlever toute musique d'accompagnement de l'action à partir du combat final et ne laisser que les armes parler. Car un sabre de samouraï contre un autre, ce n'est pas un duel de métaux, c'est une âme qui s'entrechoque avec une autre âme". Et c'est vrai, que ce combat relève de quelque chose de l'ordre de la spiritualité, voilà pourquoi l'utilisation du terme "creed" m'a paru faire sens pour le titre de l'article, et voilà aussi pourquoi l'allusion au jeu d'aventure Assassin's Creed, car quiconque a déjà vécu un de ces immenses combats à l'épée dans le jeu, peut être à même de ressentir complètement différemment la séquence finale de 50 minutes de 13 Assassins. Ce n'est plus une scène d'action violent, mais bien la poésie macabre d'un duel d'âme, que ces dernières se pensent orientées du bon côté de la raison, ou du mauvais. D'ailleurs, comme pour mieux confirmer cela, quelques samouraï et assassins deviendront fou dans la dernière partie, sentant leurs dernières forces leur échapper, allant même jusqu'à avoir un comportement d'attaque totalement désordonnée. Ceci ne peut pas, ne pas faire sens pour quiconque a déjà utilisé les lames secrètes empoisonnées dans Assassins Creed 2.

L'inspiration chorégraphique, du moins le ressenti jeu vidéo est-il du fait de Takashi Miike, cela se pourrait bien quand on sait à quel point le réalisateur peut se nourrir de diverses influences, et surtout qu'il est inclassable, étant à l'aise dans à peu près tout les genres. Toujours est-il que ce dernier débute son film comme un "rape and revenge", avant de passer par la fresque épique, alternant même certains passages de comédie, avant de revenir au drame et au chambara. C'est donc un film magnifique que je vous recommande chaudement, que vous ayez ou non, tâtez du assassins creed. En tout cas, il faut savoir que l'assassinat de Naritsugu verra la fin de l'ère Shogun et le passage à l'ère Meiji. C'est aussi un peut le film chant du cygne des Samouraï, car Miike fait dire à un de ses personnages "les Katana ça ne sert plus qu'à couper les carottes", et Sinzaemon, lui-même, fera promettre à son neveu de penser à autre chose, et de changer de métier, car Samouraï, ça n'est plus un idéal de vie à souhaiter. Je n'ai pu m'empêcher de penser à la mélancolie de "il était une fois dans l'Ouest", avec le même constat sur la vie.

Je ne sais si l'original se finit ainsi car je ne l'ai pas vu, mais il est important de signaler que ce film est un remake d'un film de 1963, d'Eiichi Kudo, "les 13 assassins". La force de Takashi Miike étant d'apporter de splendides idées visuelles. Une parmi d'autres, mais profondément somptueuse, est le passage de vie à trépas d'un des samouraï vu en plan moyen à travers les flammes, disons les volutes de chaleur. Son visage change ainsi presque comme dans un fondu enchaîné, sans que le spectateur arrive à voir la coupe (forcément), et passe de la rage la plus sourde, à l'apaisement le plus total avant de sombrer hors-champ dans les limbes.

Bonus : Assez peu riche en bonus, le dvd du film comporte quand même une réjouissante interview du maître, qui ne tourne pas trop à l'autopromo, et des scènes coupées dans lesquelles on est soulagé de constater que la folie de Miike ne s'est pas éteinte (en témoigne une certaine scène de bordel sur laquelle je n'en dirais pas plus, aux spectateurs de se faire leurs avis). Un trés bon film à recommander donc, à visionner en VOST bien évidemment, même si pour une fois, la VF n'est pas en reste, ayant été confié à pratiquement que des comédiens de qualité : De Michel Papineschi, à Damien Witecka en passant par Patrick Poivey...

- Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans la catégorie Film 2010 ainsi que celle consacrée au Film d action.

13 assassins sortie en dvd le 20 Mars 2012. Distribué par la Metropolitan Filmexport

 

 

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Published by LordGalean
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