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7 avril 2022 4 07 /04 /avril /2022 11:17
Encanto, le Charme de la jeune fille opère

Malgré le licenciement de John Lasseter de la division film animé de Disney, le nouveau souffle est lancé, et même si les nouveaux films animés de la firme de la souris aux grandes oreilles n'atteignent pas le niveau de génie des Pixar (bien que je n'ai pas vu "Alerte Rouge", ni "Luca"), la qualité reste très présente, et ce depuis la Reine des Neiges ou Raiponce.
Ce qui tombe très bien, puisqu'on doit Encanto à un duo de réalisateurs et une réalisatrice, notamment le réalisateur de Volt, Raiponce, et l'excellent Zootopie, Byron Howard, et Jared Bush, scénariste de Vaïana, de Zootopie et co réalisateur de ce dernier. Et enfin, Charise Castro Smith, scénariste et actrice de plusieurs séries, dont Encanto est le premier film comme réalisatrice.

Le projet Encanto s'est constitué autour d'une équipe nommée "la Familia" qui a rassemblé beaucoup d'animateurs et de collaborateurs des studios Disney, d'origine colombienne, afin de coller un maximum à la réalité même si on est ici dans "un réalisme magique" comme chez l'écrivain Gabriel Garcia Marquez qui portera le genre à son apogée. En effet même si le terme n'a pas été inventé par lui, il en sera le plus digne représentant. Ces derniers et dernières, confinement oblige pendant la production ont fait d'incroyables réunions par Skype, avec tous les acteurs, le compositeur des chansons, la compositrice du score, et bien entendu le trio de réalisation. Et de ces longs brainstormings (allant jusqu'à reproduire en groupe toujours en réunion Zoom ou Skype, des recettes de cuisine colombienne typique) est né un film qui possède une réelle âme de passion, de respect, et de sincérité que ce soit dans la façon dont sont dépeintes les habitudes colombiennes, que dans la manière dont les maisons sont décorées, ou meublées. A ce sujet, les bonus du DVD, sont incroyablement riches, et passionnants.
L'histoire en quelques mots, voit la petite dernière de la famille Madrigal se retrouver confrontée au fait que dans sa famille, toute, absolument toute sa famille a un pouvoir qui lui est donné par la maison qui est magique dans son enfance, mais Mirabel elle, n'en a jamais eu, pire même, son oncle Bruno, le paria de la famille est parti de la maison car il a vu une prophétie (son pouvoir personnel) impliquant Mirabel dans la destruction de la bâtisse familiale donc de la famille. Nous suivons donc le quotidien de Mirabel qui explique "au public" (ici des enfants du village) toute la composition de sa famille, et comment tout ça est chapeauté par l'inflexible Abuela Alma, la grand-mère et doyenne de la Familia. Elle passe donc en revue en chanson les pouvoirs des différents membres de sa famille, de ses soeurs à sa mère. Et lorsqu' arrive le moment de parler de son propre pouvoir, elle élude la question et rentre chez elle, sauvée par le gong, lorsque sa grand-mère l'appelle.
Le spectateur sent bien qu'il y a un problème, mais il ne sait pas quoi. Le film ne s'ouvre d'ailleurs pas sur Mirabel, mais sur Alma, la grand-mère, jeune mère, qui le soir de "Dia de Las Velitas", doit quitter son village à cause du conflit de la guerre des mille jours qui fait rage à cette époque en Colombie (1899-1902), et voit son mari, tué par des partisans de l'autre camp en conflit. Impuissante face à cet acte, sa rage et sa douleur décuplées investissent la petite bougie qu'elle emporte, ce qui lui donne des pouvoirs magiques, et construit par la suite la maison, surnommée "Casita", et qui est un personnage complètement à part entière du récit, mais aussi le lien ultra symbolique reliant chaque membre de la famille. D'autant plus que chaque personnage possède une porte avec son nom gravé dessus, qui le relie à sa chambre, et chaque chambre est magique, et symbolise la personnalité de son ou sa possédante.

Et la symbolique est partout en filigrane dans le film. Dolores la cousine de Mirabel (Douleurs en français) entend tous les secrets et toutes les paroles de tout le monde. Elle représente le poids de la Conscience, et la gardienne des secrets. Luisa, la soeur aînée de Mirabel est capable de porter de lourdes charges, très lourdes charges, trop lourdes comme le montrera le film. Et Isabella la cadette est belle, réussit tout ce qu'elle entreprend, et répand des fleurs partout où elle passe. La mère Julietta peut soigner les gens grâce au pouvoir de la nourriture, la tante Pepa contrôle la météo (familiale autant que terrestre) qui varie avec ses émotions, et la grand-mère Alma, chapeaute tout ça, par le pouvoir de l'union de la famille que représente la bougie sacrée (seul le beau-frère et le père de Mirabel n'ont aucun pouvoir, puisqu'ils sont des pièces "rapportées"). Et au niveau des hommes issus de la Familia de manière directe, l'oncle Bruno, et les cousins Camilo et Antonio ont respectivement comme pouvoir : vision de prophétie, changement de forme et compréhension du langage des animaux.

Ainsi, lorsque par la suite, lors de la cérémonie d'investissement des pouvoirs du tout dernier arrivé, son petit cousin Antonio, Mirabel commence à voir des fissures dans la maison, tout le monde pense qu'elle est jalouse d'être sans pouvoir, alors qu'elle est juste en train de mettre le doigt sur des non-dits, des cachotteries, des secrets qui fragilisent les bases de la Famille Madrigal. Lorsque qu'on sait qu'un "Madrigal" est une ancienne musique vocale de la Renaissance, tout fait sens justement. La famille et sa cohésion sont en péril, et seul l'usage de la parole, et des chansons (qui pour une fois chez Disney s'inscrivent complètement dans la thématique traitée par le film) pour briser les non-dits pourront avoir un résultat bénéfique.
Le film (pourtant parti sur une autre voie quand on regarde les storyboards et scènes coupées dans les bonus) a l'intelligence de centrer son histoire dans un huis-clos qui ne quittera quasiment jamais la maison. L'histoire tournera autour de trois lieux, le village, la maison, et le bord de la rivière où la scène traumatique de la mort du mari de Abuela Alma s'est produit. Cette scène là est d'ailleurs particulièrement grandiose, car elle n'est pas montrée au début, et elle ne le sera (et encore pas complètement) qu'à la toute fin, par les yeux de Mirabel qui "revit" avec son aïeule la mort de son grand-père.

L'émotion passe souvent dans le film, notamment par les chansons remarquables du compositeur Lin-Manuel Miranda (génial compositeur des musiques de Vaïana entre autres) qui a mélangé beaucoup de genres musicaux locaux, et de la compositrice du score Germaine Franco. 

Le trio de réalisation nous donne au final, un film à la fois touchant et drôle, dans la lignée de Coco, mais avec une finalité très différente. Encanto parlant de la Foi dans l'optimisme, de se relever, et d'aller de l'avant, malgré tout, et beaucoup moins du souvenir des êtres aimés et de leurs failles. Mais surtout Encanto traite de sujets plutôt tabou : des familles dysfonctionnelles, des secrets de famille, et du poids des traditions à évacuer pour aller de l'avant ; le film réussit presque tout ce qu'il entreprend, même si il risque de laisser certaines personnes amatrices d'action, ou de "méchants emblématiques" sur le carreau. Ici, le seul méchant est à l'intérieur de nous même. Les enfants aimeront le côté foufou de beaucoup de personnages, les conflits amusants mais réels entre les soeurs et Mirabel, les chansons, et certains passages burlesques dont Disney a le secret. Mais ils ne verront peut-être pas le propos enfoui du film, qu'importe, le message fera tout de même son chemin en sous-marin. Un magnifique film à voir en attendant la prochaine production de Disney en film d'animation, qui continue son tour du monde des différentes cultures, avec Raya et le dernier dragon.

Un tout petit mot quand même sur les bonus, et Disney ne s'est pas moqué de son public, le bluray - qui offre ici une grande qualité d'image ce qui permet de pleinement profiter des couleurs particulièrement chatoyantes du film d'animation, et un son ultra limpide - est rempli ras la gueule de bonus, tous aussi passionnants les uns que les autres. Featurettes, bêtisier, des scènes coupées avec commentaire vidéo des réas, l'intégralité des chansons, plusieurs documentaires passionnants sur la production du film si particulière (beaucoup de choses ayant été faites pendant le confinement, notamment la composition des chansons et les réunions prod avec la "Familia"). Les amateurs de bonus bien fourni se régaleront.

En Blu-Ray, DVD Steelbook et VOD depuis le 1er avril 2022, et en Achat digital depuis le 24 mars 2022. Edité par Disney DVD. son site Internet, sa page Facebook et sa page Twitter. Retrouvez Encanto sur le site Cinetrafic : https://www.cinetrafic.fr/film/61178/encanto-la-fantastique-famille-madrigal


 

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