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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 15:57
Office se crée

On avait découvert Gavin Hood, réalisateur sud-africain de son état, avec l'encensé "My name is Tsotsi"en 2006, qui avouons-le, était sympathique, mais pas le chef d'oeuvre dont on nous a rebattu les oreilles. Juste après cette réussite, Gavin Hood s'était engagé dans le bancal, "X-men Origins" avec son sésame pour Hollywood (les nombreuses récompenses de Tsotsi, dont l'Oscar du meilleur film étranger quand même), bancal pour ne pas dire très mauvais, mais ne tirons pas sur une ambulance à terre. Heureusement que Bryan Singer, puis James Mangold reprendront le flambeau des personnages de X-men, avec le succès que l'on sait.

C'est d'autant plus dommage que Gavin Hood n'est pas un mauvais bougre, et qu'avant d'être révélé par son film, 'My name is Tsotsi', dans lequel un gamin délinquant, "carjackait" une voiture, avant de découvrir qu'il avait aussi enlevé un passager clandestin, en la personne d'un bébé. On suivait alors tout le parcours de l'anti-héros forcé par le hasard de devenir "père de substitution" malgré lui.
Il a fait ses études à UCLA comme un certain Steven Spielberg, personne dont il recevra d'ailleurs en 1993, le prix Diane Thomas Screewriting award d'un jury composé entre autres donc de Steven Spielberg, Michael Douglas et Kathleen Kennedy, excusez du peu. Tout ça pour son premier scénario intitulé "a Reasonable man", qui sera aussi son premier film en 1999, film d'ailleurs inédit en France. Suivra un inédit en 2002, puis il revient contre toute attente, avec une adaptation vraiment très bonne du chef d'oeuvre livresque de Orson Scott Card, "la Stratégie Ender", (film d'ailleurs chroniqué en ces pages et sur le site de Cinetrafic sous le titre, "Anger Games".)

Avec la Stratégie Ender, on pouvait penser que Gavin Hood allait dépasser le succès d'estime de l'académie et de la presse pour s'engouffrer dans la reconnaissance du grand public, mais peine perdue. Ses prochains films sortiront en E-cinema, la version hype pour dire "direct to DVD/streaming" ce qui est déjà beaucoup moins sexy. Il dirigera d'ailleurs Alan Rickman dans son dernier rôle, dans le E-cinéma film, "Operation Eye in the Sky", puis vient le Official Secrets qui nous intéresse.

Le film reprend de manière quasi documentaire les événements qui ont contraint par fidélité à son peuple, non à son pays (une des plus belles scènes et répliques du film), Katharine Gun à faire fuiter un mémo pour la presse, mémo qui demandait aux services secrets anglais du MI6, d'aider la CIA à convaincre certains délégués de l'Onu de voter la controversée deuxième guerre du Golfe.

Tout est réuni pour faire un superbe film, du pitch de départ, au choix plutôt osé de Keira Knightley pour interpréter Katharine Gun (la ressemblance est d'ailleurs pas du tout frappante, puisqu'on voit la dénommée Gun à la fin du film, dans un extrait réel de son procès pour trahison, et elle ressemble plus à Miranda Otto qu'autre chose). Mais les lois du bankable sont impénétrables dans le monde financier du cinéma. Toujours est-il que ce choix paye, car Keira Knightley justifie à elle seule dans son interprétation, de voir le film, tant tout son jeu, introverti, colle parfaitement à la culpabilité pourtant inique que ressent son personnage pour son acte.

Evidemment la fuite est publiée par la presse, et Katharine est forcée par sa conscience personnelle et un agent secret envoyé pour investiguer sur qui a fuité, de se dénoncer. Suivront alors des  poursuites et un procès, dans lequel un cabinet anglais la défend, Liberty (tout un symbole pour le coup), et où l'interprète de l'avocat chef du cabinet n'est autre que Ralph Fiennes, qui lui aussi livre une très jolie composition d'avocat révolté et honnête, face à l'injustice dont souffre sa cliente. On a également le plaisir de retrouver un des Doctor Who, en la personne de Matt Smith, mais son personnage, bien que très intéressant est à peine développé, très dommage.

On aurait pu avoir un mix entre les hommes du président, douze hommes en colère, et The Post, malheureusement, n'est pas Pakula, Lumet, ou Spielberg qui veut, et si dans le film de ce dernier, une simple recherche de "mots" dans des mémos épars devient un réjouissant jeu de pistes cinématographiques, et une réelle course à l'enjeu, rien de tel n'arrive dans ce Official Secrets, et même si certaines scènes sont plutôt bien tournées, on n'est jamais réellement plongé dans la traque de Katharine, ni angoissé par le procès et ses multiples rebondissements, encore moins troublés par le côté thriller/espionnage. On pense parfois à Oliver Stone aussi dont le Snowden est très récent, mais là encore, aucune crainte n'est distillée, et le personnage franchit les obstacles pour sortir le mémo quasi sans anicroches.

Le film est loin d'être mauvais, mais à force de trop hésiter entre drame intimiste, film de procès, film d'espionnage, et thriller politique, Gavin Hood traite tout un peu, jamais tout à la fois (encore une fois, n'est pas Spielberg qui veut), et du coup le film se suit sans déplaisir mais sans passion non plus. Un film à voir par curiosité mais qui ne restera pas forcément dans les annales, quel que soit le genre qu'il aborde.

En e-Cinema / VOD depuis le 2 janvier 2020. Edité par Wild Bunch.  Le site et la page Facebook de l'éditeur.
 




 

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