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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 14:53
Et réédité..

Ari Aster dont c'est ici le premier long-métrage propose au spectateur une plongée dans les méandres de l'esprit humain, et plus particulièrement de l'esprit des "ancêtres".

Le jour de l'enterrement de sa mère, Ellen, Annie sa fille n'est pas du tout éplorée. Elle fait un éloge funèbre très sinistre dans lequel elle avoue à demi-mot son inimitié pour sa mère. Peu de temps après l'inhumation de la matriarche de la famille Graham, la police contacte le mari d'Annie, Steve, son ancien psychiatre d'ailleurs pour lui annoncer que la tombe de sa belle-mère a été profané et que son cadavre est aux abonnés absents. Steve pour le bien-être de sa femme lui cache cette info importante. Dans le même temps, Peter et Charlie les enfants du couple, vivent leurs vies d'ados et d'enfants avec tout ce que ça peut comporter. Charlie notamment, petite fille taciturne et un brin inquiétante demande à sa mère ce qu'elle va devenir, maintenant que sa mamie qui l'aimait plus que tout et s'est toujours si bien occupé d'elle est morte. Annie prend la révélation avec le sourire et lui explique qu'elle même serait fortement capable de s'occuper de sa propre fille. Charlie semble moyennement convaincue et le lendemain dans la cour de récréation, elle coupe la tête d'un pigeon qu'elle a trouvé mort, et l'emporte avec elle. 

Annie en tant qu'artiste maquettiste fait aussi face à une crise dans son couple, car l'inspiration a du mal à venir, et elle doit rendre des maquettes pour des commanditaires très prochainement. Soudain arrive un drame que nous ne dévoilerons pas pour laisser le suspens aux spectateurs et Annie va se retrouver à devoir gérer ça, en parallèle du deuil de sa mère dont elle essaie de se défaire auprès d'une sorte de club type "Alcoolique Anonyme" mais sur le deuil. Annie se fait aborder par une membre du club, Joan qui va la soutenir et l'aider dans sa démarche de résilience.

Le film a un parti pris très fort qui est de filmer l'histoire comme si un démiurge omnipotent et omniscient l'encadrait. Le premier plan du film est d'ailleurs très symptomatique de cela, puisqu'à la suite d'un long travelling flottant comme une âme, la caméra se stabilise face à une maison de poupée qui reproduit à l'identique la maison des Graham. Non content de cet effet, le réalisateur l'utilise au maximum, puisque le travelling avant se poursuit jusqu'à cadrer plein cadre l'intérieur d'une chambre dont on ne voit plus les bords, et c'est dans cet espace "maison de poupée" que Steve, le mari de Annie, entre dans la chambre par la porte et vient réveiller Peter qui dort dans son lit. A aucun moment du métrage et il est bon de le souligner, la caméra ne sortira de ce dispositif, si bien que toute l'histoire en quelque sorte nous est donné à voir par ce truchement d'une vie propre dans la maquette.

Annie confrontée au drame qui la touche va peu à peu sombrer dans la folie, et elle ne pourra compter que sur le soutien de son mari, et de la mystérieuse Joan pour l'aider à surnager. Certaines personnes disent à propos de ce film, que rien de ce qui s'y passe n'est vrai, que Annie a tout inventé dans sa tête, mais s'il est une chose qui devient de plus en plus pénible, quoique répétée c'est cette manie qu'ont les gens de nier les faits arrivés dans un film. Outre que cette façon de penser évoque souvent les 3/4 des premiers films des élèves de fin d'année de n'importe quelle école de cinéma, ou les concepts des films de la plupart des concours de scénarios ou de films ; cela enlève beaucoup de choses au pouvoir évocateur du cinéma, et spécialement celui qui nous concerne ici, le cinéma d'horreur. Parfois cela peut s'expliquer d'utiliser cet artifice, et bon nombre de films y arrivent parfaitement bien (nous ne citerons pas de noms pour ne pas gâcher un visionnage possible du spectateur), mais ici, le recours à cet artifice serait fort dommage.

Peut-être en revanche, que ce premier plan sur la maquette est tout sauf aussi anodin qu'il ne voudrait le paraître, et peut-être que le sens du film se situe justement là. Ainsi, on pourrait voir tout ce qui arrive à la famille Graham, comme la projection d'une artiste sur un désir de combler le syndrome de la page blanche (à un moment du film d'ailleurs, Annie casse des maquettes car elle n'en est pas satisfaite), plutôt que d'être dans la tête d'Annie victime de son deuil qui s'imagine des choses, cela pourrait être la projection de l'esprit créatif d'Annie, qui s'invente une histoire à raconter pour redonner du souffle à sa créativité exsangue (difficile ici de ne pas rapprocher le principe du métier de celui qui met en scène la famille Graham, à savoir Ari Aster, ici réalisateur ET scénariste). Mais on pourrait aussi dans un second ordre d'idée se dire que c'est la manifestation d'une famille sous l'influence d'une entité supérieure (le premier plan prenant alors des airs du dernier plan canaille de Men in Black).

Le film laisse un goût très mitigé à la vision, et c'est dur d'en parler sans trop spoiler l'intrigue. Mais rien que la fin si on se place d'un point de vue créatif en mal de créativité pourrait justement être la réponse d'un créatif un peu formaté qui pour finir son oeuvre trouve une fin plutôt bateau, et quand même, bien déjà vue, balancée ici de manière assez abrupte. Et si on se place d'un point de vue entité omnipotente et omnisciente, tout va dans le sens  du projet de cette "entité". Bon nombre de critiques ont vu dans ce film, "le nouveau exorciste", malheureusement en ce qui me concerne, je ne peux pas attribuer ce qualificatif à Hérédité, bien qu'il s'agisse toutefois d'un film que j'appellerais de "petit malin" et qui tresse tout son entrelacs de symboles et de signes de façon assez réjouissante, avec quasiment pas d'incohérences par rapport à son univers. Car même si la première partie du film est plus drame que film d'horreur (comme la seconde lecture plus psychanalytique qu'on pourrait avoir sur le chef d'oeuvre de Friedkin, à savoir les abus d'un beau père pédophile sur sa pupille), le reste du métrage, et spécialement la fin bascule dans un grand guignol qui n'épargne aucun effet m'as-tu-vu et un peu inutile. C'est carrément dommage, car le film semblait annoncer une belle réflexion sur la résilience face au deuil, et sur la culpabilité également, et on se retrouve au final, avec un côté un peu train fantôme, sauf si le côté méta décrit plus haut est bien là, dans ce cas, même l'effet le plus croguignolesque s'explique par le postulat placé par le premier plan.

L'exercice de donner envie aux spectateurs et spectatrices de voir le film sans en dire trop est compliqué avec le type de film qu'est Hérédité, même si la révélation de sa fin donne plus envie de le revoir pour comprendre que de le mettre ensuite au placard, parce qu'il faut vivre à mon sens le drame qui va toucher Annie en le découvrant de façon brute, sans préparation préalable. Un petit mot sur le casting, tous excellent, à commencer par Toni Colette que je n'avais plus vu jouer depuis "Hector et la recherche du bonheur" en 2014 et qui s'en tire avec les honneurs, tour à tour, inquiétante, désemparée, frôlant avec les limites de la folie, et même parfois très drôle. Gabriel Byrne qui campe Steve, le patriarche, cartésien de la famille Graham est trés sobre, et impeccable. Et le duo d'enfants s'en sort également trés bien, que ce soit Alex Wolff ou Milly Shapiro. Et une petite mention spéciale pour l'excellente Ann Dowd (découvert pour ma part dans la série The Leftovers) dans le rôle de Joan. Un bon film d'horreur quand on sait à quoi s'attendre, mais en revanche ne vous fiez pas à la campagne de communication de l'affiche, parce qu'on est vraiment très loin de l'Exorciste.

Le dvd propose en bonus, un making-of assez intéressant, dans lequel Ari Aster et son cast explique un peu l'ambition artistique et narrative derrière le projet. C'est passionnant mais vraiment bien trop court.

En DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 15 octobre 2018. Edité par (Metropolitan Filmexport),  le site et la page Facebook de l'éditeur.
 
Retrouvez ce film et bien d'autres dans les catégories l'heure du bilan cinéma de l'année et un film excellent.
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