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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 10:47
Hell's Club: L'Enfer, pavé de bonnes intentions

Pour une fois je m'attaque à quelque chose d'encore différent de ce que j'ai pu rédiger dans ces lignes, ça ne sera ni une analyse de film, ni une critique de film, mais autre chose, un poème en prose entre hagiographie et élégie pour une personne qui a été une des figures de prou de l'éveil de ma cinéphagie youtubesque. Quelqu'un que j'ai découvert bien avant de pouvoir faire des films moi-même, disons quand je balbutiais entre envies de cinéma et réalité, et dont l'influence a été trés forte au point que je demande son avis sur chacun de mes projets passés, présent et à venir.

Pendant la déferlante Facebook, c'est devenu une connaissance, et même si je ne l'ai encore jamais rencontré, au fil du temps, et des publications et échanges passionnants, quasiment un ami. Donc ce qui arrive à son nouveau projet sans précédent est ultra important pour moi. Je pourrais bien sûr comme beaucoup m'indigner de la pub qui lui est faite mais ce mec a des doigts en or, et en oeil de monteur donc il mérite pleinement ce qui est en train de lui arriver, et il était temps devrais-je dire, et tant pis pour les jaloux.

A celui que j'ai d'abord connu sous un sigle, AMDS et qui est devenu plus tard Antonio Maria Da Silva (tout un programme ^^) puis Antonio, en attendant qu'il devienne peut-être Tony qui sait.

Poussons la porte du club.

Hell's Club n'est pas un film, du moins pas un film conventionnel. Si on devait le résumer grossièrement, on dirait que c'est un Mashup, vous savez, ce que fait Godard dans Histoire du Cinéma, des stockshots de films et des rushes de son du film parfois, mixés, et agencés différemment par le montage pour raconter quelque chose d'autre ou procurer une émotion.

AMDS s'est rendu maître dans l'art du Mashup, que ce soit un hommage poignant à Bruce Lee qui ne laissera personne insensible (d'ailleurs je me vois obligé d'interrompre mon écrit pour essuyer les touches de mon clavier des larmes qui viennent d'y tomber à la seule évocation de la vidéo) ; des hommages vibrants et cinétique, pour ne pas dire organique à Terminator, ou encore Matrix, ou une pub pour la Clio3, (la vidéo fan pour un concours qui me le fit connaître).

Il est aussi responsable de plusieurs pubs et de clips, et on lui souhaite qu'avec cette popularité soudaine que vient de déclencher Hell's Club juste que dans le tout hollywood (Sharon Stone a partagé la vidéo sur son twitter, excusez du peu ^^), il connaisse non pas le quart d'heure américain d'Andy Warhol mais bien le demi-siècle américain au moins car une personnalité aussi poétique et en même temps efficace que lui mérite de faire des films avec les plus grands.

Si la France avait un peu de jugeote, elle s'en serait rendu compte plus tôt. Et il n'est pas le seul, David et Loïc si vous me lisez :).

Hell's Club s'ouvre sur un sobre carton en anglais "There is a place or fictionnal characters meet. Outside of time, outside of all logic. This place is know as" (Il existe un endroit où les personnages de fictions se rencontrent*. En dehors de tous temps, en dépit de toute logique. Ce lieu est connu sous le nom de"

*on pourrait même dire se confrontent vu l'issue du Mashup qu'on ne dévoilera pas.

"Hell's Club" apparaît bientôt auréolé de lumière et de spots, tel le spot pré-générique d'introduction de la société de productions Twenty Century Fox par ex.

Le ton est donné dès le carton qui rappelle un peu celui de Star Wars également, tout ce que vous verrez, ne découlera d'aucune logique, sinon que les lecteurs de Alice au pays des Merveilles seront en terrain connu. Puisque la proposition du livre de Carroll, est d'enchaîner l'illogisme jusque dans ses derniers retranchements au point que le lecteur n'ait d'autres solutions pour rester dans le livre que d'accepter cette avalanche de gag et de situations absurdes qui reste cohérente dans leurs univers toutefois.

Le seul film a avoir tenté ce happening artistique à ma connaissance est "Matrix Trilogy", et ce n'est certainement pas pour rien qu'il est présent par quelques extraits. Ni que ce Mashup se nomme Hell's Club comme le nom du club dans Matrix Reloaded et Revolutions.

Une fois ce préambule établi, l'auteur, ici AMDS, en maître de cérémonie disco, peut donner toute sa pleine mesure et sa folie créatrice en confrontant par exemple le Carlito (Al Pacino) de L'Impasse (Carlito's Way), en juge de l'ambitieuse Tina (Cameron Diaz) de the Mask, qui par le truchement de la cinéphilie du spectateur devient le Pacino de l'Enfer du Dimanche, Tony D'Amato, jugeant l'ambitieuse directrice Christina Pagniacci (Cameron Diaz), (je ne sais si ce clin d'oeil est volontaire mais connaissant un peu le loustic, il me semble que oui car une oeuvre de cet ampleur humaine ne se monte pas "au hasard" d’après moi). Le spectateur cinéphile verra bien plus de choses que le spectateur "lambda", mais encore, rien n'empêche la revision de l'oeuvre pour saisir ce que l'on a loupé, la force des grands films.

La musique choisie est "Staying Alive", (littéralement restons en vie), encore une fois, pas un hasard non plus. De sorte que la profession de foi du monteur, bombardé réalisateur et scénariste par son projet est ici que le cinéma est source de vie, et que la vie est source de cinéma (Jean-Luc si tu nous regardes). Staying Alive qui est également un film, et dont le sens peut également être "remuons-nous", soit pour que les choses avancent, créons et bougeons-nous, soyons le changement que nous voulons pour ce monde.

Il serait impossible de lister tous les films cités, ou tous les clins d'oeils de montage, mais on notera toutefois qu'au détour d'un raccord regard époustouflant, le Tom Cruise de Cocktail, arriviste ambitieux, croise le désabusé tueurs à gages de Collateral, Vincent également joué par Tom Cruise. Et une infinité d'histoire se raconte au travers de ce seul raccord regard d'une seconde pour quiconque connait la filmographie, ou la vie de Tom Cruise.

Ou encore le Al Pacino de Scarface en grande conversation avec celui de l'Impasse (deux films de Brian de Palma qui s'entrecroise) au travers d'un reflet miroir, plutôt habituel chez le maître et rappelant son fameux "split-screen", élément primordial de son cinéma. Que se passe t-il dans ses têtes semblent dire le montage. Ont-ils conscience d'être duel ? Ou de le devenir ?

Ou bien ce Robert de Niro de Casino, scrutant le visage de celle qui n'est pas encore sa femme dans le film de Scorsese, Sharon Stone (la Catherine Tramell de Basic Instinct) lutinant un Michael Douglas effaré mais défiant Robert de Niro par l'illusion du montage.

Mais il ne sert à rien de décrire ces images car elles perdent fortement de leur pouvoir évocateur et surtout de l'impact que le montage crée entre elles. Au final, on se retrouve propulsé entre Pirandello (v1), Brecht (v2) et le principe de la Noosphère (v3). (cf v1.v2.v3 notes en bas de page). Un seul conseil donc regardez-le, et plusieurs fois pour essayer d'en saisir toute sa richesse.

Et restez jusqu'à la fin du générique, il ya une petite scène qui vaut son pesant de cacahuètes. Et je vous recommande aussi fortement ses autres vidéos, notamment son concept des "reversed scene" (non c'est pas juste des scènes de film à l'envers, ça serait trop facile) qui prend son sens le plus prégnant avec celui de Matrix.

Maintenant que le buzz est lancé, on ne peut qu'espérer, un deuxième opus, encore plus fou, voire des mashups totalement différents pour prendre le spectateur à contre pied de ce qu'il espère voir. Un réalisateur disait, "ne donnez pas au spectateur ce qu'il veut voir, donnez lui ce dont il a besoin". Et ce dont nous avons besoin aujourd'hui c'est de Cinéma, de vrai, et peu importe la forme tant que ça en est.

v1 : Pirandello : https://fr.wikipedia.org/wiki/Six_personnages_en_qu%C3%AAte_d%27auteur

v2 : Brecht : Brecht voulait rompre avec l'illusion théâtrale et pousser le spectateur à la réflexion. Ses pièces sont donc ouvertement didactiques : par l'usage de panneaux avec des maximes, des apartés en direction du public pour commenter la pièce, des intermèdes chantés, etc., il force le spectateur à avoir un regard critique. Ce processus, qu'il baptise « distanciation » (Verfremdungseffekt ou Effet V) a beaucoup influencé certains metteurs en scène français. Dans son théâtre épique, l'acteur doit plus raconter qu'incarner, susciter la réflexion et le jugement plus que l'identification.

v3 : la Noosphère : https://fr.wikipedia.org/wiki/Noosph%C3%A8re

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Published by LordGalean
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